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Barrages fixes des grands cours d'eau

La construction des barrages de prise d'eau dans les fleuves et les fortes rivières est toujours difficile et coûteuse; elle n'est abordable que par des syndicats disposant d'une étendue considérable de terres qu'arrose un canal de grande section.

Les règles à suivre pour le choix de leur emplacement, de leur direction, de leur profil et de leurs dimensions, sont à peu près déterminées, sauf dans des cas exceptionnels.

Pour l'emplacement, on cherche à éviter aussi bien l'endroit où le cours d'eau se rétrécit, que celui où il fait un coude ou un angle trop prononcé. On gagne, il est vrai, sur la longueur de l'ouvrage à construire, quand on le place au rétrécissement du lit, mais on augmente la hauteur et l'épaisseur, en l'exposant à être enlevé par les crues et à causer l'inondation des terres environnantes. Quand le barrage est mobile et que par son enlèvement il laisse un libre cours aux hautes eaux, l'inconvénient est moins grave; mais de toutes manières il est préférable, suivant ce que Pareto conseille, de construire le barrage plutôt dans un élargissement, en aval d'un point d'étranglement, que dans cet étranglement de la rivière.

L'emplacement doit être également choisi, en consi-

dérant la solidité des rives dans lesquelles s'encastrent les extrémités du barrage. Le fond peut être consolidé, s'il est affouillable; tandis que les rives le sont difficilement. Comme direction, les barrages ont été établis, les uns, aussi obliquement que possible par rapport au fil de l'eau , dans le but de diminuer l'action de la chute en aval par le déversement de l'eau sur une plus grande largeur; les autres, perpendiculaire ment, pour raison d'économie; mais la chute se faisant alors à plus grande vitesse, on court le risque de produire des affouillements plus considérables au pied de l'ouvrage.

On a encore fait des barrages sous forme de chevron brisé, une branche du chevron étant plus longue que l'autre; la vitesse de l'eau est, en effet, atténuée par cette disposition, mais des atterrissements ne tardent pas à se former au milieu de la rivière, en aval, au voisinage de la digue. Dans le croquis fig. 3 1 , a a représente l'écluse; b, la partie en déversoir ; c, un pertuis pour flottage.

Le tracé en arc de cercle, avec la partie convexe tournée en amont, formant avec les rives des angles de 60 degrés environ, offre de grands avantages, suivant ce que nous avons déjà montré pour les barrages de retenue et de régularisation (1); seulement ils coûtent cher, à cause U) Voir tome I", p. 442, 460.

Fig. 3i. — Barrage a chevrons; aa, écluse; b, déversoir; c, pertuis de flottage.

de l'appareillage des pierres en lignes courbes. Dans la figure 32, a représente le pertuis du barrage.

Le profil des barrages est déterminé par le service qu'on leur demande. S'ils doivent alimenter un canal d'irrigation, il est rare qu'on doive élever l'eau de plus d'un mètre au-dessus de l'étiage. Pour une hauteur d'eau plus grande, il est toujours préférable de reporter la prise d'eau en amont.

Fig. 32. — Barrage curviligne sur i.e Doubs; j, pertuis.

La hauteur varie également, selon que le barrage fait déversoir sur toute sa longueur, ou seulement pendant les grandes eaux, et qu'un pertuis sert au passage des eaux à l'étiage, ou pour le flottage

Le plus souvent il est construit avec talus à l'amont, afin d'amortir le choc des corps roulés par les eaux, et avec talus à l'aval, offrant 3 à 6 de base pour i de hauteur, dans le but de conduire l'eau en pente douce et obliquement sur le fond de la rivière, en éloignant du pied la cause principale de l'affouillement. Ce talus est parfois remplacé, afin de diminuer le massif de la cons-

truction, par une série de gradins. La plus mauvaise disposition est celle de parois verticales, en amont et en aval; à moins de fondations profondes, qui coûtent plus que l'économie réalisée dans le massif de la digue, ces barrages se minent et se renversent.

Dans la plupart des profils, l'épaisseur du couronnement est égale à la hauteur verticale, sans que cette règle,

Fio. 33. —Barrage mixte a Pontoise, sur l'Oise; plan etcoupê.

suivant Pareto, se justifie par le calcul. Une condition essentielle est qu'il soit de niveau, quand il agit comme déversoir. Enfin est-il indispensable que l'ouvrage, solidement enraciné aux deux extrémités, soit fortifié en amont et en aval par des revêtements, des perrés ou des fascines.

