‹ Les irresponsables devant la justiceChapitre 36 sur 115 · T.ES CRIMINELS PAR PASSION · texte numérisé non relu

T.ES CRIMINELS PAR PASSION

crime accompli sous rinfluence de cette même colère ou de toute autre passion.

Il y a, en ce moment, une tendance très prononcée à pousser jusqu'au bout les effets de cette assimilation entre les passions et l'aliénation mentale. Lorsque la loi pénale dit qu « il n'y a ni crime ni délit quand l'auteur du crime ou du délit était en état de démence, au moment de Vaction », on prétend que le mot « démence » comprend cet état d'âme où nous place la colère, et c[ue, par conséquent, l'irresponsabilité couvre l'acte commis pendant que la colère nous domine.

Comme si la passion dépouillait l'homme, d'emblée, de sa liberté, de sa volonté; comme s'il n'avait aucun pouvoir de résistance à opposer à la passion, même à ses débuts !

Les anciens en jugeaient autrement.

Qu'Horace réunisse les avares, les ambitieux, les débauchés, les hjrpocrites ou ceux qui sont victimes alio mentis morho ; qu'il leur démontre qu'ils sont tous fous :

Hiic provins me,

Duin doceo hisanire oniiies

c[ue, même, il fasse déclarer par Stertinius que tous les hommes à passion forte sont atteints de folie, et qu'il appuie cette théorie par l'exemple de

ce type d'avare achevé, Opimius (*), on applaudit le satirique, on réserve son opinion comme philosophe ou comme légiste.

Mais voici des jugements plus sérieux : - Les païens étaient si convaincus de l'influence de la volonté humaine sur les passions que, tandis qu'ils voyaient dans les Dieux seuls la source de tous les biens, et s'adressaient à eux pour les obtenir, ils ne trouvaient que dans l'homme la force qui peut procurer la vertu et la sagesse :

« Juclicium hoc omnium mortalium est, fortunam a Dco petendam, a se ipso sumendam esse sapientiam f). »

La vertu était si bien, selon eux, due aux seuls efforts de l'homme, qu'ils ne songeaient nullement à remercier les Dieux de ce bien-là, tandis qu'ils leur attribuaient tous "les autres : « Num quis, quod bonus vir esset, gratias diis egit unquam (') ? »

Homère fait dire, dans le même sens, parPélée à Achille :

« Mon fils, Minerve et Junon vous accorderont la victoire, si elles le jugent à propos ; mais c'est à vous de modiher votre fierté et de réprimer votre colère ('). »

(1) Horat., Sat., Liber II, Sat. III.

(2) Cicero, de Nat. Deor., lib. III, p. 86-9S.

(3) Cicero, op., cit., ilnd.

(4) Hom., Iliade, p. 9, 254-257.

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