C. LIMONAGE ET TERRAGE
La submersion offre une application des plus utiles et des plus fructueuses, pour l'amendement des terres et des prés, par le limonage.
Nous n'avons pas à revenir sur les avantages que présentent comme fertilisants dans la plupart des sols, les limons et les vases dont presque tous les cours d'eau sont chargés, à des époques qui correspondent aux pluies périodiques et aux crues des torrents (2). Les irrigations d'hiver sont le plus souvent des limonages, les eaux étant alors troubles, par suite des parties les plus divisées et des détritus les plus ténus, enlevés aux terrains supérieurs, qu'elles charrient.
Indépendamment des principes fertilisants que renferment les limons, il y a souvent le plus grand intérêt à en couvrir des terrains naturellement infertiles, ou à les terrer, pour en faire des sols arables : on peut encore les laisser déposer en couches minces sur les prés déjà anciens qu'ils consolident, ou bien enfin les amener sur les terrains marécageux dont ils changent la nature, en élevant leur niveau.
Comme amendements, les limons fournis par les eaux calcaires conviennent le mieux aux terrains siliceux ou argileux; réciproquement, les limons provenant des terrains argileux sont les meilleurs pour les terrains calcaires et siliceux.
(1) Voir tome I, liv. IV, Température des eaux. •
(2) Voir tome I, liv. 111, AUuvions; et liv. IV. Les eaux et les limons d'irrigation.
bi2 LES IRRIGATIONS.
Les eaux des rivières étant chargées dans la saison d'hiver, à bien peu d'exceptions près, des principes les plus essentiels à la végétation, il n'y a guère de sol, épuisé ou non par la succession des récoltes, qui ne tire un grand profit des submersions hivernales. En dehors des prairies ou des terres arables, appelées à s'enrichir des éléments en suspension, ou dissous dans les eaux, les terrains pauvres, épuisés, ou naturellement improductifs, trouvent dans le dépôt de ces eaux de précieux moyens d'amendement, qui peuvent décupler leur valeur.
Trois conditions sont essentielles pour obtenir du limonage des résultats satisfaisants : i° il faut que les eaux aient une faible vitesse pour ne transporter que des limons fins, et non des sables, ou des galets; 2° le sol doit être en pente douce, de façon à ce que la vitesse de l'écoulement soit elle-même très modérée; 3° il ne doit pas y avoir de stagnation, de crainte de dommages pour la salubrité.
C'est surtout en hiver, quand les eaux sont les plus froides, que les submersions sont à la fois fertilisantes et inoffensives pour la plupart des plantes agricoles, au premier rang'desquelles se placent celles des prairies et des herbages. D'ailleurs, c'est pendant les mois d'hiver que les débits des cours d'eau sont le plus abondants et qu'ils peuvent servir à l'agriculture, sans soulever de contestations avec les usines, ou les riverains. La plupart des plantes, en été, avec des eaux d'une température de i5 à 1 8°, quand la végétation est active et le soleil absorbant, ne peuvent pas résister d'ailleurs à la plus petite durée d'une submersion. Même en hiver, la durée, ou l'interruption des submersions limoneuses, doit toujours se régler de manière à ne pas excéder des limites convenables, dès qu'il s'agit de récoltes en terre.
Dans les irrigations par submersion, le limonage est
LES IRRIGATIONS. 5i3
facile, l'eau trouble pouvant être retenue dans les compartiments jusqu'à ce qu elle soit redevenue claire. Par le déversement, au contraire, la pente des canaux d'amenée doit être calculée de façon à ce que le limon ne se dépose pas dans les rigoles et les razes, avant d'avoir coulé sur le terrain. Il importe par conséquent, dans ce dernier cas, que le débit soit faible et lent pour que le courant diminue de rapidité et que le limon tenu en suspension se précipite, avant d'avoir gagné les colatures.
Pour n'avoir que des limons fins, c'est-à-dire exempts de graviers et de cailloux, comme c'est le cas pour les eaux torrentielles, les vannes des prises d'eau sont fixes à la partie inférieure; et les planchettes de la partie supérieure seulement sont enlevées, suivant la hauteur de l'eau et le besoin de l'arrosage.
