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Écluses à sas

Beaucoup de canaux d'irrigation sont utilisés aussi pour la navigation, et réciproquement. Si ce double emploi n'est pas le plus fréquent, il est du moins le plus recommandable , quand le volume d'eau d'alimentation est suffisant. C'est pour ce motif que nous avons traité,

tome Ier, liv. V, § vi, des réservoirs des canaux navigables et que nous envisageons ici les écluses de navigation. Il est certain que, dans un canal ordinaire d'arrosage, ces coûteux appareils ne sont pas nécessaires; mais il importe d'autant plus de connaître comment ils sont établis et leur mode de fonctionnement, que Ton en trouve de nombreux exemples dans les canaux à deux fins de la haute Italie, et surtout dans l'Inde, et qu'à l'avenir, cette solution mixte de canaux de navigation, adaptés à l'arrosage, pourra faciliter de grandes entreprises. Comme les canaux ayant une pente continue ne permettraient pas aux bateaux de descendre et encore mouis de remonter, et qu'avec des pentes trop fortes, toutes les difficultés s'accumulent pour le tracé, la construction et l'entretien des canaux, il devient indispensable d'avoir recours aux écluses, dans le but de racheter la différence de niveau entre le point de prise ou de partage des eaux et celui où le canal rejoint le cours d'eau dont il dérive.

L'écluse à sas permet d'élever sans danger et presque sans dépense le niveau de l'eau, de manière à composer une suite de parties horizontales, séparées par des chutes que l'écluse aide à franchir. Chaque partie horizontale entre deux écluses s'appelle bief, et chaque écluse correspond à deux biefs, l'un supérieur, ou bief d'amont, et l'autre inférieur, ou bief d'aval.

L'écluse constitue, à proprement parler, un compartiment vide dont le fond est au niveau du plafond du bief d'amont; ce compartiment est isolé de chaque, bief par une porte qui, en s'ouvrant, laisse passer le bateau. Sans nous arrêter à décrire la manœuvre, du reste très simple, des écluses d'un canal, soit qu'on veuille faire monter un bateau du bief inférieur dans le bief supérieur ou inversement le faire. descendre, certains

canaux d'irrigation sont pourvus d'écluses, non pas dans un but de navigation, mais pour fournir par un canal latéral les eaux de chute nécessaires, comme force motrice, à des usines.

De toutes manières, une écluse comprend trois parties principales :

i° La tête d'amont, formée par les musoirs avec murs en retour, les rainures des poutrelles, les chardonnets, les enclaves et la chambre des portes, le buse, le radier et souvent le mur de chute ;

2° Le sas, formé des bajoyers et du radier;

3° La tête d'aval, constituée par les épaulements de fuite, les rainures des poutrelles, les chardonnets, les enclaves et la chambre des portes d'aval, le buse et l'arrière-radier.

Nous n'entrerons pas dans le détail de construction de toutes ces parties d'une écluse, ce sujet étant du ressort des traités d'hydraulique.

Canal de Pavie, — Une des écluses à sas (conca), que nous décrivons, se rapporte au canal de Pavie. Ce canal, achevé en 1819, établit une jonction entre le cours supérieur duTessin et celui du Pô, en passant par Milan, et pourvoit en même temps au roulement de plusieurs usines, ainsi qu'à l'irrigation estivale de 3, 600 hectares.

Sur une longueur totale de 33 kilomètres, le canal de Pavie comporte 12 écluses de navigation qui le partagent en autant de biefs, sans compter le dernier grand bassin situé à son embouchure.

Depuis la gare de la porte Ticino, à Milan, jusqu'au débouché au Tessin, la chute totale est de 56m,6io sur laquelle les 12 écluses, par leurs pentes partielles, rachètent 52m,2io; il ne reste donc, comme non rachetée, qu'une pente de 4m,40. La pente générale est ainsi réduite à oœ,i3 en moyenne, par kilomètre.

Les écluses, qu'elles soient simples ou accolées deux

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à deux, ont deux passages distincts : l'un formant le sas proprement dit, dont la longueur entre les buses d'amont et d'aval est de 33 mètres, et qui est destiné à la navigation; l'autre servant de pertuis, muni en amont de vannes régulatrices à l'aide desquelles on maintient le niveau voulu dans le bief supérieur, et on transmet aux biefs inférieurs l'eau à dépenser pour les irrigations, indépendamment de celle nécessaire à la manœuvre des portes d'écluse et des buses. Le plus souvent, sur les chutes d'eau : ainsi ménagées à côté de chaque écluse, sont établis des moulins à blé, des pilons

à riz, etc. De l'une à l'autre rive de l'écluse, un pont en pierre établit la communication, un peu au Fie 19. - Coupe sur ef (fig. 16). delà des portes

d'aval.

Construites en maçonnerie de briques et de pierre de taille avec radier en libages, dalles et cailloux, les écluses simples ont une longueur totale variant entre 49m,5o et 56 mètres, et des largeurs entre les bajoyers, comprises entre 5m,o6 et 6m,26. Les écluses accolées, qui ont un sas plus long de om,2o, n'ont aussi que trois portes busquées au lieu de quatre. Les figures 16 à 21 représentent le plan et les différentes coupes, avec le détail de Tune des portes de l'écluse à double passage du canal de Pavie.

La communication entre le sas et le pertuis se fait, en haut et en bas, par de larges ouvertures qui reçoivent de gros robinets en bois, O, O, 0'0\ Les robinets O Oenvoient l'eau du bief supérieur dans le sas, et les robinets O' O

permettent laccès du sas dans le bief inférieur; on manœuvre les uns et les autres du haut de l'écluse (fig. 16). Les portes sont construites de façon à pouvoir être ou-

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Fie. 20. — Coupe sur G H (fig. 16).

vertes et fermées avec une perche munie d'un croc, quand la pression est égale des deux côtés. En bas de chaque porte se trouve une ouverture rectangulaire que ferme une ventelle, mobile autour d'un axe vertical AB (fig. 2 1 ). La partie extérieure étant plus grande que ABC, la ventelle est maintenue contre la porte par la pression de l'eau; de plus,

la partie ABC est assujettie par une chaîne à l'un des bajoyers.

En tirant sur la chaîne, la ventelle bascule et se place d'équerre, tandis qu'un taquet l'arrête dans l'autresens; on

Fig. 21. — Détail d'une porte.

ouvre alors les robinets O O; l'eau se précipite avec force et se brise contre l'estacade , dans le sas qui se remplit. Le sas plein, on ouvre à la perche les portes supérieures de l'écluse, le bateau entre dans le sas, ou bien en sort. On referme alors les portes, puis les ventelles et les robinets O O; et on ouvre les robinets O' O', ainsi que les ventelles des portes inférieures.

La plus grande écluse, même avec la chute maximum de 4m,8o, se remplit en quatre minutes et se vide en six, avec l'aide d'un seul homme qui peut être le batelier, sans avoir môme besoin de recourir au garde.

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