Quant à la construction même d'un barrage, tous les matériaux sont employés : terre, sable, bois, pierres, béton, mortier, etc.

Les plus simples, dont la Lombardie offre de nombreux exemples, sont construits entre pieux et palplan-

ches avec des paniers de gravier et des fascines ; d'autres, dans les localités où le bois est à bas prix, sont

i il

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Fie ?4. — Barrage a deux paliers a Chalons, sur la Marne a% coupe; &, plan.

Fig. 35. — Barrage en maçonnerie a Villemur, sur le Tarn.

entièrement en charpente, précédés en aval d'un radier incliné ou risberme, fait en madriers cloués sur un grillage de traversines et de longrines. Parfois même, la

risberme est suivie d'un arrière-radier en enrochement ou en fascinage. Mais risbermes et contre - radiers , enrochements et m Jg||§$&. fascinages, quelque pente qu'on

leur donne, résistent difficilement aux crues.

Pour les barrages en maçonnerie,

on emploie la brique ou la pierre ,

ou bien des pierres perdues dans

! des coffrages en bois et de la ma-

I çonnerie sans mortier, que Ton

! couronne par un dallage»

Quel que soit le mode de cons- !. truction , un barrage amène un gon- I flement de l'eau en amont et une I chute en aval. Nulle en amont, la ! pente s'incline avant d'atteindre la ! crête, de telle sorte que la lame !« d'eau a une épaisseur moindre que ; la différence de niveau entre cette | crête et la surface de la retenue. En | aval, quand le barrage est à glacis | incliné, la hauteur d'eau primitive est moindre que pour des parois ; verticales, mais il est rare que le lit résiste longtemps à la chute continue de l'eau et que les érosions ne donnent pas lieu à un atterrissement à peu de distance.

D'après les profils de quelques barrages de rivières (fig. 33 à 36), on reconnaîtra que leurs formes ne varient pas moins que leurs dimensions et leur mode de construction.

Fig. 33. — Barrage mixte; madriers et coffrage; glacis maçonné et talus du radier fortifié par des pieux; construit sur l'Oise, à Pontoise; profil en travers et plan partiel.

Fig. 34. — Barrage également mixte ; paliers en charpente et talus revêtu en maçonnerie, construit sur la Marne, àChâlons; profil transversal et plan des charpentes recouvrant les paliers.

Fig. 35. — Barrage en maçonnerie formant voûte sur massif de béton, établi sur le Tarn, à Villeneuve, profil transversal de la partie voûtée.

Fig. 36, — Barrage en maçonnerie, avec talus concave surallongé, construit sur la Moselle, à Metz; profil en travers.

Barrages à pertuis. — L'inconvénient de tous les barrages servant de déversoirs fixes et permanents, qui constituent un ouvrage d'une construction délicate, réside non seulement dans les réparations fréquentes, mais surtout dans l'obstacle qu'ils apportent à l'écoulement de l'eau pendant les crues, c'est-à-dire alors que le lit de la rivière est déjà trop étroit. S'il survient une inondation, le barrage l'aggrave.

C'est pour obvier à cet inconvénient, tout en gardant l'eau nécessaire au service de l'irrigation ou des chutes d'eau d'usines, que l'on a songé à construire des barrages à pertuis et à passe navigable ou flottable.

Lorsque les barrages ne doivent servir de déversoirs qu'en temps d'eaux moyennes ou de crues, ils laissent passer les eaux surabondantes à Fétiage par un ou plusieurs pertuis. Ils ont sur les barrages fixes l'avantage de ne fonctionner que pendant Tétiage. Les figures 3 1 et 32 montrent des dispositions de pertuis dans le barrage à chevron et le barrage en arc de cercle.

Les dimensions des pertuis dépendent de l'eau qu'ils

doivent laisser écouler, de leur mode d'utilisation,

quand il s'agit du flottage, par exemple , et

h de la fermeture adoptée.

