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B. SUBMERSION ARTIFICIELLE

Il y a lieu de distinguer deux modes de submersion artificielle. Si l'on ne dispose pas en temps voulu du volume d'eau d'arrosage qui conviendrait pour l'irrigation par déversement, on a recours à la submersion fixe, c'est-à-dire que l'eau contenue par la digue qui ceint la prairie, après avoir séjourné pendant un certain temps, beaucoup plus long en hiver qu'en été, est complètement évacuée; c'est le cas des Stauwiesen de

ti) Loc. cit., p. 374.

F Allemagne. Ou bien, quand on dispose d'une plus grande quantité d'eau, l'eau d'arrosage après avoir atteint le niveau normal dans la prairie endiguée , s'écoule au fur et à mesure de l'arrivée de l'eau fraîche , le niveau restant constant : c'est le cas du Stauberieselung, ou de la submersion avec écoulement.

Dans le premier procédé, l'eau chargée de limons, appliquée à des terres sablonneuses ou légères, laisse se précipiter les matières en suspension et consolide le terrain; c'est surtout pour les limonages avec des eaux troubles que les avantages de la submersion ainsi pratiquée se réalisent, sur des terres à mettre en prairie. Dans le second procédé, on obtient que les plantes en hiver soient protégées contre la gelée; les limons se déposent en moindre quantité et l'air n'est pas aussi complètement intercepté, au profit des mauvaises plantes.

Dispositions générales. — La meilleure disposition consiste dans la division du terrain en compartiments à l'aide de digues. Chaque compartiment alimenté par le canal d'amenée retient les eaux et permet en les écoulant latéralement d'arrêter, quand cela est jugé nécessaire, la submersion qui égalise l'humidité dans le sol.

Dans les terrains plats, ou à sous-sol imperméable, on donne aux compartiments les plus grandes dimensions. Il en est ainsi quand la pente, à partir du point ou l'arrosage commence, est de om,ooi, la surface pouvant être proportionnelle au volume d'eau employé. On a calculé que des rigoles latérales débitant de 80 à 100 litres par seconde pour les terres labourées, et de i5o à 200 litres pour les autres terres, sont suffisantes.

Quand l'eau pénètre dans les compartiments par plusieurs ouvertures, les compartiments peuvent également offrir plus d'étendue, car l'inégalité dans l'absorption

dépend de la durée de la submersion, suivant le degré de perméabilité du sol. L eau peut encore être admise dans plusieurs compartiments à la fois par une seule ouverture; auquel cas, ils seront plus petits. En admettant un débit du canal d'amenée, de ioo litres par seconde, les compartiments devraient occuper respectivement dans les deux cas, une surface de 20 et de 40 ares.

La submersion sans compartiments donne lieu à de grosses pertes d'eau. Il est encore facile dans le jour, quand il s'agit de terres arables, de régler de temps à autre le courant d'eau , soit en creusant à la charrue des sillons avant l'ensemencement, soit en manœuvrant les vannes des rigoles d'amenée; mais la nuit, la surveillance est impossible (1).

La figure 3o3 montre la disposition d'une prairie à trois compartiments, étages suivant la pente qu'indique la coupe par ef du plan. L'eau introduite par la vanne A se bifurque à droite et à gauche, le long des fossés, jusqu'à la vanne de décharge B. Ces vannes sont assez larges pour permettre de couvrir le terrain d'eau en peu de temps et de l'évacuer rapidement. CC, CC, indiquent les petites digues installées transversalement entre les deux côtés de la digue d'enceinte : elles sont bordées à l'amont par des petits fossés DD, DD, en pente régulière, depuis leur milieu jusqu'aux fossés d'enceinte, et pourvues à chaque extrémité de petites vannes de décharge. La pente totale des terrains étant de im,20 à im,5o, de l'amont à l'aval, chacune des deux digues correspond à une hauteur de 3o à 40 centimètres en sus des 40 premiers centimètres qui sont la mesure de la nappe inférieure.

(1) O' Meara, loc. cit.

