‹ Les Irido-Cyclites lépreusesChapitre 4 sur 26 · DÉFINITION · texte numérisé non relu

DÉFINITION

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À nous en tenir au sens littéral du terme, l’iritis lépreuse que décrivent les auteurs n’est rarement qu’une iritis.

L'iritis en général peut être définie comme une inflammation des tissus de l'iris. Elle se traduit par de l'injection périkératique, des modifications de l’aspect de l’iris et de sa mobilité, un abaissement du tonus du globe, des troubles visuels et de la douleur péri-orbitaire.

A la vérité, le diaphragme irien n’est jamais seul en cause ; l’inflammation ne laisse pas indifférentes les régions voisines : il existe peu ou prou une diffusion de l'atteinte pathologique au corps ciliaire. C’est pourquoi dans un tableau clinique où à première vue on s’attendrait à trouver les signes de la seule souffrance irienne, on constate l'existence de symptomes révélant la participation ciliaire ; le tractus uvéal réagit en totalité lorsqu’une de ses parties est touchée.

On réserve le nom d’irido-cyclites aux cas où la participation de la zône ciliaire se manifeste par des signes cliniques spéciaux : douleur oculaire spontanée et provoquée par la pression, trouble des milieux (exsudats dans la chambre antérieure,

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la chambre postérieure et le corps vitré). Son évolution peut aboutir à la phtisie du globe.

Dans l’iritis lépreuse, l’atteinte du corps ciliaire est la règle. Sans doute l’intensité des symptomes ne répond pas directement à son importance pathologique. Il ne faut pas s’attendre à la voir se manifester bruyamment ; s’il y a des douleurs, elles sont discrètes ; les exsudats peuvent être légers, les variations de tonus n'être appréciables que par le spécialiste. On doit rechercher avec soin la cyclite qui passe souvent inaperçue chez des malades que l’on a trop l'habitude de regarder à distance et que l’on examine avec un appareillage de fortune.

Et c’est elle cependant qui fait le pronostic si sombre, traduisant son existance par l’évolution même. Malgré leur bénignité apparente, l’apparition des signes de cyclite marque, pour Santonastaso, « une nouvelle étape vers la cécité ». C’est également la cyclite que Wood rend responsable de la cécité chez les lépreux.

I n’en faut pas plus pour poser en principe qu’il s’agit toujours d’une irido-cyclite, (1) et c’est de ce groupe nosologique que nous nous occuperons avec les auteurs sous le nom d'iritis lépreuse.

(1) Crebbin,

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CONSIDÉRATIONS ETIOLOGIQUES

Il est remarquable de constater avec quelle fréquence la lèpre atteint l’appareil visuel et ses annexes.

Aucune des membranes de l’œil, aucun de ses milieux n'échappe au processus lépreux. C’est ainsi qu’on voit au cours de cette affection des atteintes de la calotte scléro-cornéenne, de l’uvée, de la rétine et du nerf optique, sans oublier les lésions sourcillières, palpébrales et lacrymales. Les unes n’excluent pas les autres ; au contraire il n’est pas rare d’observer des lésions complexes affectant les dif-

férentes parties d’un même globe.

La constance de la lèpre oculaire est diversement appréciée par les auteurs. Pour Lopez, cité par Elliot, à propos de ses malades de la Havane, chaque lépreux présente à un moment quelconque de l’évo-

lution de sa maladie des lésions de l’œil ou de ses

annexes. Sans être aussi absolues, les conclusions que Lyder Borthen a tiré de sa longue expérience des lépreux ne sont pas en désaccord avec l'opinion de Lopez. Il signale en effet une altération spécifique de l’œil 80 fois sur 100 lépreux. Des proportions à peu près semblables sont recueillies dans les travaux de Kaurin (75 %).

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D'un autre coté De Silva ne constate sur 500 examens de lépreux que 101 manifestations oculaires. Les chiffres s’abaissent encore dans les travaux de Neve où, sur 80 malades, 20 seulement portaient la signature d’une inflammation oculaire d’origine lépreuse.

Notre documentation personnelle portant sur 7 malades nous a permis de constater chez 5 d’entre eux soit une conjonctivite (3 fois), soit une iritis (2 fois). Les lésions étaient toujours bilatérales. Le nombre trop restreint de nos cas ne nous autorise pas à donner un chiffre traduisant la proportion des atteintes iriennes dans la lèpre en Afrique du Nord. Il nous conduit cependant à penser que cette proportion n’est pas inférieure à celle qu’indique Kaurin.

