Déchar geoirs
Les déchargeoirs dont l'objet principal, comme nous venons de l'indiquer, est de vider le canal pour le mettre à sec, lors des curages ou des réparations, sont de véritables prises d'eau sous le rapport de leur construction, c'est-à-dire qu'ils comportent une maçonnerie formant
H) M. AymarJ. Irrigations du midi de l'Espagne, p. 82.
deux culées ou bajoyers entre lesquels s'étendent le radier et le seuil, placés au même niveau que le fond du canal. Les vannes se construisent, comme pour les prises d'eau, en une ou deux parties, suivant leur hauteur, et sont le plus souvent protégées, en amont et en aval, par un radier en libages ou en bois.
Fie. 100. — Canal de Jucar; plan et coupe suivant AB d'un déversoir de superficie.
Les déchargeoirs installés, à la sortie des colateurs, sur le même modèle que les vannes d'embouchure, servent pour emmagasiner pendant un certain temps les eaux de vidange qui ne peuvent pas momentanément s'écouler en temps de crue du fleuve, et empêcher que les eaux de ce dernier ne les refoulent, en dégradant le canal.
Les vannes à clapets, ayant leurs tourillons placés
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dans un axe horizontal et que Ton a employées quelquefois aux embouchures des colateurs, sont disposées de manière que, tout en laissant écouler les eaux jusqu'à un niveau moyen, elles les arrêtent quand il arrive une crue subite; mais à ces moyens ingénieux, il convient de substituer de simples vannes, ou portes busquées, que les eygadiers surveillent et manœuvrent au moment voulu : c'est plus pratique et plus sûr.
Plusieurs essais ont été faits de déversoirs à siphon, agissant comme déchargeoirs de fond, ou comme déversoirs à volonté, que nous mentionnons plus loin.
Canal Çavour. — Sur le canal Cavour, des déchargeoirs ont été établis pour la traversée des torrents et des rivières, c'est-à-dire dans la Dora Baltea, l'Elvo, le Cervo, la Sesia, l'Agogna et le Terdoppio. Un autre déchargeoir, dit du Poasso, se trouve entre l'édifice de prise et la Dora, à 4 kilomètres de l'embouchure, moyennant lequel on rend au Pô l'excédent des eaux que l'on a dû prendre pour empêcher l'ensablement du canal.
Tous ces déchargeoirs sont construits sur le même type. Celui de l'entrée du canal est formé de 1 3 ouvertures de 2 mètres de largeur, séparées par des piles en pierres de taille, dont la longueur est de 7 mètres dans la direction du courant, et la largeur de im,20. Après avoir essayé des portes busquées en tôle de fer, qui s'ouvraient simultanément par un moyen mécanique, mais ne pouvaient plus se fermer à cause des sables, on a installé, pour fermer les ouvertures, des poutrelles engagées Tune au-dessus de l'autre, dans les rainures verticales des murs de jouée.
Pour ouvrir rapidement en temps de crue, on manœuvre les poutrelles par des crochets fixés à leurs extrémités, à l'aide de crocs, et si la pression de l'eau est
trop forte, à l'aide d'un treuil dont les chaînes s'engagent dans les anneaux de la poutrelle de fond; l'ensemble est alors remonté d'un seul coup et l'on enlève au fur et à mesure les poutrelles qui arrivent à niveau. C'est sur des planches placées en travers des piles, que
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Fio. io i. — Canal Cavour; déchargeoir du Pô a la prise d'eau; vue d'amont.
Fig. 102. — Vue au niveau du plan supérieur (fig. loi).
les hommes travaillent à l'enlèvement des poutrelles, ou disposent le treuil que des chaînes amarrent aux murs de jouée.
Le déchargeoir dit du Pô, que nous venons de décrire, s'appuie d'un côté contre les murs de droite de l'embouchure, et de l'autre côté contre une digue de
285 mètres, solidement établie pour contenir et conduire vers le lit du fleuve les eaux de décharge de la prise. Digue et mur sont insubmersibles, même pendant les plus fortes crues.
Les figures 10 1 à 104 représentent le déchargeoir; la
Fie. io3. — Plan au niveau du plafond (fig. 101).
Fie. 104, — Coupe sur à B (fig. io3).
ligure ioi, vu d'amont; la figure 102, vu au niveau du plan supérieur; la figure io3, au niveau du plafond, et la figure 104, en coupe suivant la ligne A B de la fig. ro3.
Canal auxiliaire Cavour. — Le déchargeoir du canal auxiliaire Cavour est formé de deux parties distinctes; Tune comprenant deux ouvertures de 7ra,20 de largeur chacune, séparées par une pile de 2m,4o de hau-
teur et 2m,20 d'épaisseur; l'autre comprenant quatre ouvertures, chacune de i™,^, séparées par des piliers en pierres de taille, de om,40 d'épaisseur. Une
FlG. 105. — DÉCHARGEOIR DU CANAL AUXILIAIRE CAVOUR; ÉLÉVATION ET PLAN.
