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Nadault de Buffon , se fondant sur les exemples des travaux exécutés en Lombardie, constate que la dépense est réduite au minimum, quand il n'y a à payer que la fouille, sans transport. Les rigoles les plus petites, ébauchées à la charrue, ou avec des tranche-gazons, reviennent à moins de 10 francs les 1,000 mètres. Quant aux rigoles secondaires, exigeant un déblai de om,5oà 1 mètre par mètre courant, le prix varie de 2 5o à 600 fr. par kilomètre.
Suivant Villeroy (1), le coût des divers travaux de nivellement et d'installation des prairies adaptées à l'irrigation, dans l'ouest de l'Allemagne, peut s'évaluer comme il suit :
Pour bêcher, lorsque le terrain ne présente pas de difficultés particulières, un ouvrier peut retourner par
(1) Loc. cit., p. 2bo.
LES IRRIGATIONS. 38i
jour 1 are de glaise; 1,12 are d'argile; et r,4o à 1,7 5 are de sable ;
Pour dégazonner, soit en carrés, soit en rouleaux, trois hommes dans une journée, en sol argileux, peuvent détacher et transporter les gazons sur une surface de 4,25 ares; dans un sol difficile, on ne compte que sur 2,80 ares. Un homme peut découper autant de gazons que trois hommes peuvent en détacher et en enlever ; Pour aplanir ou régaler au cordeau, un ouvrier peut unir par jour 2 1 5 mètres ;
Pour engazonner, quand les gazons sont amenés sur place en carrés, un homme recouvre par jour 2,80 ares; et quand ils sont en rouleaux, deux hommes sont nécessaires, qui les étendent et recouvrent 4,25 ares;
Pour transporter les terres et les gazons , avec une brouette contenant 33 décimètres cubes, un ouvrier charrie à une distance de i5 mètres, i5o brouettes; à une distance de 5o mètres, 70 brouettes, et à 100 mètres, 3o brouettes.
Voulant justifier l'économie de la charrue pour la construction des rigoles sur des surfaces étendues, Londet constate, d'après des observations plusieurs fois répétées, qu'un homme peut faire de 20 à 25 m. de rigole par heure, la rigole ayant une largeur de om,25 et une profondeur de om,io à om, 12. Le travail consiste à couper la terre à la bêche des deux côtés de la rigole, en suivant un cordeau, à enlever la terre à la houe plate et à la rejeter dans une ancienne rigole pour la boucher, ou dans des creux pour les combler- La profondeur de la rigole et la distance à laquelle on rejette la terre font varier la quantité de travail obtenue dans un temps donné, de môme que Técartement des rigoles entre elles modifie le travail nécessaire par hectare.
Ainsi avec des espacements de 7 mètres, la longueur totale de petites rigoles par hectare serait de 1,428 mètres; soit en moyenne 64 heures de travail, d'après les observations de Londet, ou 6 jours et deux cinquièmes. Pour un prix de journée de 1 fr. 5o, c'est donc une dépense par hectare de 9 fr. 60. Avec la charrue-rigoleuse, en comptant le jalonnement des lignes des rigoles et l'enlèvement de la terre déposée sur leurs bords, le travail revient seulement de 4 à 5 francs par hectare (1).
L'objection n'en subsiste pas moins, à savoir, que les rigoles creusées à la charrue sont le plus souvent mal tracées, et qu'il faut autant de travail pour les régler que pour les exécuter à bras, avec une exactitude presque mathématique, quand il s'agit de rigoles de niveau. Il en est autrement des rigoles établies pour d'autres systèmes d'irrigation que celui de déversement.
Sur un sol plan, légèrement incliné, l'eau suit la plus grande pente avec une vitesse croissante; sur le même sol recouvert de plantes, la vitesse est ralentie par la résistance superficielle, jusqu'à ce que, l'équilibre s établissant après un parcours plus ou moins long, la vitesse reste constante.
Quand la pente est très faible, l'eau ne pouvant prendre assez de vitesse , se perd avant d'avoir parcouru la zone réservée, d'autant plus vite que le sol est plus perméable. Quand, au contraire, elle est très forte, la vitesse ne tarde pas à dépasser la limite de résistance et le sol se ravine. Dans le premier cas, il faut rétrécir la zone d'arrosage, et dans le second, il faut rapprocher les rigoles
(1) A. Londet, Instruments agricoles, p. 26.
de distribution. Enfin, sur un sol ondulé et irrégulier, l'eau se répartissant d'une façon inégale, il importe également de ne pas trop espacer les rigoles pour éviter le ravinement de la surface.
Ces considérations servent de guide quand on installe des irrigations par déversement (i).
La plupart des pentes, depuis om, 02 jusqu'à om, 10 par mètre, s'approprient à ce système. Sur les pentes fortes, les arrosages se font par reprise de l'eau qui s'aère et augmente son pouvoir "fertilisant; sur les pentes faibles, ils s'opèrent en accroissant l'épaisseur de la nappe déversante qui demeure plus longtemps stagnante.
