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Aqueducs et ponts- aqueducs

a. Aqueducs. — Les aqueducs les plus simples, dérivant, à travers un remblai ou une route, l'eau d'une source ou d'une rigole d'arrosage, peuvent n'être que des tuyaux en poterie ou en fonte, ou des conduites en ciment qui ne craignent pas l'eau, ni la gelée. Plus on leur donne de pente, et plus le débit est considérable pour un même diamètre.

On peut également, avec des diamètres supérieurs à om,4o, construire sur place des aqueducs souterrains, à l'aide de briques non gélives et du ciment. La figure 122 montre la coupe transversale d'un aqueduc de ce genre dont le pourtour est formé par douze largeurs de briques, le diamètre intérieur étant d'environ om,45. Recouvert de om,20 de terre pas trop argileuse, exempte de pierres et bien pilonnée, puis d'un macadam de

(1) A. Hérisson, loc. cit.

même épaisseur, un tel ouvrage est à l'épreuve des plus lourdes charges. En ménageant à chaque extrémité un petit mur de tête (fig. 123), on peut faire raccorder les

Fie. 122. — Aqueduc en briques; coupe transversale.

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Fig. 123. — Aqueduc en briques; élévation d'une tête.

talus de la chaussée, si Paqueduc traverse une chaussée, par deux rampants à surface conique (fig. 124).

Lorsque Ton dispose de pierres et de dalles, au lieu de briques dont l'appareillage est toujours délicat, on

peut adopter un type d'aqueduc plus simple encore, de forme carrée ou rectangulaire. Les murs latéraux s'établissent alors en pierres sèches; des dalles brutes forment le radier, quand le sol n'est pas imperméable. Plusieurs ponceaux de mêmes dimensions se juxtaposent

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Fie 124. — Aqueduc en briques; coupe longitudinale d'une tête.

Fie. 125. — Aqueduc simple en bois.

ainsi, quand il s'agit de livrer passage à des volumes d'eau plus considérables. Cette disposition offre l'avantage d'occuper moins d'espace en hauteur.

Enfin, des aqueducs assez résistants se construisent en bois. Un sommier, occupant toute la longueur de l'aqueduc, est taillé sur les côtés en faces inclinées, pour pouvoir y clouer des palplanches enfoncées à

coups de masse dans le sol. Le poids des charges qu'un tel aqueduc triangulaire aura à supporter se répartit sur toutes les palplanches, qui résistent comme bois debout.

Celui de tous les aqueducs en bois que Ton rencontre le plus fréquemment, dans les pays de montagnes ou forestiers : en Suisse, dans le Tyrol , dans la Forêt- Noire, etc., soit pour conduire les eaux au loin , soit pour les faire passer au-dessus d'un autre cours d'eau, d'un vallon, d'un chemin, etc., consiste en un conduit formé de madriers solidement assemblés (fig. 125), et pour de plus petites quantités d'eau, ou de très courtes distances, en un conduit foré; c'est le plus souvent, dans ce dernier cas, un pin de grosseur proportionnée au volume à débiter, non équarri et grossièrement débité.

En général, les aqueducs sont plus fréquents que les ponts-canaux; il y en a découverts en dalles, et d'autres sans voûte. L'eau courante éprouvant une forte contraction en s'introduisant dans ces ouvrages , de même que dans la traversée des ponts en maçonnerie , il y a lieu d'en tenir compte relativement au cintre des voûtes, à l'arrondissement des arêtes, etc.; comme aussi, de ménager la vitesse et le débit des dérivations, en donnant aux aqueducs voûtés, s'il y a lieu, des directions biaises, aux entre-croisements qui deviennent très nombreux dans les pays où l'irrigation est développée.

Dans les aqueducs de dimensions ordinaires, les têtes sont terminées par des rampants qui affleurent le talus extérieur des digues; dans ceux de plus grandes dimensions, la voûte se termine à l'aplomb de l'arête extérieure du chemin latéral, et les terres sont soutenues par deux murs en aile.

