LA PART MÉCONNUE DE LA PSYCHOLOGIE
le fil qui doit la faire sortir d'un pareil labyrinthe (') ?
La sentence, si elle est prononcée toujours par le magistrat, est réellement -dictée par l'expert. Et la médecine croit bon, dans cette situation si haute qui lui est faite, de se passer de tout examen psychologique ; mais cette lésion matérielle sur lac[uelle elle s'appuie, elle sait pourtant bien, par expérience, que souvent elle fait défaut, et que c'est sans l'avoir constatée sur le sujet, sur le parvenu, c[u'il lui faut se prononcer. .
Partout le médecin légiste ne rencontre que de difficiles problèmes. Mais, en vérité, les recherches cadavériques les plus minutieuses, la constatation des lésions les plus délicates, celle des poisons retrouvés dans les organes par la plus ingénieuse analyse, qu'est-ce que tout cela, en comparaison de l'étude des influences héréditaires, maladives, morales, sociales, qui ont amené un crime ! Voilà ce que le médecin-expert doit constater, contrôler, discuter, affirmer ou nier.
(i) « Chez les grands criminels dont la physiologie fait autant de monomanes, qui pourra nier, leur biographie à la main, la claire conscience du dessein, le calcul réfléchi des moyens, le parfait sang-froid dans l'exécution, c'est-à-dire tous les signes d'une personnalité libre et responsable? Que conclure de tout ceci ? Qiie ces phénomènes extraordinaires de la vie humaine appartiennent à la psychologie, qui seule a le droit de les définir et de les qualifier, tout en laissant à la physiologie la tâche d'en déterminer les conditions organiques et d'en décrire les effets pathologiques. » (Vacherox, La science et la conscience, Revue des Deux-Mondes, i"mai 1869.)
On a beau vouloir matérialiser toutes choses, il y a là des solutions auxquelles le scalpel, les réactifs et les cornues ne suffisent pas.
Et malgré tant de difficultés et de causes d'erreurs, l'aliénation mentale, c'était le point fort de l'irresponsabilité ; c'est là sa meilleure thèse, et son thème le plus justifié.
On voit qu'il y faut apporter quelque réser\"e, et qu'il y a lieu d'y bien regarder, avant de se prononcer sur bon nombre d'applications du principe (').
Que sera-ce quand il faudra discuter la responsabilité de ce qu'on appelle un dégénéré !
Le dégénéré, quelle définition en donner? Est-il bien différent du fou moral, ou du vicieux ? Est-ce un type bien défini ?
(i) Ne faut-il pas se souvenir aussi que s'il y a des lésions ou des états morbides, capables de porter atteinte à l'intelligence, il yen aurait dont on fait la condition du génie ?
« En aucun cas, l'intelligence ne se développe plus rapidement et ne déploie plus d'énergie et de grandeur que lorsque l'organisme est atteint de la manière la plus grave dans la source même de sa vitalité, à ce point que l'individu ou bien s'arrête et meurt prématurément, ou bien ne peut compter que sut une existence traversée et à chaque instant mise en péril par des in6rmités de toutes sortes. C'est lorsque les systèmes lymphatique et nerveux acquièrent un développement excessif, une prédominance maladive, ainsi que cela s'observe principalement chez les idiots et les imbéciles, c'est alors, dis-je, que l'on voit les facultés intellectuelles briller d'un éclat incomparable. Pascal en est un des exemples les plus frappants. » (J. Moreau, La Psychologie morbide, le Haschich et VAUcmtion mentale.)
Ou ne s'étonnera pas qu'il y ait des auteurs pour soutenir que « le génie est une névrose ».