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I. DISPOSITIONS ET TRAVAUX PRÉPARATOIRES

Toute irrigation, pour être bien faite, doit satisfaire à deux conditions : d'abord, la surface du terrain arrosable doit être à un niveau tel, en contre-bas de celui des eaux à distribuer, que l'écoulement puisse être à volonté suspendu, en partie ou en totalité, et réparti régulièrement sur tous les points ; ensuite, le sol doit pouvoir s'égoutter et s'assécher complètement au moyen de canaux ou de fossés spéciaux.

Ces deux conditions se résument en un point fondamental qui consiste à éviter la stagnation des eaux dont les inconvénients sont les plus graves pour toutes les cultures. Il en résulte qu'avant de choisir tel ou tel mode d'irrigation, et surtout de décider des travaux plus ou moins importants et coûteux, il faut procéder à une étude minutieuse du terrain que Ton se propose d'irriguer.

Plan et nivellement du terrain. — L'étude préliminaire comporte l'examen du sol et du sous-sol, le levé du plan et le nivellement du terrain.

Les observations recueillies par les cultivateurs de la localité sur la nature physique et géologique du sol et du sous-sol, sur leur degré d'humidité qui exige parfois des travaux préalables de drainage; sur leur plus ou moins grande perméabilité, sont faciles à vérifier par quelques fouilles à l'aide de la bêche, de la pioche ou de la tarière. Elles sont indispensables pour apprécier la consommation d'eau probable, du fait du sol luimême, et estimer les travaux de défoncement ou d'assainissement que réclament la pénétration et l'égouttement des eaux d'arrosage dans la couche arable.

Un plan du terrain, fait à l'échelle, est non moins utile

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pour apprécier les longueurs et calculer les dimensions des chemins, des canaux et des rigoles de distribution, ainsi que des colatures. Nous n'avons pas à entrer ici dans le détail d'un levé de plan qui constitue une application usuelle de la géométrie. La plupart des propriétaires possèdent un plan spécial des terres qu'ils exploitent ou qu'ils afferment; à leur défaut, le cadastre parcellaire, établi en vue de la perception de l'impôt foncier, peut être consulté, après avoir été vérifié par le géomètre de la commune, ou de l'arrondissement. De toutes manières, beaucoup d'agriculteurs sont aujourd'hui en mesure de lever eux-mêmes, à la chaîne ou à l'équerre, un plan suffisamment exact de leur exploitation, sans qu'il soit nécessaire de recourir au graphomètre, à la planchette, ou à la boussole. .

Le nivellement des terrains à arroser est le complément indispensable de la levée du plan. Soit au moyen de lignes de niveau équidistantes, sur lesquelles on repère avec les instruments un assez grand nombre de points fixes, facilement reconnaissables plus tard sur le terrain; soit à l'aide d'une triangulation, ou d'un double réseau de lignes parallèles, se croisant autant que possible à angles droits et portant des repères fixes aux points d'intersection, on obtient des cotes assez nombreuses de hauteurs, par rapport à la ligne, ou* au plan de niveau, pour pouvoir, en les reportant sur le plan, tracer ou diriger des lignes de pente sans opération nouvelle sur le terrain. Grâce seulement à ces lignes, on peut juger en connaissance de cause du mode le plus convenable d'irrigation, pour les cultures qu'on se propose d'arroser, et le plus économique, quant aux travaux à exécuter, en raison de la main-d'œuvre dont on dispose.

Les opérations d'un nivellement général sont minutieusement expliquées dans les traités de géométrie,

