GRANITS A FELDSPATH
Orthoflo. 01iro«Uw.
Potasse à l'état de carbonate avec
un peu de silicate 20 à 28% 5 à 896
Soude à l'état de carbonate avec
un peu de silicate 2à6 8 à 10
Chaux à l'état de carbonate i à 2 4 à 5
Magnésie — » 10 à i5
Protoxyde de fer — .... traces traces
lien résulte que si le feldspath oligoclase forme l'argile, comme elle contient de la chaux, les terres qui en dérivent sont plus fertiles que celles dénuées de calcaire sablonneuses laissées par les eaux des granits à feldspath orthose. Ces dernières étant de beaucoup les plus abondantes, la pauvreté en chaux reste comme le caractère général des terrains granitiques; mais, d'autre part, au point de vue des arrosages, les eaux de ces terrains, appliquées aux sols
(n Scnft, Steinschutt iind Erdboden.
LES IRRIGATIONS. \b-j
^e formation plus récente, ont des effets remarquables, surtout pour les herbages.
Les sources des granits du Dauphiné et des Vosges alimentent de nombreuses rigoles d'irrigation. Dans les vallées des Alpes, le val Godemard et le Briançonnais, les petits canaux, très multipliés, permettent seuls à la population de vivre des produits agricoles. Il en est de même dans les Vosges où chaque exploitation possède une source pour irriguer les prés : il n'y a pas de canal d'irrigation proprement dit, mais tout le pays est couvert d'irrigations, parce que chacun trouve chez soi ou chez son voisin, Teau dont il a besoin pour arroser les gazons (i). Le Limousin, sur les terrains gneissiques qui constituent la couche arable, ne procède pas autrement.
Partout, en effet, où Ton peut arroser dans ces conditions avec les eaux granitiques, le sol fournit d'abondantes récoltes de foin. Le drainage et le captage des sources font disparaître l'excès d'humidité des prairies en coteaux et procurent de Teau aux surfaces situées à des niveaux inférieurs. Là seulement où les terres manquent de consistance, faut-il craindre que les irrigations trop abondantes ne ravinent les versants, comme en Corse, et n'entraînent au fond des vallées les matières fertilisantes. Par des coteaux en terrasse, avec murs de soutènement en pierres sèches, cet inconvénient est évité.
En dehors des irrigations, c'est principalement par les composts de chaux et de terreau et par les fumiers que s'améliorent les prairies des terres granitiques. L'élément calcaire y développe surtout les légumineuses, telles que le trèfle blanc, et rend plus nutritives toutes les plantes spontanées.
Les terres granitiques de Bretagne, plus ou moins im-
(I) Enquête sur Us engrais inJustriels, i865, t. I,p. 3i8.
perméables et privées de calcaire quand on les laisse sans culture, ne produisent que de la lande, c'est-a-dire des ajoncs, des bruyères, des fougères et des genêts. Les labours, les fumures répétées, les amendements de sable coquillier et l'emploi des eaux d'arrosage, ont seul raison de ces sols pour y créer et maintenir des prairies de rapport.
Dans le Bocage vendéen, abondamment fourni de sources, les prés des vallons sont arrosés; presque toutes les métairies ont une certaine surface en prairies naturelles, bien entretenues, souvent irriguées, dont les produits joints aux quatre années de pâturage, permettent d'élever et d'engraisser un nombreux bétail, de la race Parthenaise.
Les montagnes du Beaujolais, du Lyonnais et du Forez formées par les roches primitives, granits, porphyres, etc., offrent des prairies de création facile partout où Ion dispose de l'irrigation, soit par des dérivations de ruisseaux, soit par des drainages recueillant les eaux souterraines. Les feldspaths potassiques des terrains du Beaujolais donnent aux eaux d'arrosage des qualités qui font d'excellentes prairies. Au centre du massif du Lyonnais, les sources nombreuses sont utilisées dans les bas-fonds dont les terres fines, porphyriques, sont moins riches en potasse et aussi pauvres en chaux que celles du granit. Il en est ainsi dans le Forez, au pied des éminences granitiques, recouvertes de prairies qu'arrosent sans cesse les sources des montagnes.
La plus grande partie du territoire du nord de l'Ecosse, connue sous le nom de Highlands, consiste en roches cristallines des terrains anciens, généralement dures et résistantes, mais quand elles sont délitées et friables, elles forment des terres faciles à cultiver et fertiles pour les avoines et les turneps.
LES IRRIGATIONS. i5()
Il y a surtout manquede phosphate de chauxdans toutes ces roches ; les quelques calcaires des montagnes sont trop limités ou disséminés, pour avoir une influence sur les terres arables. Les sols, comme les eaux, tiennent une quantité de chaux bien moindre que dans les comtés du centre et du midi. Aussi est-ce la bruyère qui règne ; et là seulement où le calcaire agit, voit-on apparaître l'herbe et la verdure. L'avoine, qui exige le moins de chaux parmi les céréales, y prospère sur les sols minces et légers; et grâce à la potasse, à la magnésie et à la silice, les turneps, aidés par les poudres d os, les os et les superphosphates, viennent admirablement. Les prairies sont, par contre, pauvres en légumineuses, peu substantielles, entravées dans leur développement par la nature pierreuse et raboteuse de la surface.
C'est au soulèvement des roches porphyriques, dans l'immense désert du Soudan, que sont dues les célèbres sources de Gakdoul. Elles consistent en trois bassins, à différents niveaux, encaissés au fond des ravins. Le bassin inférieur, de forme ovale irrégulière, a 36 mètres de longueur sur i8 mètres de largeur; il est dominé par des rochersà pic ; le second bassin, situé à 4 mètres au-dessus, a 60 mètres de longueur sur 1 5 mètres de largeur ; le troisième bassin, le plus petit, à un niveau supérieur de i",5o, offre 25 mètres de longueur sur 5 mètres de largeur. Ces deux bassins ne sont accessibles, à la façon de véritables puits, que de la crête d'où Ton remplit les outres ou girbas pour le voyage dans le désert. Ils communiquent ensemble par un étroit chenal qui donne passage au torrent qu'absorbe le bassin inférieur, où s'abreuvent les bétes. Un barrage n'eût pas mieux recueilli les eaux qu'elles ne l'ont été par la nature. Ces eaux sont d'excellente qualité, et d'ailleurs les terres profondes, bien cultivées, formées par les détritus granitiques des monts Gak-
lôo LES IRRIGATIONS.
doul, indiquent combien, dans cette zone torride, Teau devient indispensable pour produire la moindre végétation (i).
b. — Terrains volcaniques.
En se décomposant, les roches d'origine volcanique produisent des sols incomparablement plus fertiles que les roches granitiques qui, en maints endroits, confinent aux gneiss, aux porphyres, aux syénites et aux schistes micacés. Plus riches en potasse, mais surtout en chaux et en acide phosphorique, les terres volcaniques fournissent des prairies riches en graminées de meilleure qualité et te»nant une bonne proportion de légumineuses.
L'Auvergne, avec sa chaîne classique des volcans des Puys, le Velay et le Vivarais présentent les dépôts basaltiques les plus variés. Sur les bords du Rhin, l'ensemble de ces dépôts s'étend depuis les Ardennes jusqu'au delà de Cassel, et se prolonge à Test dans la Saxe, la Bohême, etc. Quanta la formation trachytique, d'une grande étendue, elle occupe outre le Puy-de-Dôme, le Cantal, le Mézencet leMégal, au centre de la France, le Siebengebirg sur la droite du Rhin, de vastes terrains en Hongrie, en Transylvanie, au Caucase, dans la Grèce ; on la retrouve aux îles Lipari et dans la Campanie, comme dans les monts Euganéens.
Sur les pentes des monts du Cantal et du Puy-de- Dôme quelques forêts alternent encore avec de grands pâturages. Dans les gorges profondes, de nombreux cours d'eau débouchant, les uns vers l'Allier, les autres vers le Lot ou la Dordogne, arrosent les prairies des vallées les plus larges et donnent des foins de bonne qualité. Comme
(i) The Soudan Railway Expédition ; Enginecrinfr. iSy3.
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dans le Limousin, les prairies basses de TAuvergne sont |
économiquement aménagées pour l'arrosage et bien en- j
tre tenues.
C'est un constraste remarquable que celui offert par j
les prairies fertiks venues sur les terres basaltiques, et la stérilité des landes de bruyères, assises sur les affleure- I
ments du micaschiste. La belle race de Salers a atteint sa i
supériorité sur les prés du plateau basaltique qui constitue le manteau du Cantal. De même, le haut pays de l'Aubrac, qui représente le groupe le plus méridional des volcans d'Auvergne, alimente dans ses vastes pâtu- i
rages la belle race bovine qui porte son nom.
Au fur et à mesure que l'irrigation et les amendements !
calcaires améliorent le rendement des prés, les animaux à trois fins, des races de Salers, d'Aubrac, de Mézenc, se répandent sur les plateaux de la Creuse, de TAveyron, de la Lozère, etc., d'où les vaches fournissent le lait aux j
fourmes auvergnates; les jeunes boeufs, le labour pour les champs du Poitou et de la Saintonge; et les bœufs adultes, la viande, après engraissement dans les herbages maraîchers ou nantais.
Les engrais liquides ont une grande puissance dans le Cantal et les pays limitrophes, pour la production de l'herbe, mais la restitution au sol s'opère surtout par les eaux qui arrosent les herbages de la montagne et les prairies basses.
La fertilité des terres d'origine volcanique semble due principalement à l'abondance des matières minérales ; les cendres du Vésuve et de l'Etna, avec leur éclatante végétation, témoignent de la fertilité des éruptions volcaniques modernes.