Quand il s'agit de prairies, l'égouttement sur des pentes fortes est plus rapide ; les rigoles sont plus nombreuses; le limon se dépose moins facilement; tandis que sur des pentes faibles, le drainage devenant nécessaire, le limon se précipite plus complètement : avec un nombre moindre de rigoles, on dépense moins d'eau.
Les diverses méthodes par déversement comprennent les rigoles de niveau, les rigoles inclinées ou razes; le plan incliné, disposé en planches, en demi-planches, en ados, en doubles ados, simples ou étages.
a. LES IRRIGATIONS PAR RIGOLES DE NIVEAU.
L'irrigation au moyen de rigoles horizontales qui suivent la direction des courbes de niveau, doit être placée en première ligne pour l'arrosement des prairies, dès que les circonstances locales le permettent. Elle réunit, en effet, le double avantage d'une distribution uniforme et d'une consommation d'eau économique, en
(1) Grand voinnet, 7o«rn. agric, pratique, 1867, T. I.
même temps que d'une main-d'œuvre réduite pour la préparation du terrain.
Terrain. — Ce que nous avons dit dans le chapitre précédent sur les travaux préparatoires, se référant spécialement aux terrains arrosés par des rigoles horizontales, nous dispense d'entrer dans de grands détails sur l'installation de ce système d'arrosage. En Piémont, où il est appliqué en grand, les praticiens considèrent comme pente minimum pour le terrain , om,oo8 par mètre, et comme maximum, om,o3 à om,io. Le défaut d'uniformité dans la pente générale n'est pas un obstacle, tant qu'il est possible de faire varier l'espacement entre les rigoles horizontales qui déversent de l'une à l'autre l'eau non absorbée, jusqu'à ce que celle-ci rencontre une rigole d'égouttement.
Sous le rapport des terrassements, les travaux se réduisent à combler les creux et à niveler les aspérités entre les rigoles déversantes. Quand les inégalités sont trop prononcées, on peut même recourir, pour exhausser le sol, aux rigoles en remblai.
Les terrassements effectués, on procède à l'exécution du canal d'amenée, des rigoles de niveau, des colatures et du fossé d'écoulement. Le tracé de ces divers travaux se fait préalablement sur le plan du terrain.
Canal d'amenée. — Le canal d'amenée devant fournir l'eau à la rigole de distribution au niveau le plus élevé, et aussi à des rigoles de niveau inférieur, qui n'en recevraient pas assez par le déversement, on le soutient du côté de l'aval à l'aide d'une digue qui permet de maintenir le plan d'eau à une hauteur suffisante audessus du terrain arrosable.
Tout en s'adaptant aux sinuosités du terrain, il doit avoir son extrémité inférieure à l'altitude voulue pour assurer le service des parties les plus basses. Quand la
longueur est trop grande pour le nombre de rigoles de distribution; c'est-à-dire que leur périmètre doit être trop vaste; on fractionne le canal d'amenée en biefs horizontaux successifs, à l'aide de vannes. Chaque partie horizontale commande ainsi une zone, et les zones se succèdent du haut en bas du terrain, depuis la tête du canal jusqu'à son autre extrémité.
Dans beaucoup d'irrigations le canal d'amenée sert de rigole de répartition. La figure 249 indique le profil d'une rigole de répartition , à section trapézoïdale, qui présente une ouverture de 1 mètre etora,36 de largeur au radier, sur om,40 de profondeur.
Fig. 249. — Rigole d'amenée; profil en travers.
Dans d'autres cas, la rigole d'amenée sert directement de rigole déversante. Son profil est alors modifié (fig . 25o) de manière que les bords soient plus élevés que le terrain environnant; cette disposition ayant pour but d'empêcher le débordement, quand on introduit des vannes mobiles dans le canal. Pourom,70 d'ouverture, la largeur au fond est de om,3o et la profondeur de om,25 ; ces dimensions correspondent à celles d'une grande rigole d'arrosage.
Quand le canal d'amenée déverse, comme il est situé sur la partie la plus élevée du terrain, il doit offrir la moindre pente possible, tout en se rapprochant de celle deom,oo5 par mètre. Sa section sera alors d'autant plus
grande que la zone , arrosable en une seule fois, est plus étendue et l'inclinaison plus faible. Les prises d'eau fermées par des vannes devront s'espacer entre 40 et 60 mètres.
Rigoles de distribution. — C'est de la rigole d'amenée ou de répartition que partent les rigoles de distribution, tracées verticalement de distance en distance, dont la section va en décroissant. Pour un écartement de 40 à 60 mètres, ces rigoles ont une longueur de 60 à 100 mètres, selon la pente générale du terrain.
Fie. 25o. — Rigole d'amenée servant au déversement;