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A DEUX ÉTAGES, SUR UN VERSANT

tent les écoulements dans le colateur principal.

Il arrive fréquemment que dans les prés offrant peu

de pente, chaque rigole de déversement est desservie par une rigole particulière de distribution, branchée sur la rigole principale.

Dans la figure 258, chaque rigole de déversement a une rigole particulière de répartition. Il résulte de cette meilleure disposition que si Ton n'a pas assez d'eau , on peut arroser le pré par reprise d'eau, c'est-à-dire par

Fie. 258. — Rigoles de niveau; disposition de reprise d'eau.

tractions successives; ainsi Ton arrosera d'abord la bande A, puis celle en B, et finalement celle en C. L'eau, après avoir arrosé la première bande, se réunit de nouveau dans la rigole de répartition qu'elle parcourt dans toute la longueur, avant de servir à l'arrosage de la bande suivante. L'eau rassemblée ainsi plus complètement s'aère après avoir servi (i).

Quand on dispose d'une quantité d'eau suffisante, on

(i) Villeroy et Mûller, loc. cit., p. 106.

peut arroser isolément chaque plan tout entier, en distribuant les rigoles comme l'indique la même figure 2 58, dans laquelle a représente la rigole de distribution \bbby les rigoles particulières de répartition sur lesquelles se branchent les rigoles parallèles de déversement c ce. Prairies en pente rapide. — Dans un pré à

ir

Fig. 25g. — Disposition de reprise d'eau appliquée a Hohenheim.

pente rapide, un trop grand nombre de rigoles à grande largeur est un mal à éviter. On y obvie par la disposition (fig. 259) que Schwerz a introduite à Hohenheim : elle diffère de la précédente en ce que, au milieu de chaque plan, il y a une seconde rangée de rigoles de déversement qui ne reçoivent pas directement l'eau du canal de répartition, mais la reprennent dès qu'elle a arrosé la partie supérieure de chaque plan. Son but est de diminuer le nombre des rigoles, en empêchant que les eaux ne ravinent le terrain.

3cj8 LES IRRIGATIONS.

Lorsque la prairie est en pente forte, de 3 et même de 5 centimètres par mètre, les rigoles de distribution, pour un versant uniforme, doivent être dirigées obliquement ou en écharpe, de manière à la diviser en zones obliques; mais alors, les rigoles de déversement étant toujours horizontales et parallèles , les angles qu'elles forment sont très aigus, surtout en raison de la rapidité de la pente par rapport aux rigoles de distribution.

Si pour cette pente très forte, le terrain est irrégulier et ondulé (fig. 260), on creuse d'abord la rigole principale, suivant l'enceinte supérieure de la prairie, à une hauteur telle que son radier soit au niveau du sommet des ondulations les plus élevées. Le profil en long représente, d'après le mouvement du terrain, les déblais et remblais que supporte cette rigole, afin de l'asseoir à hauteur convenable, avec une pente suffisante.

Les rigoles de distribution BB sont tracées sur les sommets des mamelons et des dos d'âne, et les rigoles de déversement C C, établies par paires, sur les flancs des dos d'âne, en faisant onduler suivant le relief du terrain. Leurs extrémités s'arrêtent à peu de distance au-dessus des fonds qui forment les intervalles des mamelons.

La disposition est complétée par des rigoles d'égouttement DD, creusées dans chacun des fonds et continuées jusqu'au canal qui débouche dans le ruisseau où partent les eaux surabondantes de la prairie.

Une observation trouve ici sa place; elle s'applique aux prairies qui ont peu ou beaucoup de pente, sur lesquelles il importe de changer de place , tous les ans, ou tous les deux ans, les rigoles de déversement. Il en est de même des rigoles verticales, quand elles servent à l'épandage. Si on les laisse à la même place, l'eau les creuse trop profondément. Outre qu'il est plus facile

de faire que de réparer une rigole ; comme la nouvelle s'établit à quelques centimètres de distance, on bouche l'ancienne avec le déblai et le gazon qui en pro-

Fig. 260. — Rigoles de niveau; prairie en pente forte, a plusieurs versants.

viennent. Les rigoles ainsi comblées offrent souvent la végétation la plus vigoureuse.

