‹ Les irrigations (volume 3)Chapitre 32 sur 128 · vignobles · texte numérisé non relu

vignobles

5o,ooo — oliveraies.

17O.000 — prairies.

Pour obtenir ce maigre résultat, les dérivations les plus imposantes ont été exécutées, quand les rivières étaient abondantes ; et lorsque les contrées étaient pauvres en eau, des barrages-réservoirs ont été établis à travers les gorges des montagnes, dans des conditions de grandeur et de force qui sont le caractère essentiel des constructions hydrauliques de TEspagne.

Les huertas, — C'est la rivière le Turia qui alimente par huit prises d'eau les canaux d'irri gation de la huerta de Valence, remontant aux temps des Maures, et fertilise les belles campagnes où le riz occupe le premier rang comme culture; puis viennent le blé, le maïs, les fèves, les mûriers, et en tête des arbres à fruits, Toranger, qui dans les champs, comme dans les vergers et les jardins, étale partout son feuillage, ses fleurs et ses fruits.

Le Jucar complète les dérivations du Turia, de façon à étendre sur le littoral une zone de terrains irrigués de Murviedro jusqu'à Cullera, sur 60 kilomètres de longueur. Le Jucar n'est pas dérivé par une série de barrages échelonnés dans le lit de la rivière, comme le Turia, mais par un barrage unique à dimensions colossales qui alimente un canal de 4© kilom. de longueur, avec une section de 11 à 12 mètres à la ligne d'eau, dans sa partie supérieure.

(i) Catalogo de la seccion Espanoîa^ Expos, univ. de Paris de 1878; Madrid, 1878.

LES IRRIGATIONS. 23i

A Almansa, dans la province d'Albacete, un barrageréservoir de dimensions remarquables pourvoit à Tirrigation d'un millier d'hectares cultivés en céréales. D'une hauteur de 20"*,70, la digue repose en entier sur le rocher ; elle est construite en maçonnerie, revêtue en pierres de taille, et fournit l'eau à six canaux d'arrosage.

Quand on bifurque à partir d'Almansa, sur la route d'Alicante, on entre dans les ravins et les ramblas des montagnes escarpées qui forment le centre de la muraille bordant la Méditerranée, puis on s'engage dans des vallées, les unes, comme celle de Novelda, oîi la végétation est aussi luxuriante que dans la plaine de Valence, les autres arides, dominées par des montagnes noires, comme celle qui débouche sur la mer, à Alicante.

La nature rocheuse et calcaire delà province et la rareté des cours d'eau n'ont pas empêché que, sous un climat toujours sain et tempéré, les habitants, par leur travail et leurs connaissances pratiques, ne soient arrivés à rendre presque partout la terre productive, a L'eau manquait, ils ont sondé le sol, fouillé les montagnes, amené à la surface les eaux souterraines qu'ils ont conduites jusqu'à leurs cultures par de nombreux canaux, ou recueillies de place en place par des puits ou des balsas habilement construits. Ils ont ainsi transformé en jardins les terrains les plus ingrats ; ils ont apporté la terre sur les pentes abruptes et disposé en forme de terrasses, au milieu des rochers, des plantations d'arbres utiles, amandiers, limoniers, orangers, figuiers, des vignes, des cannes à sucre, etc. Nulle part, en Espagne, la culture n'est conduite avec plus de soin, plus de perfection, et n'offre une plus grande variété de produits (i). »

La Aiier/a-d' Alicante proprement dite est arrosée par les

(i) Germond de Lavigne, Itinéraire de CEspagney p. 4-^0

eaux du Rio Monegre, retenues par un premier barragequi forme réservoir, et distribuées par deux barrages de dérivation à Muchamiel et à San Juan. Le réservoir gigantesque alimenté par les eaux de source et pluviales qui se rendent au Rio Monegre, offre une capacité de 3,700,000 mètres cubes, correspondant à 1,000 mètres cubes par hectare de la huerta , ou à deux arrosages à l'année pour les céréales et les vignes,

A Elche, non loin d'Alicante, la culture des palmiers s'étend sur 1 5o hectares ; les eaux du Rio Vinolapo sont également retenues par un barrage en trois parties, d'une hauteur moindre que celui d'Alicante, et distribuées sur 12,000 hectares principalement en céréales et en vignes, par 21 rigoles s'embranchant sur un canal principal,

La huerta de Murcie, dont l'étendue est sensiblement égale à celle de Valence, 10,000 hectares, est arrosée par les eaux du Rio Segura qu'un barrage dérive au profit de deux canaux principaux, dont un sur chaque rive; celle de Lorca, dans la même province, par les eaux du Guadalantin, dont le faible débit est distribué par des canaux d'irrigation sur plus de 10,000 hectares. Il faut ajouter que sur ces vastes territoires il s'agit surtout de céréales qui se contentent d'un ou deux arrosages par année.