§ Cette fermeture s'obtient

a soit par des vannes,

> comme dans les martels Hères, soit par des pouj trelles introduites dans g des rainures ou feuillu- | res du plat-bord supég rieur, soit enfin par des | portes d'écluse. De toutes 8 manières, chaque per- S tuis nécessite l'établisse- £ ment de deux culées et h d'un radier se prolongj géant en amont et en aval 3 de la fermeture.

S Barrages à haus- | ses. — Pour quelques S barrages, comme celui 2 de la petite Saône (fig.

I 37), la crête, dont le * niveau correspond à ce-

> lui des eaux moyennes, S est surhaussée par des « ventellcs horizontales a qui permettent de retenir les crues ou de

") les écouler à volonté

£ par la manœuvre des

hausses. En basses

eaux , un pareil barrage

peut fonctionner pour l'écoulement par un pertuis.

Les hausses sont d'ailleurs de systèmes très variés . Dans le barrage du grand canal du Tessin, Naviglio- Grande, on place dans des trous que présentent les dalles de granit, en revêtement de la crête, des pieux verticaux et, en avant de ces pieux, des fascines contre lesquelles on empile du gravier.

Pour le canal dérivé du Serio, la Roggia Borromea, le barrage en maçonnerie formant déversoir porte sur toute sa longueur des ventelles en planches de om,5o de largeur, fixées par des charnières à la crête; de telle sorte qu'il suffit de relever ces ventelles et d'assujettir les crochets qu'elles portent aux anneaux scellés dans la maçonnerie, pour exhausser le niveau de la retenue.

Les barrages à prise d'eau sur le Rio Monegre, établis à Muchamiel et à San-Juan (province d'Alicante), que nous décrivons plus loin, sont également pourvus de hausses mobiles adossées à des piliers fixes.

Barrages automatiques. — Le barrage automatique de l'invention de l'ingénieur Frassi a été appliqué dans plusieurs localités, afin de pourvoir en même temps à l'irrigation et au service de plusieurs usines, de se manœuvrer sans difficulté, en cas de hautes eaux, par un seul garde, et de n'être point arrêté par les sables, les limons ou les débris flottants des crues.

Le barrage Frassi, sur le Lambro, se compose d'une digue proprement dite et d'un déchargeoir. La digue, de 24m, 5o de longueur, est formée de deux parties : une partie inférieure en maçonnerie, qui est fixe, et une partie supérieure, installée sur la crête et mobile. La différence de niveau entre l'étiage et les hautes eaux est de 2m,o5.

La partie mobile consiste en sept portes en bois, tournant autour d'axes verticaux en fer; chaque porte a 3 mètres de largeur et om,6o de hauteur. Les axes sont

5o LES IRRIGATIONS.

plantés dans de solides madriers (fig. 38), encastrés dans la maçonnerie sur toute la longueur de la crête du barrage. Les portes pivotent sur ces axes, suivant deux sections très inégales : la plus grande section de chacune se rabat sur la petite section de la porte immédiatement voisine (tig. 39). A chaque extrémité de la digue,

Fig. 39. — Barrage sur le Lambro; système Frassi, coupe transversale.

comme on voit en a (même figure), la porte qui y aboutit est maintenue verticalement en place, au moyen d'un arbre à manivelle qui manœuvre le mécanisme indiqué (fig. 40), correspondant à un balancier avec contrepoids. Il s'ensuit que, lorsque le garde vient à tourner la manivelle, l'arbre déclanche le balancier, dont le poids, s'ajoutant à la pression de l'eau , détermine l'ouverture de la porte , et successivement de toutes les portes, mises ainsi en liberté.

LES IRRIGATIONS. 5i

Pour refermer le barrage mobile, la manœuvre se fait en sens inverse, à l'extrémité opposée.

Le déchargeoir comprend six empèlements dont le radier est à ora,8o au-dessous de la couronne du barrage mobile. Il offre une section totale de 9,66 mètres carrés,

FlG. 40. — MÉCANISME POUR DÉCLÀNCHER LES PORTES (flg. 3())

tandis que les sept portes du barrage représentent une section totale de 12, 60 mètres carrés; soit ensemble 22, 26 mètres carrés. Le barrage étant plein ouvert à l'arrivée des hautes eaux, le courant, pour une vitesse moyenne de 2 mètres, débite 25,200 de mètres cubes.