Fie. 106. — Appareil automatique pour les portes tournantes (fig. io5).
arche couvre ces quatre ouvertures; de même qu'une arche plus élevée couvre les deux plus grandes. Les portes à poutrelles, qui s'ouvrent d'amont en aval, celle de droite entraînant automatiquement la porte de gau-
che, ont dû être remplacées par douze vannes de im,40 de largeur sur 3 mètres de hauteur, analogues à celles du déchargeoir du Pô. La Dora charriant beaucoup de limon et de sable, mêlés à des galets , et la largeur des
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Fig. 107. — Vannes du déchargeoir, côté d'amont (fig. io5).
portes étant aussi trop grande, on fut obligé, après quatre années de mauvais service, de revenir aux vannes adoptées pour le reste du canal (fig. 106).
Dans la figure io5, le déchargeoir du canal auxiliaire est représenté en élévation et en plan, avec indication des principales dimensions. La figure 106 montre Tappareil automatique pour manœuvrer les portes tournantes,
ibo
et la figure 107, le détail des vannes de l'ouverture A, vues du côté d'amont.
Curages. — Les déchargeoirs servent à obtenir spécialement la vidange rapide d'un canal, lorsdes curages. Ces curages qui ont lieu, en Italie, à deux époques de
Fie. 108. — Batardbau de chômage; profil latéral.
l'année, au mois de mars et au mois de septembre, et font chômer chaque fois le canal pendant une dizaine de jours, peuvent devenir des opérations très coûteuses, surtout lorsque les eaux développent par leurs matières fertilisantes la croissance rapide et touffue des herbes dont le faucardement périodique s'impose.
La mise à sec des canaux qui n'ont pas de déchargeoir s'opère à l'aide d'un batardeau formé d'une série de grands chevalets en bois, à trois pieds, fichés dans le
lit du canal et reliés par des moises : devant ces chevalets sont placés des madriers, puis des fascines, ensuite du gravier, et par-dessus le gravier, une épaisse toile qui a 6 ou 8 mètres de côté, et plonge jusqu'au fond du canal (fig. 108).
L'importance des dépôts dépend de la nature plus ou moins trouble des eaux. En Lombardie, où les eaux des canaux se sont épurées par leur passage à travers les lacs, les limons ne sont pas conséquents ; ailleurs, les frais de curage et de faucardement sont considérables. Les boues et les graviers ne sont pas très abondants dans le Naviglio-Grande, tandis qu'on y rencontre une grande quantité d'herbes aquatiques. Dans les canaux de la Martesana, de la Muzza et de Pavie, les dépôts sont plus forts; mais c'est surtout dans ceux du Piémont, qu'alimentent des rivières torrentielles, comme la Dora-Baltea, que les atterrisscments coûtent cher à enlever.
Pour le canal intérieur de Milan qui reçoit les boues, les immondices et les déjections de la ville, le curage s'opère à l'aide d'écluses de chasse et de rabots que traînent des chevaux. Ce canal intérieur fait fonction d'égout; il est la suite du canal de la Martesana pénétrant dans Milan, à la Porte-Neuve, après un parcours de 38 kilomètres et le traversant du nord au midi, dans l'enceinte, jusqu'au pont de Saint-Marc où il forme un bassin muni de deux écluses (fig. 109). C'est à partir de ce bassin que commence le canal intérieur, ou Fossa interna, d'une largeur qui varie entre 8 et 12 mètres. Pour donner une idée de l'importance des ouvrages d'art sur ce curieux canal qui a un développement de 5 kilomètres et 5 écluses de navigation, il suffira de faire remarquer que dans ses trois sections : Naviglio morto, Fossa interna et Naviglio di San-Ge-
Fie. 109. — Plan de la ville de Milan; distribut.ox
DES CANAUX INTERIEURS.
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rolamo s'arrêtant au Forum Bonaparte , il comporte 3i dérivations, dont 6 sur la rive droite et 25 sur la rive gauche, y compris -le déchargcoir ou tombone de Saint-Marc qui alimente le canal Redefossi, et le déversoir ou fugone du pont des Pioppette d'où part le canal Vettabbia, connu par les qualités fertilisantes de ses eaux appliquées à l'irrigation des marches milanaises (i).
Épanchoirs. — Dans certains canaux, comme au canal du Midi, les déversoirs et les déchargeoirs sont remplacés, pour le règlement de niveau, par des ouvrages dits épanchoirs de fond, avec ou sans siphon. L'épanchoir d'Espatiasses, d'une construction compliquée et d'une réparation difficile, n'a qu'un faible débit et remplit imparfaitement le but principal pour lequel il a été construit, celui d'éviter un pont de service, afin de ne pas couper le chemin de halage.