Une variante est indiquée dans la figure 304. Le cours d'eau a b est dérivé dans le canal alimentaire a d par l'écluse a, et arrêté par la vanne en d. De ce canal alimentaire part un canal de distribution f qui donne l'eau à deux compartiments de droite, et à deux compar-

Fic 3o3. — Prairie endiguée pour submersion; i, plan; 2, coupe sunef; 3 et 4, coupes de la digue en amont et en aval.

timents de gauche, h h; chaque compartiment est pourvu de colateurs qui se réunissent dans xin drain principal g, retournant au cours d'eau. Les flèches indiquent du reste la direction que suivent les eaux, et les vannes, les points par lesquels elles peuvent être admises ou évacuées dans chaque compartiment : Y:.

(i) Perels, loc. cit., p. 584.

Dans d'autres installations, le canal d'amenée traverse les compartiments successifs suivant la pente du terrain , en faisant en môme temps l'office de colateur; ou bien, on établit un ou deux canaux d'amenée qui longent les compartiments sur les deux côtés, et on ménage un colateur en aval.

6 'm m srs +u*

Fie. 304. — Prairie endiguée pour submersion.

Schwerz a donné d'une prairie submergée, partagée en planches par des fossés, la disposition représentée dans la figure 3o5.

Le ruisseau f coule le long de la pièce et donne l'eau par une écluse g qui alimente le canal de dérivation i i. L'enceinte de la prairie est formée des digues e e e. Une vanne c admet l'eau en m dans la rigole de

distribution, d'où elle se répand à droite et à gauche dans les fossés / / / séparant les planches k k k. Le canal d'écoulement n étant fermé par la vanne /*, l'eau monte et couvre successivement toute la surface des planches

Fie. 3o5. — Prairie submersible, partagée en planches.

qui ont une largeur de 5 à 6 mètres. En q se trouve un petit pont de service au-dessus de la bande de terrain o o, qui est submergée à part, de même que la bande p. Dans plusieurs parties de l'Allemagne, où le procédé recommandé par Schwerz est généralement employé, on fait des planches qui n'ont que 5 à 6 mètres de

largeur, séparées par 'une rigole. La longueur, mesurée dans le sens de la pente, est aussi parfois plus grande que 5o mètres; mais il est préférable de borner à 5o mètres la longueur d'un compartiment et d'étager plusieurs compartiments les uns au-dessus des autres, que Ton arrose successivement, quand la configuration du terrain s'y prête. On peut alors utiliser pour la submersion des compartiments inférieurs, les eaux provenant des compartiments supérieurs. Dans le cas contraire, le canal d'amenée distribue l'eau, comme il a été dit, d'une manière indépendante, aux divers compartiments.

Nivellement. — Quand le terrain en pente est divisé en zones, l'aplanissement se fait, soit à l'aide de labours réitérés, en rejetant la terre du côté inférieur pour faire disparaître autant que possible l'inclinaison ; soit à la brouette, ou au tombereau, en conservant la couche supérieure de terre pour la replacer sous le gazon; soit enfin, en recourant à l'eau même pour 4e transport des terres.

Dans ce dernier cas, la méthode employée dépend de la situation, à la partie supérieure, du terrain, du canal de dérivation et de la quantité d'eau disponible. Si le canal peut être installé à l'endroit où l'élévation commence et qu'il débite beaucoup d'eau, on lui fait une étroite et profonde coupure par laquelle l'eau s'échappe avec force, en entraînant la terre ameublie que l'on jette à la pelle dans le courant. Des clayonnages arrêtent la masse de terre ainsi délayée aux points où l'on en a besoin et empêchent qu elle ne soit transportée plus loin. La disposition du terrain le permettant, on parvient ainsi à peu de frais, dans l'Allemagne du Nord, à établir des prés d'alluvion artificielle, connus sous le nom de Schwemrmpiesen (1).

(i) Villeroy et Mûllcr, loc. cit., p. 171.