En Ecosse, une chaîne presque continue de roches ignées s'étend depuis Glasgow, dans une direction nord-est, jusqu'à Montrose ; ces roches sont également très développées
dans les comtés de Fife et des Lothians et dans le terrain houillcr, comme aussi sur la côte occidentale, dans les îles de Skye, de MuU, de Staffa et des Hébrides. Elles appartiennent à la même période que les lits basaltiques de la Chaussée des Géants et du nord de l'Iriande.
Dans Tîle de Skye, les collines volcaniques sont tapissées d'herbages excellents pour les moutons; elles sont malheureusement trop rocheuses et abruptes pour se prêter au labour. Le climat extrêmement pluvieux de r Ecosse est pour beaucoup dans la belle venue des prairies volcaniques; c'est une irrigation perpétuelle. Dans les prairies granitiques, Teau est également abondante; seulement la composition chimique des sols diffère notablement.
c, — Terrains de transition.
Les terrains de transition qui constituent les dépôts sédimentaires les plus anciens que Ton connaisse, cambrien, silurien etdévonien, sont assez répandus à la surface de l'Europe. Très abondants en France et dans les Iles-Britanniques, ils se retrouvent au midi de la Belgique, au Harz, en Saxe et dans diverses parties de TAllemagne, en Suède et en Norvège. Les grauwackes schisteuses, les schistes talqueux ou argileux et les grès blancs qui les forment donnent en se décomposant des sols, les uns très durs, qui restent à Tétat de landes stériles, les autres tenaces, quand la grauwacke domine; d'autres enfin assez friables, provenant du grès.
Comme les terrains cristallins, les schistes de transition sont pauvres en chaux et en acide phosphorique, et c'est seulement en enrichissant de calcaire les sols qui en sont formés que l'on peut y développer les bonnes prairies. Le plus souvent argileuses et imperméables, de couleur
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bleue ou rouge, les terres laissées à l'état naturel procurent de maigres herbages, donnant un foin mal composé et peu nutritif. Le phosphate fossile et la charrée les amendent très bien ; mais l'irrigation permettrait de les améliorer beaucoup comme qualité et comme rendement. Des trois départements du plateau central qui représentant des types complets de terrains primitifs, à base de granit et de gneiss, la Corrèze, la Haute- Vienne et la Creuse, les deux derniers seulement, jusqu'ici, ont fait une large place à l'irrigation.
Le tuf formant le sous-sol recueille les eaux pluviales et d'égouttement qui pénètrent les arènes légères des plateaux; il les laisse apparaître sous forme de filets nombreux à la partie supérieure des pentes, quand il ne les réunit pas dans les fissures du quartz effrité, pour les livrer en sources abondantes aux points d'affleurement inférieur. Lorsque les eaux sont sans issue et imbibent les terres, il y a lieu de les capter par des tranchées, avec drains en pierre, et de les recueillir dans des réservoirs. C'est ce qui se pratique dans la Haute-Vienne, à l'aide des pêcheries ou bassins, calculés de manière à retenir le volume d*eau affluent, deux ou trois fois par 24 heures, pendant les mois de mars et d'avril.
Comme dans les Vosges, les eaux aérées dans les réservoirs sont pauvres en matières minérales et azotées, et il faut en employer de grandes quantités pour obtenir des fourrages abondants, à moins de les enrichir à l'aide de purins, de phosphates, etc.; ou de les fumer avec de la chaux, des cendres, du fumier, etc.
Dans le Limousin, les micaschistes se présentent en grandes masses formant des strates dont l'inclinaison est plus ou moins forte, ou bien en masses compactes à texture plus grenue. Les terres arables qui en résultent ont peu d'épaisseur; c'est leur plus grand défaut. Les
ib4 LES IRRIGATIONS.
prairies n y réussissent bien que si on peut les arroser. Là où la roche s'est altérée sous la couche arable, on y trouve ce que Ton appelle le tu/^ terre forte et ferrugineuse, renfermant toujours des cailloux de quartz.
Les roches amphiboliques en affleurement fournissent des terres légères, graveleuses, de faible épaisseur, où les prairies réussissent quand elles ne manquent pas d*eau. Ces terrains sont d'ailleurs facilement entraînés par les pluies sur les pentes trop fortes. Comme les micaschistes, elles forment aussi des tufs résultant de l'altération et de la désagrégation des amphiboles à albite ou à orthose. Ces tufs sont moins compacts que ceux du micaschiste et très sensibles à l'amendement calcaire.
Les granulites comprenant les variétés de gneiss, de pegmatites, de porphyres, de syénites, de talschistes, etc., revenant au type granit, portent des terres légères, sur lesquelles les prairies sont acides, quand elles ne sont pas dans les fonds. La diorite, parmi ces roches, est la seule qui constitue des terrains argileux, profonds, un peu calcaires, convenant aux céréales et formant les parties les plus fertiles de la contrée (i ).
En Bretagne, où les terrains schisteux forment les deux bassins du Finistère et d'IUe-et- Vilaine, s'étendant jusqu'à la Mayenne et l'Anjou, le premier bassin du Finistère offre des prairies naturelles peu durables : productives les premières années, après un fort chaulage et de grosses fumures, elles s'affaiblissent sous l'action des herbes mauvaises pour le foin (les agrostis), et tendent rapidement à reprendre la végétation sauvage, propre aux pays des landes.
Dans le second bassin, les terres sont plus perméables; es amendements à la chaux par les composts et les tombes
(0 Mallard, Carte géol, agron. du dép,de la Haute-Vienne, 1869.
LES IRRIGATIONS. i65
ont sensiblement développé les herbages naturels. C'est dans le Bocage angevin que se fait, sur les pâturages et les prairies, Tengraissement précoce d'un bétail de choix, issu du croisement de l'ancienne race Mancelle avec la race Durham. Le Bocage cotentin également, dont les sols schisteux ont été amendés par la tangue et la chaux, ce qui les a rendus moins argileux qu'en Bretagne, offre une contrée herbagère des plus riches. Les eaux saines abondent pour les arrosages, à l'aide desquels le foin pourrait être beaucoup amélioré, en vue de 1 élève de chevaux, comme ceux du Perche, ou de vaches cotentines, procurantun beurred'aussi iinequalité queceluid'Isigny.
Les schistes de transition se retrouvent au nord des Ardennes; ils y occupent des plateaux couverts de landes, de mauvaises pâtures, ou à& fagnes marécageuses, et s'étendent de là vers la Belgique d'où ils descendent vers la Meuse, la Moselle et le Rhin. Ailleurs, en France, ils n'apparaissent que comme des lambeaux , dans la partie méridionale des Cévennes, dans les Pyrénées et le Var.
En Grande-Bretagne, les terrains schisteux recouvrent une grande partie du Devonshire, de la Cornouailles, du Pays de Galles à l'ouest, de l'Irlande au midi et de l'Ecosse au sud des Highlands. Les schistes cambriens donnent des terres froides, dénuées de chaux , portant des landes et des marais. Cest seulement par leur mélange avec les couches sablonneuses ou calcaires qu'ils forment un sol fertile. Dans le Devonshire, où l'étage moyen du dévonien qui lui a emprunté son nom, s'est développé, les marnes argileuses, colorées, alternent avec des bancs de calcaires magnésiens très durs; les terres fertiles qui résultent de leur mélange sont particulièrement propres au pâturage, intercalé pour une durée de trois à quatre ans dans l'assolement. Le fond des vallées est couvert de prés et les nombreuses sources qui débouchent
ibb LES IRRIGATIONS.
des coteaux sont souvent utilisées pour Tarrosage. Les irrigations qui doublent le produit des prairies ne doivent leur succès, sous le climat adouci par le voisinage de l'Océan et par le rideau des montagnes au nordouest, qu*à la qualité et surtout à la température des eaux employées. Grâce à ses herbages, le Devonshire fait, de l'autre côté de la Manche, le pendant du Vexin normand, quant au bétail, aux vaches laitières et au beurre de qualité.
En Ecosse, les couches du vieux grès rouge, réduites en un sol meuble, argileux, d'une culture facile, appropriée à la plupart des récoltes, pxDrtent les belles exploitations des comtés de l'Easter Ross, du Moray Firth, du How of the Mearns, et des meilleures parties de Forfar et de Perth. C'est seulement sur les points où le conglomérat grossier émerge, ou bien les schistes apparaissent, comme à Caithness, que les espaces stériles se retrouvent. Partout où les roches volcaniques se sont fait jour dans le vieux grès rouge des comtés du centre, elles ont introduit la chaux et l'acide phosphorique pour fertiliser les couches arables.
Dans le pays de Siegen, le schiste argileux du dévonien, Lenne schiefer, a constitué des sols pauvres en chaux, mais riches en acide phosphorique et en fXDtasse, que les amendements calcaires et le drainage fertilisent à un haut degré. Les prairies arrosées de Siegen ont une ancienne et légitime réputation.
d, — Terrain hoidller et dyas.
Le terrain houiller des bassins les plus considérables forme une bande qui , après avoir fait le tour de l'Angleterre depuis le suddu Pays de Galles jusqu'au Lancashire, en longeant la base de T Ecosse, revient en France sous
LES IRRIGATIONS. if,;
les terrains secondaires et tertiaires dans le Pas-de-Calais et le Nord; en Belgique, depuis Mons jusqu'à Liège; et au delà du Rhin, dans le bassin de la Ruhr en Westphalie. Ailleurs, il affleure comme formation anthraciteuse dans les Alpes et comme schistes dans l'Oural ; ou enfin, comme bassins houillers de faible importance, autour du plateau central de la France, sur quelques points de TEspagne, de la Bohême, de la Silésie, du banat de Hongrie, etc.
La superficie du terrain houiller qui est d'un vingtième en Angleterre et d'un vingt-quatrième en Belgique, par rapport à la superficie totale, atteint un deuxcentième seulement en France.