Les figures 126 et 127 représentent deux cas spéciaux d'application aux grands canaux; l'un de ces aqueducs traverse le remblai du canal de l'Ourcq, au-dessous de

la cuvette, et dirige les eaux par un puits où se déposent les sables et graviers (fig. 126), et l'autre recueille les eaux d'une source à un niveau supérieur, pour les conduire sous remblai dans la cuvette du canal du Berri (fig. 127). Les coupes qui représentent ces deux ouvrages suffisent pour rendre compte de l'application.

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Fig. 126. — Canal de l'Ourcq; aqueduc et puits pour gravier.

Fig. 127. — Canal du Berri; aqueduc de source.

b. Ponts-aqueducs. — Parmi les monuments de construction grandiose que les Romains nous ont laissés, les aqueducs sont, après les routes, le plus éclatant témoignage de leur puissance. Pour assurer le service de Rome même, la longueur des conduits était de 428 kilomètres, dont 3 2 en arcades. « Lorsqu'on cherche à calculer « la dépense de ces constructions de canaux en maçonnea rie recouverte d'enduit imperméable, d'aqueducs sur

* lesquels les eaux s'écoulaient quelquefois à 36 mètres « de hauteur, de souterrains percés dans le rocher et à « de grandes profondeurs; lorsqu'on y ajoute les in- « nombrables conduits dans l'intérieur de la ville, les « châteaux d'eau, les fontaines distribuant 800,000 mè- « très cubes d'eau, on s'arrête devant l'énormité des « chiffres qui s'offrent à la pensée (1). »

D'après le petit nombre de renseignements parvenus jusqu'à nous, sur le prix de revient de ces aqueducs, on peut évaluer de 1 10,000 à 160,000 fr. le coût du kilomètre, malgré des différences de débit du simple au quadruple, allant de 42,000 à 1 80,000 mètres cubes d'eau par jour.

Les autres provinces de la péninsule n'ont pas gardé autant de vestiges de ce genre d'ouvrages que la cité impériale; mais la Gaule, dans ses aqueducs de Nîmes, de Lyon, de Metz, de Fréjus, d'Amibes, d'Arles, de Cahors, etc.; l'Espagne, à Ségovie, à Mérida; l'Afrique et l'Asie-Mineure, montrent par les ruines des plus beaux édifices avec quels soins et quels sacrifices les Romains recherchaient les jouissances des eaux abondantes et fraîches pour les fontaines, les thermes, les naumachies, les piscines, la consommation domestique et l'arrosage des jardins.

Pont du Gard. — De l'aqueduc de Nîmes, construit sous Antonin, ou sous Vispanius Agrippa, il nous reste, outre les arcatures de la vallée de Vers, l'œuvre tout entière du pont du Gard, avec ses trois étages superposés qui atteignent l'élévation totale de 84™, 77. L'étage inférieur, de 2im,87 de hauteur au-dessus de l'eau du Gardon et de 6ra,36 de largeur, a 142", 35 de longueur; l'étage moyen, de i9m,5o de

(1) De Tournon, Études statistiques sur Rome. 2e édit., i855, t. II, p. 218.

hauteur et de 4m,56 entre les têtes , a une longueur de 242™, 45 ; l'étage supérieur supportant l'aqueduc a jm^o de hauteur, 3m,o6 de largeur et 27 3 m. de longueur. Les premiers étages présentent une grande arche principale de 24m,52 d'ouverture, pour livrer passage au Gardon ; d'un côté, une arche au premier étage et quatre au deuxième , de i5m,5o d'ouverture; de l'autre côté , 4 arches au premier étage et 6 au deuxième, de i9m,2o.

Le troisième étage compte 35 petites arches (1).

(1) A. Léger, les Travaux publics aux temps des Romains .

Pont Moderne

FlG. 129. — PoMT-AQUEDUC DU GARD; COUPE SUR CD ( fig. 128).

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Les piles, voûtes, tympans et bandeaux des deux premiers rangs sont en grand appareil , avec assises de tête de om,6o, des pierres et des vousssoirqui atteignent 2 mètres cubes. Les piles ont de 4ln,36 à 4m,8o d'épaisseur suivant les ouvertures. Les voûtes ont également des épaisseurs variables suivant la largeur.