Sur les terrains plats, ou en pente très douce, il suffit d'une digue qui les entoure, pour limoner avec des eaux troubles; sur ceux en pente moyenne, comme dans les vallées, on établit entre les digues d'enceinte des levées horizontales, transversalement à la pente générale du terrain, afin de les diviser en autant de compartiments plats, qui s'étagent les uns au-dessus des autres. C'est la disposition que représente la figure 3i6. Les levées et les fossés très évasés dont le déblai a été utilisé y sont indiqués en plan et en coupe. Leur écartement dépend de leur élévation et de la pente du terrain. Il importe que la nappe d'eau contenue entre deux levées ait au maximum, c'est-à-dire à l'aval, la hauteur d'une levée, et au minimum, à l'amont, la moitié de cette hauteur (i).
Chaque levée étant pourvue à l'endroit le plus bas du terrain qu'elle traverse d'une large buse à clapet, on ouvre pour donner l'eau trouble toutes les buses, à
(i) Polonceau, Des eaux relativement à l'agriculture, p. 186. t. il 33
l'exception de la dernière en aval, et lorsque le terrain est couvert jusqu'au couronnement de la dernière levée, on ferme la buse d'admission. Quand l'eau s'est à peu près éclaircie, on ouvre de nouveau les buses successivement, en commençant par celle d'aval. Dans le plan d'une irrigation par submersion et li-
Fig. 3 16. — Limon âge par submersion.
monage (tig, 317), les eaux sont fournies par le canal d'amenée AA, d'où les trois vannes V, V, V" leur donnent accès dans les compartiments C, C et CIT. Les compartiments C" et C" reçoivent les eaux des compartiments situés au-dessus. Les fossés de colature r r r dirigent les eaux par les colateurs b b b dans le canal d'écoulement BB. Des vannes de fond sont placées aux points où les colateurs traversent les digues tracées sur le plan, au pied des talus (1).
(1) Parcto, loc. cit., t. III, p. io3y.
LES IRRIGATIONS. 5i3
Application aux grèves. — La création de prairies
5i6 LES IRRIGATIONS.
sur les grèves de la Moselle, qui a signalé comme bien faiteurs de la région les agronomes Dutac, Naville, Binger, etc , est due à des limonages provenant des eaux de cette rivière. Les surfaces gazonnées fixant les lits de graviers mouvants, résultent de l'écoulement continu des eaux dans les bassins divisant la surface à conquérir. Pour cela, une même prise d'eau correspond à des canaux secondaires qui n'ont que juste la pente nécessaire pour produire un écoulement. La prise ayant lieu par la surface, ou par des vannes de fond, suivant la hauteur du canal d'amenée au-dessus de la grève, l'eau parcourt tout le terrain laissé à l'état naturel, avant d'être ramenée à la rivière par des rigoles de décharge. Le coût moyen des terrassements, quand on peut établir des planches en ados, et du creusement des canaux, varie de 600 à 1,200 francs par hectare.
Le terrain convenablement disposé, on sème le gazon et Ton donne l'eau de manière seulement à humecter, pour commencer; puis, la végétation se développant, de manière à arroser. Le léger dépôt de limon qui se forme lentement permet, après un an ou dix-huit mois, de couper le fourrage. Au bout de deux ans, on restreint les irrigations au moment où la végétation est la plus forte, afin que l'herbe ne se détériore pas; cette interruption dure un mois environ pour chaque coupe, tant pour sécher le sol et l'herbe, que pour enlever la récolte.
Les prairies ainsi établies donnent par an, en moyenne, 5,ooo kilog. de foin et 2,5oo kilog. de regain (i\ Toujours s'améliorant, elles ont en certains endroits audessous d'elles , une couche d'humus de plus de om,3o de profondeur.
(1) Barrai. Irrigations, etc.. 1862, p. 480.
LES IRRIGATIONS. bi-j
Entre Épinal et Charmes, la vallée s'est complètement transformée sur 25 kilomètres. « Les bestiaux et les engrais qui y faisaient défaut surabondent, et leur puissante influence s'est fait sentir de proche en proche sur le territoire environnant. Des communes qui retiraient quelques centaines de francs de la vaine pâture, presque sans valeur, sur de grandes étendues de graviers blancs, ont 5 à 6,000 francs de revenu... La pratifica tion des grèves de la Moselle est un des beaux exemples qu'on puisse citer du bienfait à retirer des submersions avec des eaux particulièrement riches, pratiquées avec discernement (0. »
d. COLMATAGE.
Quand la submersion a pour but de créer une couche arable d'une épaisseur de om,3o à om,5o, sur des landes et des graviers, ou d'atterrir les bas-fonds de marais insalubres par des dépôts successifs ou continus, pendant un certain nombre d'années, elle prend le nom de colmatage, et comme telle, est soumise à des règles et à des pratiques qui s'écartent de celles du limonage; nous n'avons pas à les examiner en traitant des irrigations.