Ce même auteur avait déjà insisté sur la quasi constance de la bilatéralité des lésions. Ses chiffres qui nous sont transmis par Panas (archives d’Ophtalmologie de 1887, page 481) et Lagrange et Valude (Encyclopédie d’Ophtalmologie tome IV) signalent cette éventualité 90 fois sur 100. Par rapport au nombre de lépreux examinés, les données du même auteur, cité par Bègue (thèse de Paris, 1889) indiquent des lésions binoculaires 48 fois sur 100.

Il est intéressant de savoir dans les nombres produits par les auteurs quelle part revient aux iritis lépreuses, avec quelle fréquence on les retrouve. Espada les voit dans la moitié des lèpres oculaires: Santonastaso, à Bari, trouve des atteintes iriennes dans la moitié ou les deux tiers des cas observés. Plus faibles sont les chiffres rapportés par Hansen

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et Bull ; d’après les auteurs norvégiens le chiffre de 30 % semble représenter la fréquence des lésions iriennes parmi les atteintes lépreuses de l’œil

Que penser de ces divergences numériques ?

Faut-il y voir la conséquence d’un comportement variable du processus lépreux dans des foyers géographiques situés sous des lattitudes différentes ? Doit-on conclure de l’examen de ces statistiques que l’iritis lépreuse apparait plus volontiers en Italie, en Amérique que sous des climats septenirionnaux ? Envisagée sous cet angle la question mériterait un complément d’information que nous ne sommes pas en mesure d'apporter.

Le sexe des malades ne semble pas intervenir comme élément favorisant dans la répartition de la lèpre de l'iris. Dans les observations de Lyder Borthen qui nous apporte la plus importante collection de malades dans son ouvrage « Die Blindheïitverhältnisse bei der Lepra » nous avons relevé avec une égale fréquence l'atteinte de l’un et l’autre sexe.

L’iritis peut se voir à tout âge ; elle peut également s’observer à des moments très différents de l’évolution de la maladie. Voici quelques exemples empruntés à Lyder Borthen. Un homme de 70 ans porteur de lésions lépreuses depuis 50 ans présente des synéchies reliant l'iris droit à la cristalloïde antérieure. Une femme de 75 ans lépreuse depuis 63 ans a du lagophtalmos, des altérations de l’épithélium cornéen, une chambre antérieure diminuée de profondeur, de l’hyperhémie irienne, des synéchies postérieures, des opacifications cristallinien-

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nes. Une femme de 54 ans, malade depuis 6 ans souffre d’une irido-cyclite gauche. Chez un homme de 22 ans, atteint de lèpre depuis 8 ans, on constate des synéchies postérieures au niveau de l’œil droit. Un lépreux de 34 ans, malade depuis 9 ans offre à l'examen des séquelles d’iritis de l’œil gauche.

Il existe donc des cas où l’iritis survient précocement, d’autres où son apparition est tardive. Cette variabilité n’est pas le fait du hasard. En fouillant attentivement les observations, on s'aperçoit que les atteintes iriennes qui surviennent dans les premières. années de la maladie sont l’apanage des formes tuberculeuses de l’affection, tandis que l’installation à longue échéance d’un processus irien spécifique est sous la dépendance des formes maculo-anesthésiques. Si nous examinons avec les auteurs les raisons qui président à la constitution d’une iritis lépreuse, nous sommes conduits à admettre une pathogénie différente pour chacune des deux formes. Alors que dans la forme tuberculeuse l'iritis est la conséquence directe et unique de la colonisation du tractus uvéal par le bacille de Hansen, elle ne doit pas être considérée selon Bull et Hansen « comme la conséquence immédiate de la dyscrasie lépreuse, dans la forme lisse, mais comme le résultat d’une ulcération de la cornée due à la paralysie du muscle orbiculaire ». Généralement tardive cette ulcération se produit dans l’œil qui a le plus souffert de la paralysie.

Dans certains cas exceptionnels cependant de la lèpre nerveuse, on peut constater des iritis en l’absence de toute paralysie de la paupière.

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