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de même que les instruments employés pour donner la hauteur des surfaces. Que Ton indique sur le terrain même les lignes horizontales de même niveau, à l'aide de jalons dont on relève ensuite la position, ou qu'on les trace seulement sur le plan, à l'aide d'interpolations faciles; l'importance d'un nivellement bien fait, dans lequel les lignes de niveau ont été d autant plus rapprochées que le terrain est plus incliné, est capitale, non seulement au point de vue de la division en compartiments de ioo à 200 mètres de côté, suivant des axes parallèles soigneusement repérés, mais encore pour l'établissement et la réparation des rigoles, la vérification des nivellements partiels, et l'adoption de l'assolement auquel les cultures seront soumises. Nous ne saurions trop recommander, afin d'éviter tous mécomptes, de choisir une base d'opération sur le terrain, reportée, si c'est possible, au niveau moyen de la mer; d'y élever des perpendiculaires suivant les inégalités du terrain et de les jalonner, non pas symétriquement, mais de façon à ce qu'aucune inégalité ne soit négligée. La base d'opération doit pouvoir être toujours reconnaissable sur le terrain, soit qu'on l'appuie sur des points naturels invariables, tels qu'un fossé, un mur, une haie, etc.; soit qu'on la fasse reposer sur deux bornes fixes, orientées d'une manière quelconque par rapport à la pente générale du terrain. L'essentiel est qu'elle soit rigoureusement pointée sur le plan à l'échelle de 1 millimètre pour 1 mètre, par exemple, et que toutes les cotes des jalons, rapportées au plan horizontal qui passe par le point le plus bas, figurent scrupuleusement sur ledit plan, avant que l'on s'occupe de tracer les lignes de niveau. Les jalons du terrain peuvent dès lors s'abaisser ou disparaître, sans que le nivellement ait besoin d'être refait, lorsqu'il s'agira de tracer les rigo-

les,,, ou de modifier plus tard la disposition adoptée.

Pour les prairies, notamment en plaine , il faut dès le principe ménager des chemins sûrs et commodes. En admettant qu'un chemin est nécessaire pour une largeur de 100 mètres, laissant un espace de 5o mètres de chaque côté, afin de pouvoir enlever les récoltes promptement et facilement, il importe de tracer les chemins sur le plan du terrain dont la pente a été déterminée, avant de procéder aux divisions et subdivisions.

Quel que soit le système d'irrigation, une fois le nivellement général achevé, et les chemins tracés sur le plan, puis piquetés sur le terrain, on devra, d'après l'abondance des eaux dont on dispose et d'après la nature du sol, fixer la répartition du terrain par les rigoles de distribution et d'écoulement. Dans les terres argileuses ou froides, qui se laissent pénétrer difficilement, les ver sants auront la plus grande largeur; tandis que dans les terres légères ou sablonneuses, ils seront le moins larges. Les limites extrêmes entre les dimensions des versants, suivant la nature opposée des terrains, sont très variables; elles peuvent être comprises, comme en Lombardie, entre 5 à 6 mètres, et 20 à 3o mètres.

Il est essentiel de noter que, indépendamment des terrassements et des nivellements nécessités par la répartition du terrain et des cultures arrosa blés, un nivellement général s'impose toujours pour déterminer le meilleur écoulement des eaux, empêcher leur stagnation, et superposer les zones d'arrosement les unes aux autres, dans le sens de la pente. Ce nivellement doit se réaliserde tellesorte qu'en ménageant l'eau tous les champs soient arrosés , et que l'excédent gagne la rigole ou le canal principal d'égouttement. C'est d'après ce nivellement que s'établissent rationnellement les systèmes de raies, de billons, de planches, d'ados et de digues qui utilisent l'eau des

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compartiments superposés. Enfin le nivellement «des terrains inférieurs permet d'employer par reprise, avec non moins de profit, l'eau du colateur principal (x).

« Le point principal, dans l'art des arrosements en Toscane, dit Simonde (2), c'est de maintenir les eaux du fossé d'arrosage (la gora) qui reçoit les eaux de la rivière, aussi hautes que peut le permettre le niveau du point de dérivation, et de pratiquer le fossé d'écoulement (lo scolo), recevant les eaux d'égouttement, aussi bas que cela peut s'accorder avec la pente qui lui est nécessaire pour que les eaux n'y croupissent pas, et avec le niveau de la rivière à l'endroit où elle doit les recevoir. Cette attention est nécessaire, parce que la pente de la plaine est si peu considérable qu'il faut l'utiliser avec l'économie la plus scrupuleuse et ne pas en perdre un seul pouce sans besoin. Afin qu'il y ait autant de différence que possible entre la hauteur du lit de la rivière, là où l'on prend les eaux, et sa hauteur à l'endroit où on les lui rend, on ouvre souvent le canal d'amenée dans la montagne, où la pente de la rivière est considérable. »

Dans les pays primitifs, les canaux d'amenée consistent simplement en saignées faites à différents niveaux sur les bords des rivières, et descendant par des pentes douces, de manière à laisser les terres à irriguer du côté du talus du remblai. Ces canaux ne servent dès lors qu'aux terres riveraines; ce sont des tranchées faites à la charrue et à l'excavateur, dont les pentes, comme au Colorado, varient de om,35 par kilomètre pour des débits de 8 à 10 mètres par seconde, jusqu'à 3 mètres par kilomètre pour des portées de 0,60 à 0,90 m. cubes par seconde (3). Les questions de nivellement des ter-

(1) Pollini, Inchiesta agraria; Monografia délia Lomellina, 1882. (3) Tableau de V agriculture toscane, p. 19. (3) O'Meara, loc. cit.t i883.