Le terrain à niveler, ou à combler, dansla figure 3o6, est bordé parle ruisseau d, que Ton commence par endiguer sur la rive attenant au terrain (t). Un canal est dérivé assez en amont du ruisseau pour qu'il offre le minimum de pente entre la prise et le point d'issue ; il est généralement tracé de façon à pouvoir servir plus tard

Fig. 3o6. — Nivellement par atterrissement d*une prairie submersible (Schwemmwicsc).

de rigole de distribution, quand le terrain nivelé doit être mU en pré. L'eau du canal e e débouche sur le sol par des rigoles aussi nombreuses que possible, suivant les directions des lignes pointillées^g-, et en volume tel que raffouillement s'effectue. Des ouvriers habiles dirigent à la bêche le courant des rigoles qui entraînent la

(1) Pcrc'.s, loc. cit.. p. 634.

terre meuble, soit en le modérant, soit en l'arrêtant, par des petits bourrelets, ou des f a se i nages, tant que la surface n'est pas nivelée. Les monticules h h h entre les rigoles sont réservés jusqu'à la fin pour pouvoir régaler la surface dans les parties basses. Quand une section est nivelée, le canal d'amenée est poussé plus avant; on endigue alors la section qui est prête et l'on passe à la section voisine.

Le profil (fig.3o6) montrant le travail du terrassement, indique en ligne ponctuée la pente primitive et le plan définitif du pré nivelé.

Le succès de l'opération (das Wiesen-Schwemmen est lié avant tout, on le comprend, à la nature du sol et au volume d'eau que l'on peut diriger sur le terrain. Sur des terres sablonneuses et meubles, ou faciles à déliter, la pente du canal étant faible, le déblai marche rapidement, plus rapidement et surtout plus économiquement qu'avec des terrassiers et des charrois, mais il est difficile de réunir ces conditions. Si les sols sont tant soit peu argileux, adhésifs, ou tourbeux, ils résistent à l'action de l'eau et ne se laissent point délayer, ni transporter. Aussi les applications de cette méthode ne sont-elles restreintes qu'à des localités choisies.

Digues. — Le premier point à considérer pour l'installation de la submersion en prairie, est l'épaisseur d'eau qu'on pourra donner. D'après Pareto, cette épaisseur ne devant pas excéder de 3o à 40 centimètres, on a ainsi la limite pour fixer la plus forte pente à donner au terrain. Avec une pente, en effet, de om,ooi par mètre, qui éloigne les digues de 3o à 40 mètres l'une de l'autre, le terrain est mouillé, sans que la couche d'eau dépasse le maximum fixé plus haut.

Pour une pente plus grande, on s'expose à donner à

la digue une hauteur considérable; en outre, l'eau près de la digue présente une grande profondeur, tandis qu'à l'extrémité opposée elle couvre, à peine le sol. Soit une pente de 4 mètres, sur une longueur de 100 mètres, il faudrait pour que l'extrémité de la prairie fût couverte de om,5o d'eau, que la digue eût une hauteur de 5m,5o, afin de ne pas être débordée. De pareilles digues, appliquées à des compartiments forcément peu étendus, seraient trop coûteuses pour ne pas leur préférer l'irrigation en plan incliné.

Les digues qui limitent les compartiments sont construites d'ordinaire, en donnant 1 ou i,5 de base pour 1 de hauteur à leurs talus. Polonceau conseille de leur attribuer 20 centimètres de largeur au sommet, et de faire leurs talus à 45 degrés; c'est-à-dire qu'on leur donne autant de largeur que de hauteur. Il ajoute qu'il convient, en établissant la digue sur le bord extrême du terrain où elle forme clôture, surtout si on la couronne d'une haie, de mettre le fossé en dedans pour deux motifs : le premier, c'est qu'il facilite l'égouttement ; le second, c'est que le talus étant raccordé en pente douce et arrondie avec le sol de la prairie , il se fauche aussi facilement. Pareto pense que le talus ainsi établi ne profite pas de l'irrigation , et adopte le profil (fig. 307) établi à l'instar de celui d'une demi-planche , avec 10 et 1 5 de base pour 1 de hauteur à son talus intérieur; ce qui fait perdre moitié moins de terrain.

D'après la hauteur maximum de om,40 fixée pour la couche d'eau, les digues ne peuvent avoir plus de om,5o à o,m55, et une largeur à la crête, de o"^; ce qui laisse comme plus grande largeur à la base 9m,i5, en admettant une pente intérieure de i5 pour 1, et une pente extérieure de 1 pour 1 . L'emploi du niveau

d'eau est regarde comme nécessaire pour bien tracer ces digues (i).