De Murcie à Carthagène, la vaste plaine est désolée; Teau manque absolument. Malgré un climat moins chaud que celui de Murcie, Carthagène ne doit sa production agricole qu'à l'irrigation. Citernes, mares et puits suffisent à peine au besoin d'eau, qui est une question de vie pour la culture.

Il n'en est point ainsi dans la Vega de Grenade, que fécondent les eaux abondantes du Genil, du Darro, du Monachil, du Dilar et des sources de l'Alfacar. Les terres

de la Vega, sur une superficie de 19,000 hectares, sont cultivées en vignes, en oliviers , ou suivant un assolement de six années qui comprend trois soles de froment, et toujours une seconde récolte; de telle sorte que le sol ne chôme jamais, engraissé qu'il est par le fumier d'éta^ ble et le guano. Malgré une altitude de ySg mètres, la plaine irrigable de Grenade, limitée au sud par les montagnes neigeuses de la Sierra Nevada, et au nord par les collines d'Elvira, offre le sol le plus riche de toute TEspagne , grâce aux canaux qui le sillonnent de toutes parts et permettent à Teau d'accomplir les merveilles d'une double production annuelle.

c. France. — « Rien ne caractérise plus un climat que le nombre, la quantité, la distribution de ses pluies entre les saisons (i). » A ce point de vue qui intéresse directement l'irrigation, nous avons déjà esquissé à grands traits le régime pluvial et les divers climats de la France. Il reste à étudier de plus près deux régions arrosées que nous prendrons comme types opposés, et dans ces régions, Provence et Limousin , deux départements, les Bouches-du-Rhône et la Haute- Vienne.

Le contraste est grand entre les deux régions, non pas seulement sous le rapport climatologique, orographique, hydrographique et géologique, mais encore de Tirrigation en elle-même. Tandis que l'eau, en effet, s'emploie en Provence du mois d'avril au mois de septembre, elle s'applique dans le Limousin du mois de mars au mois de juin. Ici, les irrigations printanières ne servent qu'à l'arrosage de prairies permanentes, sur des terres granitiques; là, les irrigations estivales, sur des terres essentiellement calcaires, sont nécessaires pour toutes les

(1) De Gasparin, Cours d'Agriculture , t. II, p. aSa.

récoltes, aussi bien les céréales et les prairies que les cultures industrielles, maraîchères, horticoles et les arbres fruitiers. Dans l'une des régions, le Limousin, c'est presque exclusivement à des sources captées que Tagriculteur recourt pour arroser les champs; dans l'autre, c est surtout à des canaux construits , quelques-uns de très ancienne date, en communauté des usagers ou par des associations syndicales. Le foin, unique produit de l'arrosage dans la première contrée, est consommé dans l'exploitation pour le bétail, alors que dans la seconde, il est exporté comme denrée commerciale (i).

Bouches-dU'Rhône, — Comme climat, le département des Bouches-du-Rhône a été divisé par de Villeneuve en quatre zones, à savoir Marseille au S.-E., Arles au S.-O., Aix à TE., et la Durance au N.

La zone de Marseille offre une température moyenne de i4°,38 : pour Thiver, 7*^,51, et pour l'été, 21®, 6i. La température la plus basse qui ait été observée à Marseille, a été en 1 820 de — 17^,6 ; et la température la plus élevée en 18 18, de 36%9. L'écart entre les deux extrêmes est de 54 degrés, plus faible de 9 degrés que celui observé à Paris et à Tours.

La pluie annuelle moyenne est de 0^,482, correspondant à 57 jours de pluie par an ; en prenant les obser\'ations de soixante-douze ans rapportées par Arago; mais de Villeneuve établit pour une période de vingt années la chute moyenne à o™,5i2, distribuée en 5o jours.