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rains sont dans ce cas absolument secondaires, puisqu'on est maître de pratiquer les saignées en lieu voulu,

a. TRAVAUX PRÉPARATOIRES.

Terrassements. — Comme Peau doit pouvoir arriver partout en égale quantité et ne séjourner nulle part, il faut d'abord dresser la surface de façon à faire disparaître les dépressions et les faibles élévations. Ces travaux de terrassement ne peuvent guère être évités, quelque méthode d'irrigation que l'on choisisse ; le tout est de les réduire au strict nécessaire, à cause des dépenses assez fortes qu'ils entraînent.

Lorsque les frais de transport des déblais ne sont pas Trop considérables, ou que l'on a l'emploi à proximité des terres déblayées, il peut convenir d'abaisser certaines parties du terrain à arroser, qui se trouvent à un niveau plus élevé que celui du canal d'amenée. Ainsi, dans le Milanais, on regarde comme une opération courante d'abaisser le sol de om,5o jusqu'à im,5o, sur un hectare de terrain qui, autrement, ne serait pas arrosable.

En général, toute surface inégale et mal disposée, offrant des pentes et des parties plates, des creux et des bosses, etc., doit être aplanie, de façon que les eaux arrivant par les lignes culminantes et se déversant sur les plans inclinés, soient recueillies à la partie inférieure par des fossés d'écoulement. Pourvu que les inclinaisons soient convenables et permettent d'atteindre le but indiqué, il importe peu que les lignes de faîte ou de thalweg et les versants offrent des directions rectilignes , des contours droits ou développés. Il n'est pas non plus nécessaire que la pente du terrain soit uniforme, car si elle présente des différences, on fait

varier la distance entre les rigoles horizontales; à la rigueur même, le terrain, avec des pentes et des contrepentes, peut s'adapter à l'irrigation, moyennant que les rigoles soient établies partiellement en remblai. De toutes les cultures, la prairie est celle qui laisse plus de liberté dans la forme, l'étendue et la disposition des terres arrosées.

Dans les pays d'irrigation, où les canaux d'amenée sont exécutés de manière à desservir naturellement tous les points des terrains irrigables, le redressement de ces terrains a une importance secondaire. Ce

Fie 178. — Redressement de terrain en ressaut.

sont les eygadiers,dansle nord de l'Italie, ou les campari qui, sans recourir au niveau d'eau, mais à l'aide de piquets, de nivelettes et de témoins, exécutent les mouvements de terre. Leur habileté, jointe à une grande pratique de ces opérations, permet de dresser ainsi le sol le plus inégal. Il en est de même dans les Vosges , et dans la plupart des localités où l'irrigation est implantée de longue date.

Pour les gros terrassements, on calcule les déblais de façon à ce qu'ils puissent suffire aux remblais, sans qu'il soit nécessaire d'emprunter de la terre au dehors, et sans qu'il en reste en trop grand excès.

Si le terrain présente un ressaut trop brusque dans la direction de la pente, comme en BC (fig. 178), la portion de terre AB d pourra être reportée, par exemple, en d CD; si, au contraire, il est coupé par un ravin E^fig. 179 et fig. 180), on cherchera à combler le fond par un déblai provenant de la terre prise sur les bords, de manière à obtenir un profil à courbure insensible. Toute cavité un peu large et profonde peut être ainsi effacée, en reportant

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Fig. 180. — Comblement de ravin en terrain incliné.

la terre du sol environnant dont on abaisse la pente. Une précaution à prendre consiste à tenir compte du tassement des terres remblayées, que Ton estime de un cinquième à un sixième de la hauteur du remblai , afin d'éviter toute cuvette dans laquelle l'eau séjournerait sans écoulement. Une autre précaution a pour objet de réserver la terre de la couche végétale pour la rapporter à la surface des déblais et des remblais; autrement, ce sont les terres du sous-sol, de qualité inférieure le plus souvent, qui reprendraient la place de la couche arable.