Quant à leur construction même, si on travaille sur une prairie préexistante, on a soin de lever le gazon et de le conserver pour gazonner d'abord la digue sur le talus extérieur qui est rapide et exige une couverture serrée; Les petites digues peuvent se commencer à la charrue, en adossant au besoin plusieurs fois. Pour prendre la terre à une moindre distance, au cas où cela est nécessaire, il a été conseillé de creuser un fossé de ceinture, qui longe extérieurement le pied des digues (2).

Fie 307. — Profil d'une digue de submersion (Pareto).

Mode de distribution. — Chaque rigole traversant un compartiment est munie de deux buses. Tune en haut, et l'autre en bas, qui assurent le jeu des vannes. Pour donner l'eau , il suffit alors de fermer la buse d'aval et d'ouvrir la buse d'amont; on laisse l'écoulement se faire jusqu'à ce que l'eau ait atteint une épaisseur de om,02 à o"\o4 à la digue supérieure, et par suite om,i4 à om,i7 à la digue inférieure. Il n'y a plus dès lors qu a maintenir ouverte la vanne d'amenée, de façon à remplacer l'eau qui s'évapore, ou qui s'infiltre. C'est la

<i) Pareto, loc. cit., t. Ier, p. 162.

(2) Schwerz, Traité d'agric. prat., et Polonceau, loc. cit., p. 08.

méthode qui exige le moins de temps et de surveillance pour l'irrigation.

D'après Schwerz, les avantages et les inconvénients de la submersion des prés, par rapport à l'arrosage de déversement, sont les suivants :

Par l'inondation on peut mieux et plus complètement mettre une prairie à l'abri d'une température défavorable. L'établissement et l'entretien des prés inondés sont en général moins coûteux. L'eau chargée d'un bon limon a plus de temps pour se déposer. Les animaux nuisibles aux irrigations ne résistent pas aux inondations ; il en est de même des plantes grossières des terrains arides et ingrats : genêts, bruyères, bugranes, etc.

Par contre, beaucoup de bonnes plantes périssent par une inondation prolongée; l'herbe est moins résistante aux intempéries; elle ne profite pas des alternatives de journées chaudes et de pluies fertilisantes. Le foin est de qualité très inférieure. On ne peut pas inonder jusqu'au moment de la floraison, comme on peut arroser. Enfin, pour inonder un pré rapidement et tout entier, il faut consommer plus d'eau que pour arroser.

De ces considérations Schwerz conclut que si on a le choix entre l'irrigation et l'inondation, il n'y a pas à hésiter dans la préférence à donner à l'irrigation ; « toutefois, avec des prés tourbeux, ou sur un sol très perméable à l'eau, la submersion peut être plus avantageuse. »

Coût d'installation. — Comme compte des dépenses à faire pour installer un hectare de prairie submersible dans la Campine, Keelhoff donne le détail suivant :

fr.

Tracé des travaux 4

Défoncement du sol à la bêche, àoB.6o de profondeur 1 5o

Terrassements pour des compartiments de 5o m. de

longueur sur 5o m. de côté, en moyenne 75

Creusement de la rigole et construction des petites

digues 1 5

Parachèvement des travaux 20

Plantations pour abris 7

Buses en bois 8

Total francs 279

Si Ton ajoute le prix des engrais, de Tachât de la graine, de l'ensemencement et du régalage du pré, la dépense totale, pour la création d'un hectare, s'élève à 735 francs.

Pareto estime que la dépense d'installation des digues, des rigoles, des vannes, et des terrassements, pour un hectare de prairie à submersion stagnante, varie entre 1 1 5 et 190 francs (1). Hess, qui s'est attachéà améliorer, dans le Lunebourg, la méthode par submersion, avec renouvellement d'eau [stauberieselung) , évalue la dépense pour de grandes irrigations de 5o hectares, la hauteur d'eau aux digues inférieures étant d'environ om,5o, et la largeur des digues, de 1 mètre à im,5o, à 75 francs seulement par hectare, pour les digues, les vannes et les bondes (2).

