I. ~ LES EAUX ET LES TERRAINS GÉOLOGIQUES
Par leur nature physique les terrains influent considérablement sur les résultats de Tirrigation; ceux qui sont les plus perméables, ou qui s'échauffent le plus facilement, tels que les terrains sablonneux et calcaires, en tirent le meilleur profit. Les sols argileux et compacts en profitent moins, non seulement parce que Teau y séjourne trop longtemps, en raison de leur imperméabilité, et y cause un excès d'humidité, mais encore parce qu'ils admettent plus difficilement l'action de la chaleur et du soleil. Aussi, dans la pratique, l'eau d'arrosage est-elle tenue moins longtemps sur les terres argileuses que sur les autres ( i ).
Quand la terre végétale a une épaisseur et une consistance suffisantes, elle jouit, même dans les contrées les plus chaudes , de la faculté d'absorber et de retenir l'eau nécessaire au développement des récoltes, quelle que soit la nature du sol; mais quand il s'agit d'une terre légère,
'i\ Saglio, Inch testa agraria; circond. di Pavia, 1886.
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sablonneuse, caillouteuse, qui absorbe plus d'eau à 1 état mécanique, et sur laquelle 1 evaporation est très active, l'irrigation produit ses meilleurs effets.
Ainsi, tandis que les terres argilo-calcaires peuvent rester trois mois sous des climats secs, avec quelques eaux pluviales intermittentes, sans souffrir de la sécheresse, les sables d'alluvion deviennent stériles , faute d'humidité et d'engrais, quand on ne les arrose pas. Les terrains d'origine diluvienne du Comtat et du Roussillon, en France, de la Lombardie et de la plaine de TEbre, sont dans ce cas. Dans ceux de la vaHée du Pô, on trouve encore le sable, sous une couche arable de o™,20 d'épaisseur.
D'ailleurs, en fait d'irrigation, la couche arable a moins d'importance que le sous-sol : c'est pourquoi avec un sous-sol perméable, les terres argileuses peuvent supporter sans dommage des arrosages abondants et fréquents.
« Le peu d'épaisseur de la couche de terre végétale que l'on voit dans les plaines de la Lombardie, écrit de Saussure, me semble prouver que l'on ne peut pas regarder la quantité de cette terre comme la mesure du temps qui s'est écoulé depuis que le pays a commencé à produire des végétaux... La destructibilité de la terre végétale est un fait au-dessus de toute exception, et les agricoles qui ont voulu suppléer aux engrais (avec l'arrosage) par des labours trop fréquemment répétés, en ont fait la triste expérience (i). »
Spooner va plus loin encore que de Saussure en attribuant un grand avantage à la constitution hydrographique d'une contrée sur sa constitution géologique. « Celle-ci donne une idée du sol, au point de vue seulement des dépôts alluviens ou sédimentaires; elle ne permet pas de
(i) H. -3. de Saussure, Voyage Jjns les Alpes, 1706. t. I. p. 20*).
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distinguer les bonnes terres des mauvaises, car il arrive souvent que les sols les plus stériles et les sols les plus fertiles appartiennent à la même formation ; tandis que la présence de l'eau courante est un indice infaillible de la proximité des meilleures terres qu'un sol géologique peut fournir; en outre, elle révèle les courbes de niveau, les contours et le relief de la surface (i). )»
Delesse également, dans sa description de la carte agricole de la France (2), reconnaît à Tétat d'humidité des terres une grande influence sur leur fertilité. « L'humidité dans les vallées et dans le fond des bassins est entretenue non seulement par les rivières et par les eaux superficielles, mais encore par les nappes souterraines. Elle est en partie la cause du grand revenu que donnent les terrains arrosés par les fleuves : la Seine, la Loire, la Garonne et le Rhône; car les nappes deau superficielles ou souterraines tiennent en dissolution les diverses substances qui sont utiles au développement des plantes agricoles.
« Du reste, Thumidité souterraine d'une terre végétale dépend aussi de sa composition minéralogique, particulièrement de sa richesse en argile et en humus; mais c'est surtout le sous-sol qui contribue à la régler.
« Quand le sous-sol est perméable, il laisse lentement filtrer les eaux qui sont alors soumises à un drainage naturel. C'est ce qui a lieu, par exemple, pour les roches calcaires, lors même qu'elles sont recouvertes par un puissant dépôt de limon ou par des terres rouges argilo- \ sableuses; les calcaires lacustres de la Beauceet du Mul-
tien, la craie, l'oolite.