Sauf les schistes et les grès tendres qui se désagrègent facilement et procurent une terre forte et profonde, favorable aux prairies et pâturages, les grauwackes et les grès durs de la formation carbonifère ne donnent qu'un sol rocailleux, de faible épaisseur et aride. Seulement dans les vallées recouvertes de riches dépôts d'alluvion, et dans les parties basses des coteaux, dont les sources entretiennent la fraîcheur ou permettent l'arrosage, trouve-t-on des prairies en bonne condition. A cause même de la variété des couches du terrain houiller, les terres qui en dérivent ont tous les degrés de fertilité. Les calcaires, en tout cas, fournissent les meilleurs sols. C'est sur le calcaire carbonifère, dans le comté de Derby, qu'abondent les pâturages oti sont nourries les bêtes de choix; et c'est dans le comté de Durham, s'étendant jusqu'au comté de York occidental, qu'a été formée la race si renommée des courtes-cornes. Grâce à l'humidité climatérique, les pacages se maintiennent indéfiniment sur un sol pierreux, de peu d'épaisseur, mais très fertile pour les herbes.
Suivant Thomas Bâtes, il n'y pas de meilleur pays
108 LKS IRRIG.VTIONS.
pour rélève des courtes-cornes que la vallée de la Wharf qui prend sa source dans le calcaire carbonifère et coule sur presque tout son parcours dans le terrain houiller, où les pâturages sont excellents (i).
Le grand plateau calcaire de l'Irlande est pourvu de vastes et beaux pâturages, et les calcaires de l'Ecosse comprennent aussi les meilleures exploitations des Lothiansetde Fife.
Les schistes, les grès, les argiles réfractaires, modifient en sens défavorable les terres du calcaire houiller par leur ténacité, leur humidité et leurs imprégnations métalliques ou sulfureuses; ils donnent des mélanges d'une fertilité médiocre. Quand les argiles froides et humides sont mêlées avec des terres sablonneuses, grès micacés ou feldspathiques, elles acquièrent de la qualité. Les Lothians assis sur la formation carbonifère que recouvrent les dépôts diluviens, ou que pénètrent les dykes basaltiques leur apportant la chaux, la potasse et les phosphates, n'ont rien à envier aux plus riches contrées.
Au-dessus du terrain carbonifère, le grès rouge du dyas occupe peu d'étendue sur la carte de l'Europe,
En France, il est représenté, dans les Vosges seulement, le long de la chaîne de montagnes, depuis fielfort jusqu'à Raon-rÉtape,oùilalterneavecdeslitsd'argilesablonneuse et des amas dedolomie. Les terres sont moins pauvres par cela même en chaux et en acide phosphorique, et plus compactes que celles fournies par le grès dit des Vosges. Aux environs de Saint-Dié, et dans la plupart des vallées, le grès rouge estcouvertde prairies très bien arrosées. Celles des Grands-Moulins qu'irriguent les eaux de la Meurthe, à Saint-Dié, ont un rendement de plus de 6,000 kil. de foin et de regain à l'hectare.
(I) Prof. Jamieson, Country gentleman magayine, 1S74.
Les grès rouges nouveaux, surmontés des schistes marneux, également rouges, et des calcaires magnésiens, constituent le terrain permien en Angleterre , de Nottingham jusqu'au nord de York. Les herbages sont assez bons, mais trop secs: les fissures profondes du calcaire magnésien entraînent loin de la surface leau qui manque généralement aux exploitations établies sur cette formation.
En Allemagne, le dyas apparaît par bandes étroites autour du Taunus, du Harz, de l'Erzgebîrg, du Riesengebirg, du Bœhmerwald ; il comprend les grès rouges [Rothliegende] , le kupferschiefer et le calcaire {^echstein) de la Thuringe. La Russie enfin offre un immense affleurement du terrain dyasique qui s'étend sur les gouvernements de Vologda, Jaroslaw, Kostroma, Nijni- Novgorod, etc., pour reparaître au nord du Caucase, en Crimée et au nord de la mer d'Azof.
e, — Le Trias.
Le terrain triasique, qui se développe dans la chaîne des Alpes, dans les Vosges, en Allemagne, en Angleterre, et sur quelques bordures ou pointements de l'Irlande, de TEspagne, etc., comprend les grès bigarrés, les calcaires conchyliens et les marnes irisées, correspondant au Buntersandstein, au Muschelkalk et au Keuper des Allemands.
C'est la Lorraine, en France, qui est le type du trias; à l'est, le grès des Vosges et le grès bigarré; au centre, dans la plaine, le calcaire coquillier confinant aux marnes irisées et à celles du lias.
Les vallées étroites et profondes du pays vosgien sont flanquées de pentes très abruptes ; le sol y est composé de sable désagrégé dans lequel les ruisseaux serpentent
sans bruit. Dans les vallées élargies seulement, les sols deviennent un peu argileux, absolument pauvres en chaux, en potasse et en acide phosphorique. Les eaux qui sortent du grès vosgien sont également pauvres, leur teneur en principes fixes n'atteignant pas loo milligrammes par litre; toutefois, en remplaçant la qualité par la quantité, ces eaux ont permis de doubler le rendement des prairies. Les graminées dominent dans les prés arrosés, car la chaux manque aux légumineuses.
Les plateaux du muschelkalk formés par la terre argileuse, souvent mélangée avec les ébouliscalcaires ou lesalluvions de grès bigarré ou vosgien, sont secs, perméables et favorables surtout aux prairies artificielles; en première ligne, au sainfoin. Dans les vallons où il est possible d'arroser hiver et été, les prairies permanentes réussissent. Quant aux marnes irisées qui gagnent de la Lorraine les départements du Jura et delà Haute-Saône, les terres qu'elles forment se signalent, surtout quand l'argile domine, par leur culture difficile. Les alluvions vosgiennes modifient heureusement la couche arable par le mélange de graviers ou de sable, mais le sous-sol n'en reste pas moins imperméable, et les prés souvent marécageux réclament plutôt le drainage que l'irrigation.
C'est dans ces terres froides et tenaces des marnes irisées, d'une maigreur si remarquable, que Mathieu de Dombasle cultivait la célèbre ferme de Roville. Pour les quatre à cinq années du pâturage destiné aux moutons, les sécheresses étaient si nuisibles qu'il parlait de les supprimer; un ruisseau descendant des coteaux qui longent U Moselle eût pu servir à arroser régulièrement douze hectares de prairies dans la vallée, mais il n'y avait de l'eau qu'à l'époque des grandes pluies (i).
,0 E. Rislcr, GC'oUgi: agri:M:. 1SS4, t. I.
Ailleurs, comme à Saint-Remy (Haute-Saône), les marnes irisées s'égrènent et restent friables, favorables à la pénétration des eaux et à la nitrifîcation. Les prairies, dans de pareilles terres, ne peuvent que tirer profit des arrosages.
Au nord de l'Alsace et de la Lorraine , le trias se poursuit jusque dans la Bavière rhénane. Les grès de la Forêt-Noire sont des grès vosgiens, avec les mêmes vallées couvertes de prairies, et les marnes irisées du Wurtemberg sont, comme celles de la Lorraine, associées au calcaire conchylien. A travers la Franconie, le terrain triasique gagne les montagnes du Harz, ressort de l'autre côté de la Bohême, dans la Haute-Silésie, jusqu'en Pologne. Il est non moins développé dans les Alpes autrichiennes, au nord du Tyrol.
En Angleterre, le trias couvre en partie les comtés de Chester, de Stafford,de Warwick, de Buckhingham, de Leicester et de Nottingham. La Severn, la Dee, la Weaver, l'Avon, et notamment la Trent, coulent en pleins terrains triasîques, ouïes côtoient. Le comté de Chester, qui appartient presque tout entier à cette formation, est le district par excellence des laiteries et des fromageries. Sur les terres froides et compactes, bien drainées et dressées en billons à forte courbure, l'assolement est semipastoral; le pâturage, après avoir été fauché pendant la première ou les deux premières années, est conservé encore dix à douze ans.
Aussi bien, dans chacun des pays, les terres maigres et peu rétentives du grès bigarré se caractérisent toujours par rapport aux terres imperméables des marnes irisées, dans les vallées évasées oti coulent les eaux (i).
(i) T. de Sainte-Claire. Ann. des ponts et chaussées, iSScj.
f, — Terrains jurassiques.
Le terrain jurassique domine dans les chaînes du Jura, des Alpes et des Apennins et couvre une étendue considérable en France, en Angleterre, en Allemagne, en Russie, etc. Il comprend deux systèmes, celui du lias, formé de grès, d'arkoses, de calcaires compacts, à gryphées et à bélemnites, et le système oolitique, présentant une série de couches calcaires entremêlées de bancs de sable, d argile et de marnes, dans lesquelles se classent la grande oolite, Targile d'Oxford et le groupe coralien {coralrag), puis portlandien [kimmeridge clay)\
En France, les dépôts jurassiques embrassent la surface la plus grande après les terrains cristallins; environ lo millions d'hectares : ils se dessinent autour du plateau central et du bassin parisien , constituant en grande partie les plaines, les vallées et coteaux de la Bourgogne, du Berri et de la Franche-Comté. Une large bande s'étend des bords de TOcéan, vers la Rochelle, par Poitiers , Châteauroux, Bourges, Auxerre, Chaumont, Nancy, jusqu'à Luxembourg et Mézières, où s'arrêtent les schistes anciens de TArdenne et de l'Eiffel; à l'ouest, une bande plus étroite se dirige à partir d'Angers par Alençon , Argentan et Caen , jusqu'aux rochers du Calvados. Enfin divers lambeaux courent par Angoulême, Périgueux, Montauban, Rodez, Montpellier, Alais, Privas, rejoindre ceux qui descendent de Beaune à Lyon.