Le grand avantage de l'irrigation des prairies par rigoles de niveau « est de pouvoir s'accommoder à toutes les inclinaisons de terrain et de fournir les mêmes ré-

joo LES IRRIGATIONS.

sultats avec les pentes différentes des rigoles de distribution, parce que ces rigoles n'étant destinées qu'à conduire les eaux aux rigoles de déversement, il importe peu que leurs pentes soient fortes ou faibles. Il n'y a aucun inconvénient à ce qu'elles soient irrégulières ; il suffit que l'eau y coule librement et facilement, de manière à bien remplir les rigoles de niveau ( i). »

Catch-water meadows (Angleterre). — Le système des rigoles horizontales, avec reprise d'eau, est pratiqué de longue date en Angleterre , sous le nom de catch-water, dans les prairies des comtés de Somerset et de Devon où de nombreux cours d'eau sillonnent les vallées.

Pusey estime que la dépense d'irrigation des prairies par ce système est de i 5o à 25o francs par hectare (2). Il cite un terrain à Winsford, en pente de 45 degrés, autrefois une lande inculte, dont le sol après avoir été défoncé, cultivé en pommes de terre et chaulé, a été converti en une excellente prairie, d'après le système catch-water, qui n'en est pas moins appliqué, comme le démontrent les installations des magnifiques prairies du duc de Portland et de lord Hatherston, à des terrains en pente douce, et môme à des terrains plats, comme ceux des bords de la rivière Cherwell. A Killerton, près d'Exeter, Sir Thomas Aucland a créé deux prairies de 2 5 hectares chacune, sur des pentes à peine appréciables, et lord Poltimore, une prairie de 600 mètres de longueur, arrosée par rigoles horizontales, sur un terrain où la différence de niveau est à peine de om, 10.

Il y a lieu de considérer deux pentes pour l'établissement du catch-water le long des cours d'eau ; la pente du

(1) Poloncenu, Des eaux relativement à l'agriculture, p. 122 à 134.

(2) Journ. Roy. Agric. Soc. of England, vol. X, 181.9.

cours d'eau lui-même, en amont du point d'admission, et celle du terrain dans le sens transversal, dirigé vers le cours d'eau. La première inclinaison est nécessaire pour fixer le point de dérivation, de façon que Peau puisse couvrir le terrain arrosable, et la seconde pour juger si Peau peut s'écouler sur un point en aval du cours d'eau, après l'arrosage.

Au cas où le terrain ne s'incline pas vers le cours d'eau, la seule chute que Ton puisse obtenir est celle qui résulte du courant à la descente, puisqu'il n'est pas possible de l'augmenter par un barrage supérieur. Alors les rigoles devront être tracées perpendiculairement au courant, l'eau d'arrosage suivant la même direction que lui. Il est entendu que dans ce cas, la pente du terrain ne saurait excéder celle du cours d'eau. Pour une des prairies de lord Poltimore, la rivière offre une pente de 5 deux-millièmes et l'irrigation est directe; de telle sorte que la pente pour l'irrigation proprement dite est de 1 cinq-millième; dans une autre prairie, elle est exceptionnellement de 1 huit-millième.

Pour l'établissement de' ses prairies du Devonshire, Pusey s'est adressé à un irrigateur expérimenté d'Exeter, Ley, de Newton Saint-Cyr, qui s'en est chargé moyennant un forfait de 270 francs par hectare, plus 92 francs pour les frais du canal d'amenée, des rigoles et des vannes. Ces prairies sont presque de niveau ; leur pente est inférieure à 1 sur 11 5. Du reste, selon Pusey, le degré d'inclinaison est approprié au climat; il doit croître en remontant vers le nord.

Quand le terrain est spongieux ou malsain, il convient de l'assainir, avant d'y installer l'irrigation, à l'aide de drains de dimensions plus grandes que de coutume, pour que l'eau d'écoulement puisse servir à l'arrosage des prairies inférieures. Les prairies basses de t. 11. 26

lord Hatherston , à Teddesley, ne sont arrosées par la méthode des rigoles de niveau qu'avec des eaux de drainage.

Méthode Bickford. — Tel qu'il vient d'être décrit, le système catch-jpater a été modifié par Bickford, de Crediton (i), et appliqué par Sir Stafford Northcote, près d'Exeter (2). Dans le système Bickford, les rigoles de niveau sont coupées par une série de petites rigoles, à peu près perpendiculaires dans le sens de la plus grande pente, qui transforment la prairie en une sorte de damier.