Lorsque le terrain est gazonné, il importe, au point de vue de la formation des prés, d'enlever tout d'abord le gazon que l'on met de côté, pour le replacer par bandes ou par nlbttes sur le sol grossièrement nivelé. Dans les terrassements très étendus, l'économie de main-d'œuvre exige que la bonne terre s'enlève avec le gazon ; mais en-

Fic 181. — Brouette Patzic.

Fig. 182. — Brouette de Ritterhoff.

core convient-il de mettre le tout à part, pour l'employer au régalage superficiel, avant d'établir l'irrigation.

La plupart des travaux de terrassement s'exécutent à la bêche, à la pioche ou à la houe. Quand il est possible de porter la terre d'un seul jet de pelle à l'endroit voulu, le travail à bras se fait économiquement; c'est la manière la plus facile de remuer la terre. Selon Schenk, un bon ouvrier, en 10 heures de travail, jette à la pelle 9 mètres cubes de terre à 2 et 3 mètres de distance; quand la terre s'attache à la pelle, le même ouvrier n'en jette plus que

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6, à la même distance. Si la même terre est jetée deux fois de suite, elle s'émiette, de façon que le second ouvrier ne peut pas faire autant d'ouvrage, dans le même temps, que le premier. Aussi, quand on doit tti jeter une troisième fois, la transporte-t-on ordinairement à l'aide de brouettes ou de tombereaux à bras. Les formes des brouettes diffèrent suivant que l'effort porte sur la roue, ou sur les bras du conducteur. Patzig indique (i) comme étant d'un usage très favorable la brouette représentée par la figure 181, et Villeroy, celle dont le dessin est donné fig. 182. Quand le fardeau pèse trop sur la roue, celle-ci

Fig. i83. — Brouette française a coffre.

enfonce trop profondément; quand la roue est trop petite, le conducteur ne la voyant pas, la marche de la brouette est moins certaine. Dans les prés, la largeur de jante, pour éviter renfoncement, doit être d'environ om,i5 (2). La brouette terrassière française, ou à coffre (fig. i83) est presque rectangulaire ; la jante de la roue est large et plate. L'homme qui soulève les brancards et pousse devant lui, supporte à peu près un cinquième du poids. La brouette anglaise (fig. 184) offre des parois au contraire très évasées, et les côtés inclinés ne font qu'une faible

(1) Der practitche Rieselwirth, Leipzig, 1840.

12) Villeroy et Mûllcr, Manuel des irrt gâtions, 2« édit., 1867. p. 41.

saillie sur le fond. Le centre de gravité de la charge est situé beaucoup plus bas relativement aux brancards; ce qui rend l'appareil plus stable et plus facile à conduire. Le contenu peut être déchargé par une simple inclinaison sous un angle de 45 degrés, en portant toujours sur la roue, et sans que l'ouvrier, comme pour la brouette française, ait à retourner presque complètement sur un espace très large, ou à se dessaisir des brancards. Dans la brouette anglaise, la roue en fonte, au lieu d'être en bois cerclé, offre une jante arrondie

Fie 184. — Brouette anglaise a coffre.

de om,o2 5 et un moyeu en pointe, servant d'axe, tandis que dans la brouette française, la jante est large de om,o5 et plate, formant devant elle un bourrelet de terre et de pierres qui contrarie le mouvement. Enfin, quoique de même capacité, l'appareil anglais se charge davantage, sans que pour cela le roulage en soit plus difficile (1).

Il est admis que dans une terre ordinaire, en travaillant 10 heures par jour, un piocheur peut faire de 8 à 12 mètres cubes; et dans une terre déjà déblayée, de 20 à 25 mètres cubes. Un pelleteur peut dans le même temps jeter 20 mètres cubes, soit à 3 mètres horizontale-

(1) Note de Brabant, extraite du Dict, des Arts et Manufactures, 1854., t. II ; article Terrassement.

ment, soit à 2 mètres verticalement dans une brouette, ou dans un tombereau. Quant au travail utile d'un homme marchant à la vitesse de om,5o par seconde et transportant 60 kil. dans une brouette qu'il ramène à vide, il a été calculé à un million de kilogrammètres par journée de 10 heures.

