LES HYPNOTISÉS A DISTANCE
venir. Et cela, par l'action de certaines substances tenues à distance.
L'auteur établissait que « le rôle physiologique des régions émotives du cerveau... a, jusqu'à présent, en dehors des médecins aliénistes, sollicité à peine l'attention des psychologistes et des médecins cliniciens », — que cependant, « certains problèmes obscurs encore de notre vie intime se trouvent, grâce à cette étude, éclairés d'un jour tout nouveau » ; — il ajoutait que ces mêmes régions émotives s'élèvent, s'abaissent dans leurs manifestations, sans aucune participation de notre moi conscient ; qu'elles constituent, dans tous les actes de notre vie courante, une véritable puissance indisciplinée qui s'ébranle malgré nous, s'exalte soudainement, et devient ainsi associée à toutes les 1 phases de la vie que nous traversons » ; que « ces 1 régions émotives, chez des sujets hypnotisés, . deviennent susceptibles d'être isolées et sollicitées .à part ». Après avoir dit que « ce sont là des ; phénomènes très saisissants dont le récit touche .à l'invraisemblance », le docteur Luys exposait « les L expériences nouvelles qu'il a entreprises sur ce ^domaine spécial de l'hypnotisme, si fécond en ï surprises. »
Suivait le détail des réactions produites sur l'or- Uganisme hypnotisé par l'action à distance de nomtbreuses substances, le tout illustré par des repré-
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sentations photographiques exprimant les phases émotives, se succédant chez des sujets hypnotisés, sous l'influence de telle ou telle substance.
En terminant sa communication, le docteur Luys disait :
« On ne peut s'empêcher de réfléchir aux conséquences graves que ces études nouvelles de psychologie expérimentale peuvent avoir dans les actes de la vie sociale.
« Il ne s'agit pas seulement de ces suggestions extraordinaires imposées à certains sujets et qui éclatent après dix, quinze, vingt jours, et même plusieurs mois d'incubation, mais bien d'un ordre nouveau de questions médico-légales, qui, à propos des substances médicamenteuses et toxiques, vient s'imposer à l'attention des légistes.
« Voici la question nouvelle qui se pose : on peut donc, à l'aide de certaines substances qui agissent d'une façon purement ph3''sique, produire chez les hypnotisés des bouleversements profonds dans les rouages de la machine organique... en côtoyant les frontières de la vie... (*). » Et à côté du danger d'une imprudence, l'auteur signalait le péril de crimes silencieux sans traces et sans preuves.
Devant l'étrangeté, la gravité des faits contenus dans cette communication, l'Académie montra la
(i) Bulletin de rAcadèinie de médecine, séauce du 30 août 1887, communication de M. le docteur Luys, et VEiiccphale, 1887, p. 291, 301, 302.
UNE COMMUNICATION A i/aCADÉMIIi;
plus légitime prudence. Les réserves les plus énergiques furent formulées par le secrétaire perpétuel, M. le docteur Bergeron, par M. le docteur H. Roger, M. le docteur Baron Larrey, par M. Dujardin-Beaumetz, et par M. le professeur Brouardel, réclamant tous que ces expériences fussent soumises au contrôle sévère d'une commission. « Ce n'est pas impunément, disait M. Brouardel, qu'on peut verser dans les débats médico-légaux des questions aussi graves; aussi faut-il, lorsqu'elles ont vu le jour, que l'on sache en même temps cju'ily a des Académies qui s'en préoccupent, et des personnes sérieuses qui répètent en toute bonne foi les expériences annoncées ('). »
Et l'Académie, consultée, décida, à l'unanimité, qu'une commission de cinq membres serait chargée d'examiner les faits rapportés par M. Lujs dans sa communication (-).
La commission de l'Académie jugera le fait scientifique; mais ne sent-on pas quelle réserve s'impose devant des expériences de ce genre : sujets réfractaires ou sujets qui se prêtent trop volontiers aux vues de l'expérimentateur, anomalies visant à passer pour la règle, exagérations involontaires, entraînements, erreurs possibles, contrôle presque
(1) Bulletin de V Académie de médecine, séance du 30 août 1887, communication de M. le docteur Luys, et l'Encéphale, 1887, p. 305.