L'établissement d'une prairie submersible dans l'arrondissement d'Avignon, représente une dépense de 240 francs par hectare, pour le travail de la terre à , bras; et quand la charrue peut fonctionner, dans des I terres de bonne qualité, de 66 francs seulement. Le travail consiste à ameublir le sol, à le niveler, et à le di-

(1) Pareto loc. cit., p. 584.

(2) Hess; die Bewûsserungs Anlagen im sud lichen theile der Laudrostei Lûneburgy etc. ; Hannover, 1 883.

viser en compartiments à l'aide de bourrelets de om,2o environ de hauteur, perpendiculaires au fossé d'arrosage. L'espacement de ces bourrelets est très variable, suivant l'inclinaison du terrain. Dans les terrains plats, il a de 16 à 20 mètres; on le réduit à 5 mètres et même jusqu'à 2 mètres, lorsque la pente est de 3 à 4 centimètres par mètre. L'eau du fossé d'amenée est déversée dans chaque compartiment qui s'inonde, jusqu'à ce que chaque point de la surface ait été atteint par les eaux.

En tenant compte des autres frais, à savoir :

Semence, 162 kil 86

Engrais 600

Ensemencement 18

Menus frais 1 3

Soit francs 717

l'installation de la prairie a été payée, dans le cas du travail à bras, 957 francs par hectare, et dans le cas de la charrue, 783 francs (1). Les trois premières années, les récoltes sont bonnes, parce que l'on a soin de mêler à la graine des herbes qui produisent de suite; mais les herbes du fond finissent par les étouffer.

Applications de la submersion.

Terres arables. — La submersion, il y a lieu de le rappeler, est un procédé applicable non seulement aux prairies et aux rizières, mais encore aux terres arables.

La disposition que l'on rencontre le plus souvent en

* Lombardie, comme en Piémont, consiste en un champ

rectangulaire dont l'un des grands côtés est bordé en

(1) Conte, Annales des ponts et chaussées, 2* série, t. XX. i85i, p. 537.

5oo LES IRRIGATIONS.

bourrelet par la rigole d'amenée, et l'autre, par le colateur. Le champ est nivelé horizontalement avec une précision suffisante, quoiqu'il offre une légère pente de la rigole vers le colateur. Quand on veut arroser, on ferme la rigole en aval par une vanne, ou par un barrage de gazon ; l'eau remplit la rigole et se déverse par-dessus le bord dressé horizontalement, jusqu'à ce que la nappe atteigne le colateur; alors on arrête l'arrivée, de façon à ne perdre ni engrais ni eau.

Nous citerons comme applications spéciales de la méthode de submersion, celles d'une prairie dans le Berri, d'un vignoble dans les Bouches-du-Rhône et des rizières en Italie.

Submersion de prairies. — Dans la figure 3o8 représentant une prairie alimentée par des eaux de source, A B C est le canal d'amenée, qui sert également de colateur; a a a indiquent les petites digues qui partagent le pré en compartiments submersibles alternativement ou simultanément. Les rigoles d'égouttement b b b sont tracées par des lignes pleines. A chaque digue, le canal d'amenée est fermé par une vanne de fond formant déversoir.

Si Peau est assez abondante pour submerger tous les compartiments à la fois, elle passe par-dessus les vannes, et demeure en mouvement; si, au contraire, on manque d'eau, on irrigue les compartiments à la suite, en faisant passer l'eau du premier dans le second, par l'ouverturedes vannes de fond (i).

Submersion de vignobles. — Le Mas-de-Ramplan. commune de Saint-Audiol (Bouches-du-Rhône), dont le plan est donné (fig. 309), a été créé en vignoble, de manière à pouvoir être périodiquement submergé, d'après

(1) Pareto,/oc. cit., t. Iil, p. io33.