La cuvette cote im,2o de largeur sur im,66 de hauteur; elle était revêtue à l'intérieur d'un enduit résistant, et couverte extérieurement par de grandes dalles offrant une légère double pente pour l'écoulement des eaux.

« Tel se dresse encore, après dix-sept siècles, l'aqueduc du pont du Gard, majestueux, imposant, avec son soubassement, sa colonnade et son attique, tout empreint d'un grand sentiment d'ordonnance et d'art, qui le classe parmi les monuments anciens les plus dignes d'admiration. »

Le débit maximum de l'aqueduc a été calculé, d'après les pentes et la hauteur des incrustations, à 46,000 mètres cubes; le débit minimum à 20,000 mètres cubes.

La figure 1 28 montre une partie de l'élévation de l'aqueduc, et la figure 129, la coupe transversale suivant l'axe du Gardon, avec le pont moderne qui a été si malheureusement accolé à l'ouvrage pour le déparer.

Crapponne. — Le canal de Crapponne, creusé de 1 554 à 1 559 en vue de l'irrigation d'une partie de la Crau et des environs d'Arles, au pied des Alpines, possède un ouvrage sur la branche qui se déverse dans le Rhône, près d'Arles, dont la construction remonte à l'année 1641. Le pont-aqueduc, de 750 mètres de longueur sur 5m,40 de hauteur et 4m,/5 de largeur au sommet, est disposé sur le flanc de l'ancien aqueduc romain dont les fondations portent aujourd'hui le pontroute. Il présente 94 arcades en plein cintre de 6°, 10 d'ouverture, soutenues par des piles de ira,67 de face;

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la largeur entre les têtes est de 4m,75, et la cuvette offre im,25 de profondeur sur 3m,25 de largeur (i).

Le rapport du vide au plein est de o,533, et à la surface totale, de 0,348.

Montpellier. — Plus tard, de 1753 à 1786, fut construit l'aqueduc de Montpellier, sous la direction de Pitot ; il accède au Peyrou par un pont à deux étages de 1,000 mètres de longueur et de 29 mètres de hauteur maxima; sa pente est de om,289 par kilomètre et le débit d'environ i,56o mètres cubes en 24 heures. Son coût s'est élevé à plus d'un million de livres; il n'est pas utilisé pour les irrigations.

Roquefavour. — C'est seulement en 1 841 que fut entrepris pour le canal de Marseille, sur la rivière de l'Arc, le pont-aqueduc de Roquefavour, qui fait à juste titre l'orgueil de la grande cité. Cet ouvrage, aussi imposant par sa masse qu'admirable par son élégance et sa légèreté, a été exécuté en six années par l'ingénieur de Mont-Richer.

L'aqueduc de Roquefavour, représenté figure i3o, a 82", 5o de hauteur depuis l'étiage de la rivière jusqu'à la surface supérieure du parapet , et une longueur de 375 mètres entre les culées. Il est composé de trois rangs d'arcades; le premier de 34'", 10 de hauteur avec 14 arches de i5 mètres d'ouverture, des piles de 5m,5o de face et une largeur entre têtes de 5m,5o; le second de 34™, 90 de hauteur, avec i5 arches de 16 mètres d'ouverture; même face pour les piles, et même largeur que la précédente, entre les têtes; le troisième de i3m,5o, avec 53 arceaux de 5 mètres d'ouverture, supportés par des piles de im,83, et une largeur entre les têtes de 4m,5o.

Les piles des deux premiers rangs sont construites en pierres de taille, fournies par des carrières voisines

(1) A. Léger, loc. cit., p. 65o.

et ne s'écrasant que sous une pression moyenne de 375 kilogrammes par centimètre carré. Ces pierres ont été appareillées par assises, variant de cinq en cinq centimètres depuis om,6o jusqu'à im,25 de hauteur. On a même posé et taillé quelques assises de im,5o (1).

