‹ Les irresponsables devant la justiceChapitre 21 sur 115 · LE CRIME « EXTÉRIORISÉ · texte numérisé non relu

LE CRIME « EXTÉRIORISÉ

d'ordre matériel et d'origine extérieure. Ainsi présenté, le criminel n'est plus qu'un automate, sur lequel agissent des forces étrangères, fatales, pour le solliciter, l'entraîner aux actes qu'il commet inconsciemment. De là à l'axiome capital de la doctrine nouvelle, « qu'il n'y a pas de liberté, de responsabilité morale », la distance n'est pas grande.

De la psychologie du criminel, de son étude intime, à peine en est-il question. C'est, il est vrai, moins simple, moins positif, et cela exigerait d'autres connaissances plus élevées que celles suffisantes à dresser l'état des influences extérieures. Que les incompétents se récusent, mais qu'ils ne suppriment pas une partie capitale de l'enquête, faute de pouvoir la faire.

Quoi qu'il en soit, si une étude volontairement exclusive, incomplète, aboutit à une interprétation fausse du crime, du criminel, de la liberté, de la responsabilité morale, et du droit de punir, on ne peut c[ue s'y attendre.

A force de chercher autour du crime et du criminel, on en est arrivé à constituer une série indéfinie de cases, dans l'une desquelles, au moins, tout prévenu peut espérer trouver une place, en même temps qu'une cause ou un prétexte d'irresponsabilité.

Si le mal déjà fait est grand, il faut éviter qu'on ne l'exogcrc. De là l'observation c[ui suit :

l'irresponsabilité

La science, qui discute, pèse ces différentes causes d'irresponsabilité, n'admet en aucune circonstance que les immunités réclamées puissent être applicables aux individus, en tant qu'ils appartiennent à tel ou tel groupe, à telle ou telle catégorie.

Un criminel, par cela qu'il peut être rangé dans le groupe des aliénés, dans celui des alcooliques, dans la classe des héréditaires, n'est pas un irresponsable, même présumé. La preuve est toujours à faire dans chaque cas, et bien souvent l'expert sera amené à conclure à l'irresponsabilité par l'examen du prévenu et l'étude des faits.

De même que le point de vue moral, philosophique de la question de responsabilité doit être examiné, vérifié, discuté, non pas pour une catégorie de faits plus ou moins similaires, mais dans chaque cas et pour chaque individu, de même le point de vue matériel, scientifique de cette question exige un examen et une discussion pour chaque affaire. Là seulement est la vérité, là seulement est la condition de la sécurité pour la société, pour les accusés ; là seulement se trouve la garantie scientifique : la science, capable d'apprécier des espèces, ne pouvant se prononcer, a priori, sur des catégories d'irresponsables.

L'absence de critérium absolu impose encore l'examen mental de chaque prévenu. On Fa dit :

PAS DE CATÉGORIES d'iRRESPONSABLES

en médecine, il n'y a pas de maladies, il n'y a que des malades ; il n'y a pas de pleurésie, il n'y a que des pleurétiques. De même, en médecine légale, il n'y a pas d'épilepsie, il n'y a que des épileptiques. L'irresponsabilité n'est donc nullement attachée d'emblée à telle ou telle étiquette ; c'est chaque fois, et dans tous les cas, une démonstration à faire de toutes pièces. Ceux qui prétendent imposer une irresponsabilité impersonnelle, par catégories de malades ou d'individus anormaux, font œuwe antiscientifique. Casper l'a dit avec raison : « On ne peut trop blâmer la tendance regrettable de toujours classifier en médecine légale, tandis qu'au contraire tous les efforts doivent tendre à l'individualisation et à l'éclaircissement de chaque cas particulier ('). »

Si, dans cet ouvrage, l'examen des questions nous oblige à grouper les faits similaires, en justice, il n'y a jamais de catégories, mais des faits individuels, à examiner, et l'expert n'est jamais appelé à se prononcer que sur une espèce déterminée.

C'est assez pour imposer au médecin une tâche parfois bien délicate et des problèmes singulièrement difficiles, comme on va le voir par la suite.

Ces premières réserves formellement posées, nous pouvons aborder l'étude des faits sur les-

(i) Casper, Traité de médecine légale, l. \", p. 258.

1 1 RR E s P O N s A I U I . I T l'.

quels on s'appuie pour soutenir l'irresponsabilité au nom de la science.

De ces faits, les uns appartiennent réellement ou se rattachent, d'une manière plus ou moins étroite, par un lien plus ou moins discutable, à la catégorie des faits pathologiques ; les autres n'accusent qu'un état physiologique défectueux, pour une cause ou pour une autre : anomalies, arrêts de développement, etc. D'où deux classes distinctes et comme deux variétés de causes d'irresponsabilité, selon que, pour les établir, on invoque des faits d'ordre pathologique ou des faits d'ordre physiologique. Comme on le verra, la limite entre ces divisions est loin d'être précise ; entre telle prédisposition héréditaire et telle lésion acquise, la distance est souvent minime et la différence peu tranchée.

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