Dans les grandes opérations de terrassement, on recourt aux brouettes lorsque les distances sont comprises entre 5o et 100 mètres, et aux tombereaux quand elles vont jusqu'à 5oo mètres. Un piocheur fournissant, par exemple, 1 2 mètres cubes par jour, et le mètre cube pesant 1,820 kil., on évalue la longueur du relais pour la brouette à 3o mètres en transport horizontal, et à 20 mètres en transport vertical. Pour plus de trois relais, il y a un avantage décidé à employer le tombereau à un cheval, qui porte 37 centièmes de mètre cube, ou bien à deux chevaux, qui porte 80 centièmes. Du reste, les prix de la journée d'un rouleur et de celle d'un tombereau à un ou deux chevaux, qui varient suivant les localités et les saisons, et pour l'agriculteur, en raison des travaux extérieurs de son exploitation, permettent seuls de fixer la distance à laquelle un des modes de transport est plus coûteux que l'autre. En pratique générale, on compte que trois hommes transportent autant que deux chevaux attelés à une voiture, et que le travail, au moyen du tombereau à bras, est plus cher de deux tiers que celui à la pelle (1).

Dans Tétendue d'une prairie, sur des distances moyennes, les déblais peuvent s'exécuter plus économiquement encore à l'aide de la pelle à cheval ou ravale (fig. i85), quand le sol a été préalablement ameubli ou labouré. La partie antérieure de l'instrument étant garnie d'une

(1) Villeroy et Mûller, loc.cit.ip. 121.

lame de fer tranchante, on la fait entrer en terre en soulevant les mancherons, et quand elle est assez remplie, on appuie sur les mêmes mancherons pour la relever. Une légère courbure donnée au fond de la pelle, lui permet de glisser sur le sol. Quand on veut la vider, on

Fig. i83. — Ravale ou pelle a cheval.

Fig. 186. — Ravale culbuteuse.

la renverse d'arrière en avant. Un perfectionnement introduit par le constructeur Hallié (fig. 186) a pour objet de faire culbuter la ravale d'elle-même, de façon qu'elle se charge et se décharge, sans que le conducteur doive reprendre le manche entre les pieds des animaux. Le travail de ravalement se fait ainsi plus vite et plus facilement, pour l'ouvrier, comme pour l'attelage.

Quand on ne doit jeter la terre à transporter que deux

ou trois fois à la pelle, la ravale attelée d'un cheval ou de deux bœufs, offre un moyen non moins économique pour verser les déblais.

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Fie. 187. — Rabot des prés; plan et coupe transversale.

L'épierrement du terrain est parfois nécessaire , soit que Ton ramasse les pierres après l'avoir défoncé, et qu'on les sorte, quand elles sont trop grosses; soit qu'on les enfonce à coup de masse, quand elles sont de dimensions moyennes. De toutes manières, le terrain ameubli

par la charrue, le scarificateur, la herse, le rouleau, est finalement égalisé afin d'obtenir un niveau parfait. Les charrues niveleuses que l'on a essayé d'introduire, à l'exclusion de la brouette et de la ravale, pour faire disparaître les ados des terres labourées, ne répondent pas d'une manière satisfaisante aux exigences de l'irrigation.

Parmi les rabots de plusieurs modèles, qui ont été construits en remplacement des râteaux, pour le régalage

des terres et l'épandage des taupinières dans les prés, celui indiqué par les figures 1 87 et 1 8*8 est appelé à rendre de bons services (1).

Il consiste en un cadre rectangulaire en bois, dont deux côtés A et B servent de patins traînant sur le sol; une traverse antérieure C, à laquelle est fixé le crochet d'attelage, est portée par les deux patins et reliée par deux fers méplats r s; deux autres traverses postérieures E F, maintenues à quelques centimètres au-dessus du sol, sont renforcées par des planches inclinées que prolongent deux lames en fer. Le cheval tirant l'instrument, la traverse C rabat les aspérités à Pavant, et les lames des traverses suivantes, E, F, les rasent au niveau même du sol sur lequel glissent les patins. La terre poussée par les traverses s'étale au fur et à mesure de l'avancement de l'appareil. Canaux et rigoles. — Lorsque le point où dé-

Fig. 188. — Rabot des prés; détail d'une planche armée.

(1) C. de Cossigny , Notions élémentaires sur les irrigations, 1874, p. 541.

bouche le canal d'amenée sur le terrain a été fixé , c'est lui qui détermine le nivellement pour élever l'eau aussi haut que possible. Si l'on peut choisir ce point à volonté , le nivellement commence au contraire en remontant jusqu'à l'endroit où la prise d'eau peut être établie avec le plus grand avantage.

