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augmente ; et que, en outre, la gravité des crimes s'accentue de plus en plus. Il n'est pas nécessaire d'aller chercher si loin la réponse à ces questions : pourquoi la plupart des criminels sont-ils si jeunes, pourquoi les crimes observés sont-ils plus atroces, pourquoi voit-on la grande névrose atteindre tous les rangs de la société ? L'alcool n'est-il pas là pour
rendre raison de ces effrayants symptômes?
D'une statistique récente sur la criminalité en
France, il ressort cpe le nombre moyen des accusés
de viols et attentats à la pudeur sur des enfants.
accusés, jugés contradictoirement dans la dernière
période quinquennale, est presque quintuple de
celui de la précédente.
Ainsi, - de 1826 à 1830, la moyenne annuelle est
de 139 accusés. De 1876 à 1880, la moyenne annuelle
est de 809 accusés C).
Des recherches récentes, faites sur les crimes contre les personnes, tant en France qu'à l'étranger on peut conclure que les crimes commis sous l'influence de l'alcool représentent à peu près
Le tableau ci-dessus, emprunté au savant mémoire de M.Marambat, sur Valcoolisme et la cnmincdUé, ne laisse aucun doute sur la relation entre ces deux termes.
(X) J. socquet, ContMon à l'c.ulc slaMùjnc de la cMiU en France, Paris, 1884.
l'alcoolisme et la folie
Que la folie soit bien souvent l'aboutissant des excès alcooliques, une triste démonstration en est fournie, à mesure que la consommation de l'alcool envahit certaines régions, où il tend à remplacer les boissons fermentées, vin, cidre ou bière, au .grand détriment de la santé publique.
« Le docteur Jolly a constaté que dans les départtements du Nord, où se sont produits ces chan- .gements dans les habitudes, « la proportion des « cas de folie a pu s'accroître de 9 à 22 p. 100 chez « les hommes, et de 2 à 4 p. 100 chez les femmes. »
« Le docteur Lunier a complété cette preuve, au mo3^en d'une statistique portant sur un grand nombre de départements. Pour ne citer que le Finisitère, la proportion des cas de folie alcoolique s'est élevée à 37 p. 100, depuis que la consommation cde l'alcool y a doublé. »
En Angleterre, la moitié des aliénés se rencontre iparmi les buveurs.
En France, il résulte des observations des médecins aliénistes, Esquirol, Morel, Parchappe, Motet, etc., que sur 100 cas d'aliénation mentale, il Riant. Les Irresponsables. 8
104 IRRESPONSABl.KS l'Ol R CAUSE l'A l HOl .OGIQUK
y en a 18 qui proviennent des excès alcooliques un cinquième !
La folie s'étend donc parallèlement à la consom-; mation de l'alcool. En 6 ans, la population de Bicêtre a doublé.
En 1870, 27 p. 100 des. aliénés admis à l'asile Sainte-Anne étaient des alcooliques.
En 1871, sous la Commune, la proportion s'est élevée à 58 p. 100. (Lunier.)
On a raison d'appeler le cabaret « un lieu où l'on vend la folie en bouteille (*) ».
La statistique des asiles du département de la Seine montre que, en 15 années, sur 32,000 aliénés, il y a eu 5,881 cas de folie alcoolique (1 sur 6), qui se répartissent ainsi : 5,063 hommes et 818 femmes. Et encore, ces chiffres ne comprennent que les cas d'alcoolisme aigu ou subaigu. Si on y ajoutait les cas d'alcoolisme chronique, de paralysie générale alcoolique, on pourrait dire que l'intoxication alcoolique compte 28 p. 100 chez les hommes, et 6 pour 100 chez les femmes, dans l'étiologie de la folie n. »
La dépense du service des aliénés du département de la Seine était, en 1804, de 100,000 fr. Elle dépasse maintenant 5 millions .'
(1) A. Riant, L'alcool et U lahac, Hachette, 5' édition.
(2) Bulletin de la Société de tempérance, n- i et 2, 1886, p. 94-
l'aT.COOI.ISME K'V l.K SUICIDK
L'altération des facultés intellectuelles par l'alcool se manifeste encore dans l'influence exercée par les habitudes alcooliques sur le suicide. « A Paris, le chiffre des suicides par ivrognerie est de 1 sur 72 décès. Il n'esta Londres que de 1 sur 175 décès ; à New-York, de 1 sur 172 ; à Vienne, de 1 sur 160.
« Sur 4,595 suicides constatés par la police en dix ans, et dont M. Brierre de Boismont a étudié les dossiers, 530 doivent être attribués directement aux excès alcooliques, ce qui donnait une proportion de 1 sur 8.
« Le docteur Lunier a établi par des chiffres que c'est dans les départements, où la consommation d'eau-de-vie est la plus élevée, que l'on trouve le plus grand nombre de ces suicides.
« Dans certains départements, on a compté, en 1869, 35 suicides sur 100,000 habitants.
« En Suède, la proportion des suicides est de 1 sur 57 décès ('). »
D'après le docteur Decaisne, il y a eu, en France, de 1826 à 1830, 1,739 suicides, et de 1876 à 1880, 6,259. Or, les suicides par alcoolisme se sont accrus, de 1876 à 1880, de 4,83 p. 100, c'est-àdire qu'ils ont presque sextuplé !
(i) L'ahoelet le tabac, p. ii8.
106 mHESPONSAlU.ES rOUR CAUSE PAIHOLOGIQUK
Il y a un degré où l'homme qui se livre aux boissons alcooliques est devenu un malade. S'il est prouvé que l'usage, à plus forte raison l'abus de l'alcool le plus pur, l'alcool de vin, est dangereux pour la santé, il est démontré scientifiquement que les alcools d'industrie, eaux-de-vie de grains, de betterave, et surtout de pommes de terre, si communément, et, bientôt on pourra le dire, si exclusivement employés, sont des poisons auxquels l'économie ne résiste pas plus de dix ans au maximum (').
Comment s'en étonner quand on voit ce que représentent aujourd'hui vins et liqueurs?
Dans un savant Rapport sur la Toxicité des alcools dits supérieurs et des bouquets artificiels, MM Magnan et Laborde ont établi les dangers du vinage, surtout par les alcools d'industrie ; le danger de l'addition de bouquets d'origine chimique ou simili-vins, par exemple de l'huile essentielle de vin ou de lielde vin (dont quelques
(I) Jules Rochard, Revue des Deux-Mondes, 15 avril 1886. - Travaux de MM. Alglave, Dujardin-Beaumetz et Audigc, etc.