Dans la zone d'Arles, s'étendant de Test à Touest entre l'étang de Berre et le petit Rhône, bornée au nord parla chaîne des Alpines, le maximum de la température est de 37®, 5o et le minimum de — 6"", La chute d'eau pluviale moyenne est de 0^,549 P^'' ^"> répartie entre

(i) Barrai, V Agriculture, les prairies et les irrigations Je la Haute- Viettîte, i88f.

54 jours de pluie ; surtout en février, en juin , juillet et août les pluies sont rares, les nombres moyens de jours d'intervalle, étant 12, 3; 10, i ; 17,4 et i5,2.

La température moyenne de l'hiver étant de 6°,4i et celle de Tété de 23*',7i, on constate que, pour une moyenne annuelle de 1 4^,87, les extrêmes sont plus caractérisés à Arles qu'à Marseille.

La zone d'Aix, comprenant les vallées de l'Arc et de la Touloubre, offre une température maximum de 38**, 75 et une température minimum de — 7**, 5. La chute d'eau pluviale annuelle serait à peu près la même qu'à Arles , mais répartie entre un moindre nombre de jours. Il fait plus froid l'hiver, et plus chaud l'été, qu'à Arles.

Enfin la zone du nord, qui s'étend sur la rive gauche de la Durance , indique pour hauteur d'eau pluviale , en moyenne générale, o",568 par an, par rapport à 56 jours de pluie dont les intervalles sont moins longs qu'à Arles, les pluies ayant aussi une plus longue durée.

Le tableau XXVII donne, pour trois des zones, la quantité et le nombre de jours de pluie par saison.

Il résulte des chiffres observés que si, en automne, les pluies suffisent pour les besoins ordinaires de l'agriculture, les arrosages sont indispensables non seulement d'avril à septembre, mais encore en février et en mars,quoique l'eau ne soit pas livrée par les canaux à une époque aussi hâtive.

Les vents produisent, en Provence surtout, des effets importants pour la végétation et l'arrosage. Il y a bien rarement un temps vraiment calme, les vents de terre et de mer sont en lutte constante. Les vents de terre s'étendent de l'est à l'ouest, en passant par le nord, et comprennent le vent le plus fréquent, le plus impétueux et le plus redouté de tous, le mistral, qui souffle de nord-ouest, descendant le Rhône et remontant la Durance, extrêmement

desséchant et dévastateur des cultures. Les vents de mer, chauds et humides en hiver, frais en été , amènent la pluie quand ils viennent du sud-est ou du sud-ouest.

Entre le 43* et le 44* degré de latitude, le département des Bouches-du- Rhône forme un rectangle oblong dont la grande base est appuyée sur la Méditerranée ; sa longueur est de i32 kilom., et sa surface de 5 10,000 hectares environ. La masse montagneuse d'où les eaux descendent, soit vers la Durance , soit vers le Rhône , ou vers la mer, comprend plusieurs chaînes entièrement calcaires , dont la Sainte-Baume , l'Étoile, la Sainte-Victoire, la Trévaresse, appartiennent au soulèvement de TEsterel, et la chaîne des Alpines offre un prolongement des Alpes. Ces cinq groupes de montagnes qui occupent les trois quarts du département, et dont Taltitude atteint 1,000 mètres, sont déchirés par de nombreux vallons qui partagent les eaux entre l'Huveaune, l'Arc, l'Argens , la Durance, la Touloubre, le Verdon et les étangs.

Le calcaire grossier formant ces montagnes passe au calcaire siliceux, avec revêtement schistoïde et poudingues, comme à la Sainte-Baume, ou bien au calcaire marneux, aux grès coquilliers, au^o/reou limon durci, comme dans la Trévaresse et les Alpines. Quelquesunes des eaux sont séléniteuses, le gypse constituant d'immenses dépôts dans les collines basses de la chaîne du Roussargue (Sainte- Baume) ; d autres sont salines , venant de la chaîne Sainte- Victoire; mais la plupart sont légèrement calcaires et plusieurs d'une très grande pureté.

A rimmense plaine de la Crau contenant i5,ooo hectares en culture sur 3 5, 000, et au delta de la Camargue comprenant 88,000 hectares, sur lesquels 1 5, 000 à peine sont à Tétat cultivé, il convient d'ajouter 3 5, 000 hectares

de lacs et d'étangs, parmi lesquels ceux de Berrc. de Valcarès, du Plan-du-Bourg , du Plan-d'Aren, et 17,000 hectares environ de marais à dessécher.