Comme, plus le canal d'amenée est élevé au-dessus du niveau du terrain, mieux il remplit sa destination, il n'y a pas à craindre, si l'exécution est possible, de relever par une digue les eaux de ce canal dont la largeur diminue graduellem ent, de manière qu'à l'extrémité du terrain il conserve la même hauteur d'eau pour les besoins de l'irrigation. Encore faut-il que le plan du canal et celui du terrain arrosa ble soient rapportés à une même horizontale. Le dénivellement entre ces deux plans étant connu, on calcule la largeur et la forme de la bouche de prise et la section du canal, suivant le débit disponible et la pente.

La pente n'est pas arbitraire; elle est subordonnée à la nature du sol et au volume d'eau. Dans un sol perméable et peu consistant, une trop faible pente cause une grande perte d'eau. Si le volume d'eau est considérable , il vaut mieux augmenter la largeur que la profondeur du canal. Dans la plupart des circonstances, une pente de 1 mètre sur trois à quatre kilomètres sera la plus avantageuse; quant aux dimensions, elles devront être plutôt trop grandes que trop petites. Il importe que les bords soient relevés au-dessus du plus haut niveau de l'eau, afin d'éviter tous dommages.

Quand le canal d'amenée ne couronne pas le terrain à irriguer, de façon,' étant lui-même horizontal, à former la première rigole du niveau, il alimente le plus souvent un canal de répartition qui, lui, est horizontal ou perpendiculaire à sa direction. Le niveau de ce canal doit être,

33o LES IRRIGATIONS.

dans les deux cas, plus bas que celui du canal d'amenée, de telle sorte qu'il puisse déverser l'eau dans toutes les rigoles de distribution quand on lève les vannes ou planches dont l'entrée de chaque rigole est pourvue : de ces rigoles de distribution qui laissent échapper ou ruisseler l'eau sur le terrain, dépend le succès de l'irrigation. Elles doivent être parfaitement horizontales et à bords unis, pour faciliter l'épanchement uniforme sur tous les points.

Soit qu'on établisse les rigoles de distribution en ligne droite, quand le terrain le permet; soit qu'on leur fasse suivre les contours irréguliers du sol pour maintenir le niveau parfait, on est généralement d'avis de leur donner peu de profondeur et une longueur modérée. Des rigoles de om, o5 de profondeur sur omi5 à om, 18 de largeur à leur commencement, qui diminue graduellement, et une longeurde 20 à 25 mètres, répondent aux conditions ordinaires de l'irrigation des prés; mais les circonstances et les systèmes modifient ces dimensions ; ainsi, les rigoles peuvent être d'autant plus longues qu'on a plus d'eau à sa disposition et que le sol est plus uni. Pour les rigoles trop longues, l'horizontalité est plus difficile à obtenir; pour les rigoles trop courtes, la surveillance et les soins sont plus considérables. L'essentiel est de ne pas ménager le nombre des rigoles, en les espaçant suivant les conditions de pente du terrain. Pour les prairies notamment, il ne saurait y avoir trop de petites rigoles; sur leurs bords, l'herbe acquiert une végétation plus vigoureuse, et déjà avant la fenaison, la croissance du gazon les a remplies. Aussi, les praticiens disent-ils : plus il y a de rigoles, plus il y a d'herbe.

Il n'en est pas de même des fossés d'écoulement ou colatures, que Ton doit ménager autant que possible, à cause de la surface qu'ils occupent et de la gêne

LES IRRIGATfONS. 33r

dans le fauchage. En général , les fossés d'écoulement reçoivent l'eau qui a servi à l'irrigation, pour la déverser dans un canal de dessèchement, ou la rendre à un terrain inférieur qu'elle sert à arroser de nouveau. Dans ce dernier cas, le fossé reçoit l'eau qui a arrosé un versant et la distribue aux rigoles d'irrigation d'un autre versant. Les colateurs deviennent surtout indispensables pour le drainage des eaux stagnantes ; suivant la nature des sols et des sous-sols, ils seront plus ou moins larges, plus ou moins profonds. Que le sol soit maintenu à l'état spongieux par les infiltrations des eaux supérieures, ou à cause de l'imperméabilité du sous-sol, il faut assurer l'écoulement de l'eau par des fossés. Dans le premier cas, l'eau s'élevant d'une grande profondeur, ils seront profonds, et si le sol est poreux, on leur donnera une grande largeur, avec de forts talus. Dans le second cas, la profondeur sera indiquée par l'épaisseur du sous-sol où les eaux séjournent.