Outre le barrage de Linate faisant office de régulateur; qui dessert un canal d'irrigation et trois moulins, un second fonctionne dans le même but, mais pour le

service annexe d'une filature , à Melegnano (province de Pavie) ; et un troisième à Balbiano, pour l'arrosage des prés-marcites appartenant à l'orphelinat de Milan (i).

.Portes du barrage de Sesto-Calende [canal Villoresi). — Pour le canal Villoresi, qui dérive directement du lac Majeur 44 mètres cubes destinés à l'arrosage du haut Milanais, entre les contreforts des Alpes et lescolli-

Fig. 41 . — Porte du barrage du lac Majeur.

nés de la Brianza jusqu'à l'Adda, deux barrages submersibles ont été établis, dont le premier à Sesto-Calende, sur la crête de la Miorina, se compose de 53 portes busquées, fixées à des piliers en pierres de taille. C'est en ouvrant ou en fermant un certain nombre de ces portes que l'on agit sur le niveau du lac, pour emmagasiner ou lâcher l'eau suivant les circonstances , et régler l'arrivée sur le second barrage en maçonnerie qui commande la prise du canal.

(1) Ed. Markus, DasîanJw. meliorationswesen Italiens, 186;, p. SS.

Quoique n'ayant pas une hauteur considérable, le barrage de Sesto-Calende est établi de façon que les 53 portes puissent s'ouvrir automatiquement. La disposition adoptée est indiquée par le croquis figure 41.

La porte AG est fixée en C à une pièce de fer CD mobile autour du point D. Dans la position que représente la figure, l'équilibre de la force Am, décomposée en ses deux résultantes Au et Ap, est stable, et la porte reste fermée, car Au prolongé passe en avant du point D. * Mais si Ton agit sur la pièce CE, dans le sens CD, l'angle ACD, s'ouvrant de plus en plus, devient égal à 1800. Le mouvement continuant, la direction de la force Au passe en arrière du point D et tend à fermer dans l'autre sens l'angle ACD. Rien ne s'opposant à ce mouvement, la porte se transportera automatiquement dans la direction Au et l'angle BAC s'ouvrira jusqu'au moment où les deux portes, n'ayant plus de contact entre elles, céderont à la poussée de l'eau.

Par transmission de mouvement, la porte AB, en s'ouvrant, agit sur la pièce CE de la porte suivante et provoque son ouverture. Il suffit ainsi que le garde ouvre une porte, la première, pour que toutes les autres s'ouvrent successivement (1).

La question reste à trancher par la pratique, de savoir si, comme pour les portes marinières du canal Cavour auxiliaire et celles du déchargeoir du canal Cavour principal, les sables et les graviers n'entraveront pas le fonctionnement des portes -écluses du barrage de Sesto-Calende.

Barrages mobiles. — Certains barrages ne sont pas seulement mobiles à la partie supérieure, mais complètement mobiles, de façon à pouvoir être supprimés en

(ï) A. Hérisson, loc.cit., p. 128.

entier lors des crues, et même des eaux moyennes.

Aux barrages mobiles se rapporte le type à aiguilles représenté par la figure 42, en élévation longitudinale et en coupe transversale. La poutre ab, qui tourne • sur un pivot, étant dans la position indiquée par la figure , sert d'appui à des aiguilles ou madriers, à leur partie supérieure. Quant à leur partie inférieure , elle s'appuie contre une entaille creusée dans le seuil. Toutes ces aiguilles, posées jointives, forment barrage. Il s'échappe bien un peu d eau par leurs interstices , mais l'ensemble forme une retenue suffisante dans la plupart des cas.

La petite plate-forme c sert à déposer les aiguilles, qui par leur poids soulèvent l'extrémité b et la font passer par-dessus le tasseau servant d'arrêt ; alors la poutre peut tourner pour donner passage à la batellerie.

