‹ Les irrigations (volume 2)Chapitre 6 sur 103 · Barrages fixes des petits cours d'eau · texte numérisé non relu

Barrages fixes des petits cours d'eau

Dans les pays de montagnes, avec des cours d'eau à très forte pente, les barrages s'établissent en vue des irrigations, d'une manière très économique, à laide des matériaux dont on dispose sur place. Ces barrages, quoique fixes, ne sont pas d'une grande durée; ils doivent souvent être déplacés à cause du changement incessant du lit des torrents; aussi n'y a-t-il pas lieu de faire des tra-

(1) Comp. nat. des canaux agricoles; Avant-projet d'un canal du Var,

vaux coûteux. Ils se construisent avec des troncs d'arbres, des blocs de pierre et des arbres, ou bien encore avec des chevalets et des fascines; quelquefois en maçonnerie. Ayant déblayé le terrain jusqu'au roc, on peut employer des blocs et des pierres pour élever la muraille verticale de la digue, que Ton couronne par un tronc

Fie 24. — Plan d'un barrage de ruisseau en pente.

d'arbre. Derrière la muraille, dans le but de la rendre étanche, on pilonne une bonne épaisseur de corroi que l'on dispose en talus vers l'aval. Le corroi est alors recouvert de dalles ou de roches plates et arrêté à sa base par un autre tronc d'arbre (fig. 24 et 25). C'est sur le talus protégé de la sorte que l'eau doit se déverser. On a ainsi un barrage rudimentaire suffisant.

Dans les petits ruisseaux en plaine, les barrages sont le plus souvent installés en ligne droite, perpendiculaire

au courant; quand celui-ci est faible, il suffit de piquets et de branchages pour faire une digue résistante.

Nous empruntons à Patzig (i) la description d'une des digues communes en Allemagne, que tout cultivateur peut construire pour arroser ses prairies. Le lit du ruisseau est creusé sur l'emplacement que doit occuper le barrage, à om,35 de profondeur; et au point le plus élevé on enfonce deux lignes de forts piquets en chêne, distants de om,35, sur la largeur du ruisseau. Ces piquets s'élèvent hors de terre à la hauteur que doit avoir le barrage,

oTûi par mctrt.

Fie 25. — Coupe du barrage sur AB (fi g. 24).

et s avancent de i à 2 mètres dans le sol des bords. Aux deux points, en amont et en aval, où se termineront les talus, on enfonce également deux lignes de piquets parallèles, mais leurs têtes doivent être taillées à la hauteur du fond du lit. Puis, le talus étant marqué par un cordeau tiré entre les têtes des pieux, on continue à enfoncer des rangées de piquets dont le sommet ne doit pas dépasser le cordeau; sinon faut-il les araser à hauteur. Dès lors on lie tous les piquets entre eux, en long et en travers, par un clayonnage de saule ou de sapin, et Ton dame fortement de la terre dans les intervalles, de façon

(1) Patzig, Der practische Rieselwirth, Leipzig, 1840.

à former les talus d'amont et d'aval. La surface est enfin revêtue de bandes de gazon, fixées par des branches de om,6o de longueur. De même, les parois du lit du ruis-

Fig. 26. — Barrage d'un ruisseau en plaine avec piquets et gazons, j. Coupe; b. Plan; c. Élévation.

seau sont damées et recouvertes de gazon. La figure 26 complète la description de ce petit barrage, qu'il est bon de laisser au repos pendant deux à trois semaines avant d'y faire passer l'eau (1).

<i) ViUeroy et Muller, Manuel des Irrigations, 2e édit, 1SÔ7, p. 57.

Quand le terrain solide est situé trop profondément pour pouvoir y asseoir la digue, on creuse jusqu'à ce que les piquets ou le muraillement entrent dans le lit, et on les fortifie par un corroi revêtu en pierres sèches. Un point essentiel consiste à ne pas donner à la digue une

i£HëÈ5è

WA^JcSWc

lo 5 O

■MWVv/W

Fie 27. — Barrage avec coffrages en charpente et blocaille;

COUPE ET PLAN. (BrIANÇON*, HAUTES-ALPES.)

paroi verticale du côté d'aval, afin de prévenir les affouillements du pied.

Les systèmes de barrages simples sont nombreux. Tantôt on se borne à jeter des pierres perdues dans le lit; peu à peu les interstices se comblent de gravier et de sable et la digue finit par retenir l'eau ; mais comme on emploierait ainsi beaucoup trop de pierres, il est pré-

férable de battre dans le lit deux rangées de pieux reliés par des palplanches et formant un coffrage que Ton remplit de blocaille. Ce coffrage est alors protégé par des ma-

Fio. 29. — Barrage de torrent avec chevalets et fascines (Guilliestre ; Hautes-Alpes ) ; iî, plan; b, élévation; c, vue oblique

driers ou des troncs d'arbres (fig. 27). On a une vue d'un barrage en madriers et cailloux dans la figure 28. Tantôt on constitue un barrage plus économique, cependant assez durable, au moyen de chevalets retenant des couches de fascines et de gravier qui alternent; on

les fortifie aussi par des madriers. Dans la figure 29, a indique le barrage avec le canal de prise, en plan; £, l'élévation du barrage, et c, la perspective du chevalet :

Fie 3o. — Barrage de torrent avec troncs d'arbres (Pyrénées-Orientales); j, élévation; b, plan.

c'est le cas pour la digue de Guilliestre, département des Hautes-Alpes.

Enfin, quand le torrent, ou le cours d'eau est bien encaissé dans le rocher, on peut se contenter de construire

4o LES IRRIGATIONS.

partiellement la digue avec de gros libages , et de diriger le canal de prise d'eau, soit par un tunnel creusé dans le roc, soit par une rigole extérieure en bois.

Une autre disposition, indiquée dans la figure 3o, se rapporte à une digue établie simplement à l'aide de troncs d'arbres, dans les Pvrénées-Orientales.

Page 1