‹ Les irresponsables devant la justiceChapitre 78 sur 115 · IV. — IRRESPONSABILITÉ DES VICTIMES DU MILIEU SOCIAL · texte numérisé non relu

IV. — IRRESPONSABILITÉ DES VICTIMES DU MILIEU SOCIAL

I. Le milieu social, « bouillon de culture de la criminalité ». — Impor-

tance exagérée donnée au facteur sociologique dû crime.

II. Taine réfuté d'avance par Voltaire. — Les erreurs et les illusions théo-

riques profitent à l'irresponsabilité.

On a vu, dans les passages cités plus haut du compte-rendu du Congrès d'anthropologie criminelle de Rome, le docteur Lacassagne, après avoir combattu énergiquement l'abus que l'on veut faire de V atavisme, et surtout de l'atavisme préhumain, après avoir réduit à sa valeur l'importance exagérée que l'on attribue aux caractères anthropométriques du criminel, chercher à établir le rôle dominant du milieu social sur la criminalité. Pour lui, le milieu social « est comme le bouillon de culture de la criminalité ; le microbe, c'est le criminel, un élément qui n'a d'importance que le jour où il trouve le bouillon qui le fait fermenter ».

QUELLE EST l'iNFLUENCE DU MILIEU ? 203

11 ajoutait:

« Au fatalisme immobilisant qui découle inévitablement de la théorie anthropométrique s'oppose l'initiative sociale. Si le milieu est tout, et s'il est assez défectueux pour favoriser l'essor des natures vicieuses et criminelles, c'est sur ce milieu et ses conditions de fonctionnement qu'il faut faire porter les réformes.

Et après avoir protesté contre la négation du libre-arbitre, il concluait en disant « les Sociétés ont les criminels qu'elles méritent ».

C'était donner au facteur sociologique non seulement le pas sur le facteur biologique, mais c'était admettre le premier, à l'exclusion du second. On a pu répondre que si le facteur social était unique et si puissant, il serait impossible d'expliquer pourquoi il reste des honnêtes gens ; que ce facteur ne crée pas le crime, mais qu'il peut contribuer à le faire éclore.

Ces théories sur l'influence du milieu social avaient eu leurs précédents, à propos des effets du milieu physique et moral. M. Taine a dit, il y a déjà longtemps :

« L'air et les aliments font le corps à la longue. Le climat, son degré et ses contrastes, produisent les sensations habituelles, et, à la fin, la sensibilité définitive. C'est là tout l'homme, esprit et corps, en sorte que le ciel et le sol marquent tout l'homme à leur empreinte. »

Et l'on conçoit qu'une fois dans cette voie, il ne lui ait pas coûté beaucoup d'ajouter :

« Le vice et la vertu sont des produits, comme le vitriol et le sucre. »

C'est raisonner de l'homme intelligent, capable de lutte et de résistance, en possession d'un organisme admirablement disposé et préparé pour l'aider dans cette lutte, comme on raisonnerait d'un être inférieur, d'un ferment, qui obéit fatalement et se développe, quand on lui fournit l'humidité et la chaleur convenables.

A vouloir matérialiser l'homme à ce point, on est tellement dans le faux que l'on trouve pour adversaires ceux mêmes qu'on a pris pour maîtres et qui prouvent, par de bonnes leçons, qu'ils en méritent le nom : c'est ainsi que Voltaire a pris la peine de répondre d'avance à M. Taine :

« On pourrait demander à ceux qui soutiennent que l'atmosphère fait tout, pourquoi l'empereur Julien, dit dans son Misopogon, que ce qui lui plaisait dans les Parisiens, c'était la gravité de leur

Page 1