De grands contreforts latéraux s'élèvent sur le côté des piles, depuis la base jusqu'à la corniche du deuxième étage ; leur largeur moyenne de 3ra,5o sur le cours du premier étage, se réduit à 3 mètres sur le deuxième, et leur fruit est de 6 pour 100.

Les grandes voûtes ont 1 mètre d'épaisseur. La cuvette offre une section trapézoïdale de 2m, 1 5 au plafond et de 3m,5o en gueule.

Pour un cube total de maçonnerie de 66,65o mètres environ, dont plus de 5o,ooo mètres cubes en pierres de taille, qu'il a fallu élever par blocs de 10 à i5 tonnes à des hauteurs atteignant 83 mètres, la dépense s'est chiffrée à 3,784,000 francs. Dans cette dépense, le matériel seul nécessaire à l'édification est compris pour plus de 900,000 francs.

Un siphon eût coûté trois fois moins cher; mais outre qu'un siphon n'eût pas offert la même sécurité et la même solidité, la ville de Marseille n'a pas hésité de donner au pays une belle œuvre de plus, qui intéresse ses fontaines et ses bouches d'arrosage plus directement encore que les irrigations. C'est pourtant à ces dernières que la banlieue doit de s'être transformée en un jardin des plus productifs.

La branche mère du canal a exigé, outre l'aqueduc de Roquefavour, 1 1 ponts-aqueducs dont un de 26 mètres de hauteur et 170 mètres de longueur sur la Touloubre, près de Lambesc, et deux de 20 mètres de hau-

(1) F.Martin, loc. cit.

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teur sur 70 et 100 mètres de longueur. Leur prix de revient moyen par mètre a été de 18 fr. 70 pour la maçonnerie brute et en pierre de taille, ou en moellons piqués et smillés.

Canal du Verdon. — Le canal du Verdon dont nous avons décrit la prise d'eau et les tunnels, a nécessité, entre autres ouvrages d'art , une série de ponts-aqueducs de proportions inusitées, à savoir :

Le pont-aqueduc de Beaurivet : longueur, 88m,67; hauteur entre le couronnement des murs bajoyers et le fond de la vallée, 14 mètres ; largeur de la cuvette, 2Œ,6i ; largeur de l'ouvrage entre les têtes, 4m,2i . Il est formé de 10 arches en plein cintre, de 6 m. d'ouverture.

Le pont-aqueduc de Malourie : longueur, 3im,9o; hauteur au-dessus du fond du ravin, 16 mètres; largeur de la cuvette, 2m,6o; largeur de l'ouvrage, 4m,i6. Il se compose de 3 arches en plein cintre.

Le pont-aqueduc de Parouvier : longueur, i2im,3o; hauteur, 20,n,75; largeur de la cuvette, 2m,5o; largeur entre les têtes, 4m,04. Il comprend 12 arches en plein cintre de 8 mètres d'ouverture.

Le pont-aqueduc de Calèche : longueur, i,i25m,65; hauteur maxima, 9ra,i6; largeur de la cuvette, om,66; profondeur de la cuvette, oM,,90. Cet ouvrage établi sur une branche secondaire, rive gauche de la Touloubre, comprend 146 arches en plein cintre, de 6 mètres d'ouverture, et une bâche en tôle de 20 mètres de portée pour la traversée de la route. Neuf piles-culées, munies de contreforts, divisent le pont en 1 2 sections composées de 14 arches pour la partie en amont de la route, et de i3 arches pour la partie en aval. La pente du terrain étant très douce, les culées sont longues et évidées; celles d'amont offrent cinq arceaux d'évidement; celles d'aval en présentent huit.

Le tracé en plan n'est pas rectiligne, mais dirigé suivant la ligne de crête du faîte à franchir, de manière à diminuer la hauteur des piles et à traverser la route sous un angle de 5o degrés.

Construit entièrement en maçonnerie, le pont de Calèche a, pour les piles et les voûtes, des parements en moellons dressés en assises , et pour les tympans, des joints incertains. La dépense totale, en y comprenant l'établissement de la bâche métallique, a été de i58,5oo francs, soit 142 francs par mètre courant. L'exécution a été dirigée par l'ingénieur Bricka.

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