‹ Les irresponsables devant la justiceChapitre 2 sur 115 · RUE HAUTEFEUILLE, PRÈS DU BOULEVARD SAINT-GERMAIN · texte numérisé non relu

RUE HAUTEFEUILLE, PRÈS DU BOULEVARD SAINT-GERMAIN

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INTRODUCTION

Est-il quelqu'un qui ne soit frappé de voir se produire chaque jour, dans les affaires criminelles, de nouvelles exceptions, plus larges et plus graves, au principe de la responsabilité morale ? Est-il un avocat c[ui ne se croie le droit ou le devoir de plaider l'irresponsabilité de son client, et c|ui n'espère, clans l'ébranlement des principes de la morale et du droit, dans la confusion des controverses, le faire bénéficier des affirmations réelles ou prétendues, des conclusions fermes ou prématurées, des hésitations de la science moderne ? Troublé dans sa conscience, le magistrat hésite à punir ; le juré, inhabile à prendre parti dans des discussions scientificpes hors de sa portée, abuse des « circonstances atténuantes ». Et le nombre des irresponsables s'accroît à toute heure, en raison même des conquêtes positives, des progrès, comme des tà- RiANT. Les Irresponsables. i

INTRODUCTION

tonnements d'une science qui, depuis quelques années, presse avec trop d'ardeur sa marche en avant pour n'avoir pas ébranlé, sur sa route, bien des principes primordiaux, pour ne pas s'être heurtée à des difficultés insolubles, pour n'avoir pas posé des axiomes encore mal vérifiés.

Cependant il en résulte un affaiblissement de la répression. Et quand la répression faiblit, on voit — c'est fatal — le crime s'enhardir, s'étaler effrontément, on dirait faire école. Il suffit d'interroger ia .statistique criminelle, pour con.stater que le nombre, l'audace et la gravité des crimes s'accroissent dans la proportion même où l'irresponsabilité e.st affirmée, plaidée, admi.se en ju.stice.

Qu'il y ait là un péri] d'une importance capitale, chacun en demeure d'accord. Les divergences ne peuvent commencer que quand on cherche le remède à une situation aussi nouvelle qu'elle est compromettante pour la morale et la sécurité sociales.

D'autre part, voici venir des théories de bien vieille date, mais rajeunies par le darwinisme, qui ne se contentent plus de multiplier les exceptions apportées à la responsabilité morale. Ces exceptions confirmeraient encore le principe, et le principe, dit-on, a fait son temps. Pour être responsable, punissable, il fau^ être libre. Or, on l'affirme, l'homme ne l'est pas. C'est une machine.

INTRODUCTION

rien de plus. Influences de l'organisme, de la conformation physique, de l'hérédité, de l'atavisme, effets de l'impulsion, de l'instinct, des dispositions psychiques, de la passion, du milieu physique ou du milieu moral, il subit tout en esclave désarmé, et quand il commet, un jour, un de ces actes que la \'ieille morale et que la loi, non moins arriérée sans doute, appellent jusqu'ici « délits » ou « crimes », il obéit, dit-on, logiquement à des impulsions irrésistibles. Aussi ce n'est point un juge qu'il lui faut donner, c'est un médecin; ce n'est point -ane prison qui lui convient, mais un hôpital. Trop longtemps la métaphysique, la théologie, et le droit formé à leur école, ont imposé aux législations leurs doctrines sur le libre-arbitre, la responsabilité, la culpabilité, l'imputabilité, la répression, la proportion à établir entre la peine et le délit. L'heure est enfin venue de faire la démonstration scientifique de l'irresponsabilité, et de remplacer le droit, la justice, par les conclusions plus modernes de la biologie et de la sociologie criminelles.

On le voit, il ne s'agit plus seulement, en présence de ces théories, de chercher à se défendre contre l'abus des exceptions faites au principe de la responsabilité morale. Avec les novateurs, c'est bien autre chose ; la responsabilité, ils la nient ; l'imputabilité, ils la repoussent ; la peine, ils n'en admettent pas plus le mot que l'idée. La justice

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