Tandis que le limonage et le terrage consistent en effet, à laisser sur le sol quelques millimètres de sédiments terreux ou vaseux, et à fournir des éléments de fertilité, consommés incessamment par les récoltes, le colmatage vise la formation de remblais véritables, au moyen d'encaissements calculés pour recevoir les eaux d'un niveau supérieur, d'après la masse de matières dont il sera possible d'obtenir le dépôt dans un temps déterminé. Le résultat de la bonification amenée par le
(1) Nadault de Buflfon, Des submersions fertilisantes. 1867, p. 388.
5i8 LES IRRIGATIONS.
colmatage dépend des procédés employés, tant pour accélérer et répartir uniformément le dépôt, que pour assurer un libre débouché aux eaux claires à travers les terrains inférieurs. Ainsi défini, le colmatage ne rentre pas dans le cadre des irrigations agricoles; nous nous bornerons donc à signaler, comme pratiquée sur une petite échelle, une application aux garrigues dans le Vaucluse.
Application aux garrigues. — Pour le colmatage des garrigues caillouteuses, aux environs d'Avignon, M. Thomas a employé les eaux du canal Crillon, à raison d'une dérivation de 400 litres par seconde.
Le terrain à limoner étant entouré d'un fossé isolant, destiné à recevoir les infiltrations, on a exécuté à l'aide des déblais une chaussée de om,70 de hauteur, et on a découpé le terrain en autant de zones que séparent des levées dont la hauteur diminue dans le sens de l'écoulement des eaux. Le compartiment le plus rapproché du canal d'amenée ayant été le premier colmaté, a été isolé des autres, et ainsi des suivants, jusqu'à ce que le terrain entier ait été comblé.
Dans les compartiments où la pente faisait défaut, les levées intercalaires se trouvant de niveau, on a fait arriver les eaux par les deux extrémités opposées du terrain, et le choc des deux vitesses opérait la précipitation des limons. La nappe d'eau, de om, 5o d'épaisseur au moins, afin d'éviter les émanations insalubres, doit passer avec une plus grande vitesse dans les compartiments dont le colmatage avance, pour empêcher la stagnation. Il a été possible, en disposant d'eaux limoneuses pendant quatre mois, de combler chaque année 3 hectares de garrigue, grâce à cette installation dont le plan est donné figure 3 18.
AA désigne le canal d'arrosage; BB le canal d'écoulement ; bec ble fossé de colature ayant servi à établir la digue d'enceinte; b> b\ b'\ b'",~bx\ les levées transversales
qui découpent le terrain en compartiments a a\ a" a"\ aif a\ de plus en plus petits, au fur et à mesure qu'ils se rapprochent du canal d'écoulement. Le couronne-
Fig. 3 18. — Plan d'une garrigue en colmatage (Vaucluse).
ment de la levée V V est de om,5o au-dessus du terrain; celui de b" V est à om, 10 en contre-bas, et ainsi de suite, de telle sorte que le terrain conserve une inclinaison générale de a vers a'l\ La dernière levée b b est placée à 4 ou 5 mètres du canal d'écoulement; dans la partie où
la pente favorise l'écoulement des eaux pluviales, les charriages annuels amènent la terre nécessaire.
Les compartiments a a' a étant les premiers, reçoivent les dépôts les plus grossiers, tandis que ceux de queue reçoivent les dépôts les plus ténus; mais à la fin de l'opération, ces derniers sont comblés à leur tour par des dépôts lourds ; la charrue, dès que le limonage est achevé, mélange tous ces dépôts, après que l'on à comblé les fossés et nivelé le terrain.
D'après l'ingénieur Conte, qui a décrit l'opération exécutée sur la propriété Thomas, la dépense pour 3 hectares de garrigue colmatée, sur les 43 hectares déjà traités, a été la suivante (1):
fr.
Taxe payée au canal Crillon 1 5o
Privation de récolte pendant deux ans 3oo
Curage des fossés 1 00
Construction des fossés ; i.5oom.c. à ofr.3o. 450
Entretien des levées 1 5o
Mise en culture 1 5o
Total pour 3 hectares francs 1 . 3oo
La dépense a été ainsi de 433 francs par hectare de terrain, sur lequel a été déposée une couche de limon d'une épaisseur variant entre om,5o et om,7o. Des grèves caillouteuses valant 1,200 francs l'hectare peuvent, en conséquence, être converties en terres à blé valant 7,000 francs, moyennant une dépense de 450 francs en nombre rond par hectare; la terre ainsi colmatée est susceptible de donner 7 ou 8 récoltes consécutives de céréales, sans fumure.