Le barrage mobile inventé par l'inspecteur Poirée,et

qui a reçu de très nombreuses applications, se distingue par ce sérieux avantage qu'avant les crues, toutes les parties peuvent être abattues et couchées sur un radier général, de sorte que le relief du barrage au-dessus du

Fie. 43. — Ferme du barrage mobile, système Poirée.

fond s'efface entièrement. Il est formé d'une série de fermes verticales en fer, ayant une forme trapézoïdale (fig. 43) , tournant sur leur arête horizontale inférieure et se renversant contre le radier. Comme elles sont réunies les unes aux autres par des chaînes, quand on relève la plus proche de la rive, elle tire hors de l'eau le bout de la chaîne de la ferme suivante, au moyen de laquelle on

relève cette seconde ferme, et ainsi de suite. Chaque ferme relevée dans sa position verticale est reliée avec la suivante par une traverse en fonte, et, grâce à un pont de service établi sur le haut des fermes, on appuie contre les traverses en fonte, à la partie supérieure, en les maintenant au pied par une saillie ménagée dans le radier, les aiguilles qui forment le barrage proprement dit.

Fie. 44. — Barrage a hausse levée de Melun.

Fermes en fer, crapaudines et grillage en bois, sont déposés dans l'eau, ou enlevés, s'il est nécessaire. De même, le barrage peut être terminé à une ferme, et constituer un épi isolé dont on fait varier la longueur, en laissant une ouverture convenable au débit. La figure 44 montre le barrage de Melun à hausse levée.

Entre Auxerre et Montereau, sur l'Yonne, les barrages de la Chaînette , d'Épineau et de Port-Renard, sont du système Poirée, avec déversoir fixe et passe fermée par

LES IRRIGATIONS. b-j

des fermettes à aiguilles. Le couronnement du déversoir est au niveau de la retenue. Les écluses ont 8,n,3o de largeur sur 93 et 180 mètres de longueur utile de sas, c'està-dire la distance entre la corde qui sous-tend Tare du mur de chute et l'enclave de la porte d'aval.

Système Caméré. — Les barrages du système Poirée ont été utilement modifiés dans leur mode de fermeture et leur étanchéité.

La manœuvre , à bras d'homme , des aiguilles verticales ayant une limite que détermine la hauteur même des retenues, on a utilisé des aiguilles horizontales, c'est-à-dire des pièces de bois d'un équarrissage beaucoup plus faible, pour les appliquer sur les faces en travers des fermettes. En admettant que les fermettes laissent entre elles une distance de 1 mètre, pour un même travail du bois, il suffira d'employer des aiguilles horizontales de om,07 d'équarrissage, au lieu d'aiguilles verticales de o,n,2o, pour une retenue de 4 mètres.

Les faces en amont de deux fermettes voisines sont donc munies de fers à simple T, et entre ces faces et les nervures des fers s'appliquent les aiguilles en bois, que relient entre elles, à l'amont, deux cours de charnières formant des chaînes articulées. Un rouleau faisant saillie forme le bas de cette espèce de jalousie, et des chaînes à crochets, attachées à la lame du haut, la suspendent à deux montants auxquels est fixé un treuil différentiel pour la manœuvre.

Quand on fait mouvoir le treuil de manière à raccourcir la portion de chaîne qui enveloppe le rideau, en passant sous le rouleau du bas, ce dernier remonte en tournant et provoque l'enroulement progressif du rideau. La manœuvre inverse produit le développement et la fermeture plus ou moins complète de la travée. ^

Malgré toutes les précautions prises, les aiguilles des barrages du système Poirée ne sont pas assez jointives pour empêcher une lame d'eau plus ou moins épaisse de se faire jour entre elles (i). L'usage d'aiguilles couvrejoints, à section triangulaire ou hçxagonale, que Ton place au droit des vides les plus larges, et d'autres moyens d'obturation, n'assurent pas le degré voulu d'étanchéité , surtout lorsque les chutes des barrages atteignent une certaine hauteur. C'est pour ce motif que Ton a recours aux rideaux d'étanchement, d'une grande simplicité, faciles à manœuvrer et entrant sans grands frais dans le matériel des barrages à aiguilles.

Un rideau d'étanchement consiste en une forte toile à bâche, présentant une largeur inférieure de quelques centimètres à l'écartement de deux fermettes, pour prévenir le recouvrement, et une hauteur égale à la distance du seuil des aiguilles au niveau de la retenue. Dans le sens de la largeur de la toile est fixée une série de lames en bois jointives, de om,o2 sur om,oi, suffisantes pour résister à une pression de 5 mètres. Le bas du rideau porte un rouleau en bois dur, et le haut, renforcé par une armature en fer, sert d'attache à deux bouts de chaînes, munies de crochets, qui permettent de suspendre le rideau aux têtes des aiguilles du barrage.

