IV. UNITÉS DE MESURE ET MODES DE DISTRIBUTION
Les unités adoptées dans les divers pays pour servir de base aux concessions perpétuelles, temporaires, ou quotidiennes , sont très diverses. Nous ne saurions indiquer que les principales, d'autant plus qu'une description détaillée des mesures autres que celles existantes n'a plus qu'un intérêt purement rétrospectif ou historique, tout au plus utile pour l'intelligence dé" coutumes locales, ou d'actes de vieille date, soumis à des contestations encore trop fréquentes.
a. FRANCE.
Les anciens fontainiers faisaient usage du pouce d'eau pour des jaugeages peu considérables. Le lit était barré à l'aide de planches dans lesquelles étaient percées des rangées de trous circulaires, d'un pouce (om,027) de diamètre, bouchés par des tampons; puis autant de trous étaient débouchés qu'il en fallait pour que le niveau s'établît à la hauteur constante d'une ligne (om,oo22 5) au-dessus de la partie supérieure des orifices. Dans cet état, il sortait par les orifices autant d'eau que le courant pouvait an fournir.
ces hydrauliques de LoweU Boston, i855), qui se traduit dans le système décimal de la manière suivante :
Q— 1834-3 {/-0.1 nh) h —
Q représente le débit en litres par seconde; /. la longueur du déversoir en mètres; n, le nombre de contractions de la lame déversante dans le sens horizontal; A, l'épaisseur de la tranche d'eau au-dessus du sas.
LES IRRIGATIONS. 2g3
D'après l'expérience, le pouce de fontainier a été trouvé égal à :
lit.
En 24 heures 19. 195.30
» 1 heure 799.80
» 1 minute 1 3.53
» 1 seconde 0.22
Le nombre d'orifices ouverts permettait ainsi de calculer le débit d'un cours d'eau dans chacune de ces unités de temps.
La ligne d'eau était égale à la 1440 partie du pouce d'eau, et le point d'eau, à la 144e partie de la ligne d'eau (1).
A cette mesure inexacte, surtout quand il s'agit des subdivisions du pouce, Prony proposa de substituer une unité en rapport avec le système métrique, appelée module, correspondant à l'écoulement de 20 mètres cubes en 24 heures. C'est la quantité d'eau qui passe en 24 heures par un orifice circulaire de om,02 de diamètre, ayant sur son centre une charge de ora,o5, et garni d'un ajutage cylindrique extérieur de om,oi7 de longueur. La dépense est de i3 litres 88 à la minute, et de o litre 23 1 5 à la seconde.
Le moulant d'eau, ou simplement moulant, qui figure dans les concessions du canal des Alpines et dans divers actes publics du département des Bouches-du- Rhône, s'applique au volume d'eau nécessaire pour faire tourner un moulin à blé de la grandeur et de la chute la plus ordinaire, dépensant dans les 24 heures environ 3,ooo toises cubes; il est déterminé aussi quelquefois par les dimensions des permis qui donnent passage à Peau (2).
(1) Dicl. gén. d Administration, 1857.
(2) Littré, Grand Dictionnaire de la langue française.
Dans Cappeau, le calibre du moulant est indiqué comme de 7 pieds trois quarts cubes, qui passeront par un orifice quelconque dans l'espace d'une seconde (1); ce qui correspond à 265 litres 65 par seconde.
Une autre définition du moulant (2) s'applique à la quantité d^eau qui peut sortir à niveau mort par une ouverture de 9 pouces de hauteur sur 36 de largeur; soit à peu près un débit de 200 litres par seconde.
Dans le Roussillon (Pyrénées-Orientales), la meule d'eau est la quantité qui s'écoule par un orifice circulaire de 9 pouces catalans (om,243) de diamètre, sous une pression constante d'une ligne d'eau (om,oo25), audessus de son bord supérieur. Le débit est de 56 litres 85 par seconde; celui d'une demi-meule, de 28 litres 34. L'épaisseur des parois est de om,o8o à om,095. D'après Pareto, les meules hors de service, percées au centre d'un trou circulaire de 9 pouces catalans, étaient employées à mesurer les eaux d'irrigation ; d'où le nom de meule qui est resté à la mesure.