Déduction faite des surfaces occupées par les étangs et les marais et de 91,000 hectares de bois, forêts et oseraies, auxquels il y a lieu d'ajouter 167,000 hectares de landes, garrigues et pâtis, terres incultes, chemins, cours d'eau et surfaces bâties, il resterait, d'après Barrai (î), comme superficie cultivée dans le département, 201,000 hectares se répartissant en ;

Terres labourables 121 .000 hectares.

Cultures arbustives 63. 000 —

Prés secs 3.400 \

— irrigués 5.400 > 17.000 —

Luzernes 8.200 )

Total égal 201.000 —

D'après les statistiques des ingénieurs, l'ensemble des terres irriguées serait seulement de 3 5, 000 hectares; les neuf douzièmes environ des eaux d'arrosage étant empruntés à la Durance. Le reste des eaux est fourni par le Rhône, la Touloubre, l'Arc, l'Huveaune et des ruisseaux disséminés. De Villeneuve avait évalué, cinquante ans auparavant, à 45,000 hectares la surface irriguée, quoique le canal de Marseille et sa dérivation sur Au bagne, ainsi que les nouveaux branchements des Alpines, ne fussent pas encore exécutés.

Ce qui semble certain, c'est que le périmètre arrosable s'étend sur 1 84,000 hectares placés dans une situation telle, que l'eau des canaux pourrait leur parvenir; mais l'eau serait insuffisante pour les arroser tous ensemble. En ne calculant que sur des arrosages d'été, du i**' avril au 3o septembre, durant six mois, à raison de concessions

(I) Les Irrigations des Bouchês-du- Rhône ^ 1S76, p. 7

d'un litre d'eau par seconde, l'écoulement par hectare représenterait 1 5,8 II mètres cubes, ou i°',58i de hauteur d'eau par hectare. C'est en effet la quantité d'eau distribuée par les canaux, mais à des intervalles hebdomadaires qui comportent seulement un certain nombre d'heures par jour, chaque semaine.

Par rapport à la pluie qui tombe dans la saison d'arrosage, la quantité d'eau fournie par les irrigations est 4 à 5 fois plus considérable, et le nombre des jours où le sol peut s'imbiber est triplé, en recevant de 2 à 10 fois plus d'eau que la pluie n'en donnerait.

Les prairies permanentes et les jardins sont les cultures qui exigent les plus grandes quantités d'eau; les haricots et les racines en réclament à peu près autant, mais pendant moins longtemps. Les céréales s'arrosent au plus trois fois, selon l'état d'humidité du printemps, et les oliviers deux fois par an, en juin et en août.

Haute-Vienne, — La Haute-Vienne appartient au plateau central, dont elle forme le premier étage vers l'ouest. D'une configuration polygonale, très irrégulière et sans limites naturelles, autres que quelques cours d'eau sur une f)etite longueur de son périmètre, elle embrasse comme étendue 5 5 1 ,000 hectares, sous une latitude comprise entre 45® 25' et 46** 25'. Mais c'est l'altitude, beaucoup plus que son exposition méridionale, qui la place dans des conditions particulières de végétation.

Le département est en effet hérissé, sur presque toute sa surface, de montagnes et de collines se rattachant aux Cévennes de l'Auvergne, et entrecoupées par de nombreuses vallées qui lui donnent l'aspect pittoresque qu'Arthur Young n'avait pas manqué de noter. « Pour la beauté générale du pays, dit-il, je préfère le Limousin aux autres parties de la France...; son charme ne dépend pas d'un seul objet agréable, mais de la réunion de plusieurs.

Les collines, les vallons, les bois, les enclos, les cours d'eau, les lacs, les fermes éparses, forment mille tableaux délicieux qui rehaussent partout cette province (i). »

En dehors des monts de Blond avec leurs pics deSoom., au nord du département; des monts d*Ambazac plus à Test, avec leur pic de Sauvagnac de 700 mètres de hauteur, les plus hauts sommets de la contrée se trouvent au sud-est du plateau des Milk- Vaches, à 800 mètres d'altitude, La hauteur moyenne, compensation faite des parties basses et des parties culminantes du sol de la Haute-Vienne peut être estimée à 35o mètres au-dessus du niveau de la mer.