5oi

Fie 3o8. — Prairie irriguée par submersion dans le Berri.

le système proposé par M. Faucon contre le phylloxéra. Le terrain de nature argileuse, présentant de grandes

Draille

parties

Légende

Fb&«*« '1 irrigation Fossé* d'écoulement Bourrdeta en terre Vannes de prisa «feau Déversoirs en maçonnerie 1 ^H| Prairies | Vigne*

Fie. 309. — Irrigation par submersion du vignoble Mas-de-Ramplan (Bouches-du-Rhône).

inégalités, a été nivelé et défoncé à bras pour arracher les racines. Toutes les parcelles ont été divisées en planches, entourées de forts bourrelets que représente la

coupe (fig. 3io); ils sont capables de contenir les eaux pour la submersion parfaite.

Les eaux amenées par une roubine dérivée de la première branche septentrionale du canal des Alpines, arrivent dans toutes les parties des planches au moyen de plusieurs martelières et déversoirs (fig. 3 1 1 et 3 12), qui font passer les eaux d'une planche à l'autre, en maintenant le niveau nécessaire dans les planches supérieures. Les vignes ont été ensuite plantées en trous,

Fig. 3 10. — Digue de submersion au Mas-de-Ramplan (fig. 309).

dits trous de loup, à 1 mètre de distance suivant les

lignes, et avec espacement de 2 mètres entre les lignes.

Comme prix de revient à l'hectare, cette installation

représente, d'après les comptes de MM. Lagnel etGérin :

fr.

Déblaiement du terrain 3o

Griffonnage pour ameublissement 12

Nivellement, construction des bourrelets et des

chemins 3oo

Griffonnage et roulage 12

Labour, hersage et roulage 54

Défoncement à la charrue et au louchet à o"\45. . 170

Façons à la herse , au rouleau et au griffon 12

Déversoirs au nombre de cinq 25

Une martelière et une vanne en tôle ( posées) 25

Total francs 640

Les frais d'achat, de préparation et de plantation des boutures de vigne, s'élevant à 145 francs par hectare, doivent être augmentés des dépenses de direction des

Elévation

Plan

Fie. 3i

Martelière pour submersion au Mas-de-Ramplan (fig. 309).

travaux et des engrais, pour obtenir le montant exact du coût de premier établissement d'un vignoble submersible (1).

Au Mas-de-Fabre, exploité par M. Faucon, la dépense

(1) Barrai, les Irrigations dans les Bouches- du-Rhône, 1876, p. 127.

LES IRRIGATIONS. 5o5

supplémentaire par hectare de vigne, dans la première

Elévation

fr-0,lô-*

Plétn

FlG. 3 12. — DÉVERSOIR DU CANAL AU MaS-DE-RaMPLAN ( fig. 30Ç)).

année de la plantation, où Ton applique la submersion, n'aurait été que de 353 francs. Nous aurons occa-

5o6 LES IRRIGATIONS.

sion de revenir plus loin (livre X) sur le traitement par la submersion des vignes phylloxérées (i).

Submersion des rizières. — Le riz exige la submersion presque continuelle du sol, et sa culture qui fait partie de certains assolements, offre par cela même un exemple très usité de la méthode.

Le terrain sur lequel on établit une rizière doit être nivelé plus exactement encore que celui d'une prairie, ou d'un vignoble, parce qu'il n'est submergé que sous une couche uniforme d'eau, et cette couche est variable pendant la croissance de la plante.

Le terrain étant choisi en pente, on établit plusieurs compartiments, et chaque compartiment est entouré d'une digue. La rizière entière se trouve ainsi enceinte d'une digue continue dans laquelle il s'agit de maintenir l'eau en mouvement.

La forme des compartiments est celle d'un rectangle, ou tout au moins d'un trapèze, qui rend les opérations plus faciles. Leur grandeur subordonnée à la pente du terrain , est naturellement moindre, quand la pente est assez forte; ce qui permet de diminuer les frais de terrassement. Quand en terrain plat, le lieu est abrité, les compartiments peuvent avoir plusieurs hectares de superficie (2). Les usages locaux varient quant au nombre de divisions à adopter. Dans les rizières du Novarais, de la Lomelline, du Milanais, on trouve plus de compartiments que dans le Mantouan, le Véronais et le Ferrarais. Les divisions présentent l'avantage de maintenir l'eau en mouvement continu et de lui conserver le degré de fraîcheur que réclame une bonne végétation; quand le pays n'est pas boisé, ou exposé à l'action des vents, elles era-

(1) Voir tome I, liv. VI, p. 693.

