SONT BORGNES
f Trois heures environ avant l'arrivée de la comtesse de Casa-Real et de
i ' sa suite, c'est-à-dire vers six heures du matin, une autre troupe beaucoup
).-■■• plus nombreuse que la 'sienne, et amenant avec elle cinquante ou soixante
f , chariots et Avagon s chargés de marchandises de toutes sortes, était entrée à
,î San-Francisco.
if '. Cette première troupe était commandée par le comte de Warrens en pér-
il, sonne, qui, en mettant le pied dans la ville, ne se nommait plus, ainsi que
T nous l'avons fait observer plus haut, queMaster-Key; messieurs le baron de San-
■ji : Lucar, le vicomte de Rioban et le vicomte René de Luz, galopaient à ses côtés,
suivis de près par nos vieilles connaissances, la Cigale, Mouchette et Filoche, et le reste des aventuriers.
Les Compagnons de la Lune avaient àPimproviste levé leur camp et abandonné définitivement le placer.
Les aventuriers s'arrêtèrent d'abord à Portsmouth square. Sur la place même trois hommes attendaient impatiemment le comte de- Warrens.
Ces trois hommes étaient le colonel Martial Renaud, qui avait été expédié en avant, sir Harry Mortimer et le baron d'Eutragues, arrivé directement de France depuis deux jours seulement.
La troupe se sépara.
Les Compagnons de la Lune se dispersèrent aussitôt dans toutes les directions.
Les pauvres diables avaient hâte de goûter enfin à ces plaisirs, dont ils étaient sevrés depuis si longtemps.
Mais le capitaine savait où les trouver en cas de besoin.
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Le.v voyageurs s'avancèrent lentement.
Les chefs se dirigèrent alors vers Montgornery street, où se trouvaient les magasins de la maison Mortimer, la Cigale and O, suivis par les trois, fidèles et une quinzaine d'autres de leurs camarades qui conduisaient les chariots et les wagons charges.
Maintenant, comment le comte de Warrens, que nous avons laissé au camp des chercheurs d'or, prêt à monter à cheval, à la teLe de cent hommes
LlV, 113. — H. GEFFROY, éditeur. — Reproduction interdite. H 3
choisis pour retourner à Sonora, entrait-il au contraire ce jour-là à San- Francisco, à la tête de toute sa troupe?
Deux raisons très simples, maïs péremptoires, avaient engagé le comte à modifier ainsi sa détermination.
Ces deux raisons, nous allons à l'instant même les faire connaître, mais pour cela il nous faut faire quelques pas en arrière.
Une heure environ après l'arrivée du comte sur le placer, à la tête de la caravane, un Californien, monté sur un mustang vif comme le vent, était" entré dans le camp.
Ce Californien était expédié par Edmée de FEstang au comte.
C'était un des arrieros de la caballeriza.
K i--; La jeune fille avait remis une lettre à cet homme, et lui avait donné dis
onces.
C'est-à-dire une fortune pour le pauvre diable, une once équivalant à quatre-vingt-cinq francs de France.
Puis la jeune tille lui avait ordonné de ne remettre cette lettre qu'entre les mains de M. de Warrens.
L'arriero avait obéi consciencieusement.
Il avait loyalement gagné son argent, car il venait de faire près de cinquante lieues en deux jours : il était brisé de fatigue, mais, grâce à sa diligence, il arrivait à temps; une heure de plus, il aurait été trop tard.
Edmée racontait au comte tout ce qui s'était passé depuis qu'elle l'avait I | ■ quitté à Sonora sans l'avertir, et elle lui donnait rendez- vous à San-Francisco,
;|. -M, où elle comptait arriver sous peu de jours.
;| ; /. Le comte, après avoir lu la lettre dix fois et l'avoir baisée plus de deux
|: ]: cents, la cacha dans sa poitrine; puis, ayant généreusement récompensé le
messager de bonnes nouvelles, qui fut payé ainsi des deux côtés et ne s'en plaignit pas, il l'envoya se coucher, après l'avoir interrogé pendant au moins une heure.
L'arriero se retira en marchant d'un pas de somnambule.