Le point d'accès de l'eau du canal de dérivation, au plan supérieur de la prairie, ayant été soigneusement déterminé, on procède à l'aide du niveau au tracé de la rigole principale dont la pente résulte du volume d'eau disponible et de la configuration du terrain. Sir Stafford Northcote estime qu'une pente de 1 sur 400 est désirable; mais elle peut être inférieure sans inconvénient. La rigole reçoit à l'origine une largeur de om,3o sur une profondeur de om, 1 5 ; ses dimensions vont en décroissant jusqu'à l'extrémité où elle se perd dans le sol.

Dans le croquis (fig. 26 r A), la ligne A1, B1, représente la trace de la rigole principale ou d'amenée des eaux. Les rigoles de niveau BC, DF, IH, sont alors tracées dans le sens de la pente, à des intervalles de 10 mètres environ. Parallèles à la rigole A4, B4, elles épousent le contour du terrain et ne visent aucun raccourcissement dans le but d'obtenir des lignes droites. Quand l'espacement imposé par les sinuosités

(1) Improved System qf irrigation, by J. Bickford. Journ. Roy. Agric. Soc. ofEngland, i852, vol XIII.

\%) Improved System 0/ irrigation, etc., by Sir Stafford Northcote ; loc. cit..

est trop grand , on intercale des rigoles de niveau intermédiaires, telles que MN, FG, LK. Une fois tracée, la rigole est attaquée par la charrue qui la creuse à om, 10 de profondeur sur autant de largeur.

FlG. 26l. — MÉTHODE BlCKFORD (CATCH-WATER MF.ADOWS ).

Dès lors, on trace les rigoles d'intersection qui devraient être, en théorie, perpendiculaires aux courbes de niveau, mais qui s'en écartent en pratique, suivant les irrégularités du relief. Ces lignes 1, 2, 3, 4, 5, sont dirigées par le centre des courbes à une distance entre elles, quand cela est possible, de 10 à i5 mètres.

4o4 LES IRRIGATIONS.

La distance étant trop grande, on trace des lignes intermédiaires a, by c.

La charrue (i) ayant parcouru la trace de chaque ligne, relevant le gazon, on jalonne chaque 10 mètres en s'aidant du niveau d'eau ou à bulle d'air, de façon à obtenir une pente de om,o4 à om,o5. Cette pente ne saurait être inférieure en tout cas à o^oiS. Les rigoles s'achèvent dès lors et se recouvrent aux endroits de passage par de larges tuiles.

Si l'eau est abondante, une seule rigole principale suffira pour irriguer toute la prairie; mais il importe qu'elle soit établie sans chute. Quand l'eau n'est pas assez abondante, la rigole principale, de dimensions moindres, porte deux branches de décharge A et B (fig. 261, B) qui permettent d'utiliser le volume d'eau disponible au moyen des vannettes ou planches placées en aval de chacune. A partir du point c, la rigole s'a mincissant déverse directement.

La disposition de l'ensemble des rigoles (fig. 262, C) indique comment l'arrosage se pratique :

A' B' représentant la rigole principale, avec une rigole de décharge a dont la section va en Recroissant jusqu'à la limite du périmètre, les rigoles £, c, d, e, servent à la distribution. Entre les deux extrêmes b et c, Feau est confinée par des dés de gazon 1 , 2, 3 et 4 (fig. 26 r , D); les Mèches montrent le sens de la circulation de l'eau. L'arrosage se pratique de haut en bas et non latéralement, a b d c formant un plan d'arrosage (fig. 262, E) et b e f dy un autre. Les rigoles d'intersection sont changées de place tous les ans, en les reportant à une distance de om,4o à om,5o; elles servent de colateurs, quand l'arrosage cesse, pour l'égouttement de la prairie.

(i) L'instrument employé est celui que nous avons décrit comme charrue rigoleuse de Th. Moore, p. 366.

A l'objection formulée contre cette méthode, que la rigole d'amenée du niveau supérieur étant unique, la prairie est mieux arrosée en haut qu'en bas, Sir Stafford

FlG. 262. — MÉTHODE BlCKFORD ( CATCH-WATER KEADOWS).

