Algérie
Barrage du Chéliff. — Le barrage de dérivation du Chéliff est situé en amont de Ponteba, à 25 kilomètres environ d'Orléansville, dominant une vaste plaine formée d'alluvions profondes, tantôt fortes, tantôt
légères, qui reposent sur une couche de sable d'une grande épaisseur, et peuvent acquérir une fertilité exceptionnelle à l'aide de l'irrigation.
Le débit ordinaire du Chéliff est de 3 à 4 mètres cubes par seconde; le minimum atteignant i,5oo litres et le maximum en hiver, 5o à 60 mètres cubes. Certaines crues ont une portée de plus de i,5oo mètres cubes à la seconde.
Le barrage dont la vue en aval, avec indication des terrains, est représentée figure 78, a été calculé pour une hauteur de 11 ",7 5 au-dessus du lit; 2m,5o d'épais-
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Fie 78. — Barrage du Chéliff; coupe de la digue en aval.
seur au couronnement et nm,83 à la base. La longueur est de 58 mètres à la base et de 85m,25 à la crête. Il a la forme d'un arc de cercle dont la flèche a 5m,77 pour 84"%20 de corde. Le centre du cercle est situé sur l'axe du fleuve, et le côté convexe est tourné vers l'amont. La pente , à l'endroit très resserré où le barrage a été établi, est de om,oo2i par mètre.
Comme le montre la coupe (fig. 79), le profil de la digue est rectiligne, avec un fruit de 1 sur 20 pour le parement amont, sur toute la hauteur, et un fruit de 1 sur 3 pour le parement aval, jusqu'à 5m,25 à partir de la crête; puis de 1 sur om,46 jusqu'à 7m,75, et de nouveau 1 sur 3 jusqu'à la profondeur de 1 im,75. A la suite
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de la crue de 1872 qui détruisit la contre-digue à l'aval , le pied a été approfondi, par une reprise souterraine des fondations jusqu'à 18 mètres, de sorte que la hauteur effective de la digue est de 18 mètres au parement d'aval.
Fie. 79. — Coupe transversale de la digue du Chéliff (fig. 78).
Le couronnement et la paroi d'aval sont construits en pierre de taille ; les fondations, en pierres perdues et béton. La chaux employée, légèrement hydraulique, a été fournie par les bancs calcaires de la rive droite du ChélifF. Deux épauiements fortifient l'encastrement de la digue sur les deux rives.
Commencé en juin 1868, l'ouvrage sortait des fondations , que l'on constatait déjà de grosses avaries par le
glissement du poudingue sur lequel on avait bâti ; on dut en conséquence reculer le parement de 2m,2o vers l'amont, pour fonder sur de l'argile compacte, empêchant les infiltrations; mais les avaries, en cours d'exécution
Fie 80. — Prise d'eau et canal de vidange du Chéliff. Coupe verticale. Coupe transversale sur A B.
des travaux, se produisirent de nouveau à chaque grosse crue, malgré les contreforts. Pendant l'hiver 1869-70, les hautes eaux enlevèrent un des épauiements; en 1872, les ouvrages de réparation et de consolidation du pied de la digue furent également détruits, jusqu'à ce que l'on eût établi un bassin capable de résister, par
sa profondeur et par la solidité du fond, à l'action affouillante des pleines eaux. Ce bassin a 5o mètres de longueur, à partir du pied de la digue, et 7 mètres de profondeur maximum. 11 a permis à l'ouvrage de résister aux crues extraordinaires de 1877 et de i885, quoique des dommages plus ou moins sérieux aient été causés aux épaulements et au revêtement du barrage (1).
La prise d'eau est pratiquée par une galerie en courbe, dont l'entrée en amont se trouve à 2m,45 de la digue , dans le mur qui prolonge le contre-épaulement de gauche, et la sortie est à i3m, 17 du parement de la digue aval , à laquelle elle est parallèle. La section de la galerie amont est rectangulaire pour recevoir la vanne , dont la portée est de 5 mètres cubes, quand l'eau est au niveau de la crête; puis elle est circulaire dans le parcours souterrain, sur 200 mètres, jusqu'au canal de distribution des eaux (2) (fig. 80).
Bien que le barrage du Chéliff ait été établi seulement pour la dérivation des eaux d'irrigation, on a pensé qu'en vue de la retenue de 5 millions de mètres cubes d'eau , il importait de munir la digue d'un canal de vidange qui consiste en un égout de im,75 de hauteur sous clef, et de im,5o de largeur, au seuil delà rive gauche. La fermeture de ce canal est obtenue à l'aide de 10 poutres verticales, encastrées par le haut dans une traverse de la galerie, et au pied, par une traverse en fer. Une chaîne d'amarre permet d'enlever la poutre centrale et les deux poutres de chaque côté, à l'aide d'anneaux qui y sont rivés; cette chaîne est manœuvrée de la crête. Les autres poutres peuvent être enlevées, s'il en est besoin, par des
(1) Rela\ione di Zoppi e Torricelli. Annali di agricoltura, 1886. {2) Lamairesse, Annales des Ponts et Chaussées, 1874.
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griffes. Ce canal de vidange n'a pas eu à fonctionner, quoique le réservoir soit envasé par les sédiments accumulés dans les dernières années.
En*temps de hautes eaux, le barrage entier fait fonction de déversoir; tandis qu'à l'étiage, deux déversoirs spéciaux fonctionnent , l'un dans la digue même, aune distance de 2 mètres du contre- épaulement de gauche; l'autre, en tête du canal , à l'extrémité de la galerie de prise d'eau, débouchant sur le bassin de 4m,i5 de largeur, d'où part le canal.
En y comprenant le réseau de canalisation, la digue du Chéliff a coûté plus d'un million : le chiffre des avaries est la cause de ce coût si élevé. La dérivation obtenue étant environ de 2,000 litres pour l'irrigation de 12,000 hectares, dont 11,000 sur la rive gauche, l'eau coûte par hectare 85 francs, et se vend 22 fr. 5o. Les irrigations ne se font qu'en été, pour le tabac, le coton, etc., à raison de 1,6 litre par hectare. On avai compté qu'au lieu de cet arrosage limité, on aurait pu, avec 3 mètres cubes d'eau de débit moyen du Chéliff, donner 200 arrosages par cent hectares consacrés, pour un tiers aux céréales, pour un second tiers aux prairies et pour le troisième aux luzernes et aux cultures diverses (1). Comme pour les réservoirs, on s'est trouvé finalement loin de compte et des prévisions.
La figure 78 donne la vue de la digue en aval , avec l'indication des terrains de fondation; la figure 79, la coupe de la digue; et la figure 80, la prise d'eau avec le canal de vidange, en coupe verticale et transversale.
11) A. de Brévans, Journal d'agriculture pratique, 187 1, t. II.
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