Si on suppose le rideau étendu sur la face amont d'une travée d'aiguilles, les lames en bois, grâce à leur flexibilité, viennent sous la pression de l'eau s'appliquer sur le parement qu'elles tapissent. La manœuvre s'opère, comme pour les rideaux articulés de fermeture, par deux cordes qui descendent le long du store, passent sous le rouleau inférieur et remontent jusqu'aux têtes des aiguilles où elles sont amarrées.

(0 Exp. univ. iSjS. Notices relatives aux travaux des ponts et chaussées, p. 124.

Le barrage Caméré, dont la figure 45 donne une vue

6o LES IRRIGATIONS.

perspective, réalise les deux perfectionnements des rideaux de fermeture et d'étanchement.

AAAA représentent les aiguilles;

BBBB, les rideaux baissés;

CCCC, les rideaux en voie de roulement;

DDDD, les rideaux amarrés;

G, le pont de service pour Tétiage;

a, le niveau des plus hautes eaux;

LK, le pont fixe au-dessus du niveau des crues;

II, les treuils de manœuvre des aiguilles ;

E , le rideau remonté à niveau au-dessus de l'étiage ;

M, un pilier.

Appliqué à Poses ( Eure), le barrage Caméré offre une longueur de 243™, 76, divisée en sept ouverturesde 3om, 16 chacune, séparées par des piliers de 4 mètres. A Villez, un autre barrage Caméré est divisé en deux pertuis de 6otn,4o et 80 mètres.

Le barrage du type à hausses, inventé parThénard, et perfectionné par Chanoine, a donné de meilleurs résultats que celui à aiguilles, pour des hauteurs plus grandes de retenue d'eau. On conçoit en effet que, si les fermettes ont 5 mètres de hauteur, par exemple, au lieu de i,n,2o à im,5o, la manœuvre des aiguilles devient pénible, même dangereuse, et que sous la pression du courant, dans les grandes rivières , ou dans celles à régime torrentiel, elles se brisent.

La figure 46 montre à la fois la fermette Poirée, déjà décrite, et la hausse mobile Chanoine. Cette hausse consiste en une trappe en bois, articulée à charnière sur une barre transversale, vers la moitié de sa hauteur. Quand on la fait basculer surla charnière, elle laisse écouler l'eau librement; mais si on la fait glisser sur le seuil à l'aide de l'arcboutant qui la maintient en place, la hausse s'efface avec

les organes qui la supportent. Pour la rétablir, on tire sur

les chaînes attachées au pont des fermettes (système Poirée).

Sur 22 barrages, de Laroche à Montereau, la passe est fermée par des hausses mobiles Chanoine, manœuvrées au moyen d'une barre à talon et d'un bateau. Pour i3 d'entre eux, le déversoir est surmonté de hausses, et pour les autres , de fermettes avec aiguilles, les passerelles étant élevées de om,25 au moins, au-dessus de la retenue d'amont. Le seuil des passes est de om,5o à o"\6o au-dessous de l'étiage , tandis que le couronnement le surpasse de om,5o (i).

Le défaut de tous les barrages mobiles, c'est qu'il faut la main de l'homme pour les mettre en mouve-

(i) Exp. univ. i8-$f Notices, /oc. cit., p. 76.

ment, et, quelque rapides que soient les commun cations signalant les crues par le télégraphe aux barragistes, l'échafaudage peut être encore debout au moment des hautes eaux, ou donner lieu à une manœuvre périlleuse. On a donc cherché à rendre les barrages automobiles.

Barrages automobiles. — Le système automobile Desfontaines (fig. 47) se compose de deux bras; l'un, au-dessus de la charnière, retient l'eau; l'autre , audessous, tourne dans une capacité demi-cylindrique fermée par des plaques en tôle. Des ouvertures latérales mettent l'intérieur de ce demi-cylindre en communication soit avec le bief d'aval , soit avec celui d'amont , de façon à obtenir une différence de pression qui fasse basculer la hausse sous la pression, ou au moment voulu.