Northcote répond que précisément, au moyen des rigoles d'intersection, les arrêts étant convenablement placés, elle permet d'arroser d'abord la partie basse, si on le juge opportun, et de finir par la partie haute. D'ailleurs, aussi bien les rigoles de déversement horizontales que

celles perpendiculaires, par le fait qu'elles sont dirigées à peu près parallèlement, établissent des compensations sur le terrain naturellement ondulé.

Dans la méthode ordinaire, une seule rigole principale conduit Peau par déversement sur le sol, jusqu'à une autre rigole principale inférieure, tandis que dans le système Bickford , le déversement résulte d'une vingtaine et plus de petites rigoles de distribution alimentant des rigoles de niveau, espacées entre elles de 10 à i5 mètres; aussi l'épandage est-il plus égal, plus uniforme; le drainage est d'ailleurs suffisant pour empêcher toute stagnation.

Le plus grand mérite réside dans l'économie de l'eau. Les rigoles de niveau peu larges et peu profondes absorbent moins d'eau et permettent d'utiliser plus complètement le volume disponible en ruissellement superficiel ; elles occupent moins de la surface en herbe et ne créent point d'obstacle au fauchage à la machine, ou au transport des foins. Enfin, les curages sont moins fréquents : l'arrosage s'opérant avec moins de lenteur, il en coûte moins pour remplacer les petites rigoles d'intersection tous les ans, que de curer les rigoles de niveau dans le système ordinaire.

D'après Druce (i), qui a fait installer le système Bickford sur deux prairies de deux hectares chacune, dont Tune dressée en billons et ados, ayant exigé plus de dépense pour la confection des rigoles, les frais se sont élevés à y 5 francs par hectare, soit 45 fr. pour les rigoles et 3o fr. pour objets divers : enlèvement et remplacement de gazon, nivellement, etc. Le coût annuel de l'arrosage et de l'entretien représente de 6 à 10 francs par hectare.

(1) J. Druce, New System of irrigation; Journ. Roy. Agric. Soc. of England, i853, vol. XIV.

Prairies d'Exeter. — Les prairies de Sir Stafford

Fie. 263. — Application de la méthode Bickford aux prairies d'Exeter.

Northcote sont situées sur le bord de la rivière Exe, à 3 kilomètres en amont d'Exeter, entre la rivière même et

4o8 LES IRRIGATIONS.

une dérivation par barrage qui alimente la ville. L espace entouré par la rivière et le canal, d'une contenance de 1 2 hectares, est partagé en trois prairies i , 2 et 3 (A, tig. 263) desservies au niveau le plus élevé par un canal d'amenée a a partant de l'écluse A, qui a om,90 de largeur sur om,6o de profondeur. Ce canal traverse en aqueduc, au point B, le lit à peu près comblé d'un ancien bras de la rivière, servant de colateur.

Des trois prairies, le n° 1 , au niveau le plus élevé, avait été arrosé par des rigoles en épi, branchées sur le canal d'amenée, avant d'être approprié selon la méthode Bickford; le n° 2, à relief ondulé, très irrégulier, n'avait pu être arrosé qu'à l'aide d'une série de rigoles bifurquant sur l'aqueduc; quant au n° 3, à cause de ses ondulations, il ne pouvait être irrigué qu'en suspendant l'arrosage dans la prairie n° 2.

L'ensemble des trois prairies a été modifié d'après la méthode de Bickford, c'est-à-dire suivant des rigoles de niveau aa, bb, ce (B, fig. 263) que coupent des rigoles perpendiculaires bb, bb (C, fig. 263), par les soins de Ellis, de Newton Saint-Cyr, moyennant une dépense de 2 1 5 fr.6o, plus 85 fr. 60 payés aux ouvriers de la ferme, et le service des chevaux à la charrue payé 33 francs par hectare. Il est vrai qu'un certain nombre de rigoles de niveau existaient; mais elles ont été réduites de om,9o X om,6oàom,3o Xom,52.Sir Stafford Northcote n'en estime pas moins que les frais d'installation d'une prairie également située, ne s'élèveraient pas au-dessus de 60 fr. par hectare; tandis que par la méthode ordinaire ils montent à 2 5o et 3oo francs ( 1 ) ? De plus, les frais de curage et d'entretien, qui atteignent 6 francs par hectare par la méthode

(1) Sir Stafford Northcote, Bart. Improved System 0/ laying ont catchmcadows; Journ. Roy, Agr. Soc, vol. XIII (i85a).

ordinaire, sont réduits de moitié par la méthode Bickford, grâce au changement de place des rigoles d'intersection.

b. LES IRRIGATIONS PAR RAZES.