De la hauteur de Vienne en Dauphiné jusqu'au Rhin, les montagnes du Jura offrent les calcaires de cette formation, avec certains caractères particuliers, dans les Alpes de Savoie, du Piémont et du Dauphiné, jusqu'en Provence. Dans les Pyrénées, les calcaires se retrouvent
à nu; en Espagne, de Bilbaoà Pampelune, et en France^ dans les vallées de l'Ariège et d'Ossau.
Uas. — Le lias qui forme l'assise inférieure est tout entier imperméable. On y trouve bien de nombreux petits cours d'eau torrentiels, c'est-à-dire qui s'enflent subitement, mais qui tarissent et conviennent peu au régime des arrosages. Les terres argileuses et compactes sont riches en chaux, en acide phosphorique et en potasse; elles conviennent parfaitement aux herbages. Le Brionnais et le Charolais dont le sol fertile, argilo-calcaire et perméable, a formé la race si estimée de bétes à cornes, répandue jusque sur les bords de la Saône, est particulièrement favorable , grâce à l'abondance et à la richesse des eaux des autres formations, à la végétation des trèfles et des graminées. Les herbages qui s élèvent jusque sur le sommet des coteaux, le cèdent seulement sous le rapport de la quantité à ceux de la Normandie.
De Saône-et- Loire, la race charolaise a gagné les marnes liasiques dans le Nivernais, et lorsque les prés d'embouche du Bazois n^ont plus sufii , elle s'est installée sur les calcaires jurassiques et les couches tertiaires du Cher etde l'Allier. Ce n'en est pas moins sur le lias qu'est née, moyennant un système d'exploitation des plus simples et des plus lucratifs, l'industrie de l'engraissement des bétes bovines.
En Angleterre, les riches pâturages et les magnifiques arbres des vallées de la Severn et de TAvon caractérisent le lias et les marnes rouges; de même, dans la vallée d'York, la fertile région des environs de Thirsk oQ les couches du lias sont superficielles, offre le contraste le plus frappant avec les plaines dénudées de Northallerton et de la Tees, où les assises du lias sont recouvertes de graviers de transport.
Dans le Wurtemberg, la célèbre école d'agriculture de Hohenheim, fondée par Schwerz en 1817, est établie sur le lias. La ferme annexée à Técole exploite en prairies des plus fertiles, 60 hectares, surle penchant de deuxvallons.
Riches en potasse assimilable et en chaux, les terres liasiques ne sont pleinement pourvues d'acide phospho* rique qu'au contact des calcaires à gryphée, se développant jusqu'au pied de TAlb. Les terres sont presque entièrement occupées par des prés oQ se récolte le foin destiné à Fhivernage des moutons que Ton nourrit leté sur les pacages des hauts plateaux de l'Alb Wurtembergeoise.
Oolite. — Loolite se montre par ses étages inférieurs en Normandie ; elle comprend les argiles marneuses donnant naissance à des sources nombreuses, les marnes oxfordiennes avec les riches pâturages qui couvrent les vallées larges et profondes, depuis l'embouchure de la Dive, par la vallée d'Auge et du M erlerault jusqu'à Beaumont. Les excellents fourrages du Merlerault, si favorables à l'élevage du cheval fin, s'obtiennent en partie sur l'oolite miliaire, et en partie sur les calcaires qui font suite à la plaine de Caen.
Au contact de la craie et de l'argile à silex, les couches oolitiques inférieures donnent des herbages plus sains et plus nourrissants que ceux des alluvions bordées par la mer. La végétation est plus active au printemps, et la fraîcheur s'y conserve mieux en été.
Il en est de même du pays de Bray, îlot jurassique entouré par la craie et les argiles tertiaires; les herbages, avec leurs sources abondantes, sont aussi riches que ceux de la Basse-Normandie.
D'une manière générale, les roches de l'oolite inférieure sont fissurées et perméables; on y rencontre beaucoup de cavernes. La plupart des cours d'eau prenant leur
LES IRRIGATIONS. i-jb
source dans les terrains primitifs, traversent le lias imperméable, dans de larges vallées, à forme évasée, que produit Térosion des eaux, et viennent se perdre dans Toolite inférieure. Belgrand fait observer à cet égard que rétablissement d'un canal dans les terrains oolitiques est presque toujours un fléau ; les filtrations nombreuses qui s'établissent à travers les remblais, ne tardant pas à convertir en marais toutes les parties basses du terrain. Les canaux de Bourgogne et du Nivernais peuvent être cités comme exemples (i).
L'oolite moyenne et Toolite supérieure sont représentées avec un grand caractère d'uniformité dans le Jura et les départements voisins, oii les prairies des vallées reçoivent les bienfaits de l'irrigation. La base des collines est généralement marquée par une couche puissante d'argile qui alimente de nombreuses sources, quelquefois très abondantes; mais quand la couche imperméable fait défaut, les eaux d'infiltration, les sources et même les ruisseaux disparaissent, et les vallons restent à sec en été.
Aucun sol ne donne des graminées et des légumineuses plus substantielles que le calcaire du Jura, sur le versant français, comme sur le versant suisse. « L'herbe et le foin, dit M. Boitel, y sont incomparablement supérieurs à ceux récoltés sur les argiles de la même période géologique, ou sur les terres silicéo-argileuses de la période quaternaire. »
Dans le Bugey qui forme la partie jurassique de TAin, les foins des prairies renferment trois dixièmes de légumineuses, pour cinq dixièmes de graminées plus vigoureuses et plus substantielles que celles des terres non calcaires. « On ne peut pas s'expliquer autrement la su-
it) Ann. des ponts et ch., 1846.
i-jG LES IRRIGATIONS.
périorité des animaux nourris au foin et à l'herbe des montagnes, sur ceux de la plaine siliceuse (i). »
Le Jura n'offre malheureusement des eaux abondantes qu*au fond des grandes vallées, à la surface des marnes du lias et dans les couches oxfordiennes. Les autres lits de marne fournissent moins d*eau. Aussi la plupart des pâturages des montagnes jurassiques sont tellement peu humides qu'il faut y construire, pour abreuver le bétail, des réservoirs trop souvent à sec en été.
Sous le rapport des irrigations, il est regrettable que les couches jurassiques soient moins favorisées que les granits et les grès des Vosges. Dans les deux contrées, les vallées que parcourent les eaux et les terres profondes représentent une faible surface par rapport aux massifs montagneux, et ne sauraient suffire aux progrès de la population et du bétail. C'est grâce seulement aux pâturages d'été, échelonnés au plus haut des montagnes, que la part de vallée arrosée a pu s'étendre. Les associations fruitières, en donnant à l'élevage le meilleur stimulant, ont fait le reste; le mouton a été peu à peu délaissé pour le gros bétail et l'aisance est venue à l'agriculteur.
Malgré cela, l'arrosage, s'il était possible de l'étendre à toutes les alluvions jurassiques, produirait d'autres merveilles que celles des hauts pâturages d'été. La banlieue de Marseille où le sol est formé des calcaires supérieurs jurassiques, provenant du massif inculte de la Carpiane, montre ce qu'un demi-siècle d'irrigation a pu réaliser comme transformation d'un pays ingrat en un magnifique jardin.
La masse montagneuse qui couvre les trois quarts du département des Bouches-du-Rhône, reliée soit avec le
(!) A. Boitcl, Herbages et prairies naturelles, 1887.
système des Alpes, soit avec le soulèvement de l'Esterel, est en effet entièrement formée de calcaire jusqu'à ses sommets les plus élevés, avec revêtement schistoïde sur la plupart des versants. Le calcaire grossier passe au calcaire siliceux et au psammite ; tantôt il est compact, sans coquilles, comme dans la chaîne de l'Étoile, tantôt à grain très fin, comme dans celle de Sainte-Victoire; tantôt marneux comme dans la chaîne de la Trévaresse, accompagné de grès coquillier marin ou de poudingues formant le safre (limon coquillier durci) qui s'étend sur tous les bassins de la Durance, au-dessus du canal de Craponne. C'est sur les terres provenant de ces roches que se font des irrigations séculaires, au profit des cultures les plus productives*.
L'oolite supérieure constitue en Istrie le Karz dénudé dont le massif énorme borne la côte de l'Adriatique en Dalmatie; couvre sur une surface de plus de 800 kilomètres carrés la Croatie, l'Herzégovine, la Bosnie, etc., et pénètre par la chaîne des Balkans Jusqu'en Grèce. C'est encore l'oolite qui joue le rôle dominant dans la formation des Karpathes.
g. — Terrains crétacés.
Les grouf)es des terrains crétacés, superposés aux jurassiques, ont une étendue immense. De l'Irlande et de 1 Angleterre^ ils se prolongent en traversant la Manche, d'un côté, par la Normandie, la Touraine, la Sologne, la Saintonge et le Périgord jusque dans les Pyrénées et au nord de l'Espagne. De l'autre côté, ils s'étendent de la Picardie jusqu'en Belgique, puis dans la Champagne, l Auxerrois, le Blaîsois, entourant ainsi de toutes parts le bassin de Paris. Ils se retrouvent dans plusieurs parties de TAUemagne, dans les pays Scandinaves, dans la Po-
i-jH LKS IRRIGATIONS.
logne, la Gallicie, la Russie et la Hongrie du nord, où le terrain néocomien compose la plus grande partie des Karpathes. On les revoit en Crimée, dans la Grèce et TAsie Mineure, dans l'Albanie, la Dalmatie, Tltalie y compris la Sicile, puis dans toute la Provence et dans les Alpes qu'ils environnent de tous côtés. C'est le plus vaste des dépôts sédimentaires que nous connaissions, et l'épaisseur des différentes couches atteste de longues périodes de tranquillité pendant lesquelles les mers d'alors se sont successivement comblées (i).
