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ANATOMIE PATHOLOGIQUE

La richesse des productions lépreuses en bacilles de Hansen est un fait d’ordre très général. Les iritis lépreuses n’y font point exception. On trouve au cours de toutes les atteintes du tractus uvéal le microorganisme spécifique responsable des lésions. Nous sommes donc amenés à rappeler ses principales caractéristiques morphologiques et culturales en insistant plus particulièrement sur les données d'acquisition récente.

Le bacille,

Classé par Metchnikoff parmi les infiniment petits voisins des champignons, appelé bacille par Kolles-Hetsch, Baumgarten, placé dans le groupe des coccothrix par Lutz, on range le bacille lépreux depuis les travaux de Babès (1887) dans le groupe des streptothricées à côté du bacille de Koch.

C’est un bâtonnet long de 1,54 à 64 et large de 0,2 # à 0,45 4. Les variations remarquables de sa taille sont en rapport avec l’âge des lésions : il est long dans les foyers d’apparition récente, court dans les productions anciennes. Il revêt des formes diverses : rectiligne ou incurvé, il se termine tantôt par deux extrémités effilées, tantôt par une extrémité effilée, l’autre étant arrondie en massue.

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Le bacille de Hansen possède certaines particularités tinctoriales; comme le bacille de Koch, il est acido-résistant; mais cette propriété, nous le verrons à propos des cultures, n’est pas un phénomène constant.

Les colorants peuvent être pris de façons différentes. Parfois le bacille est uniformément teinté : c’est l'aspect homogène qui correspond pour la plupart des bactériologistes aux formes jeunes du germe. Pour Rogers et Muir, il réalise une forme de repos.

Parfois le colorant n’est accepté qu'aux deux pôles. Cette apparence diphtéroïde répond pour Rogers et Muir aux périodes d’activité. Quand les bacilles vieillisent, ils perdent leur homogénéité et présentent des lacunes.

Lorsque la lèpre est attaquée avec succès par le traitement chaulmoogrique en particulier, on observe des bacilles à l’état granuleux (Rogers et Muir, Friollano de Melle et Susa). Babès, analysant l’état Éranuleux, distingue des grains de petit volume et des corpuscules métachromatiques. Ces corps de Babès-Ernst peuvent être disposés en série linéaire le long du bacille. La plupart des auteurs considèrent l’état granuleux comme une forme de dégénérescence. Il représente pour Marchoux et Kingmuller, un stade de résistance. Much admet cependant, que ces formes granuleuses peuvent être virulentes.

S’il s’agit de faire le départ entre lèpre et tuberculose, les caractères morphologiques des bacilles de Hansen ne suffisent pas toujours. Leur mode de groupement permet quelquefois d’étayer le dia-

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gnostic. On ne les trouve pas dans les lésions à l’état isolé comme les bacilles de Koch, mais réunis en petites colonies, les globies. Ces formations rappellent, par leur disposition, l’ordonnance d’une gerbe ; elles sont constituées par une agglomération de bacilles rangés côte à côte en bon ordre et enrobés d’une glée.

En dernière analyse, le diagnostic bactériologique de la lèpre n’était admis, jusqu'ici, que par les résultats négatifs fournis par les cultures et l’inoculation aux animaux d’expérience. Depuis ces dernières années, l’opinion des auteurs s’est modifiée au sujet des cultures du germe lépreux. Deycke, Rost, puis Kedrowski, Reenstierna, Stanziale semblent avoir obtenu des cultures de bacille de Hansen. Leurs résultats furent d’ailleurs discutés par d’autres auteurs, les produits du repiquage ne présentant pas l’acidorésistance de la souche. On attribua à des impuretés le développement de colonies polymorphes et cyanophiles dans les milieux culturaux. Mais on peut actuellement faire justice de ces critiques. La démonstration a été apportée à la Troisième Conférence Internationale de la Lèpre de l’existence du bacille lépreux sous des formes différentes et avec des affinités tinctoriales atypiques. Louis Bory, Reenstierna, Kedrowski ont insisté sur les aspects diphtéroïdes et granuleux, sur la disparition possible de l’acido-résistance. Il ressort des travaux de Vaudremer et Mlle Brun que les résultats décevants des cultures antérieures étaient dus à des transformations du bacille souche avec perte de son acido-résistance. Un bacille acido-résistant se transformerait par repiquage, en