Les cours d'eau extrêmement nombreux, dirigés vers Touest pour dévier aussitôt vers le nord, appartiennent à trois bassins principaux, la Loire, la Gironde et la Charente. De plus, dans chacun de ces bassins jaillissent un nombre infini de sources très abondantes , formant des ruisseaux multiples que Tirrigation utilise.

Dans le bassin de la Loire, desservi par la Vienne, qui parcourt environ i3o kilomètres dans le département, s'écoulent les eaux des arrondissements de Bellac, de Limoges, et de moitié de Saint-Yrieix ; en tout, de 473,000 hectares. Avec ses affluents de droite et de gauche , la Vienne a une longueur de 584 kilomètres, à laquelle il faut ajouter, pour les cours d'eau de la Blourd et de la Gartempe, 341 kilomètres; en tout, 925 kilomètres, représentant i kilomètre pour 5oo hectares. C'est un magnifique réseau de canaux naturels pour la distribution de leau d'arrosage sur les terres.

Le bassin de la Charente, auquel reviennent 3o,ooo hectares de Saint-Yrieix et de Rochechouart, est desservi par la Tardaire et le Baudiat qui ont ensemble un développe-

(I ) Voyages en France, etc. {trad. de Lesage), t. lï, p. 20.

ment de 80 kilomètres, correspondant à i kilomètre pour 375 hectares.

Dans le bassin de la Gironde 011 se déversent les eaux de 5o,ooo hectares environ, compris dans les parties méridionales des arrondissements que draine la Charente, la longueur totale des cours d'eau est de 87 kilomètres, soit i kilomètre pour 600 hectares.

Tous les cours d'eau, réunis au nombre de 177, s.ur une longueur de 2,o83 kilomètres, donnent la force motrice à 600 moulins et usines, et portent ii5 barrages servant à l'irrigation de 620 hectares.

De nombreux étangs, ne présentant pas de grandes e'tendues, servent en outre de réservoirs pour les arrosages ; ils représentent ensemble une surface totale de i,3oo hectares.

Enfin, des sources et des ruisseaux de faible importance sillonnent presque toute la contrée, et alimentent les pec^^/e^ où sont recueillies les eaux d'irrigation de chaque propriété.

Contrairement à ce que Ton observe pour les eaux calcaires de la Durance, le plus souvent troubles et chargées de limons, dont certaines cultures ont à être gardées, les eaux des sources et des cours d'eau de la Haute^Vienne sont remarquables par leur limpidité, par les très faibles quantités de matières qu'elles tiennent en dissolution et par la rareté du limon en suspension. Nous en donnerons plus loin l'analyse. Elles ne marquent en général qu'un demi à deux ou trois degrés à l'hydroti mètre. Le résidu de l'évaporation est principalement composé de silice et de potasse : la chaux y est en très petite proportion, mais les matières organiques sont relativement à dose élevée dans les eaux de surface.

Sous le rapport géologique, la Haute-Vienne offre trois sortes de terrains principaux : les roches primitives,

T. I. iG

■comprenant des micaschistes et des gneiss avec des modifications granitiques ; les roches éruptives, formées parle granit, la pegmatite, les porphyres, la serf)entine, etc.; les terrains sédimentaires, constitués surtout par des dépôts argileux tertiaires, à rognons calcaires, et par des grés quartzeux en amas.

Les calcaires, les gneiss, les granits et les autres roches éruptives, couvrent la presque totalité du département; les terres arables qui proviennent de leur décomposition sont généralement légères, graveleuses, mais sous une faible épaisseur. Sauf pour les micaschistes donnant des sols d'argile mêlée de fragments quartzeux, les autres sols sont maigres et arénacés. La diorite à base de feldspath et de hornblende, facilement décomposables . est la seule roche qui donne des terrains profonds, légèrement calcaires, convenant aux céréales et constituant les parties les plus fertiles de la contrée.

Comme climat, la Haute-Vienne subit à la fois les effets de son altitude et de son inclinaison générale du sud-est au nord-ouest. La grande altitude rend la température plus basse qu'elle ne serait en raison de la latitude. Le climat est plus continental, Thiver étant plus froid et l'été plus chaud qu'à Tours, par exemple. La plus basse température observée a été de — 23° en 1788, laplus.haute, à Limoges également, de + ^71*5 en 1800. La température moyenne de Limoges est de 10°, 5 pour Tannée.