En France, c'est généralement le groupe inférieur du système crétacé, comprenant les terrains néocomien, wealdien, le grès vert et la craie tufau, qui apparaît dans la plupart des localités.
Néocomien. — Le calcaire néocomien, formant la base du terrain crétacé, est composé de couches puissantes traversées par des fissures et des cavernes indépendantes de la stratification, qui recueillent le plus souvent les eaux pluviales pour les rendre sous forme de sources abondantes. Dans toute la bande néocomienne qui s'étend des Alpines jusque dans le Jura Bernois, par les montagnes de Vaud et de Neufchâtel, à travers Touest de la Savoie, ces cavernes sont très multipliées. Elles ont fréquemment donné passage, à Tépoque éocène, à des eaux qui ont abandonné à la surface des dépôts de fer hydraté, d'argile réfractaire et de sables. Le département de Va u cluse offre des exemples de ces extravasements, laissant des vides souterrains, tels que celui de la fontaine célèbre au pied de laquelle s'échappe la Sorgue, qui met en mouvement plus de 200 usines et irrigue plus de 2,000 hectares, avant de se mêler au cours du Rhône, aux environs de Sorgues et d'Avignon. C'est
M) Beudant, Géologie; cours dliist. naturelle, 1S47.
par les tindouls ou avens, formant des crevasses parfois insondables, que les eaux de pluie tombant sur le vaste triangle néocomien, dirigé de Test à Touest , avec Sisteron pour sommet et le mont Ventoux à Tlsle, comme base, s'écoulent et s'accumulent sur un fond d'assises marneuses imperméables, jusqu'à ce que les crues de la Nesque ou du Coulon, gonflent les sources intérieures et les fassent déborder (i).
LeKarst de l'Istrie et de la Karniole montre également, dans les terrains crétacés inférieurs, ces fentes qui absorbent immédiatement les eaux pluviales et les rassemblent dans des cavernes servant de réservoirs dont la plupart communiquent entre eux. C'est pourquoi dans le Karst, dont le calcaire néocomien forme les montagnes et les vallées , les eaux atmosphériques ne forment nulle part de cours d'eau qui présentent un écoulement régulier, et que dans les couches crétacées inférieures on retrouve l'argile ocreuse ou terra rossa rappelant la terre sidéroli tique de Vaucluse.
En dehors des grottes merveilleuses d'Adelsberg, traversées sur 6 kilomètres de longueur par la rivière Pa'ïkay qui échange son nom, en revenant au jour, contre celui de Unze, on cite la rivière la Rekka qui s'infiltre dans le massif calcaire de Saint-Ganzian et ne reparaît qu'après un parcours souterrain de 38 kilomètres, pour se jeter dans la mer, à Duimo. A Ternetisch, un gouffre vertical de 180 mètres; à Bossovitz, un autre de i58 mètres de profondeur, absorbent toutes les eaux de la contrée environnante. Autant qu'il a été possible de visiter ces excavations, on peut conclure qu'il en existe d'autres plus spacieuses encore, à des niveaux différents où s'accumulent les eaux provenant de sols d'une aridité exceptionnelle.
fi) Bouvier, la Fontaine de Vaudmc; Association franc. pourVavanc. des sciences, i^79-
i8o LES IRRIGATIONS.
Le calcaire forme la partie dominante du groupe crétacé inférieur autour de Paris, tandis qu autour de Bruxelles, ce sont les sables, et aux environs de Londres, ce sont les argiles qui caractérisent les dépôts supérieurs comprenant la craie proprement dite et la craie marneuse.
Le calcaire siliceux, les meulières et le gypse, dont le bassin de Paris offre des couches exemplaires, manquent dans le bassin de Londres et en Belgique; Targile plastique parisienne y est remplacée par des sables et des cailloux roulés qui réapparaissent dans le midi de la France.
Le terrain de molasse recouvrant les gypses parisiens, avec ses grès et ses meulières coquillières, surgit de même entre Aix et Apt, en Provence; ailleurs, il Hgure, comme en Suisse et sur les bords du Rhône, à Tétat de grès argilo-calcaire, ou à Tétat de f aluns, comme en Touraine et dans l'Orléanais. Le bassin de la Garonne, les dépôts lacustres du Puy-en-Velay, d'Aurillac, de Clermont et du Bourbonnais, appartiennent ù l'époque de la molasse qui suit la craie de la Suisse en Bavière, en Autriche-Hongrie, en Italie, et dans les parties méridionales de TEspagne.
La craie. — Dans les pays chauds et secs, les terres crayeuses proprement dites sont arides; la végétation disparaît en été, pour ne reprendre qu'en automne et au printemps. Dans les pays, au contraire, à pluies fréquentes, comme sur les côtes de Sussex en Angleterre, elles présentent des gazons fins, délicats, fournissant une alimentation supérieure au bétail. La race des moutons Southdov^'n s'est développée sur les herbages de la craie.
Quand, à la suite de fumures abondantes, réitérées, et de labours, on est parvenu à créer sur ces terres, comme en Champagne, des sols perméables, c'est à la luzerne et
LES IRRIGATIONS. i8i
au sainfoin qu on donne la préférence; ou bien c'est à la prairie Goetz que Ton demande le fourrage.
De nombreuses sources coulent de la craie sur le gault inférieur, ou bien elles émergent aux niveaux inférieurs des collines dont l'élévation, dans les comtés à Touest de l'Angleterre, atteint de 25oà 3oo mètres; les puits foncés dans la craie doivent alors atteindre de grandes profondeurs pour capter Teau des diverses nappes. Dans le bassin crétacé de Londres, au-dessous des argiles tertiaires, la sonde amène à la surface des sources abondantes , à une température bien supérieure à celle des eaux superficielles.
D'une manière générale, on peut dire que dans les bassins dominés par la craie, comme pour la formation jurassique, les terres argilo-calcaires portent des prairies d'autant meilleures qu'elles sont plus vieilles; ce qui n'a pas lieu dans d'autres terrains où il faut les défricher de temps en temps.
h. — Terrains tertiaires.
Que Ion attribue à la formation éocène, comme le veulent certains géologues, le calcaire grossier et le gypse parisien, les schistes et grès à fucoïdes des lacs de Lucerneet de Thun, l'argile de Londres, le calcaire nummulitique de la Suisse et des Pyrénées ; et à la formation miocène^ les sables et grès de Fontainebleau, le calcaire de la Beauce, les faluns de la Touraine, les sables de la Sologne, les terrains de Mayence en Allemagne et de Vienne en Autriche, il ne reste plus à mentionner ici, parmi les terrains tertiaires, que ceux delà formation pliocène qui comprend, en Angleterre, les crags de Suffolk et de Norwich; en France, les sables des Landes; et en Italie, les marnes et les sables subapennins. Quel-
i82 LES IRRIGATIONS.
ques-uns y ont rattaché, pour la France, les terrains de la Bresse s'étendant de Dijon et de Besançon jusque vers Valence, le long de la Saône et du Rhône; le bassin de Digne et de Forcalquier en Provence, et celui au midi de TAlsace, caché sous les alluvions.
Les terres siliceuses que fournissent quelques-uns de ces terrains, quand elles ne peuvent être arrosées, sous un climat sec, sont peu riches; mais quand elles sont susceptibles d'irrigation, les engrais et les amendements les rendent propres aux prairies, comme aux autres cultures.
Deux faits saillants ressortent pour nous de Texamen des terres arables dues aux formations cristallines, comparées aux formations sédimentaires, sous le rapport des prairies et de leur arrosage.
D'abord, les terrains dérivés des formations anciennes, renfermant très peu de calcaires, portent des prairies où prédominent les graminées sur les légumineuses, dans la composition du foin. La rareté de ces dernières dans les alluvions qu'ont formées le granit, le grès vosgien, le trias, résulte de toutes les observations; au contraire, les graminées les affectionnent particulièrement, et parmi cellesci, trois surtout, la houlque laineuse, l'agrostis commun et la flouve odorante. La houlque, au premier rang des graminées, indique un sol siliceux, plus ou moins argileux, mais jamais calcaire.
Le second fait se rapporte aux terrains calcaires des formations sédimentaires , sur lesquels les prairies présentent les deux faniilles dans un ordre inverse, avec une supériorité très marquée des légumineuses, essentiellement nutritives, sur les graminées. Dans les régions de Test et du centre de la France, par exemple, il n est pas de meilleure prairie que celle du terrain jurassique, située à flanc de coteau, à une altitude moyenne, en terre
LES IRRIGATIONS. i83
perméable et fraîche en toute saison. Les herbes jurassiques où dominent les bonnes légumineuses donnent un foin de première qualité, plus favorable à l'engraissement que celui des "prés argileux et siliceux (i).
/. — Terrains quaternaires.
Viennent finalement les terrains quaternaires, ou alluvions anciennes, qui enveloppent les formations de sédiment et forment de vastes plaines dans la plupart des pays de l'Europe, sans que leurs caractères spécifiques permettent de les classifier utilement.
Les dépôts alluviens résultant du transport des terrains que les masses 'aqueuses ont mis en mouvement , aux diverses périodes géologiques, ont atteint une puissance et une étendue d autant plus considérables qu'ils ont pris naissance à une époque plus récente. Il serait hors de place de les décrire au point de vue de leur origine, ou même de leur fertilité quant aux cultures arrosées.
En France, dans la région du Nord, les alluvions anciennes surmontent la formation crayeuse qui donne au sol arable le calcaire faisant défaut , et par sa porosité offre un drainage favorable à l'assainissement du sol et du sous-sol.
En Beauce, le limon anciennement déposé est perméable et repose sur les marnes siliceuses; tandis que dans la Brie, le sous-sol est de l'argile à meulières* imperméable; mais le drainage a éloigné le plan des eaux souterraines, et grâce au chaulage et aux fumures, les limons sont devenus aussi productifs que ceux de l'Aisne et de la Somme, où prospèrent les prairies.