Sur les terrains en pente, des bassins calculés aux dimensions voulures pour absorber rapidement les
(1) Annales des ponts et chaussées, i85 1,
LES IRRIGATIONS. 52i
eaux limoneuses de la surface, peuvent s'échelonner, de façon à être comblés par des dépôts fertilisants que l'on enlève régulièrement, et à laisser des eaux claires disponibles pour l'arrosage. Ce système appliqué en grand, fait remarquer Nadault de Buffon (i), permettrait de prévenir, ou tout au moins d'atténuer sensiblement les effets des débordements de certains cours d'eau*
C'est à Testaferrata, intendant de l'ancienne famille Ridolfi, que Ton doit l'invention et les perfectionnements de la méthode des limonages en montagne (colmate di monte), que le marquis Corne Ridolfi a minutieusement exposée (2). Elle consiste dans la construction, au pied des petits vallons des Apennins, déjà affouillés par les eaux, de digues en terre peu élevées qui arrêtent les limons charriés par les eaux. Au fur et à mesure que la couche limoneuse augmente, on élève la digue, ou bien on en établit une nouvelle en arrière, de manière à transformer par clés soins assidus, les ravins et les fondrières en terrasses sur lesquelles la culture peut s'installer.
Dans la province de Volterra, ce que Ton appelle guadagne vise à peu près le même but que les colmatages. Les guadagne représentent, en effet, des puisards creusés à travers les fossés d'écoulement, où se déposent les limons entraînés par les eaux sur les pentes rapides. Une fois ces puisards remplis, on les vide pour répandre les limons comme engrais sur les champs (3j.
Les grandes opérations de terrement, décrites par Thaêr, en vue de créer un nouveau sol dans les contrées sablonneuses et dans les bruyères des duchés de Luneburg et de Brème; les magnifiques travaux d'assainissement du val di Chiana, entre Arezzo et Orvieto, remon-
(1) Cours d'hydraulique agricole, t. IV, 1 588.
(2) Giornale agrario Toscano, 1828 et 1829.
(3) M. Mazzini, Inchiesta agraria; la Toscana agricola, vol. 111, part. I.
tant au seizième siècle: la bonification des maremmes de Toscane, à Piombino, Scarlino, Grosseto, Orbitello; les comblées du Lamone, près de Ravenne; de l'Idice et Quaderna, dans la province de Bologne, etc., rentrent dans le cadre des entreprises de colmatage dont l'exécution repose sur des règles spéciales, que nous n'avons pas à indiquer. Le nom des savants italiens les plus célèbres est attaché à ces immenses travaux, depuis Galilée, Castelli , Toricelli et Cassini, jusqu'à Ximenès, Ricasoli, Fossombroni, Manetti, etc., et l'illustre hydraulicien français, de Prony, qui en a rendu compte en France. L'Italie, par l'importance des sommes dépensées, par l'autorité des ingénieurs et le succès des opérations entreprises, est restée la terre classique des colmatages, comme des irrigations.
a. RIGOLES OUVERTES.
Les irrigations par infiltration s'exécutent, suivant la configuration du sol, au moyen d'eaux qui coulent ou qui dorment dans de petits canaux, sans qu'on les laisse déborder. Au contraire, elles sont toujours tenues à quelques centimètres au-dessous de la surface du sol, dans lequel elles pénètrent en s'infiltrant à travers les bords et le fond. L'infiltration repose ainsi sur le principe de la perméabilité du sol, et par cela même, la méthode est la moins parfaite de toutes, car en consommant à peu près autant d'eau, elle n'assure pas l'humectation uniforme du terrain.
Si l'eau est courante dans les tranchées ou rigoles, l'arrosage est moins défectueux que si elle est stagnante,
mais alors le terrain est en pente, et les autres systèmes sont préférables. Le véritable avantage que l'infiltration présente est de permettre d'irriguer des terrains trop élevés pour pouvoir recevoir l'eau d'une autre manière. C'est seulement sous ce rapport qu'elle s'utilise pour l'arrosage des prairies; en dehors des prairies, elle s'applique toutefois en grand à l'irrigation des champs de céréales, des plantes sarclées, des prairies artificielles, etc., où les déversements sont impraticables parce qu'ils délaieraient, ou entraîneraient les terres ameublies par la charrue et les engrais. Elle se prête encore à toute une série de cultures spéciales, telles que la vigne, l'olivier, l'oranger, les jardinages, etc., disposés sur des versants, ou sur des terrasses, que l'eau courante ne pourrait atteindre assez profondément. Enfin, et ce n'est pas là une des applications les moins utiles à propager, l'infiltration permet, sur les terrains arides ou en friche, sables ou graviers, d'installer des cultures productives; de capter les eaux pluviales, pour les répandre, soit sur les terres cultivées, soit dans les forêts, dans le but de repeuplement, ou d'amélioration du régime des eaux.