L'hiver commence de bonne heure et finit tard, la neige restant plusieurs semaines sur le sol. La chaleur est plus grande dans la journée, le ciel étant clair; mais à cause du grand nombre de cours d'eau, les brouillards sont très fréquents.

Les vents les plus fréquents soufflent parfois avec violence du nord-ouest, de l'ouest et du sud-ouest.

Quant à la hauteur moyenne d'eau pluviale tombée

dans la période de 1869 à 1876, on trouve, en prenant Limoges pour moyen terme entre Bellac, Eymoutier et Saint-Léonard, qu'elle atteint 0^,843 et qu'elle se répartit par mois et par saisons, en regard du nombre de jours de pluie, comme l'indique le tableau XXVII bis.

Les mois les plus pluvieux sont ceux d'octobre et de novembre ; on remarque toutefois que toute Tannée les pluies sont assez abondantes et également distribuées. Il tombe à f)eu près autant de pluie en été qu'en hiver, ou au printemps; ce qui est en opposition frappante avec le régime pluvial de la Provence.

La statistique dressée par le service des ponts et chaussées en i863 indique que, sur 71 cours d'eau dénommés , 29 seulement avaient des barrages et donnaient lieu à des irrigations sur 620 hectares ; mais l'irrigation avec les eaux de rivière esr l'exception dans la Haute- Vienne, et l'on doit recourir aux sources pour justifier l'arrosage des 99 centièmes des herbages du département. Ce fait est essentiel à noter, parce qu'il caractérise complètement l'industrie agricole du Limousin. En effet, l'irrigation n'y est appliquée qu'à la production plus avantageuse de l'herbe, qui se lie étroitement à l'élevage et à l'engraissement du bétail, et constitue depuis des siècles la richesse et la prospérité du Limousin. C'est seulement par la surface des prairies fauchées et en pacage que l'on ptxit arriver à y déterminer l'importance de l'irrigation.

D'après une enquête ouverte en 1878 et 1879 sur les prairies de la Haute-Vienne, par les soins du préfet, indiquant la nature des eaux d'arrosage aussi bien pour les prés que pour les pacages, en regard des surfaces occupées, la répartition serait la suivante (i) :

(i) Barrai, l'Agriculture, les prairies et les irrigations de la Haute-Vienne; i^fP- 181.

Sarfac« totale. Surface arrosée.

Prairies 76.956 hect. 60.877 hect.

Pacages 56.278 32.i85

Totaux 133.234 93.062

Par rapporta 216,000 hectares de terres labourœs, vouées en plus grande partie à Tassolement biennal , et fournissant les produits agricoles nécessaires à ralimentation des habitants et à l'exportation, la surface en prairies, à laquelle on peut ajouter les prairies de trèfle et les racines directement employées pour le bétail, représente les deux tiers; en d'autres termes, la surface consacrée au foin est à celle livrée aux autres cultures dans la proportion de 2 à 3 .

Les prairies fauchées occupent la plus grande partie de la surface en herbe, mais les pâtures arrosées ne laissent pas que de couvrir aussi une surface importante; aussi Ton peut dire que les irrigations de la Haute- Vienne atteignent en nombre rond ioo,ooD hectares, pour lesquelles les eaux proviennent en moindre volume des rivières et de leurs affluents, des ruisseaux et des étangs, et en plus grande partie des sources naturelles, des sources captées et des eaux pluviales accumulées dans les pêcheries.

Le rendement moyen de 3, 000 à 4,000 kilogrammes de foin à l'hectare, que Barrai constate pour la première coupe, s'obtient grâce à l'emploi abondant d'engrais : fumier, chaux et phosphate de chaux; mais il n'indique pas à quel volume d'eau cette production correspond. Vidalin, qui a traité surtout des irrigations du Limousin, estime que, dans le centre de la France, le climat étant plus humide que sec, une couche d'eau de o",o8 d'épaisseur suffit pour l'arrosage normal d'un pré soumis à des irrigations périodiques ; soit 800 mètres cubes par hectare

Tableau XXVII bis, — Régime des pluies dans la Haute-Vienne (1869- 1876).

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