Les anciennes alluvions de la Bresse sont recouvertes de couches arables présentant une grande homogénéité,
(0 A. Boilcl, loc. ciL
i84 LES IRRIGATIONS.
à des profondeurs parfois très grandes , comme on le constate sur les montagnes du Bugey oti le diluvium atteint en certains endroits 5 à 6 mètres de puissance; ou bien encore sur le plateau de Lyon où le lehm a parfois une épaisseur de 2 à 3 mètres. Ailleurs la couche arable repose sur des roches de toute autre nature, comme dans le Mont d or Lyonnais où le carbonate de chaux figure depuis I jusqu'à 2 5 pour 100 dans les parties basses et moyennes, tandis qu'il manque à peu près partout dans les terres supérieures, non détritiques (i).
Comme ceux de la Bresse, les sols de la Dombes, au point de vue physique, peuvent se répartir en deux groupes : le premier comprenant les sols dans lesquels la proportion des matières entraînées par Teau ne descend jamais au-dessous de 90 pour 100, tels que les terres d'étang et celles du plateau non mélangées à la couche ferrugineuse, les dépôts lehmiens, etc.; le deuxième groupe formé des sols dans lesquels la proportion de matières entraînée par Teau descend parfois jusqu'à 34 pour 100, tels que les terres caillouteuses du plateau et de certaines vallées et les diluviums à gros grains ferrugineux , résultant d'un mélange du diluvium ténu et de la couche préexistante de quartzites.
Les terres du premier groupe sont principalement siliceuses; la silice y entrant pour 80 jusqu'à 88 pour 100 en poids. Celles qui en renferment le moins ont été modifiées par les eaux modernes dans leur composition. La silice s'y rencontre à l'état de sable excessivement fin et de silicate d'alumine dans l'argile. L'alumine est comprise entre 7 et 8 pour 100 et le fer est ordinairement représenté par 6 pour 100. Les sous-sols sont plus ferrugineux qu'alumineux.
(i) A. Pouriau, Thèses à la FticuUé des sci/nct*s deLyon^ i858.
LES IRRIGATIONS. i85
Les terres fines diluviennes, au point de vue agronomique, jouissent des propriétés qui les rapprochent plutôt des terres argîlo-siliceuses et qui les font ranger fréquemment parmi les terres fortes, à cause de la ténuité extrême de leurs éléments et de l'imperméabilité de leurs sous-sols. Sous l'influence des pluies abondantes et prolongées, à plus forte raison de l'irrigation continue, elles s affaissent sur elles-mêmes, se mettent en boue et sont facilement entraînées par les eaux. En outre, elles se dessèchent lentement, en formant une croûte dure qui ne redevient friable et pulvérulente que sous l'influence d'une sécheresse prolongée.
Les terres du deuxième groupe sont siliceuses, à gros gravier ou bien silicéo-calcaires; elles se caractérisent par la perméabilité de la couche arable, mais aussi par l'imperméabilité des sous-sols, tantôt en quartzites et tantôt en lehm à gros grains. Le calcaire domine dans la plupart et dose à l'état de carbonate de chaux jusqu'à 3o pour 100. Le peu de consistance de beaucoup de ces terres et leur richesse en chaux les rendent essentiellement propres à la culture de la vigne, des trèfles et des luzernes, contrairement aux cultures que permettent d'aborder les terres du plateau de la Bombes, appartenant au premier groupe.
Que la Bresse et la Dombes aient été comme la Brenne et la Sologne, autrefois plantées en forêts, entrecoupées de prairies, arrosées d'eaux courantes et vives; qu'elles aient été renommées par la fertilité de leurs pâturages et la douceur de leur climat (i), la situation de ces pays a été considérablement modifiée depuis par le déboisement et les étangs ou marais qui ont remplacé les forêts.
La prairie ne règne plus que dans les vallées plus ou
(I) Comptes rendus Acad. des sciences^ i856. ^^''^TciTor^.-.
UNIVEhEITl )
moins limonées par le débordement des rivières, et pourtant rirrigation, à Taide des eaux des terres cultivéesou de celles des rivières, donne d'assez bons résultats. En Sologne, les herbes ne sont pas souvent de bonne qualité à cause de Tabsence de la chaux; les eaux un peu calcaires de la Sauldre, qui coule à son origine sur les formations marneuses, les améliorent notablement. Partout remploi des phosphates et des composts de chaux, favorables à la venue du trèfle blanc, de la minette et de quelques autres légumineuses, concourt à donner de meilleures prairies.
j, — Terrains modernes,
AllUTions. — Après les terrains quaternaires qui sont peut-être les plus intéressants de tous les terrains stratifiés, puisque c'est au sein des couches qui les composent que Ton cherche à peu de profondeur les eaux nécessaires pour l'agriculture et l'industrie, viennent les terrains d'alluvion et détritiques, pourvus également de sources dans les couches meubles où circulent les eaux. Les alluvions sont étendues en Hollande, et dans les vallées des grands fleuves, le Rhin, le Pô, le Rhône, l'Ebre, le Tage, etc. Le littoral de l'Adriatique, du côté de Venise, est recouvert jusqu'au pied des Apennins, d'alluvions qui ont sur la côte une puissance d'au moins 400 mètres, d'après Pasini. Elles se composent alternativement de couches imperméables et de couches meubles absorbant sur d'immenses surfaces une grande partie des eaux des fleuves qui les traversent. Deux nappes principales caractérisent le dépôt d'alluvion que la sonde a permis d'explorer à Venise; la première se maintient entre 44 et 55 mètres; elle est tellement gazeuse que les terrains furent projetés hors des forages
LES IRRIGATIONS. i«7
par l'hydrogène carboné; la seconde nappe moins gazeuzc donne un jaillissement continu et règne à la profondeur uniforme de 60 mètres. Les sables qui contiennent ces nappes sont intercalés entre des argiles diverses , surmontées par les dépôts actuels et des argiles ligniteuses imperméables (i).
Le terrain détritique remplit le plus souvent les dépressions superficielles et constitue des dépôts puissants dans les vallées, ou sur les pentes des montagnes auxquelles sont empruntées les couches désagrigées, perméables ou compactes, se laissant traverser par les eaux ou produisant de véritables brèches impénétrables. Quand ce sont des argiles et des sables , les eaux coulant sur les premières sont absorbées par les seconds; on les retrouve au pied des contreforts détritiques, sous forme de sources qui ont rarement un écoulement continu. Leur qualité dépend de la nature des roches ameublies où s'établissent les courants.
Dans Taxe et à l'embouchure de la vallée du Rhône, le diluvium est signalé par une énorme quantité de cailloux roulés, reposant sur un poudingue et un lit de marne; c est ce diluvium qui constitue la crau d'Arles. Quand la couche de terre est privée de pierres, on y cultive du sainfoin, et quand elle est trop peu épaisse, on établit des pâturages. Tantôt l'argile y domine avec un sable très ténu; tantôt au contraire, c'est le sable ocreux, à gros grains; en général, le gypse y fait plus défaut que le calcaire. Ce qui manque le plus dans ce Sahara provençal, comme le désigne de Lavergne, c'est l'eau. « Ce n'est pas, ajoute-t-il (2), précisément la nature du sol qui met obstacle à la production de cette plaine de 12,000 hectares; les essais déjà faits prouvent le contraire; la
<il De^ousée ot Laurent, Guide du sondeur^ 1881, t. I, p. 323.
(2) L, de Lavergne, Économie rurale de la France, 3* édit.. i86(), p. 271.
i88 LES IRRIGATIONS.
vigne surtout y réussit très suffisamment; mais il faut des bras pour cultiver, et c'est là une grande difficulté. Même en y portant de Teau, on ne peut espérer d'y établir que peu à peu une population sédentaire. »
Une autre vaste plaine, ou plutôt une maremme, « une sorte d'intermédiaire entre le Rhône, la terre et la mer, » malsaine, exploitée à la manière de la campagne romaine, avec des bœufs et des chevaux à demi sauvages paissant en liberté, manque aussi de bras^ c'est la Camargue.
En général, les terrains dus à Faction des cours d'eau, ont, dans les vallées et aux embouchures des fleuves, comme sur les bords des lacs, une grande importance pour la culture en général, et surtout pour l'établissement des prairies. Presque toujours formées par des matières arénacées sur lesquelles les eaux ont déposé les matières en suspension, ces terres donnent un sous-sol sec et chaud, sur lequel les couches légères et perméables prennent très bien l'herbe. Les vieilles moraines des Highlands et de la Suisse, avec leur gros gravier et leurs fragments rocheux, donnent des pâturages médiocres ; mais les terres du Carse de Falkîrk et du Carse de Gowrie, en Ecosse, couvertes d'un sédiment limoneux très fin, exempt de pierres , sont d'une grande fertilité pour toutes les récoltes.
Dans les contrées où les fleuves et les rivières ont un parcours réduit, leurs alluvions sont peu étendues, sauf aux embouchures; dans d'autres pays tels que l'Egypte, les États-Unis d'Amérique, le Brésil, l'Inde, etc., où coulent le Nil, le Mississipi, l'Amazone, le Gange, etc., les alluvions modernes constituent d'immenses plaines sédimentaires d'une très grande fertilité. Cette fertilité n'est souvent atténuée que par la difficulté de les protéger contre les crues et les inondations.
En général, les prairies allu viennes sont remarqua-
blés; les racines des herbes les pénètrent profondément
et les font résister à la sécheresse. Jamieson cite parmi
les plus beaux pâturages de l'Angleterre ceux des terres
alluviales dans le comté de Somerset, oti, sur plus de
400 hectares, la prairie se loue annuellement pour le
foin au prix de 370 francs Thectare (i).
