LES SYSTÈMES D'IRRIGATION
Nous avons montré dans les livres qui précèdent comment on approvisionne et on dirige les eaux par des canaux jusqu'aux terrains à arroser, et suivant quelles unités elles sont réparties entre les intéressés. Nous examinerons maintenant les divers systèmes d'emploi des eaux sur le sol.
Pour apporter quelque clarté dans l'exposé de ces méthodes, nous rappellerons que l'irrigation ne se pratique pas seulement dans les pays du midi, jouissant d'une température moyenne élevée, et souvent privés, pendant plusieurs mois, de pluies estivales, mais encore dans les pays à température relativement basse oîi Ton doit compter sur les pluies pendant la végétation. L'irrigation se pratique, en outre, à des époques différentes, soit pendant l'été, de mai à septembre; soit en hiver, du mois d'octobre jusqu'en avril de l'année suivante. L'irrigation d'été s'adapte à toutes les cultures ; l'irrigation d'hiver, que l'eau coule ou séjourne sur les terres, convient aux prairies, mais surtout aux sols qui ont besoin d'amendement. Enfin, sous le rapport de la durée, l'irrigation est continue, quand elle est destjnée à maintenir le sol couvert d'une nappe d'eau pendant la période
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d'arrosage; ou bien elle est intermittente, c'est-à-dire qu'elle comprend des arrosages partiels, plus ou moins souvent renouvelés.
Classification. — Ce sont là des distinctions qui motivent des procédés différents quant à l'installation et à la conduite des arrosages. En outre, selon que les terrains sont plats ou inclinés, en plaine ou en montagne, perméables ou non, soumis à des expositions différentes, en assolement ou en sole fixe, les méthodes varient, de telle sorte que la classification, s'étendant aussi à des systèmes mixtes, donne lieu à quelque confusion. Certains'auteurs décrivent jusqu'à douze systèmes, tandis que d'autres'les réduisent à deux, à savoir : l'irrigation directe, quand les plantes végètent dans l'eau, comme le riz, et Tirrigation indirecte, destinée à humecter le sol au degré nécessaire pour le plein développement des plantes (i).
Nous avons adopté quatre systèmes distincts d'arrosage :
i° Par déversement; ce que les Allemands désignent sous le nom de rieselung (ruissellement); l'eau coulant dans des rigoles qui débordent sur le terrain ;
2° Par submersion; l'eau couvrant le terrain, soit à l'état stagnant, soit avec une vitesse à peine sensible; c'est-à-dire uberstauung des Allemands ;
3° Par infiltration, einstauung; l'eau arrivant aux racines par des rigoles à ciel ouvert ou souterraines ;
4° Par aspersion; l'eau étant distribuée sous forme de pluie.
Le premier de ces systèmes constitue l'irrigation pro prement dite, qu'il s'agisse d'utiliser l'eau comme engrais, ou comme agent d'humidité; le dernier correspond à l'arrosage, dans le sens propre du mot, tel que les jar-
(0 G. Calvi, iltalia agricola, 1879.
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diniers rappliquent communément, en recourant à l'arrosoir, à la pelle ou à la lance.
Le choix entre les méthodes, nous exceptons celle de l'aspersion, est subordonné à la nature et à la configuration du sol, au genre de cultures, à la qualité et au niveau des eaux, mais avant tout, au volume disponible de ces eaux. Deux principes, en effet, basés sur le volume des eaux d'irrigation, règlent leur emploi; le débit de l'eau est porté au maximum pour l'arrosage d'une surface déterminée ; ou bien, la surface est augmentée autant que possible pour un débit donné.
Au premier de ces principes se rattache l'irrigation des près-marcites de F Italie du nord, qui reçoivent pendant l'hiver un volume d'eau représentant une couche de plus de 90 mètres d'épaisseur. L'eau sert alors non seulement à engraisser le sol, mais à le maintenir à une température assez élevée pour que la végétation en hiver se ralentisse sans s'arrêter. Au second se réfère l'irrigation par infiltration des prairies, des cultures arbustives, etc.; la méthode Petersen, par exemple, dans laquelle l'infiltration combinée avec le drainage permet, moyennant un volume minimum de 10 à 20 litres par seconde et par hectare, de maintenir les prés en pleine production.
Entre ces deux limites se rangent les variantes nombreuses à l'aide desquelles l'irrigation fournit le moyen d'utiliser plus ou moins rationnellement les eaux claires ou troubles de l'été et de l'hiver.
Avant de décrire les méthodes avec ces variantes, nous traiterons des dispositions préparatoires qui sont ■nécessaires pour déterminer le choix et installer le système qui aura été choisi.
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