Si les anciennes concessions de canaux font mention de moulants (Provence et Dauphiné) et de meules (Roussillon et Languedoc), on trouve depuis lors, notamment dans les Bouches-du-Rhône, pour les règlements et les tarifs du canal moderne de Marseille, l'indication du module métrique, c'est-à-dire d'un décilitre d'eau s'écoulant par seconde, ou de 8,640 litres en 24 heures. La distribution de l'eau d'après des prix réglés à tant par hectare, qui a été longtemps la base des concessions d'eau d'arrosage, et qui l'est encore dans beaucoup de contrées pour des concessions éventuelles, tout en Rappliquant à des récoltes connues , s'est trouvée dès lors remplacée par le module métrique.
(1) De la compagnie des Alpines ; arrêt du conseil d'État du 3 avril 1773.
(2) F. Martin, Mémoire sur Adam de Crapponne et son œuvre, p. 57.
A cet égard, il convient de rappeler que lorsque le règlement de la distribution des eaux du canal de la Durance dans le territoire de Marseille, eut été arrêté suivant le module de o1, 10 à 2 litres, l'administration crut devoir publier un avis pour redresser les propriétaires arrosants de Terreur qu'ils commettaient en évaluant le volume d'eau reçu d'après la contenance qu'ils pouvaient arroser (1).
« Ils admettent en principe, dit l'avis, qu'une conte cession d'un litre d'eau doit arroser une superficie « d'un hectare, et si un hectare n'est pas suffisamment « arrosé par une concession d'un litre, ils en con- « cluent qu'ils ne reçoivent pas toute l'eau qui leur est « due.
« Il convient à l'administration de rectifier ces idées : « le volume nécessaire à l'arrosage est trop variable « pour être adopté comme base; il dépend d'une foule « de circonstances diverses, de la nature du sol , de sa « perméabilité, de sa déclivité, du genre de culture, etc.
« Il était donc plus rationnel d'adopter une unité in- * variable en volume absolu, dont le propriétaire reste « le maître d'augmenter la quanti té, suivant les besoins « de sa culture.
« Cette unité est le litre.
« Prendre une concession d'arrosage d'un litre, c'est « acquérir le droit de recevoir dans ses terres, d'une ma- « nière périodique, un volume représentant un nombre « de litres égal au nombre de secondes que renferme la « saison d'arrosage, c'est-à-dire six mois, ou i83 jours*
« Ce volume de 1 5, 8 11,000 litres est suffisant pour « couvrir un hectare d'eau de im,58n; il est fourni « par 43 arrosages de 3 heures, avec un débit de 34 lice très par seconde. »
(1) Voir l'avis publié au dos du tableau de roulement, le 21 février i853.
Quant aux eaux continues, les concessions suivantes donnent droit, savoir :
De un module à f> litres en une minute.
De un demi-module à 6 » deux minutes.
De un cinquième de module à. . . 6 » cinq minutes.
De un dixième de module à 6 » dix minutes.
En conséquence de la concession ainsi faite, d'un ou de plusieurs litres, aux termes du règlement général (art. 2), les agriculteurs reçoivent chaque année un tableau de roulement indiquant les jours et les heures de chaque mois, depuis avril jusqu'à octobre, pendant lesquels ils doivent jouir de l'eau par la prise convenue.
La réglementation adoptée pour le canal de Marseille s'est généralisée; elle n'offre de différences que par rapport aux redevances. L'unité de vente au module, pour le canal du Rhône projeté, est exactement le même que celui fixé à Marseille; il correspond à une hauteur uniforme de i,n,58 sur la surface d'un hectare. « C'est « plus du double du volume des eaux pluviales pendant « toute l'année (1). »
b. ITALIE.
Depuis que l'Italie s'est unifiée et que le code civil applicable à tous les pays soumis au même statut, a été promulgué, l'unité qui règle la mesure légale du volume d'eau d'irrigation est le module, c'est-à-dire « l'orifice « qui laisse couler en quantité constante un volume de « 100 litres d'eau par seconde, et se divise en centièmes « et en millièmes. » (Art. 622 du code civil.)
Quand il s'agit d'irrigation intermittente, chaque usa-
(1) Krantz, Rapport au Sénat. i3 juin 1882.
ger jouit de la concession d'un ou de plusieurs modules, ou des subdivisions d'un module, pendant un certain nombre d'heures , d'après un système appelé orario ou ruota (1). Mais on comprend que dans une contrée où les irrigations se pratiquent depuis des siècles, les modes de concession et de distribution des eaux n'ont pas attendu la promulgation du code, datée de Florence le 25 juin i865. Aussi trouve-t-on dans les divers États de la péninsule la plus grande variété de règlements et de mesures.