Les limons, dit de Gasparin, se couvrent naturellement d'herbes; les bonnes graminées, le petit trèfle dominent parmi les plantes adventices ; ils sont assez tenaces pour garder une bonne dose d'humidité et n'exigent pas des mamages et des chaulages coûteux, pour être portés à leur maximum de production.
Les rivières des terrains granitiques, comme celles de la Corrèze et de la Corse, produisent des alluvions arénacées, sablonneuses, dépourvues de calcaire, qui sont loin de valoir pour la production de l'herbe celles des vallées où les rivières déposent des alluvions calcaires, comme la Marne et la Durance.
Tandis que la Moselle charrie des débris micacés et granitiques dans la partie de sa vallée que bordent les grès bigarrés, la Saône transporte à Mâcon des matières venant des Vosges également, mais toutes différentes de celles que fournissent les formations environnantes. La Saône reçoit en effet sur sa. rive droite des affluents qui ont parcouru les calcaires jurassiques et entraînent des limons plus favorables pour la prairie, alors que les tributaires de la rive gauche, issus des terrains argilo-siliceux delà Bombes et de la Bresse, donnent des foins et (ies pâturages maigres. M. Boitel remarque que les prairies des deux rives produisent des herbes très différentes, sous le rapport des espèces et des qualités. Sur la rive gauche, les prairies conviennent à l'élevage; mais sur
(/; Prof. Jamieson, Country gentleman' s Magasine, 1874.
la rive droite , les herbes substantielles sont surtout appropriées à Tengraissement des animaux de boucherie du type charolais.
Dans les vallées larges et à faible pente où coulent les rivières paisibles, les alluvions ténues ont permis de développer la production herbagère dans les meilleures conditions. Par les crues, suivies de débordements, les prairies basses reçoivent, sous forme de limon, les substances fertilisantes, en retour de celles que les eaux ont enlevées aux terres cultivées ; aussi sont-elles pourvues de bonnes espèces de graminées et de légumineuses, n'ayant exigé d'autres soins que les travaux de nivellement et d'assainissement. Dans les vallées encaissées , dont les fonds sont plus rarement submergés, comme celles de TAisne, de l'Oise, de la Somme, de la Seine, la surface en herbe est relativement faible, et les alluvions sont occupées de préférence par les cultures industrielles. Il en est de même de la vallée de la Loire où la production des céréales, des fourrages, du chanvre et même de la vigne, remplace avec bénéfice celle de l'herbe. Quant à la vallée du Rhône, dont le terrain alluvial est sec, perméable, souvent sablonneux et caillouteux, elle ne se prête pas plus que celle de la Seine, entre Nogent et Mantes, à l'établissement des prairies naturelles.
Couches glaciaires. — Les couches glaciaires, formées de vastes masses de terre ou d'argile grossière, mêlée de pierres, que les glaces ont entraînée à d'énormes distances sur certains pays du littoral, en Ecosse, en Suède, en Norvège, etc., non moins que les lais maritimes qui longent les basses terres des côtes, représentent une grande variété de terres arables, où les blocs et les pierres sont un obstacle à l'amélioration et à la culture. C'est seulement quand la roche du sous-sol est meuble et perméable, que les limons, fins et grossiers, formant une pâte
dure avec les cailloux de transport, peu vent être utilement défoncés et cultivés. Les sources les rendent froids et humides. Les atterrissements de la mer, la plupart argileux, donnent des terres résistantes, difficiles à drainer, où le trèfle et les vesces, les fèves et le blé viennent à peu près bien.
En dehors des terrains proprement erratiques, fournis au nord de TÉcosse par les monts Grampians, la vallée du Pô offre une série complète de ces masses rocheuses indéterminées, qui ont été transportées du centre du massif des Alpes jusque dans les plaines de la Vénétie. Les cailloux et les graviers qui se trouvent sous les alluvions récentes de TAdige et du Pô ont la même origine. Les lits des torrents qui descendent des Alpes sont creusés dans des amas rocheux dont Tépaisseur atteint parfois plusieurs centaines de mètres, formés entièrement de blocs erratiques. Les cailloux ou galets ont une nature variable dans la plupart des vallées qui se dirigent vers le Pô. En Piémont, ils appartiennent à la formation cristalline; dans le Milanais, au porphyre rouge; sur le Lambro, aux calcaires jurassiques du val d'Assina; dans le Brescian, au feldspath bleuâtre du val Gamonica ; dans le Véronais, aux roches Tyroliennes. Les cailloux roulés de TAdda sont presque tous du granit, du gneiss et de la serpentine (i).
C'est sur ces terrains de transport et d'alluvions que s'est déposé le limon, tantôt argileux, tantôt siliceux et calcaire, sur lequel les arrosages ont produit les merveilleux effets que nous aurons souvent à mentionner. « Le Milanais, dit Auguste de Gasparin (2), n'est qu'un sol de gravier formé par la débâcle des courants des Alpes; sa brillante parure est une robe d'emprunt.
f/j C. Collegno, Elementi di freologia; Torino, 1847- {2} Journal Sagric, prat., i. V, p. 433.
Naturellement infertile, avant que l'industrie humaine l'eût métamorphosé, c'était une lande. »
Terrains tourbeux. — La tourbe de formation ancienne, ou en voie de formation, apparaît dans la plupart des pays, sur une plus ou moins grande étendue. Souvent, elle forme des fonds marécageux, quand le drainage des eaux est empêché; souvent aussi, on la rencontre sur des collines, à des altitudes considérables. Sous les climats froids et humides, elle résulte de la décomposition des plantes marécageuses et aquatiques, des mousses, des sphagnes, etc., et se superpose à une couche de matière noire, compacte, qui ressemble au brai, quand elle est desséchée. Les vastes dépôts de tourbe ou bogs de Tlrlande, dont l'épaisseur atteint jusqu'à i5 mètres, ne peuvent entrer en valeur que par des travaux d'assainissement s'étendant à tout un district.
Les marais tourbeux en France sont représentés dans les départements de la Somme, du Pas-de-Calais et du Nord, et sur tous les points du territoire, aussi bien à Tembouchure de la Loire (marais de Montoir) et dans la Saintonge, que dans les départements de l'Est; dans ceux de l'Isère (marais de Bourgoin, de Vizille),que dans le midi de la Provence et les Pyrénées. Aucun de ces dépôts n'approche comme importance de ceux qu'offrent le Danemark, le Schleswig-Holstein , la Bavière et TAutriche-Hongrie, le Mecklembourg, le Hanovre, le Brunswick et le nord de la Prusse.
Sur les bords de la Neva, des lacs Ladoga, Onega, etc., de même qu'entre Pétersbourg et Moscou, la tourbe a envahi des districts entiers.
Quand les terrains tourbeux, tout pauvres qu'ils sont, sont drainés et mélangés avec d'autres sols, ils s'améliorent ; mais leur acidité pour les herbes de prairie, à moins
LES IRRIGATIONS. igS
d'irrigation avec des eaux troubles et chargées de limons qui donnent de la consistance et forment une nouvelle couche, condamne de longtemps les pâturages à rester médiocres.
k, — Terrains perméables et imperméables.
Suivant leur perméabilité ou leur imperméabilité, les terrains que nous avons examinés, offrent des caractères non moins tranchés pour le régime des eaux.
Dans le remarquable travail que Belgrand a laissé sur le bassin de Paris, il a parfaitement tracé les différences entre les deux groupes. Les terrains perméables se distinguent par leurs eaux tranquilles; point de cours d*eau torrentiels; les crues montent lentement : aussi les débouchés des petites vallées, des ponts, ont des dimensions réduites (o", lo par kilomètre de versant). Les calcaires oolitiques, la craie blanche, les couches tertiaires, entre Targile plastique et les marnes vertes, le sable de Fontainebleau, le calcaire de la Beauce, etc., sont des terrains perméables où les prairies persistent jusqu'au sommet des montagnes.
Les terrains imperméables, au contraire, présentent des cours d'eau torrentiels, dont les crues tombent non moins vite qu'elles montent : aussi les vallées s'évident et s'écartent ; les débouchés des ponts ont des dimensions plus grandes, destinées à parer à l'imprévu (o",25 à i°,5o par kilomètre de versant). Le granit^ le lias, la craie inférieure, l'argile plastique, la marne verte du gypse, l'argile à meulière, etc., sont des terrains imperméables oîi Ton ne trouve des prairies qu'au fond des vallées, dans les parties que baignent des cours d'eau.
La matière des terrains réglant les sources et les cours d'eau d'après leur perméabilité, il en résulte que si le
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sol se laisse pénétrer sur toute sa surface, comme la craie ou Toolite, les cours d'eau sont très rares; les sources plus ou moins abondantes sont toutes confinées au fond des vallées et beaucoup tarissent dans la saison sèche. Si, par contre, le sol oppose un obstacle à Tcau, il n*y a plus de sources importantes; tel est le cas pour le granit et le lias; mais il s'en trouve de très petites, très nombreuses, irrégulières et tarissant Tété. Quand le terrain imperméable se montre au flanc des coteaux, couvert d'un terrain perméable, les sources qui ont pénétré ce dernier, coulent en nappe et s'épanchent au contact des deux terrains.
Sans considérer les étages successifs des systèmes jurassique , crétacé ou tertiaire, on peut dire qu'en formant les séries très variées de couches sédimentaires qui les composent, la nature a procédé à certains égards d'une manière uniforme. Des sables, débris de roches entraînés par les courants, s'étendent le plus souvent à la base de chaque système géologique; au-dessus viennent des argiles, des marnes, matières lourdes et compactes abandonnées par les eaux, puis, les assises calcaires, résidus accumulés d'organismes vivants. Mais il n'en est pas moins avéré que Tordre des formations n'est pas toujours aussi régulier; que les couches ne se succèdent pas toujours alternatives, concentriques ou juxtaposées; qu'il y a surtout dans les strates calcaires, des accidents de dislocation et de redressement ; de telle sorte que les bassins hydrographiques ne correspondent pas aux bassins géologiques et que le régime des eaux varie d'une région à l'autre, quoique toutes deux soient comprises dans la même formation.
