I.E POINT DE VUE POSITIVIS J E
tout entière ; mais si un individu dont la conduite est habituellement irréprochable s'est porté à quelques excès, dans un de ces mouvements impétueux de l'àme dont personne ne peut se flatter d'être toujours exempt, si la passion qui l'a subjugué a été excitée par une cause subite et tout à fait imprévue, le juge alors verra si l'examen attentif des faits ne peut aller jusqu'à faire disparaître toute culpabilité, et alors il prononcera l'acquittement ; et dans tous les cas, il y trouvera, sinon une excuse légale, du moins des circonstances atténuantes qui lui permettront d'atténuer la peine ('). »
La théorie positiviste s'embarrasse peu de ces distinctions ; à quoi bon ?
« Aux yeux du juge, le coupable sera un homme pourvu de penchants, de passions indociles, un être qu'il faut simplement transformer moralement, si cela est possible, ou tout au plus mettre hors d'état de nuire en troublant le plan social.
« Les notions du bon, du juste, ne sont pas innées dans le cerveau humain.
« Il faut châtier, non plus au nom d'une justice soi-disant invariable, en raison de son origine divine, ou d'une conviction purement intuitive, et par consécjuent infiniment muable, mais au nom
(i) Briand et Cliaudé, Manuel rie médecine légale, p. 541.
de la 'notion beaucoup plus modeste de l'intérêt commun, de l'utile scientifiquement déterminé ('). »
Un trait de plume suffit à remanier ainsi toutes les notions de morale et de droit. Reste encore la loi, mais comme cela va permettre de la tourner ! Les criminels ne manqueront pas de profiter de la leçon et de se poser en victimes de la fatalité ! A les entendre, tous les efîbrts de leur volonté auraient été impuissants contre cette idée obsédante nuit et jour, contre cette hallucination qui leur a imposé le crime.
Casper voit là une excuse très-commode pour faire croire à la non-culpabilité. « Quelquefois, dit-il, les médecins se laissent séduire par cette explication ; aussi trouve-t-on de nombreuses erreurs qu'il faut attribuer à cette cause, car il est facile de recouvrir les erreurs du manteau scientifique offert par les théories d'Hoftbauer et de Platner > (amentia occulta) (*).
(1) Létourneau, Physiolog ie des passions, chap. iv.
(2) Casper, Traité de médecine légale, t. I", p. 269.
LA PÉRIODE d'incubation DE LA FOLIE 93
Qu'on invoque la force irrésistible pour t'acte . convulsif, subit .de l'épileptique, dans la fureur de ■ son accès, pour certains délires alcooliques, où la démence est constatée ; mais qu'on n'en fasse pas .une théorie assez élastique pour prétendre l'appli- . quer à tous les crimes, en la faisant intervenir à propos de toutes les impulsions, de toutes les passions.
Où s'arrêtera-t-on, après ces assimilations si mal justifiées? Qui ne sera pas admissible à ex- . ciper de la folie, le jour où il sera accusé d'un . crime ou d'un délit ?
On a vu dans quelles exagérations l'on est ; tombé. Morel a ouvert une porte plus large encore vià cet abus, le jour où il a écrit : « Un grand '.nombre d'individus sont mis en jugement pour des ccrimes commis pendant la période d'incubation de lia folie. »
Qui pourra contester que telle grande passion, ssi elle n'est pas la folie, n'est pas une manifestattion, un symptôme de cette période d'incubation ^ide la folie, et qu'à ce titre, elle n'a pas droit à la nmême immunité que la folie confirmée ?
C'est le cas de dire que la règle doit toujours être supposée, et que, l'exception devant être prouvvée, la question est toujours une question de fait à résoudre par un examen complet.
Voilà ce qui est à la fois logique et scientifique.
Mais on voit, chaque jour, les défenseurs plaider
l'irresponsabilité, et le jury absoudre, quand il s'agit de crimes passionnels. Ne faut-il pas épargner au prévenu jusqu'au minimum de la peine prononcée par la loi ?
A la bonne heure, qu'on le dise franchement; mais qu'on ne mette pas sous le couvert de la science, de la philosophie, ou de la physiologie, même positiviste, des décisions auxquelles la science est complètement étrangère.
Enfin, les rapports d'experts se terminent-ils par une formule analogue à celle-ci : — « La passion (colère, vengeance, jalousie, suivant le cas) sous l'empire de laquelle X... a agi, ayant pu porter atteinte à sa liberté, nous paraît devoir motiver soit une atténuation, soit la suppression de la responsabilité, » — cette déclaration n'est scientifique, qu'autant qu'une démonstration rigoureuse a justifié considérant et conclusion. Sinon, ce n'est qu'un nouveau passe-partout pour l'irresponsabilité, et les comptes-rendus des tribunaux montrent quel abus on peut en faire.
IRRESPOXSABll.nÉ DES ALCOOLIQUES 95