La direction à donner aux colateurs, nous ne saurions trop le répéter, n'est pas moins importante que celle des canaux de répartition.

Le colateur principal, soigneusement tracé suivant les points les plus bas du terrain, devra offrir la pente la plus forte possible. Quant à la largeur et à la profondeur, elles seront déterminées par le volume d'eau à écouler: la profondeur sera toutefois plus grande que pour tous les autres fossés dont le colateur principal reçoit les eaux.

En résumé, c'est d'une disposition bien entendue des canaux, des rigoles et des colatures, quel que soit le système d'arrosage appliqué, que dépend en grande partie la réussite des irrigations. Schwerz, dans son « Traité d'agriculture pratique, » a rappelé les règles d'après lesquelles l'eau répartie également sur toute la surface, donne le profit maximum, ne séjourne nulle part et s'é-

coule sans obstacle, à volonté. Ces règles sont les suivantes :

« Les rigoles d'irrigation doivent être parfaitement horizontales et leurs bords bien aplanis pour qu'elles déversent également l'eau sur tous les points.

« Si un nivellement complet du terrain n'a pas lieu , qui permette de porter l'eau sur tous les points, on devra y suppléer par un réseau de rigoles bien dirigées.

* Quand on ne dispose pas de l'eau en assez grande abondance, on devra disposer les rigoles d'écoulement de façon à la faire servir plusieurs fois.

« Le drainage devra s'opérer par les déblais et les remblais nécessaires, en pratiquant des colatures suffisantes, bien dirigées. »

Il y a lieu d'ajouter à ces règles que la pente, et par conséquent le nivellement, dans son rapport avec le volume d'eau disponible, est presque toujours l'élément dominant pour arrêter le système et l'installation des rigoles d'irrigation. On n'est pas toujours maître de donner aux terrains la pente la plus convenable. Quand elle est trop forte pour le volume d'eau, il est facile de se débarrasser d'une partie de l'eau en excès; quand le contraire a lieu, et que le terrain manque de pente, on en est réduit à faire des versants moins larges, à augmenter le nombre de petites rigoles afin d'activer le mouvement de l'eau. En ce qui concerne les prés, par exemple, cette observation se résume dans la règle suivante : plus un pré a de pente, moins il faut d'eau pour l'arroser ; et inversement, moins il a de pente, plus il faut d'eau. Selon que cette eau est limoneuse, trouble, ou limpide, la règle est sujette toutefois à beaucoup d'exceptions.

Plan des irrigations. — Le plan du terrain dont nous avons signalé l'utilité, quand il s'agit de travaux un peu considérables, devra non seulement

porter les cotes de chaque nivellement pour qu'on les ait sous les yeux , sans être mis dans le cas de recommencer des opérations déjà faites, mais encore contenir :

a, le tracé des chemins de communication et de passage;

b, le tracé des divisions du terrain ;

c, l'indication de la forme adonner à chaque division, en notant la longueur, la largeur et la pente pour chacune;

dy le tracé de chacun des canaux, rigoles et fossés (largeur, longueur, profondeur et pente) destinés à conduire, à distribuer et à écouler les eaux.

Une longue expérience permet aux irrigateurs de profession d'exécuter les travaux sans avoir de plan; mais l'agriculteur ne saurait s'en passer, s'il veut se rendre un compte exact des opérations projetées et réalisées.

a. APPLICATION AUX TRAVAUX EN PRAIRIE.

i. Ados de Siegen.

Pour éviter les répétitions et les longueurs que comporte la description des travaux dans les nombreux systèmes d'irrigation mis en pratique, et en même temps, ne consacrer aucun livre spécial aux prairies, ainsi que l'ont fait la plupart des auteurs, nous avons choisi comme type l'irrigation des prés d'après le système des ados de Siegen. Outre que dans cette méthode appliquée aux planches en ados , la série des travaux est la plus complète; elle exige une perfection plus grande des ouvrages et une économie plus serrée dans les installations. Les travaux préliminaires comprennent le dégazonnement, le nivellement et l'aplanissement des terres, le regazon nement et l'exécution des rigoles de distribution.