Dispositions générales. — La nature du sol est plus importante que la configuration du terrain pour la réussite de l'arrosage par infiltration ; on devra donc écarter les sols imperméables qui exigeraient un trop grand rapprochement des rigoles, avec perte d'une grande suiface, et les sols trop perméables qui réclameraient aussi des rigoles très rapprochées, en même temps q u'une trop grande consommation d'eau.
L'expérience seule peut guider l'irrigateur dans le choix de la distance à laquelle il convient de placer les rigoles pour que la terre se trouve humectée dans un temps donné. Cette donnée connue, la disposition la plus efficace des rigoles sur le terrain, consiste à leur
donner la pente suffisante pour assurer l'écoulement de l'eau. Dès lors, le canal d'amenée et les rigoles pourront être tracées de niveau , de manière à assurer une inclinaison uniforme et une hauteur d'eau de 8 à 10 centimètres inférieure à la surface du sol. La largeur se trouve déterminée d'après la pente et la quantité d'eau que doit recevoir chaque rigole, la profondeur étant variable.
Dans les exemples que nous donnons des irrigations par infiltration les mieux entendues, il sera facile de reconnaître que les dispositions de rigoles sont très diverses, sans que le mérite des unes par rapport aux autres puisse être discuté contradictoirement, à cause de la nature variée des sols. Tandis que dans tel terrain en pente, les rigoles à peu près de niveau prennent l'eau dans un canal d'amenée, à l'une de leurs extrémités, et la rendent à un colateur à l'autre extrémité; dans tel autre terrain, les rigoles parcourent le sol en lacet, avec une pente très légère et servent à la fois de canal d'amenée et de colateur. Ailleurs, les rigoles , sur un sol à faible inclinaison, sont dirigées suivant la pente, au lieu d'être sensiblement de niveau.
Dans l'irrigation à eau stagnante, la rigole de colature étant supprimée, les rigoles sont tracées à niveau parfait sur un terrain incliné; tandis que sur un terrain presque plat, elles sont disposées parallèlement en ligne droite, ou bien, suivant des lignes sinueuses, non parallèles. « Le caprice, dit Pareto, est presque le seul guide qu'on suit dans le tracé de ces rigoles, qui, dans les terrains assez perméables de la vallée du Rhône, sont placées jusqu'à une distance moyenne de 5 mètres; l'infiltration paraissant marcher bien (i).»
Cette irrigation, d'un travail facile, est souvent trop
(i)Loc. cit., t. Ier, p. 168.
coûteuse par le grand nombre de rigoles qu'il faut creuser pour obtenir un résultat satisfaisant. Quant au mode de donner l'eau , il est des plus simples. La vanne de la rigole d'amenée étant ouverte, on laisse couler dans les rigoles jusqu'à ce que le terrain soit imbibé, et l'excédent regagne le fossé des colatures; ou bien, si les rigoles sont à eau stagnante, celle-ci ne rejoint pas le collecteur, mais s'infiltre tout entière dans le sol.
Nous examinerons successivement quelques applications du système aux cultures sur labour, aux prairies, aux terrains en friche, aux céréales, et aux cultures arbustives et potagères.
Cultures sur labour. — Quand les champs en céréales, ou en racines, sont en pente très douce et presque de niveau, il suffit d'ouvrir sur le sommet des billons ou des planches, des rigoles longitudinales dont l'extrémité est fermée en aval; les eaux en s'infiltrant, descendent de chaque côté dans les sillons où Ton assure l'écoulement en creusant un peu plus profondément vers l'aval. Si les champs au contraire offrent des pentes prononcées, on établit les rigoles en travers, en les traçant de niveau sur toute leur étendue; il en résulte que les rigoles forment des courbes telles que les indique la figure 319. Des rigoles alimentaires RR sont établies de deux en deux billons, TT représentant les rigoles d'infiltration. A chaque rencontre de ces rigoles , il y a un arrêt formé d'un gazon ou d'une planchette, afin que la première rigole horizontale une fois remplie, l'excédent d'eau passant par-dessus l'obstacle remplisse la seconde, et ainsi de suite, sans aucune manœuvre.
