SCIENCE ET CONJECTURES
conséquences sociales, juridiques, morales ou religieuses de ses conclusions ;
« Que, quelles que puissent être ces conséquences, elles ne peuvent, en aucune façon, infirmer les preuves expérimentales ou logiques d'une conclusion scientifiquement établie ;
« 3" Que si ces preuves existent et sont suffisantes, on est forcé, soiis peine d'abdication intellectuelle, d'admettre ce qu'elles démontrent, quelles que puissent en être les conséquences ('). »
Passe encore pour les démonstrations, pour les preuves complètes, pour les acquisitions irrévocables ; mais nul ne saurait — ce qui diminue un peu le danger — prétendre imposer cette impassibilité au savant mis en présence des simples conjectures : or, la vérité est que, sur ce sujet si difficile, on n'a pas été au delà du champ des h3^poth.èses.
Qui veut faire oeuvre vraiment scientifique, qu'il soit expert, magistrat, défenseur, doit laisser aux exceptions leur caractère et leur valeur d'exception, et se garder de généraliser.
Nulle part plus qu'ici, on ne doit se mettre en garde contre la simulation et les effets de l'imagination chez des sujets exceptionnellement impressionnables.
(i) Herzcn, Le cerveau et l'activilc cérébrale, p. 9. Paris, J.-B. Baillière et fils, 1887.
158 IRRESPONSABLES POUR CAUSE l'ATHOLOGIQLE
Avant de faire les expériences qu'il médite, l'observateur doit avoir grand soin de ne pas jivrer ses idées aux sujets destinés à l'expérience, de ne pas tirer de conclusions de ce qui se passe chez des sujets préparés, entraînés par de nombreuses expérimentations antérieures.
- Avant de publier ses observations, le physiologiste, le médecin doit être singulièrement circonspect : il y a autour de lui tant de pièges à redouter, tant de complaisances à craindre, tant de dispositions à favoriser la croyance au merveilleux.
Un observateur qui a expérimenté sur un sujet trop manifestement entraîné, affirme hautement l'action des médicaments à distance. Mais un autre observateur, plus prudent, répète sur le même sujet la même épreuve, après avoir pris les précautions nécessaires contre l'influence de la suggestion; et l'expérience reste négative (').
J'ai exposé ce qui serait nécessaire de la part des observateurs, des expérimentateurs. Je suis convaincu que chez beaucoup d'entre eux, les précautions n'ont pas été suffisantes contre les chances d'erreur et de tromperie. C'est dire qu'avant de s'appuyer sur des observations, sur des expériences, l'expert, l'avocat, le magistrat, doivent y regarder à deux fois.
(i) ]u\esYoisla, Annales mcdico-psychologlqiies, 1887, 7' série, t. Y, p. I34-