Espagne
Barrages de prise d'eau (Alicante). — Les eaux du Rio Monegre sortent du barrage du Tibi que nous avons sommairement décrit (1), par la ventelle de prise d'eau, suivant une proportion déterminée, et descendent dans le lit du torrent sur un parcours d'une douzaine de kilomètres. A cette distance, un premier barrage dérive les eaux dans un canal principal (acequia mayor) de 8 à 9 kilomètres de longueur, sur lequel s'embranchent successivement 22 canaux secondaires (bradâtes) qui irriguent une grande partie de la huerta d' Alicante. Ce barrage, dit de Muchamiel, est perpendiculaire à l'axe du torrent et occupe toute la largeur de 46 mètres , entre les rochers qui affleurent sur les deux berges (fig. 63). Fondé sur pilotis avec platelage, il a 2m,77 de hauteur et sa section transversale représente une doucine double (fig. 64) ayant une largeur totale de ic^^o. Il est revêtu en pierres de taille de gros échantillon, appareillées avec beaucoup de soin.
Le barrage de Muchamiel, construit en remplacement de l'ancien, que la grande crue de 1792 entraîna,
(1) Tcme Ier, liv. V, chap. vu, p. $27.
comporte quatre vannes de fond, placées immédiatement Tune après l'autre, à l'origine même du canal,
Fie. 63. — Barrage et prise d'eau de Muchamiel; plan et élévation d'amont du barrage.
Fig. 64. — Coupe suivant A B (fig. 63).
tandis que les vannes de prise d'eau sont au nombre de deux, d'une largeur de i"\6o, manœuvrées par des vis en bois dans l'intérieur de la maison de Téclusier. Letor-
rent charrie une telle quantité de sable et de gravier, que si, en temps de crue, on se bornait à fermer les vannes de prise, rentrée du canal s'obstruerait; en les ouvrant,
Fig. 63. — Barrage et prise d'eau de San-Juan; élévation
DE LA PRISE D'EAU SUIVANT AB (fig. 66).
Fig. 66. — Plan du barrage avec prise d'eau de san-juan.
au contraire, ainsi que celles de fond ou de décharge, il s'établit une chasse violente qui dégage l'entrée du canal. Pour ne pas laisser perdre les eaux de la crue, un second barrage, celui de San-Juan, a été construit plus en aval (fig. 65 à 67). Il recueille non seulement les eaux
excédantes du premier barrage et des crues venant des vannes de décharge, mais encore celles qu'amène le torrent du Vercheret qui débouche entre les deux ouvrages.
Le barrage San-Juan alimente le canal spécial du Gualero pour l'irrigation de la huerta inférieure. Comme le fait observer l'ingénieur Aymard (i) qui Ta décrit, cet ouvrage est remarquable par sa hardiesse; il n'a que 2m,6o de largeur pour 7m,35 de hauteur, avec parements
verticaux. Entièrement
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Fie. 67. — Coupe suivant CD (fig. 66).
fondé sur le rocher et revêtu en grosses pierres de taille, il joint les deux rives sous un arc de cercle (fig. 66), convexe par rapport au courant, dont la flèche est de 4 mètres pour 48 mètres de corde.
La prise d'eau se fait à laide de deux vannes, et la vidange, pour éviter l'envasement de la prise d'eau, s'opère à l'aval par deux vannes de décharge.
Les deux barrages de Muchamiel et de San-Juan portent sur la crête, en manière de hausses, des piliers verticaux formés d'une seule pierre de 1 mètre de hauteur, dans lesquels sont pratiquées des rainures destinées à recevoir des madriers de la longueur de 2 mètres, qui représente l'intervalle entre les piliers.
Un troisième barrage en aval, celui de Campello, n'a qu'une importance très secondaire; il assure le passage du torrent à des eaux dérivées de la rive droite,
(1) Irrigations du midi de l'Espagne, p. 154.
qui vont arroser quelques terrains sur la rive gauche,