‹ Les irresponsables devant la justiceChapitre 64 sur 115 · DÉDOUBLEMENT DE LA PERSONNALITÉ · texte numérisé non relu

DÉDOUBLEMENT DE LA PERSONNALITÉ

Le moins que l'on puisse affirmer, c'est que toutes ces expérimentations ne constituent pas encore la science : loin de là.

Dans la séance du 6 mars 1888, de l'Académie de médecine, la Commission, nommée par l'Académie, pour examiner les faits avancés par M. Luys, dans la séance du 30 août 1887, au sujet de l'action des médicaments à distance sur les sujets hypnotisés, émet l'avis « qu'aucun des effets constatés par elle n'est en rapport avec la nature des substances mises en expérience, et que, par conséquent, ni la thérapeutique ni la médecine légale, n'ont à tenir compte de pareils eiîets. »

Ces conclusions ont été adoptées à l'unanimité par la commission (*).

Nous venons de voir des exemples qui confirment la logique et la nécessité d'une conduite pleine de réserve. Citons encore le cas de dédoublement de la personnalité observé chez des hystériques, des épileptiques, ou même chez certains individus affectés de lésions cérébrales. On a pu voir parfois deux conditions qui semblent bien distinctes chez le même sujet, suivant qu'on les examine pendant ou après la crise ; c'est au point qu'on semble avoir affaire à deux personnes différentes. En dehors de la crise, les facultés intellectuelles et morales semblent

(i) Bidlcliit de'l'Acndéiiiic, sé.ince du 6 mars 1888.

intactes. Pendant la crise, au contraire, et à la suite de la crise, personnalité, caractère, facultés intellectuelles et morales : tout est changé.

Qii'un crime soit commis dans le second état, l'irresponsabilité pourra être invoquée, si l'on prouve qu'on a eu affaire à un inconscient. Mais, vouloir étendre cette immunité en dehors de la crise conduirait, pour être conséquent, à nier la culpabilité de l'aliéné pendant les interv^alles lucides, ce qui serait absurde en principe. Or, toute question de ce genre doit rester une c|uestion de fait, qui ne se résout que par les circonstances, et non par des solutions générales et à priori.

Enfin, les exemples avérés d'hystéro-épilepsie, ou de lésions cérébrales, avec dédoublement de la personnalité, quelque bruit qu'on en fasse, en raison même de la curiosité qu'ils excitent, ne sont jamais c[ue des exceptions. Que la défense y puise des arguments, des analogies, elle se croit dans son droit. Mais c'est la mission de la science de rétablir la vérité, là où elle le peut, et de ne pas laisser ouvrir la porte aux hypothèses et aux assimilations non justifiées. Plus elle dent aux vérités démontrées, plus la science doit se tenir en garde^contre la facilité avec laquelle, sous prétexte de science, mais au mépris d'une saine critique, chacun, à cette heure surtout, exagère les faits observés ou les conclusions autorisées.

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