La méthode d'irrigation par razes se distingue de celle par rigoles de niveau, en ce que, au lieu d'être tracées de niveau, affectant les formes sinueuses que déterminent les ondulations du terrain, les rigoles sont dirigées obliquement avec des pentes plus ou moins prononcées. De ces rigoles de distribution partent des rigoles secondaires en forme d'épi, dont la largeur va en diminuant depuis l'origine jusqu'à l'extrémité. Il en résulte que l'eau ne pouvant pas être toute contenue dans les rigoles d'épi, par suite de leur rétrécissement, se déverse assez régulièrement sur leur longueur.

Quoique servant le plus souvent à compléter l'irrigation par rigoles de niveau, la méthode par razes, tout en étant moins parfaite, est employée de préférence par le cultivateur qui veut tracer lui-même et établir des rigoles sans le secours du niveau, en se faisant suivre par l'eau. Dans les terrains assez perméables, elle consomme plus d'eau; mais dans les sols très perméables, la consommation est à peu près la même, car l'eau toujours en mouvement dans les rigoles, se perd moins par infiltration.

Dispositions générales. - - Si le terrain offre une pente générale moins forte, de om,oo3 à om,oo8, il exige, comme dans la méthode par niveau, d'être régularisé quant aux monticules et aux creux. Avec des pentes plus fortes, excédant 8 millimètres, dans le Luxembourg ou en Auvergne, les irrigations ne sont plus régulières et l'assainissement devient très difficile.

4io LES IRRIGATIONS.

Les rigoles de distribution qu'alimente la rigole principale suivent les lignes de faîte avec un espacement que limite leur longueur. Il s'ensuit que souvent on est obligé d'établir deux ou plusieurs rigoles déversantes sur le dos d'une même colline, tandis que Ton réserve les fonds pour les rigoles de colature.

Les rigoles en épi partant de chaque côté de la rigole de distribution, finissent en pointe ; elles sont tracées de manière à ce que quittant une rigole de distribution, elles ne rencontrent pas juste celles qui s'embranchent sur la rigole voisine. La pente et la nature du terrain déterminent l'intervalle aménager entre deux paires de rigoles en épi. Pareto pense qu'une distance de 20 ou 3o mètres ne saurait être dépassée sans inconvénient, et que dans les terrains fortement inclinés, très perméables, elle doit être réduite à 3 ou 4 mètres.

Les colateurs dirigés en sens inverse sont établis entre deux rigoles de distribution, en suivant les contours du thalweg.

Il arrive, quand les pentes sont faibles et les rigoles de distribution éloignées, que l'on partage aussi en épi les colateurs, pour bien égoutter le terrain. Alors chaque colateur en épi se place entre deux rigoles secondaires également en épi. Tous les colateurs débouchent généralement dans un grand fossé collecteur, sans que Peau puisse être reprise pour arroser de nouvelles bandes. On parvient à remédier en partie à cet inconvénient, d'autant plus sensible que Ton dispose d'une moindre quantité d'eau, en recueillant l'eau des colateurs dans une forte rigole de niveau qui fait office à son tour de rigole d'amenée. D'ailleurs, la rigole de niveau offre l'avantage de pouvoir restreindre la longueur des rigoles de distribution, de façon qu'elles n'alimentent plus régulièrement que deux ou trois paires de rigoles

en épi, et de partager l'irrigation en bandes horizontales ayant de 60 à 100 mètres de largeur. Cette rigole de niveau servant de colateur ne doit pas déborder, puisqu'elle est destinée à donner l'eau à de nouvelles rigoles de distribution.