Le brave garçon dormait littéralement tout debout.
On soupa gaiement et l'on porta maints toasts à la jeune fille, la gracieuse Étoiîe-du-Matin, ainsi qu'on la nommait depuis que TEpervier, le grand chef sioux, lui avait donné ce gracieux et poétique surnom.
Après souper, on causa.
Les nouvelles apportées par M. le baron de San-Lucar étaient graves, tellement graves môme, que le capitaine redevint aussitôt sombre et sérieux, donna Tordre que le lendemain, au lever du soleil, le camp fût levé et que tout le monde, sans exception, fût prêt à partir pour la ville de San-Francisco.
Et comme le capitaine supposa qu'il n'aurait pas trop de tous ses hommes pour tenir tète aux événements qui se prépar aient, et que d'ailleurs les aventuriers étaient assez riches, le camp fut définitivement détruit, les outils et les engins de toutes sortes vendus aux mineurs du voisinage et le placer abandonné à qui voudrait le prendre.
Le fait était que la quantité d'or qu'ils avaient recueillie pendant ces quelques mois d'un travail incessant et bien dérigé était incalculable ; et
ïi-.f!
lorsque les Compagnons de la Lune se disaient entre eux en riant qu'ils étaient tous millionnaires, ils disaient la vérité sans s'en douter, ainsi que cela arrive souvent.
Nous devons constater tout d'abord que les deux tiers de ces richesses demeuraient en dépôt sous la surveillance de la vente suprême, entre les mains du comte de Warrens, pour les besoins de l'association; mais le tiers qui restait suffisait amplement pour, assurer une très belle fortune à chacun des affiliés qui avaient travaillé à l'exploitation du placer.
Voilà pour quelles raisons le comte de Warrens était revenu à San-Francisco, et, sans le savoir, n'y précédait que de quelques heures seulement son implacable ennemie, la comtesse Hermosa de Casa- Real.
Nous expliquerons maintenant, le plus brièvement que cela nous sera possible, la situation dans laquelle se trouvait en ce moment la nouvelle ville, et quels étaient les événements qui se préparaient : événements que le comte de Warrens avait jugés assez graves pour y apporter le concours dévoué de toutes ses forces. ,
Ces renseignements fort curieux et qui du reste ne sortent pas de notre sujet et n'entravent en rien notre action, dont le dénouement s'approche., intéresseront probablement le lecteur, en lui faisant connaître par quelles phases étranges, quelles singulières métamorphoses, cette ville, si promptement peuplée, fut contrainte de passer avant que d'atteindre le degré de splendeur où elle est enfin parvenue aujourd'hui, grâce à la courageuse intelligence de ses principaux habitants.
Ainsi que nous l'avons déjà dit plus haut, les regulalors y ces bandits, les hoitnds, enhardis par l'impunité dont ils jouissaient, n'avaient pas tardé à se considérer comme les seuls et véritables maîtres de la ville et à se conduire en conséquence.
Nous citerons à ce sujet ce que rapporte un homme d'une haute capacité, et qui fut le témoin oculaire des faits.
Par cet extrait, dont Pauthenlicité ne saurait être mise en doute par personne, le lecteur sera plus à même de se rendre compte exactement de || l'état de démoralisation complète dans lequel était tombée dès le commence-
ra ment de sa croissance la malheureuse ville de San-Francisco , menacée
:$. . jusque dans son existence par l'odieuse tyrannie- de ces brigands.
%? « Le 15 juillet, c'est M. Ernest Frignet qui parle * , les regulalors revenaient
■| en bande de piller, de l'autre côté de la baie, le camp de Contra-Costa, lorsque,
I sur la proposition faite à Fimproviste de quelques-uns d'entre eux, ils chan-
gèrent de direction et se portèrent sur le quartier espagnol, qu'ils attaquèrent aussitôt au nom des Américains, dont ils voulaient, disaient-ils, venger les | griefs.
« La résistance fut vive.
| « La lutte se prolongea pendant une grande partie de la nuit.
| i. Histoire des Progrès de Vun des Etals-Unis d'Amérique, Californie.
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