(2) Ibid., p. 306. — Voir, plus loin, page 159.
Riant. Les Irrespotisables. n .
nul? On voit que de difficultés les savants euxmêmes rencontrent pour se prononcer, et par suite quel danger court le public, auquel la presse jette des ébauches, qu'il riscjuc de prendre pour des réalités déînontrées.
La suggestion mentale et l'action à distance des substances toxiques et médicamenteuses invoquent des expériences. C'est possible, mais ne faut-il pas tenir compte des sujets qui les ont fournies, et des aptitudes spéciales, exceptionnelles, qu'ils présentaient à ces influences ?
Dans leur préface MM. Bourru et Burot, professeurs à l'École de médecine de Rochefort, le déclarent : « Le hasard d'un service de clinique médicale, disent-ils, nous a mis en présence d'un homme, dont le système nerveux dépassait, en excitabilité et perte d'équilibre, tout ce qui était connu jusqu'à lui, même chez les hystériques célèbres dans la science. C'était pour nous une grande curiosité scientifique de reproduire sur ce malade les découvertes si passionnantes accomplies dans ces dernières années par les différentes écoles, et surtout par la plus brillante, l'École de la Salpétrière. Ce sont ces recherches qui ont été notre point de départ. C'est cet organisme en expérience, sensible jusqu'à l'invraisemblance, qui nous a fait toucher
(i) Bourru et Burot, La suggestion mentale et l'action à distance des suhsiances toxiques et médicamenteuses, Paris, J.-B. Bailliire et fils, 1888.
AVKVX. IMPORTANTS
du doigt des faits passés inaperçus ; mais déjà nous soupçonnions leur généralisation ; il nous paraissait probable que, pour être à son maximum d'intensité dans ce système nerveux malade, cette propriété qu'il nous révélait ne lui était pas exclusive, et. que nous devions la retrouver avec des variations, des nuances, des degrés individuels, sur bien d'autres personnes. Nous avons donc cherché de tous côtés, et bientôt trouvé une quantité de personnes sensibles, dans certaines conditions, à l'action des substances appliquées sur la surface extérieure du corps ou présentées à distance. »
Les auteurs ne nous disent pas seulement quel a été leur point de départ; ils montrent quelle juste réserve s'impose, quand il s'agit d'expliquer les faits observés ; ils avouent « avoir eu de grandes difficultés pour soumettre les différentes conditions expérimentsdes à un déterminisme rigoureux, qu'ils reconnaissent ne pas posséder complètement encore ; le problème, disent-ils, reste à résoudre presque en entier ; nous croyons en avoir posé seulement les données essentielles ».
Faits curieux, singularités observées sur des organismes malades, sur des sujets d'une excitabilité oc allant jusqu'à l'invraisemblance », explications prudemment réservées, et pour cause : sont-ce donc là des conditions qui permettent d'introduire la suggestion mentale, et l'hypnotisme, utihsé
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comme on l'a dit, pour l'autopsie des facultés de l'âme, dans le domaine des faits acquis et des influences à invoquer en justice ou ailleurs, à titre de documents prenant place dans la science positive? Il faut entendre M. Luys lui-même.
Après avoir « essayé un grand nombre de substances appartenant tant au règne végétal qu'au règne animal, après avoir expérimenté les mêmes substances chez des sujets différents et obtenu les mêmes réactions dans des conditions identiques d'expérimentation », le docteur Luys, écrit : « Je suis arrivé à formuler cette loi que Vétat hypnotique a la propriété de produire, non seulement une hyperexcitàbilité névro-musculaire, mais encore une hyper excitahilité des régions émotives et intellectuelles de l'encéphale, si bien qu'en agissant avec certaines substances, on peut, par l'intermédiaire des nerfs périphériques, déterminer dans le sensorium émotif des réactions variées de peur, d'effroi, de plaisir, d'exaltation ou de dépression, suivant qu'on emploie telle ou telle substance.
« Ces phénomènes étranges et tout à fait imprévus, dont nous ne connaissons pas à l'heure actuelle le premier mot, déconcertent tout ce que nous .croyions savoir de positif jusqu'ici sur l'action des médicaments sur l'organisme.
« Comment expliquer, en effet, ce fait réel, en vertu duquel 10 grammes de cognac enfermés dans