Causes de perte
Il y a lieu d'observer toutefois, avant de conclure à l'application de la formule Tadini, que la portée d'un canal d'irrigation ne comprend pas seulement le volume d'eau effectivement distribué en arrosages, mais encore une quantité supplémentaire, le plus souvent variable, résultant de l'eau perdue en filtration, en évaporation, dans les interstices des vannes et des déchargeoirs et de l'excédent débité par les bouches non réglées. Cette quantité supplémentaire donne lieu à une augmentation importante.
De même, il faut tenir compte de la nécessité de maintenir à la dérivation un surplus d'eau, en vue de la partie de la section des canaux qu'occupent les plantes aquatiques, ralentissant le débit du courant et exhaussant le plan d'eau; ce qui développe la pression sur les bouches de distribution et altère les conditions des régulateurs. Certains canaux, malgré des faucardements. répétés, sont particulièrement envahis par les végétations parasites; cela dépend de la nature des eaux.
Des expériences ont démontré qu'un canal débitant ioo litres par seconde, pouvait perdre par l'absorption, l'infiltration et l'évaporation, une moyenne de 2 litres et demi dans les premiers 1 ,000 mètres de son parcours (1); mais on n'a comme données pratiques que celles constatées sur trois des principaux canaux de la Lombardie, dont les terrains d'alluvion reposent sur des bancs plus ou moins épais de sable , de gravier et de galets. Les observations, pour lesquelles nous avons conservé les pouces milanais, sont les suivantes (2) :
Naviglio-Grande .
Martcsana
Muzza
DKBIT es POUCKfi
CÔ4
pour 100.
Jusqu'à cequ'il ait été procédé à des observations plus complètes, on doit s'en tenir, pour l'évaluation des eaux perdues, à cette approximation. En conséquence, étant donné le débit effectif des bouches d'un canal, ou la quantité d'eau qu'il devra distribuer, il conviendra de multiplier ce débit par 0,1 5 pour évaluer le volume total à introduire dans le canal (3).
D'après l'ingénieur Susinno, directeur technique du canal Cavour, les pertes ducs à l'évaporation, aux infiltrations, aux fuites par les vannes des déchargeoirs et
(1) Ann. des Ponts et Chaussées. i853.
(2) Vignotli. Journ. agric. prat., 1 863, t. II. i3> Nadault de Bu (Ton. toc. c/7., t. 1, p. 35 1.
des appareils de mesure, étaient, en 1871 , après une année de fonctionnement du canal, de 0,40 du volume d'eau introduit. La distribution ne s'était élevée cette année-là qu'à 47 mètres cubes environ par seconde; l'excédent introduit étant déchargé dans la Sesia. Depuis 187 1 , les pertes ont été graduellement en dimi-
Fic. 89. — Profils de canaux avec talus en déblai d'un seul plan.
Fig. 90. — Profil de canal avec talus en banquettes.
nuant, et en 1882, le volume admis étant d'environ 100 mètres cubes par seconde, on en distribuait 85 mètres cubes; ce qui donne une déperdition absolue de i5 mètres par seconde ou de o, i5 du volume introduit, sur une longueur totale de 170 kilomètres de canaux. Ce chiffre confirme pleinement celui résultant des observations faites sur les anciens canaux de la Lombardie.