‹ Les Invisibles de Paris, vol. 2Chapitre 67 sur 92 · GIîKFHOY éditeur. — Reproduction iiiLerdile · texte numérisé non relu

GIîKFHOY éditeur. — Reproduction iiiLerdile

'tîi

iâ

ill'i

Chacun d'eux portait à. sa ceinture deux revolvers à six coups, une hache d'abordage et de plus un bâton de longueur, cette arme si redoutable entre les mains de nos marins.

Ils pouvaient facilement tenir tête à une troupe du double plus nombreuse que la leur.

La ferme qu'ils se proposaient d'attaquer n'était éloignée de l'auberge de la Limace que d'une demi-lieue au plus.

Mais, pour l'atteindre, il leur fallait sauter des fossés, marcher à travers champs, franchir des ruisseaux, escalader des haies, toutes choses difficiles pendant le jour, en plein soleil, mais quasi impossibles au milieu d'une nuit sans. lune, par une pluie battante et un vent de mer qui soufflait de manière k décor-ner les bœufs.

Malgré leur courage, leur force, leur adresse et leur invincible volonté, il leur fallut- près d'une heure pour franchir les deux tiers du chemin qu'ils avaient à parcourir.

On apercevait de loin, comme de pâles étoiles, quelques lumières tremblotantes briller derrière les fenêtres de la ferme.

Les Compagnons de la Lune firent halte.

On prit les dernières mesures.

Qualre hommes, commandés par la Cigale et guidés par Mouchette, se détachèrent alors en éclaireurs, pour reconnaître les abords de la ferme.

L'absence des éclaireurs fut longue, elle dura plus de vingt minutes.

Enfin, ils rejoignirent le gros de la troupe.

Ils étaient allés jusqu'au pied des murs de la ferme.

Rien n'avait bougé.

Tout était silencieux et morne.

Le géant ramenait avec lui le fils de l'aubergiste de la Limace; le petit gars, iûté comme un vrai -Normand, qu'il était, avait, nous le savons, été laissé précédemment en observation par maître Mouchette.

L'enfant, monté sur un énorme pommier qui se trouvait à vingt pas de la porte charretière de la ferme, s'était tenu coi au milieu des branches et des feuilles.

Ce n'était qu'en entendant le bruit des pas étouffés des marins, qu'il avait dégringolé tout le long de son arbre.

Aussitôt sur ses pieds, il s'était précipité à leur rencontre.

La Cigale le présenta au vicomte René de Luz.

— Eh bien! mon enfant, lui dit celui-ci, as -lu vu quelque chose pendant ta faction ?

— Oui-da, monsieur, répondit d'un air malin le petit gars, tout en tordant ses habits traversés par la pluie.

— Parle, qu'as- tu vu?

— Un peu avant la tombée de la nuit, la pluie tombait si dru que c'était une vraie bénédiction, quoi t

— Eh bien ?

^- La porte de la ferme s'est ouverte... et trois cavaliers sont sortis. -- Les as-tu vus? les as-tu reconnus?

US

■ lit

'ft

— Ni vus ni reconnus!

— Alors, qu'as-tu fait?

— J'ai écouté.

— Et?...

— Ils étaient tous les trois enveloppés dans de grands manteaux, avec des | chapeaux qui cachaient leurs visages, et ils ne parlaient pas chrétien.

— Comment! pas chrétien?

— Je veux dire, monsieur, continua le petit gars en haussant dédaigneux sèment les épaules, que ces gens-là causaient entre eux dans une espèce de charabia, leur patois pour sûr. Je n'y comprenais rin, mais rin de rin. -

— De quel côté ont-ils tourné, le sais-tu? g|

— Oui.

— Par où ont-ils pris?

— Par le chemin du Havre.

— N'as-tu pas vu autre chose?

— Si fait bien, monsieur... que j'en ai vu une autre... à laquelle, même pour sûr, que je n'ai rien compris non plus.

— Conte-la-moi..., fit le vicomte, que le babil de l'enfant amusait.

— Y 'là ce qui est arrivé... Il y a trois quarts d'heure à peu près, deux hommes, un grand et un petit, sont sortis delà ferme.

— Gomment sont-ils sortis?

— Àh ! je ne sais pas. Je regardais la porte on ne l'a pas ouverte.

— Gomment as-tu découvert qu'ils venaient de la ferme ?

— Parce qu'ils Font dit, donc.

— Tu les as donc compris, ceux-là?

— Oui, que je les ai compris, ceux-là, ils parlaient français commevous et moi ; ce n'était pas malin. Pour lors, il ont dévalé de la ferme en courant, et ils sont venus juste sous mon arbre, en v'ià une chance 1 pour s'abriter un brin..- La pluie tombait plus fort qu'à cY heure.

— Et ils ont causé ?

— A voix basse, mais j'ai de bonnes oreilles, et puis il n'y avait pas de soin, ils ne se méfiaient pas de moi, les pauvres gars... Paraîtrait qu'ils se sont ensauvés de la ferme..., même que le plus grand disait au plus petit :

« — Nous en voilà dehors, gagnons au pied, et arrivons au Havre. Lk nous n'aurons plus rien à craindre.

— Ya toujours, petit, dit le vicomte à -l'enfant, qui hésitait, .„ r

— Je cherche, répondit le fils d'Ànthïme Guichard... Je ne veux rien |j* laisser en route... Ah! voilà: Le plus petit des deux hommes était triste, [f! triste! sa voix pleurait, quoi; il était fâché de s'en sauver... L'autre le con- îW t solait, l'encourageait. « Je n'aurais pas dû l'abandonner avant la lin, » qu'il g? disait...

« Et le plus grand lui répondait :

« — En restant, vous nous perdiez tous les deux et vous gêniez peut-être sa délivrance, à lui. Grâce à vous, il est maintenant sur ses gardes, il a des armes ;

vous ne pouviez rien faire de plus. La comtesse avait des soupçons sur moi, ( |

je ne pouvais vous cacher plus longtemps... Et si elle vous avait retenue pri-

til

Page 1