Un autre système, dû

à l'ingénieur Girardon , s'applique aux rivières torrentielles, à fond mobile, et consiste, pour des ouvertures comprises entre 6 et 10 mètres, avec deux travées ou pertuis, en une pile métallique à double feuillure et à bascule, établie au milieu du cours d'eau. La double feuillure verticale, dont la section est celle d'un T, est mobile à sa base autour d'un axe horizontal et parallèle à la direction du barrage, de manière à pouvoir basculer à l'aval. C'est un braçon d'appui qui la maintient verticale , mais qui , au besoin , s'abat sur le côté, en tournant aussi sur un axe horizontal. Les poutrelles qui ferment chaque pertuis sont retenues par une chaîne d'amarre, et les chaînes sont fixées à un anneau scellé dans la plate-forme de la culée, correspondant à chaque pertuis. Un levier articulé est attaché à chaque anneau.

Soit qu'on veuille ramener la retenue au niveau réglementaire et empêcher un débordement à l'amont; soit qu'on cherche à produire une chasse qui nettoie le lit encombré par les dépôts ; soit enfin qu'on veuille prévenir l'amoncellement des glaces ou procéder à quelques réparations, la manœuvre s'accomplit avec une grande facilité, à l'aide du levier articulé qui , par la chaîne d'amarre, fait chavirer successivement chaque poutrelle en la laissant dériver à l'aval: et, quand il s'agit d'ouvrir instantanément, fait basculer sur sa semelle d'encastrement la double feuillure tout entière.

Applications dans l'Inde. — Les hausses mobiles de im,8o de largeur, appliquées aux barrages de certaines rivières de l'Inde, ne permettant pas de faire des chasses suffisantes, ni de livrer passage aux matériaux volumineux que charrient les cours d'eau dans les crues, on a essayé, àOrissa, d'augmenter considérablement leur largeur, en construisant le barrage d'irrigation delà rivière Mahanuddy, et l'on s'est décidé à adopter le système de

barrages à doubles hausses mobiles (Chanoine), telsqu'ils furent établis pour améliorer la navigation de la Seine. Ce système comporte deux rangées parallèles de hausses, tournant sur des traverses en fonte que supporte le radier; la hausse d'amont se rabat à l'amont, et celle d'aval, suivant le courant, à l'aval. Il en résulte que la hausse d'amont, à moins d'être fixée expressément, peut être soulevée, à la descente de la crue, par les eaux qui la frappent, et se fermer, en laissant à sec la hausse d'aval, maintenue par des chaînes d'amarre. Pour ouvrir de nouveau la hausse d'amont, vu l'impossibilité de l'abaisser contre le courant du flot, on relève à bras celle d'aval, le radier étant à sec, et dans l'espace compris entre les deux hausses, maintenant debout, on introduit l'eau. L'équilibre une fois rétabli, la hausse d'amont peut être alors renversée sur le radier; puis celle d'aval , en dégageant le pied des fermettes. L'écluse est alors ouverte.

Dans des rivières, néanmoins, doqt le courant atteint la vitesse de 3 mètres par seconde, il arrive que la hausse d'amont est soulevée avec une telle violence que les chaînes se brisent et les tourillons des coussinets, encastrés dans le seuil, s'arrachent. En outre, il est indispensable que le système mtier soit automobile pour laisser passer les crues.

Écluse Fouracres. — L'ingénieur anglais Fouracres, voulant résoudre ce difficile problème, a appliqué au barrage de la Sone le principe des freins ou béliers hydrauliques, agissant sur les doubles hausses pour les maintenir dans la position verticale, malgré le courant. Ces béliers (fig. 49) consistent en simples tuyaux portant des cylindres à plongeur : ils se remplissent d'eau quand les hausses sont renversées sur le seuil, et ils supportent la pression de l'eau, que chasse le piston plongeur, quand elles se

relèvent. L'orifice de sortie de l'eau dans les cylindres étant très étroit, la hausse ne peut se redresser que lentement et progressivement, au lieu de céder au choc destructif du courant.

La figure 48 montre en plan et en coupe le mode de fonctionnement du système Fouracres. Un manchon

Fie. 48. — Coupe de l'écluse Fouracres; manœuvre des hausses

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