« Quand le sous-sol est imperméable, au contraire, il peut retenir les eaux, lors même que le sol les laisse très
il) On Ihe ag'ricuHural capabilities ofsoils. Journ, roy, agric. Soc. 1871. (2; Delesse, Bulle t. Soc. de géographie, 1874.
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tacilement filtrer, et s'il n'est pas en pente, il entretient trop d'humidité. C'est Teffet que produit l'argile sous le sable de la Sologne, et Talios sous le sable quartzeux des Landes. »
Nous sommes ainsi conduit à examiner tout d'abord les terrains des diverses formations, au point de vue du régime des eaux qui s'y rencontrent, de leurs qualités culturales, spécialement pour les herbes des prairies, et de leur aptitude pour l'arrosage. En décrivant les terrains géologiques pour faire ressortir leurs différences quant aux sources, aux cours d'eau et aux cultures, nous aurons entre temps à envisager l'effet particulier des eaux sur les sols provenant de ces terrains, dont le pouvoir d'absorption et de rétention varie, comme il a été expliqué, avec une énergie très différente suivant leur nature physique et celle des sous-sols.
a. — Terrains granitiques.
Les roches les plus anciennes, granits, gneiss, fX)rphyres, etc., se rapportant à diverses périodes de l'âge de fusion, sont extrêmement abondantes à la surface du globe. Tantôt elles forment des chaînes de montagnes élevées, tantôt des collines arrondies, superficiellement désagrégées, recouvrant des districts très étendus. Elles sont représentées en France par le plateau central comprenant le Limousin et une partie de l'Auvergne, ainsi que dans la Basse-Normandie, la Basse- Bretagne, la Vendée, la Corse, etc., par des territoires importants. On en rencontre des lambeaux dans les Pyrénées, dans le Dauphiné où elles se lient avec les roches des Alpes et de la Savoie, dans le Morvan, dans les Vosges, d'où elles se prolongent de l'autre côté du Rhin, dans la Forét-Noire.
Dans les pays granitiques, les eaux de pluie s'infiltrant
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à travers la couche de sable qui recouvre le roc, plus ou moins fissuré et altéré, se logent dans les interstices et les dépressions, et forment sous terre des ruisseaux qui tantôt s'écoulent invisibles, tantôt surgissent en sources. Aussi dans la plupart des terrains cristallisés les sources sontelles très nombreuses, mais souvent d'un faible débit.
Élie de Beaumont signale dans son « Explication de la carte géologique de la France, » Timmense quantité de vallées et de petits ruisseaux qui sillonnent, dans toutes les directions, les montagnes granitiques du Limousin et de TAuvergne et qui se reproduisent dans la Vendée, la Bretagne et les Vosges. « Cette disposition est si prononcée, ajoute-t-il, qu'on peut tracer approximativement les limites des terrains cristallisés par la seule considération des cours d'eau. »
A égalité de terrain, les sources sont d'autant plus abondantes que le climat est plus humide. Ainsi dans les montagnes de l'Ecosse, on trouve des tourbières jusque sur des pentes de 45* et dans les plateaux. En Bretagne, la plupart des vallons sont tourbeux; dans le Limousin et dans le Morvan , ils sont couverts de prés humides, d'un fourrage inférieur, que le drainage pourrait facilement améliorer; les sources drainées pouvant servir à l'irrigation (i).
En général, les sols granitiques sont maigres et peu fertiles; perméables, quand le quartz domine, mais imperméables quand le feldspath s'est décomposé en argiles tenaces et humides. Ils se caractérisent, sur le territoire français dont ils occupent le cinquième environ, par leur faible teneur en chaux et en acide phosphorique, et par le nombre considérable de filets d'eau ou de sources qui en sourdent, dans tous les plis de terrain.
(0 Rislcr, Géologie agricole, 188 1, 1. 1.
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En tant que granits composés de quartz, de mica et de feldspath, il y a lieu de distinguer ceux oti le feldspath est à base secondaire de potasse (orthose), de soude (albite) ou de chaux (oligoclase). L'action de Teau sur les granits, par Toxygène et l'acide carbonique qu'elle tient en dissolution , s'exerce presque uniquement sur les feldspaths, dont la potasse, la soude, la chaux, la magnésie, etc., sont dissoutes et entraînées par les eaux. Une partie de la silice combinée à ces bases disparaît en même temps; et comme résidu de la décomposition, il reste l'argile, mêlée de fragments très divisés de mica, de quartz et de feldspath.
L'action des eaux chargées d'acide carbonique sur les granits à feldspath orthose et à feldspath oligoclase est indiquée par les analyses suivantes (i) :