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éléments méningococciformes, puis en bacilles cyanophiles courts, en bacilles cyanophiles longs, en bacilles acido-résistants. Le bacille de Hansen posséderait donc une évolution cyclique dans laquelle le stade d’acido-résistance serait de courte durée et n’apparaîtrait que dans des milieux de culture favorables,

Quant à l’inoculation expérimentale de la lèpre, malgré des tentatives nombreuses et les intéressants résultats de Charles Nicolle, Stanziale, Limousin, Sttigo, Maucione, Vaudremer et Mile Brun, elle n’a pas connu un succès comparable à celui des cultures. Aucune expérience ne peut être considérée comme décisive. Et Jeanselme a pu dire dans son livre « La Lèpre » : « Si le bacille peut pulluler et se greffer in situ chez des animaux, jamais l’expérimentation n’a pu réaliser d'infection générale ».

La lésion fondamentale, le léprome.

Le léprome est constitué par la réaction des tissus contre l’envahissement du bacille de Hansen. C’est en effet un amas de leucocytes mononucléaires centré par une colonie de bacilles lépreux. Ceux-ci sont groupés dans une grande cellule claire, tantôt ronde, semblable à un macrophage, tantôt fusiforme comme la cellule conjonctive dont elle dérive. Elle possède un noyau volumineux et peu coloré, un protoplasme abondant et faiblement acidophile qui présente des plages plus claires, arrondies (vacuoles ou taches) dans lesquelles sont groupés les bacilles acido-résistants.

Autour de cette cellule lépreuse, on trouve sans systématisation particulière, des lymphocytes, des plasmocytes. On constate également des vaisseaux de néoformation réduits à un endothélium dont les cellules sont déformées et tuméfiées, constituant une paroi vasculaire que l’on a peine à distinguer du tissu environnant. -

Francke (de Hambourg), comme du reste Mlle d’Autrevaux, n’a jamais rencontré dans le léprome la cellule géante signalée par Santonastaso.

L'iris lépreux.

Les lésions histopathologiques que décrivent les auteurs qui se sont occupés de la question de l’iritis lépreuse sont assez complexes. Nous pouvons en schématiser les éléments de la manière suivanter

Il existe d’une part, un certain nombre de modifications constantes de toutes les assises cellulaires de l'iris.

À côté de ces perturbations, on constate la présence habituelle d’exsudats et de synéchies.

Enfin le paysage pathologique est complété par la distribution des lépromes de différentes tailles.

Ce sont les diverses combinaisons de ces éléments anatomiques entre eux qui conditionnent les formes anatomo-cliniques des iritis lépreuses.

Dans toute iritis lépreuse, on retrouve des altérations de l’endothélium, du stroma et de la couche pigmentaire. D’ordinaire, l’endothélium constitue la couche antérieure de l'iris et forme avec l’assi: se cellulaire tapissant la membrane de Descemet,

le revêtement des parois de la chambre antérieure. Pour certains auteurs, il esi réalisé par une nappe continue de cellules, s’invaginant même dans les cryptes du stroma dont il suit les parois ; pour d’autres, Fuchs en particulier, il est interrompu au niveau de ces cryptes, en borde l’orifice sans y pénétrer. Quoiqu'il en soit de cette disposition normale, les cryptes disparaissent dans l’iritis lépreuse et l’endothélium n’y présente aucune discontinuité. Dans certaines coupes on remarque son absence au regard des soudures qui unissent l'iris à la face postérieure de la cornée.