L'importance de la couche au sein de laquelle les sources puisent leurs eaux fait qu'elles sont plus ou moins abondantes, plus ou moins tarissables. Quand h couche est peu épaisse, la source qui en sort est faible et
LES IRRIGATIONS. ig^
de débit variable; quand elle est puissante, au contraire, la source coule abondamment, ne tarit point et subit faiblement dans ses crues les variations atmosphériques.
Une loi constante, observée par Belgrand dans le bassin de Paris, veut que les vallées peu profondes des terrains perméables ne renferment aucun cours d'eau , leur thalweg étant plus élevé que la superficie de la nappe souterraine ; mais c'est ordinairement au point où elles débouchent dans une vallée principale, arrosée par une rivière, que naissent les sources de son alimentation. Il s'ensuivrait que la configuration intérieure est analogue à celle de la surface et que le mouvement des eaux pénétrant une couche perméable suit le cours des vallées , même sous terre. Ainsi toute tranchée creusée au fond d'une vallée sèche d'un tel terrain rencontrera l'eau à plus ou moins de profondeur, mais en plus grande quantité* que sous les autres parties du sol.
C'est d'après cette loi que Belgrand a été amené à distinguer les sources formées dans la craie perméable du département de la Marne, dont la superficie est d'une extrême aridité, mais qui s'entr'ouvre en vallées moins abruptes que celles des terrains jurassiques entourant la craie. Au fond de ces rares vallées, un grand nombre de sources fournissent des eaux abondantes, de meilleure qualité que celle des eaux jurassiques , dont les sources se déversent dans l'Yonne , la Seine, l'Aube, la Marne ,^ l'Aisne et l'Oise (i).
Au midi des Alpes françaises, les formations jurassique et crétacée ont été bien autrement tourmentées que dans le bassin de la Seine; mais la loi des thalwegs y trouve également son application. Le contrefort, à sommets et à plateaux calcaires, se détachant vers Puget dans les
II) Second mémoire sur les eaux Je Paris j i85ti.
igô LES IRRIGATIONS.
Alpes maritimes, court sur une étendue d'environ i6o kilomètres de l'amont d'Entrevaux (Var) à la rade de Ciotat (Bouches-du- Rhône) , et plonge dans la Méditerranée, entre V île Maire et Toulon, sur une longueur de côte qui ne mesure pas moins de 45 kilomètres. Les couches disloquées et redressées de cet immense massif calcaire assurent une absorption rapide et presque complète des eaux atmosphériques, qui donnent lieu à des cours deau souterrains et à des sources importantes dont les traces doivent se retrouver au pied du massif, soit dans le prolongement de la direction générale des couches redressées, soit aux lignes de fracture. C'est, en effet, suivant cette loi que l'inspecteur général des mines, J. François, par l'examen de la contrée, a pu retrouver dans la vallée du Révest, près de Toulon, le courant sous-jacent qui, venant du nord-est, descend le ravin du Cierge, passe à la partie inférieure du Trou-du-Ragas, dont la cavité d'une profondeur de 65 mètres sert d'évent naturel aux eaux et dégorge, après avoir traversé le trias et le lias dans la petite rade de Toulon, au quartier de Missiessy. Un tunnel, recoupant le courant souterrain ainsi découvert, devait permettre de le dévier vers le Faron, à flanc de coteau, dans la berge gauche de la vallée du Revest (i).
Une opération du même genre a été proposée par l'abbé Richard pour recouper le thalweg souterrain de la Reka qui, après sa perte à l'amont de Trieste, reparaît non loin de la mer et forme la source puissante connue des anciens sous le nom de Timave.
/. — Terres arrosées.
Nous avons montré que l'irrigation influe sur lespro- (i) Cosmos f 1862.
prîétés physiques du sol, aussi bien que sur ses propriétés chimiques.
Sous le rapport physique, Tirrigation, envisagée à un point de vue général, diminue la densité et rend le travail de la terre plus facile. Le sol, étant plus frais, tend moins à se crevasser; il se prête à la production herbacée; il est moins sensible à l'action desséchante de Tair et surtout du vent qui le durcit ; il absorbe mieux Tair et les gaz atmosphériques. Les racines, au lieu de pivoter, s'étalent plus aisément dans la couche superficielle oCi elles s'alimentent.
L'irrigation corrige les effets des terres sablonneuses, le plus souvent stériles, et permet d'en tirer des récoltes à haut rendement; elle assure l'établissement des prairies dans des sols siliceux et calcaires que dessécheraient autrement les chaleurs de l'été; elle donne le moyen de convertir en rizières productives les fonds marécageux qui, faute d'assainissement, portent des roseaux ou des joncs; elle augmente le produit des alluvions quelles qu'elles soient, du moment où le drainage fonctionne régulièrement.
Sous le rapport chimique, l'irrigation n'agit pas seulement sur les matières intégrantes du sol, qu'elle distribue j uniformément, ou bien qu elle hydrate pour aider à leur
\ décomposition, mais elle lui apporte ses matières en sus-
pension. Jointes à celles enlevées aux rigoles d'arrosage, "î en même temps qu'elle abandonne une partie des matières
[ dissoutes; elle concourt ainsi directement à l'enrichisse-
ment delà terre. Son action est la même sur les éléments des engrais dont elle favorise la décomposition et la diffusion dans la couche arable; en la prédisposant pour la fumure, elle tend à rendre la culture plus intensive.
On n'ignore pas qu'aux époques où les eaux sont le plus chargées de principes fertilisants, notamment quand
les pluies ont délavé les fumiers des terrains situés à des niveaux supérieurs, les praticiens s'empressent de les utiliser, au lieu de les laisser couler à la rivière. La production constante de certaines rizières non fumées est attribuable à cettecause. De même Tépandage des engrais, suivi «d'eaux d*arrosage, à défaut de pluies, donne tous ses effets utiles, en conservant dans le sol les éléments que les eaux -de Tarrière-saison entraîneraient en pure perte.
L'irrigation n'offre des inconvénients que sur les terres fortes et compactes, qu'elle durcit parfois à un degré très préjudiciable, quand les cultivateurs, se fiant trop à la puissance fertilisante des eaux, négligent de donner le fumier nécessaire pour l'ameublissement. Dans les fonds d'alluviondu Val d'Arno, Marsh a souvent remarqué qu'à la suite de longs arrosages, les terres acquéraient, faute de fumier, une dureté telle qu'il devait en résulter une bien plus grosse dépense pour le labour et pour les autres façons à la houe, à l'extirpa teur, etc. Il ajoute qu'un sol <:onvenablement enrichi par l'engrais, se prête beaucoup moins, lorsqu'il est arrosé, à la cohésion et au durcissement (i). Si la terre compacte s'amollit naturellement pendant l'irrigation, elle durcit, quand l'irrigation a cessé. Aussi , en Toscane, est-il d'usage d'arroser après la récolte d'été, afin d'ameublir la terre pour le labour d'automne et de hâter la levée de la semence.
Sous les climats du Midi, les terres arrosées acquièrent la valeur que donne la certitude de produire le fourrage nécessaire aux bestiaux, de soustraire les récoltes de la fin du printemps aux dangers de la sécheresse, d'obtenir après la moisson une seconde récolte dont la valeur approche souvent de celle de la récolte principale, enfin de faciliter les travaux du sol à l'arrière-saison, en réduisant
(1) G. p. Marsh. Report Comm. agric. for 1874, United States; note, p. 3Ô7.
les frais de plus de moitié. Sous les autres climats, la plupart de ces avantages subsistent, sans être parfois aussi marquants ; mais pour toutes les terres sèches Tirrigation devient aussi indispensable que dans le Midi, quand on veut y faire une agriculture régulière et rationnelle.
A moins que l'irrigation ne se pratique à Taide d'eaux chargées de principes fécondants qui équivalent à des engrais, la succession rapide des récoltes que l'on exige des terres arrosées, comporte une fumure abondante des terres, qui pourvoit en même temps à leur ameublissement et à leur perméabilité. Dans les terres trop fortes contenant au delà de 25 pour 100 d'argile, c'est plutôt la prairie permanente que les cultures annuelles, à laquelle il conviendra de recourir pour utiliser les eaux, la fumure n'exerçant plus l'action physique voulue qui détruit la cohésion et la plasticité des terres.
Si, par contre, les terres, se dessèchent trop rapidement par l'arrosage, c'est qu'elles renferment trop de sable siliceux ou calcaire. Tandis qu'en Lombardie, comme en Provence, on se borne à arroser tous les quinze jours les prairies, sur des sols renfermant 20 pour 100 de sable, on doit répéter les arrosages tous les huit ou dix jours, pendant les chaleurs de l'été, quand les sols en contiennent 40 pour 100.
Les engrais arrivent donc à corriger l'excès de consommation d'eau, c'est-à-dire l'évaporation du sol, mais pour cela faut-il ménager l'eau et éviter l'abus auquel les paysans de certaines localités se laissent prendre trop souvent, en croyant ne jamais saturer assez leur terrain. Dans toutes les irrigations bien traitées, l'engrais donne de Ja légèreté au sol; cet effet est surtout sensible dans les régions soumises de longue date aux arrosages et à la bonne culture ; la proportion du terreau augmente dans
les terres arrosées, et les terres fortes profitent le plus de rameublissement, quand elles sont drainées.
La valeur des terres arrosées, comme nous aurons à le démontrer,. est très élevée, aussi bien dans les climats à pluies d'automne que dans ceux à pluies d'été ; elle est régie toutefois par une considération essentielle : de Teau à discrétion et à bas prix.