Rigoles inclinées. — Les rigoles de distribution, tracées suivant la ligne de la plus grande pente, ont une largeur uniforme jusqu'à la première paire de rigoles en épi; cette largeur est diminuée jusqu'à la seconde paire, et ainsi de suite; la profondeur reste constante, entre om,20 et om,25 sur toute la longueur. Pour un terrain en pente de om,oo7 par mètre, Pareto a donné au premier tronçon des rigoles de distribution, c'est-àdire jusqu'à l'amorce du premier épi, om,45 de largeur, au deuxième tronçon om,3o, au troisième ora,i5 : l'irrigation disposait de beaucoup d'eau. Les dimensions varient naturellement suivant les conditions de sol, de pente, de longueur, etc.

Les razes au contraire ont un profil en travers qui se modifie comme largeur et comme profondeur sur tout leur parcours, puisqu'elles finissent en pointe. A l'origine, la profondeur est toujours la même que celle de la rigole de distribution; elle diminue jusqu'à om,i5; quant à la largeur, elle est au début de om,25 pour décroître suivant la pente faible, mais régulière, comprise entre 1 et 5 millimètres par mètre. La longueur est limitée à environ 2 5 mètres.

Il arrive qu'au lieu de faire partir deux razes du même point de la rigole de distribution, on n'en dérive qu'une seule ; auquel cas, il n'y a point d'épi : mais c'est là un cas exceptionnel motivé par la configuration du terrain.

Colateurs. — Pour les colateurs qui ont une largeur initiale de on,,2 5, on augmente cette dimension ainsi

4i2 LES IRRIGATIONS.

que la profondeur d'une manière uniforme, en rapport avec le volume d'eau d'égouttement et la pente, jusqu'à ce qu'elle atteigne om,5o et même om,6o à l'extrémité. On ne saurait déterminer d'avance aucune règle pour les colateurs en épi.

Les colateurs de niveau destinés à servir de rigoles de distribution, ne se distinguent guère de ceux dont il a été fait mention dans la méthode précédente, que par leur moindre profondeur, afin d'empêcher l'eau d'y séjourner. Le bourrelet ne sert pas à déverser les eaux, mais à faciliter leur introduction dans les rigoles de distribution; le talus d'en haut a pour but de ne pas perdre de terrain et de faciliter le passage de la faux.

Le tracé des colateurs de niveau exige l'emploi des instruments de nivellement; mais pour les autres rigoles* aussi bien que pour les razes, les cultivateurs guidés par le jugement et la pratique tracent en se faisant suivre par l'eau; ce qui constitue, malgré tout, une manière fort imparfaite.

Mode de distribution. — Pour arroser, on fait passer l'eau au moyen des vannes, de la rigole principale, dans un certain nombre de rigoles de distribution, selon le volume d'eau disponible. Ces rigoles la conduisent aux razes qui débordent sur le terrain; les colateurs la reprennent pour la donner au fossé principal d'écoulement, ou bien à une rigole de niveau qui dessert une seconde série de razes.

Malgré la simplicité de la méthode par razes, comme le volume d'eau est souvent variable, on est obligé pour obtenir un déversement uniforme, de surveiller constamment les gazons ouïes planchettes qui règlent l'arrivée de l'eau dans les rigoles de distribution, en aval des razes. Sous le rapport du travail imposé à l'irrigateur, elle représente environ le double de celle qu'exigent les ri-

LES IRRIGATIONS. 4i3

goles de niveau. D'ailleurs, elle est moins économique quant aux mouvements de terrain, bien qu'elle s'applique avantageusement à des pentes moindres. Les frais de rigolage sont à peu près les mêmes dans les deux méthodes.

Applications des ra\es.

Terres en culture. — L'irrigation des prairies artificielles, des céréales et de quelques autres cultures se pratique d'une manière courante dans le Midi, à l'aide de grandes razes ; mais il n'est pas douteux que les trèfles, les luzernes, les sainfoins, etc., dans le Centre et le Nord, ne puissent tirer également profit, lors des années de sécheresse, de ce mode d'irrigation.

Pour les trèfles qui doivent rester deux ans en terre, on ne saurait d'ailleurs sans de trop grandes dépenses établir, en vue d'irrigations aussi peu fréquentes, des rigoles régulières d'arrosage. On se borne en conséquence à tracer des razes distantes de 5o à 60 mètres, lorsque le terrain est labouré aplat. Pour les terres dressées en planches ou en larges sillons, suivant la pente du terrain, les razes coupenten écharpe les planches, mais ne donnent de l'eau dans les parties creuses que par infiltration ; si les planches sont placées perpendiculairement à la ligne de plus grande pente, les razes sont établies à angle droit et reçoivent l'eau dans les fonds, comme des rigoles de niveau. L'assainissement de ces cultures n'a lieu le plus souvent que par les fossés usités dans les champs en labour.

