‹ Les irresponsables devant la justiceChapitre 33 sur 115 · T.ES « DÉGÉNÉRÉS · texte numérisé non relu

T.ES « DÉGÉNÉRÉS

D'après Jules Falret, « ces individus deviennent étranges, bizarres, d'un caractère impossible, en dehors de toutes les règles ordinaires ; ce sont des excentriques, des originaux, des gens insociables et impossibles à soumettre aux lois communes, c[ui se soustraient, malgré eux et par un vice de nature, à toutes les règles de la vie générale ou des convenances sociales. Ils violent ainsi toutes les lois en vertu desquelles la société humaine existe et se perpétue, et deviennent des êtres exceptionnels qui ne peuvent vivre de la vie commune. Leur intelligence n'est pas troublée, comme dans les autres espèces de folie ; mais leur caractère et leur moral sont pleins d'anomalies.

«... Au lieu de tournera la débilité intellectuelle et à l'imbécillité, ces individus tournent à la folie morale ou à la folie des actes. Mais, comme il faut souvent des années avant que cette espèce de folie vienne à se caractériser nettement et à être reconnue par tous d'une manière incontestable, ils sont alors, pendant des années, livrés à tous les désordres et à toutes les excentricités d'action qui rendent leur vie aussi irrégulière que possible, et qui peuvent les amener devant les tribunaux, s'ils ne les conduisent pas dans les asiles d'aliénés. Ce sont de vrais fléaux de famille. Ils se font d'abord renvoyer violemment des pensions, institutions, séminaires, couvents, maisons religieuses ou mai-

sons de correction, où on les a placés ; ils ont des instincts vicieux précoces, qui les font considérer comme des êtres cyniques, féroces ou dangereux ; on ne peut pas plus les garder dans la famille que dans l'éducation commune. Ils s'engagent alors comme mousses dans l'armée ; ils se font mettre dans les compagnies de discipline, renvoyer des régiments, condamner par des conseils de guerre... Ils se livrent successivement aux professions les plus diverses, sans pouvoir s'attacher à aucune. Ils ne peuvent se fixer à rien ; ils changent de lieu, de situation, de milieu, de relation, d'occupation et de mode d'existence. Rien ne peut les retenir dans la voie droite et régulière, ni les supplications de leurs parents, ni les conseils de leurs amis, ni les malheurs de tout genre que leur conduite leur inflige à chaque instant. L'expérience personnelle et les dures épreuves de la vie, qui servent ordinairement à corriger les natures les plus insoumises, c|uand elles sont susceptibles de modification, n'ont pas de prise sur ces natures exceptionnelles, mal nées, vouées au vol par naissance, et que rien ne peut modifier, ni l'expérience des autres, ni leur expérience personnelle. Ils parcourent ainsi la vie, au milieu des péripéties les plus variées, des incidents les plus graves et souvent les plus grotesques, côtoient constamment la police correctionnelle et la Cour d'assises, ou bien l'asile

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