Toutes les anomalies qu’on relève dans l'aspect de ces cellules de revêtement sont pour Santonastaso, le corollaire d’un envahissement ciliaire par le processus lépreux.

Plus variées sont les modifications du stroma

irien. Celui-ci, en effet, contient différents tissus (sphincter, vaisseaux et nerfs) dont l'atteinte ajou-

.{e une note propre à l’aspect particuber de l’alté-

ration du stroma.

L’épaisseur de cette couche conjonctivale diminue à tel point que l’épithélium pigmentaire n’est séparé de la chambre antérieure que par une mince couche cellulaire. Parfois même, endothélium, Stroma et couche pigmentaire font défaut : il se forme une ou plusieurs « pupilles accessoires ».

L’infiltration dissocie quelquefois les fibres du sphincter irien; elles deviennent méconnaissables et sont remplacées par un tissu de granulations ; dans les cas très graves, elles disparaissent complètement.

Au stade d'œdème, les vaisseaux sont gorgés de

sang et donnent lieu à des néo-formations par bourgeonnement de leurs parois. Lorsque les lésions vieillissent, les capillaires s’oblitèrent, des thromboses se constituent et ils entrent en dégénérescence hyaline.

Les nerfs sont infiltrés par des cellules rondes qui, grâce à leur abondance, compriment les cylindre-axes sans cependant les amener à une atrophie complète,

Les lésions de l’appareil pigmentaire seraient particulièrement importantes pour Santonastaso. Il souligne, dans chacun des examens histo-pathologiques qu’il présente, la constance des altérations des couches pigmentaires postérieures. Celles-ci sont de deux ordres : les altérations de structure et des altérations de rapports.

On peut constater d’une part la prolifération des couches pigmentées qui se trouvent formées de nombreuses assises cellulaires alors que, d’ordinaire, elles n’en comprennent que deux. Leur développement est tel qu’elles font hernie au travers de l’orifice pupillaire, réalisant ainsi un véritable ectropion de l’uvée. Le stroma subit l’envahissement des cellules pigmentaires que l’on trouve réparties sur tout l’étendue de la surface irienne, von point d’une façon uniforme, mais groupées par petits amas laissant entre eux des zônes dépigmentées. Elle s’accumulent également au voisinage de l’orifice pupillaire, dessinant un véritable anneau autour de la pupille.

La prolifération de l’épithélium pigmentaire n’est pas homogène ; et l’on note, contrastant avec les zônes où l’exubérance est telle que nous venons de

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la décrire, d’autres zônes où l’épithélium postérieur fait complètement défaut.

Dans les atteintes profondes de l'iris, il n’est plus représenté que par des ilôts sombres perdus dans du tissu de granulations.

Les rapports normaux de l’épithélium pigmentaire sont bouleversés. On voit ses cellules se détacher du stroma irien, se recroqueviller et aller adhérer à la cristailoïde antérieure sur une surface plus ou moins importante.

Mlle d’Autrevaux signale qu’il existe dans la couche pigmentaire quelques globies visibles après dépigmentation à l’acide chromique.

L’inflammation dépasse le domaine irien et @éborde en avant et en arrière sous forme d’exsudats et de synéchies.

Au début des accidents, les exsudats fibrineux tapissent la face antérieure de l'iris et sa face postérieure, puis ils s'organisent, se transforment en un tissu connectif fait de mailles plus ou moins lâches infiltrées de cellules rondes.

Un épithélium modifié, un stroma atrophié, un appareil chromatique bouleversé ne suffiraient pas à caractériser une iritis lépreuse si l’on ne constatait pas la formation spécifique de la ièpre : le léprome. Aussi bien ne comprendrons-nous pas. dans le cadre des iritis lépreuses des observations où l’on ne trouve, en l’absence de toute lésion anatomique et de toute manifestation cliuique, que le bacille de Hansen (obs. d’Attilio-Fava).

Le léprome se rencontre rarement à l’état isolé, si ce n’est dans la forme miliaire. En général plusieurs lépromes se groupent et l’ensemble consti-

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