Dégazonnement. — Pour dégazonner, il faut tailler, puis enlever le gazon existant. La taille s'opère par le découpage en bandes dont la largeur varie de om,3o à om,35, et par la division de ces bandes en carrés de oœ,3o à om,35 de côté. Parfois, les bandes découpées par longueurs de 4 à 5 mètres, sont roulées sur ellesmêmes, si la nature du gazon s'y prête. On cherche dans ce cas, en s'aidant du cordeau, à avoir des pièces droites et de dimensions égales.

Nous indiquons plus loin les instruments divers employés pour trancher et détacher les gazons. Quand la bande est roulée, on peut passer au milieu un bâton à l'aide duquel deux hommes la transportent; ou bien, les carreaux sont emmenés sur des brancards, ou dans des brouettes, jusqu'au lieu de réserve.

On fait ordinairement marcher ensemble les deux opérations de couper et de détacher le gazon ; un homme coupe les bandes , deux autres le détachent et un quatrième roule. L'épaisseur des gazons, pour ne pas arriver à de trop grands poids, varie de om,o6 à o"\ 1 2.

Nivellement du terrain. — Après que le gazon a été enlevé, on donne au sol la forme qu'il doit avoir, après Pavoir ameubli par un labour à la charrue, à la bêche ou à la pelle.

Il n'est pas possible de déterminer suivant des règles générales, partout applicables, dans quels cas on doit disposer le terrain en planches en ados, ou en plan incliné. La configuration du terrain détermine le choix de la forme d'après la pente réelle. La construction d'un plan incliné produit de la terre à enlever, tandis que celle de planches, avec ou sans ados, exige de la terre à rapporter.

Si la ligne a b (fig. 189) indique la pente naturelle du terrain sur lequel on veut reconstruire un pré , et

qu'il n'y ait pas de déblai à faire immédiatement audessous du canal d'amenée , on pourra établir un plan incliné de a en c, et le déblai obtenu en abaissant le sol trouvera un emploi facile , moyennant un transport peu éloigné, en formant des ados de c en dm Au-dessous de ces ados, on établira de nouveau un plan incliné de d en b, puis au-dessous, encore des ados ; et ainsi de suite, en faisant en sorte que les ados utilisent la terre provenant des déblais des plans inclinés. Si, malgré tout, il y a des déblais en excès, et que l'on ne puisse pas s'en servir pour

Fie. 189. — Croquis de plans inclinés et ados.

relever faiblement le niveau général, on pourra donner aux planches en ados prismatiques, une forme bombée e, et au cas contraire , raccourcir les extrémités des ados f, que Ton allongera plus tard avec les matériaux résultant du curage.

Dans une construction bien calculée, on doit pouvoir arriver à un emploi complet des terres disponibles, d'après la hauteur assignée à la rigole principale. Si cette hauteur est établie à quelques centimètrestrop bas, on aura des terres de reste ; si elle est trop élevée, on n'en aura pas assez. Aussi est-il essentiel de procéder à un nivellement exact pour le tracé de la rigole principale.

Le niveau d'eau étant placé au point culminant de la rigole d'amenée, on parcourt le terrain en tous sens, en piquetant les enfoncements et les élévations du sol,

et on relève la cote de chacun de ces points. Etant admis que sur huit points ainsi déterminés, quatre soient cotés au-dessous du point qu'occupe le niveau d'eau, et quatre au-dessus, on additionne la différence des hauteurs. Cette différence, divisée par le nombre de points 8, donne le niveau moyen de chaque point, et si Ton en retranche la hauteur de l'instrument, on a celle dont toute la surface, si elle était aplanie, serait plus basse que le point initial culminant.

Le nivellement des quatre points extrêmes d'un terrain en pente régulière, sur un seul versant , suffit pour obtenir la hauteur moyenne.

Planches en ados. — Quand il s'agit de planches à former en ados, on marque par des piquets le milieu de chaque planche dont le croquis 190 représente la coupe abc; hh étant le niveau du terrain , b marque le sommet de la planche, qui doit être assez élevé pour que la terre fournie par les deux triangles inférieurs o' etn puisse former les deux triangles supérieurs o et w. Ainsi, l'ados doit être construit avec la terre qui se trouve sur l'emplacement qu'il occupe, en tenant compte de l'espace occupé par la terre remuée.

Quand les proportions de l'ados ont été fixées , on dégazonne, en plaçant le gazon moitié à gauche et moitié

FlG.

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