Colateurs
Les colateurs constituent une classe de canaux non moins importants que ceux d'irrigation, proprement dits ; on peut même ajouter que, dans les pays d'arrosage, ils en forment le complément indispensable.
La quantité d'eau que les canaux déversent sur le sol, si elle ne trouvait un écoulement rapide et continu jÉr un système complet de colateurs, deviendrait, par la stagnation,une source d'insalubrité telle que force serait de renoncer à l'arrosage.
Contrairement à ce qui a lieu pour les canaux mêmes, les colateurs destinés à recevoir de nouveaux affluents sur leur parcours et à grossir jusqu'à leur embouchure, ont une moindre section à leur origine et une portée qui va en augmentant. Tandis que les canaux doivent être tenus autant que possible sur les faîtes pour distribuer leurs eaux sur les deux versants, les colateurs doivent suivre toujours les thalwegs pour recevoir toutes les eaux qui s'écoulent des terrains supérieurs. Il n'est pas rare que des colateurs assainissant des terres situées à un plus haut niveau, servent à leur tour de canal d'amenée pour l'arrosage des terres inférieures.
La nature des colateurs varie en premier lieu avec
(1) tnchiesta agraria. Mentor ia di Bellin\ona, vol. VI, t, II, p. in.
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l'allure du cours d'eau dans lequel ils débouchent. S'ils sont établis en tranchée, ils reçoivent la pente la plus forte que comportent les terrains dans lesquels ils sont creusés, par rapport aux niveaux de leur embouchure et des cours d'eau. Ce motif fait qu'on ne peut guère augmenter la profondeur des colateurs au delà de très faibles limites; mais alors on augmente leur largeur moyenne.
Leur tracé ne comporte pas d'angles aigus, ni des courbes de raccordement trop accentuées, comme pour les canaux d'irrigation ; leur émissaire doit être le plus souvent protégé contre le reflux des eaux du fleuve et contre les crues, par des vannes ou par des clapets.
En Lombardie, le système des colateurs de la vallée du Pô est aussi complexe et non moins admirable que celui des canaux d'irrigation.
Dans la première partie de son cours, le Pô, d'abord encaissé, avec un lit de cailloux et de graviers, trave^fce le Piémont et le Novarais jusqu'au Tessin, sans que sa pente ait beaucoup diminué par l'apport des alluvions. Entre le Tessin et l'Adda, la vitesse est déjà moindre, le lit est moins profond et les sables se déposent; plus en aval encore, jusqu'à Crémone, entre l'Adda et l'Oglio, les alluvions sont du limon et de l'argile; le fleuve coule au niveau de la plaine; mais après Crémone, comme pour une foule d'autres grands fleuves, le lit s'est exhaussé, le Pô est en remblai, et il faut dès lors protéger par des digues la plaine dont le niveau est plus bas que le sien.
On conçoit, d'après cela, que les anciens lits de torrents et les petits cours d'eau, en amont de l'Adda, puissent servir de colateurs; mais en aval, les colateurs ont à traverser la digue du fleuve, et plus bas encore, doivent-ils pour la traverser, franchir en remblai la val-
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lée latérale, après l'avoir longée sur une plus ou moins grande distance avec de faibles pentes, jusqu'à ce que leur niveau soit supérieur à l'étiage moyen du fleuve. Ce moyen devient bientôt insuffisante son tour; alors on a recours à des machines élévatoires pour rejeter les eaux du colateur dans le fleuve. Enfin on est contraint de renoncer à cette décharge dans le cours inférieur du Pô et de mettre à profit descanaux spéciaux, établis suivant le thalweg des vallées latérales, qui débouchent directement dans la mer, et permettent de dessécher et de mettre en culture des milliers d'hectares jusque-là submergés.
Toutes les eaux d'irrigation destinées aux fonds inférieurs, à partir de l'Adda, passent au-dessus des colateurs par des ponts-canaux dont un des bords forme déversoir, de sorte que l'eau en excédent tombe dans le colateur. Aux époques des grandes pluies qui rendent l'irrigation superflue, les ponts-canaux sont barrés et leurs bouches de fond sont ouvertes pour laisser échapper l'eau directement dans le colateur.
D'après ce que nous avons dit de leurs faibles pentes, les colateurs doivent être entretenus dans un parfait état de curage; ce qui occasionne une dépense constante, plus ou moins considérable. Nous traitons plus loin des curages.
b. TRACÉ DES CANAUX.
Dans les canaux de navigation où il n'y a pas de courant proprement dit, sauf aux écluses garnies de murs et de radiers, il n'y a pas à s'occuper, quand on les trace, delà résistance des terrains, ni du choix des sections qui doivent varier selon les modifications de la pente, ou selon la diminution progressive des volumes d'eau.
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i. Pentes.
Il n'en est pas de même du tracé d'un canal d'arrosage que gouverne entièrement le choix préalable des pentes. Soit que Ton opère au niveau de pente, ou au niveau horizontal, l'un et l'autre de ces instruments étant parfaitement vérifiés et d'une rigoureuse précision, une des plus sûres méthodes pour obtenir un tracé économique qui procure l'épargne des terrassements et l'égalité aussi approximative que possible entre les déblais et les remblais, consiste, en se tenant autant qu'on le peut à zéro du terrain naturel, à faire un tracé avec des pentes inférieures à celles que l'on veut conserver. On est certain dans un grand nombre de cas, qu'avec des tracés ainsi faits, se tenant à mi-côte dans les vallées, on approchera de la réalisation la moins coûteuse et la meilleure sous tous les rapports. Toutefois convient-il, surtout lorsque le terrain accidenté est entrecoupé de vallons ou de contreforts, de n'arrêter les nivellements qu'autant que les courbures de l'axe du canal sont peu sensibles. Les coudes d'angle, les sinuosités des lignes brisées doivent être soigneusement proscrits pour ne pas aboutir à une diminution de la section qui sera exactement calculée. Le premier tracé que donne le nivellement de pente devra être le plus souvent raccourci, et conséquemment, les pentes se trouveront un peu augmentées quand on le remaniera; aussi il importe que le premier nivellement soit tenu avec des inclinaisons toujours plus faibles que les pentes définitivement adoptées.
Une fois la ligne décidée, en n'admettant que des courbes au minimum de i5o et de ioo mètres, on procède à un nivellement tout à fait exact suivant la trace sur le terrain, au moyen duquel on établit le profil
longitudinal où figurent la ligne d'eau et la ligne du fond du canal. Ce tracé définitif est repéré sur le terrain avec la plus grande précision, dans les parties rectilignes, comme dans les parties courbes, et aux brisements de pente. Un sillon de om,2o à om,3o de profondeur, creusé à la charrue, marque sur le terrain remplacement réel de Taxe du canal, et deux sillons semblables limitent de chaque côté le périmètre des terrains à occuper pour rétablissement du canal seul, ou accompagné de ses francs-bords.
Rétablissement du profil définitif dépend à son tour du choix des sections correspondant à la pente adoptée pour le canal. Ces sections ne se réfèrent pas seulement au trapèze compris entre le plan d'eau et le fond du canal, dans le périmètre mouillé, mais encore aux berges et aux talus, tant pour les déblais que pour les remblais.
Nous avons indiqué plus haut les pentes de quelques grands canaux italiens, variant entre olu,20 et 3m,70 par kilomètre, le tableau I, emprunté à Mangon, montre cependant que ces limites ont été parfois dépassées.
Tableau I. — Pentes de quelques canaux.