Pour les céréales, cultivées à plat ou en planches, la manière d'irriguer par razes est la même. Les razes arrosent dans chaque cas par infiltration lorsqu'on les laisse ouvertes en entier, et par déversement lorsqu'on

LES ^oATlONs

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courante. L'eau arrive, au haut de la prairie, par le canal A B qui alimente les rigoles principales BC, BD, AE, EG; sur ces dernières s'embranchent les rigoles de distribution, telles que a, £, c, qui mènent l'eau aux razes.

Fie. 265. — Plan d'une prairie irriguée par des razes en épi.

Les colateurs de la partie supérieure r, s, débouchent dans un colateur principal e g rejoignant le fossé d'écoulement, sans que l'eau dégraissée soit employée en reprise pour la partie inférieure, qui est directement irriguée par de l'eau fraîche venant de AE en EG. Il est possible, d'après les dispositions du plan, d'arroser à la

4i6 LES IRRIGATIONS.

fois toute la prairie, ou seulement une des zones (i).

Fie 266. — Champ de trèfle; irrigation par razes en épi.

Dans la figure 266 représentant l'irrigation d'un champ de trèfle, l'eau est donnée par la rigole princi-

(1) C. de Cossigny, loc. cit., p. 3ç8.

pale a b et reprise par la rigole c d. Les flèches qui accompagnent le tracé des rigoles //de distribution et

Fie. 267.— Irrigations combinées par razes et rigoles de niveau, a Martinvast (Normandie).

des razes rr, ainsi que les cotes de nivellem:nt suffisent pour l'explication de la figure (1).

0) Pareto, loc.cit., t. III, p. io3g.

Razes et rigoles de niveau combinées. —

^irrigation par razes , formant un complément utile de celle par rigoles de niveau, nous donnons deux exemples, empruntés à Pareto, des méthodes combinées.

La première application se réfère aux irrigations éta-

o.io

Fig. 269. —Profils cotés d'une razea chaque extrémité (Martinvast)

(fig. 267)

blies à Martinvast, près de Cherbourg, dans la propriété du Moncel. L'eau est fournie par un bassin de réception C (fig. 267) qu'alimente une conduite souterraine (pointillée) B B, où les pompes du bâtiment A envoient 12 mètres cubes par heure.

Deux rigoles de distribution aa'et a a sortent du bassin et servent à arroser par rigoles de niveau les deux compartiments S et p. La rigole a a se continuant en b b donne l'eau au compartiment a installé suivant la

méthode des razes en double rangée. Un colateur ou ri-

42o LES IRRIGATIONS.

gole de niveau ff reçoit les colatures des razes supérieures pour les rendre à celles de la rangée inférieure. Le profil coté de ce coiateur de niveau est indiqué par la figure 268, et celui, également coté, d'une raze à ses deux extrémités, par la figure 269. Le compartiment le plus bas x est irrigué par les colateurs des trois compartiments S, p et « et par les eaux des deux sources en D et en E .

La deuxième application, due également à Pareto (fig. 270}, concerne une prairie de la Celle-Guénand, en Touraine. La source de Mouy, barrée en B, laisse couler l'eau par une écluse avec vanne, A, de laquelle partent deux rigoles principales a a ex b b entourant le pré qu'elles arrosent par des razes et par deux rigoles de niveau. Le coiateur principal c c occupe à peu près le milieu de la pièce; des fontenages^// ont dû être supprimés pour l'assainissement.

Le devis de cette dernière irrigation, sur une surface de 2 hectares 28 ares, dont le détail est donné dans le tableau XIV, porte la dépense moyenne par hectare à 129 fr. 77 (1).

(1) Pareto, /oc. c/7.,t. III, note /r, p. 869.

Tableau XIV.

Rigole principale d'amenée

— d'égouttement

Razes

Rigoles de niveau

Terrassements à forfait

Réparations à la digue

Vannes

Grande vanne

Devis , tracé et surveillance

Quantité»

d'ouvrage.

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