(2) Dans le Novarais, un compartiment moyen offre de 2 à 3 hectares de superficie. A Valgioja, une rizière de 7 hectares ne comprend aucune digue.

pèchent que la surface de l'eau ne soit trop agitée, ou ne forme des vagues qui déracinent les plantes.

Les digues, selon que les rizières sont permanentes ou temporaires, sont de deux sortes. Les unes persistent pendant toute la durée de la rizière; les autres ont une durée annuelle, puisqu'elles sont détruites par les labours. Leurs dimensions varient d'après la nature et la configuration topographique du terrain.

Sur un fond uni et peu déclive, la hauteur est de om,5o à on,,6o; l'eau dans les rizières ne devant jamais dépasser om,5o, sur les fonds à rampe prononcée, les digues ont jusqu'à om,65 pour la partie en aval, et deom,i5 à om,20 pour la partie en amont. La largeur en tête atteint jusqu a om,6o, quand les digues doivent servir de chaussée pour la visite et les opérations de la rizière. On les sème le plus souvent en herbe qui utilise le sol.

Les digues de retenue laissent communiquer les compartiments entre eux par des vannes de fond , et dans le cas où l'eau est en mouvement, par des déversoirs. Dans la partie basse, un canal est ménagé pour recevoir les colatures et écouler l'eau lorsque Ton met la rizière à sec, ou que Ton baisse le niveau de la nappe.

La figure 3i3 montre le plan d'une rizière à six compartiments (1). L'eau est fournie par le canal d'amenée A A' A" qui, au moyen des vannes V V V, alimente les compartiments R R' R". Ceux-ci communiquent entre eux par des vannes de fond ; une fois baissées, elles forment déversoir et permettent à l'eau de rester en mouvement. Une partie de chaque vanne étant mobile, le seuil du déversoir s'élève ou s'abaisse, suivant l'épaisseur de la couche d'eau que l'on veut maintenir sur le fond de la rizière. BB est un ruisseau servant de cola teur pour les eaux

(1) Pareto, loc. ctt., t. III, p. 1039.

déchargées par les vannes DD. Le profil d'une des digues est représenté en b.

Les flèches indiquent le sens dans lequel l'eau circule entre les compartiments.

Dans la figure 314, une rizière en sol accidenté, dépendant des domaines de Sambuy (Piémont , est représentée

Fie 314. — Plan et coupe d'une rizière a cinq compartiments,

EN SOL ACCIDENTÉ (PlÉMONT).

en plan et en coupe (1). La surface est divisée en cinq compartiments à fond horizontal, par des digues (arginelli) qui ont de om,5o à om,6o de largeur à la base. La communication pourTeaucourante est établie à l'aide des petites ouvertures itagli) dans les digues; la profondeur de la nappe dans tous les compartiments est de om, 1 1 .

L'eau d'écoulement est recueillie par le canal (cavetto AAA, Teau d'alimentation étant fournie par une rigole

(1) Heuzé, l'Agriculture de l'Italie septentrionale, 1864, p. 246.

3io LES IRRIGATIONS.

maîtresse (cavo maestro) qui débouche à travers le chemin limite delà rizière, au nord. D après la coupe, indiquant la disposition par étage des compartiments, le plus grand au centre est de om, 10 et om, i3 plus bas que les compartiments externes.

Fio 3i5

Plan et coupe sur YZ d'une rizière avec Caldana ( Verceillais).

Une autre rizière du Verceillais est montrée en plan et en coupe suivant YZ, dans la figure 3 1 5. Elle se distingue de la précédente en ce que les compartiments de forme rectangulaire, étages suivant la pente du terrain, sont précédés d'un compartiment spécial {caldana), A, dans lequel l'eau trop froide venant des canaux s'échauffe avant de pénétrer dans les carrés (pianè) B B fi, où végète le

LES IRRIGATIONS. 5n

riz. Le parcours de l'eau froide dans la caldana, entre les digues qui servent de chicanes, est le plus souvent d'une cinquantaine de mètres (i).

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