Ces rigoles ne s'exécutent qu'après les travaux de labour, d'ensemencement et de hersage; pour une pente très forte, on évite de pratiquer des sillons de séparation, et même convient-il, dans les terrains légers, de
gazonner le fond de ces sillons en forme de rigoles concaves; elles sont alors permanentes et Ton n'a plus chaque année à renouveler, après les façons du sol, que les rigoles transversales.
Fie 319. — Irrigation par infiltration des cultures sur labour.
Les arrosages destinés à amollir la terre avant le labour, ou l'arrachage des racines, se font exactement comme ceux pour les céréales. On met Peau deux ou trois jours auparavant, afin que l'humectation se fasse et que la terre se ressuie.
Arrosage à la raie. — L'arrosage à la raie, ap-
pliqué aux terres labourées, présente un cas particulier de celui par infiltration. Il ne s'en distingue que lorsque les dérayures étant parallèles à la rigole d'arrosage, l'eau se déverse en même temps qu'elle s'infiltre.
Soit (fig. 32o) le plan d'une pièce labourée, que desservent un canal d'amenée venant de A, des rigoles d'arrosage B C et D E et une rigole d'écoulement C E;
Fie 329. — Pian d'un champ installé pour l'arrosage a la raie.
on établit en mn et op deux bourrelets en terrede oro,io à onl,i5 de hauteur, et de om,2o à om,25 de largeur, qui partagent la pièce en trois parcelles : ces bourrelets traversant les sillons laissés ouverts par la charrue, les interceptent aux points de croisement. Dès lors, quand on donnera l'eau, par exemple, à la parcelle, du milieu m n o p> elle remplira les dérayures, puis débordera successivement de chacune d'elles sur le billon situé au-dessous, et ainsi l'eau pourra se répandre unifor-
mément sur la parcelle, d'autant mieux que les sillons sont horizontaux. Au cas où sur le terrain en pente légère, l'eau se porterait vers une extrémité de la raie, on devra par de petites mottes de terre, placées de distance en distance dans les raies de labourage, régulariser 1 epandage.
Pour l'arrosage à la raie, les sillons sont tracés à une distance qui varie de im,2o à 3 mètres; ils sont orientés de façon à recevoir une pente de om,o8 à om,25 par ioo mètres.
Dans certaines cultures industrielles; du maïs, des pommes de terre, des légumineuses, etc., le labour se donne parfois à plat, en grandes planches, et après l'ensemencement ou le repiquage, on subdivise les planches par des raies peu profondes dont la terre sert, suivant les cas, à recouvrir les semences, ou à rehausser les plants. Après le buttage, les billons étant formés sur om,6o à o^^o de largeur, l'eau qui circule dans les sillons ouverts ruisselle et s'infiltre à la fois jusqu'au milieu des billons. L'arrosage à la raie devient dès lors une méthode mixte; d'autant plus efficace que les raies seront plus proches les unes des autres, et moins profondes.
Le volume d'eau dont on dispose détermine l'emploi des sillons, soit pour arroser le sol superficiellement par voie de ruissellement, soit pour le pénétrer par infiltration souterraine.
Si les sillons sont tracés perpendiculairement à la rigole d'arrosage, il suffit de faire déborder l'eau de cette rigole pour qu'elle s'introduise dans les sillons, mais alors il importe que l'entrée de chaque sillon soit régulièrement amorcée sur la rigole. On préfère, dans ce cas, creuser une seconde rigole de distribution bc ^fig. 32 1\ parallèle à la rigole permanente, pour la
durée de la culture; cette rigole temporaire, large et plate, n'a que om, 10 de profondeur. Elle permet d'irriguer le champ par parties, suivant la disposition de la vanne mobile et du barrage en m, de la rigole de dis-
Fie. 321. — Variante dans l'installation de l'arrosage a la raie.
tribution. L'eau arrivant par les deux premières coupures, se répand sur l'espace B D m n.
La disposition des raies est susceptible d'un grand nombre d'autres variantes, qui permettent l'application à tous les terrains et aux pentes les plus fortes que puissent admettre les terres labourées.
Terres en friche. — Pour l'infiltration des terrains en friche, terres incultes ou graviers, Polont. n. 34
ceau 10 indi*lue une
disposition analogue à celle de
Fig. 332. - Plan d'une prairie (i) Loc. cit., p. i56.