‹ Les irrigations (volume 3)Chapitre 34 sur 128 · LES EAUX ET LES LIMONS D'IRRIGATION · texte numérisé non relu

LES EAUX ET LES LIMONS D'IRRIGATION

L eau d'irrigation est fournie par les pluies et la fonte des neiges, par les sources souterraines, par les lacs et les étangs, par les fleuves et les rivières, par le drainage superficiel des terres en culture ou des lieux habités.

La nature n'offre jamais Teau à Tétat de pureté chintiique. Outre les substances salines, invisibles, qu'elle dissout en plus ou moins grande quantité, elle tient en suspension des matières étrangères qu'elle enlève aux terrains traversés ou à l'atmosphère qui la baigne. La filtration atteste la quantité de matières en suspension ; l'évaporation, celle des substances en dissolution, sous forme de résidus décomposition variable.

Les qualités qui sont recherchées pour l'eau potable ne sont pas celles que l'on demande à Teau d'irrigation. Il importe fort peu que celle-ci ne laisse pour mille parties que de o,io à 0,20 de résidu ; qu'elle soit fraîche en été, inodore, insipide, aérée, agréable au goût, etc. La meilleure eau d'irrigation est celle qui, renfermant le plus de principes fertilisants, les abandonne plus facile-

ment au sol ; celle dont la richesse latente en substances utiles dissoutes, et la richesse apparente en matières minérales et organiques qui la troublent et qui la souillent, concourent le mieux et le plus activement à féconder le sol cultivé. La meilleure eau d'irrigation est une eau chimiquement impure ; ce qui n'empêche pas qu'à laide d'eaux relativement pures, employées en grandes masses, dans le but d'utiliser les quelques millièmes de principes utiles qu'elles renferment, on n'obtienne également par l'irrigation des résultats merveilleux, principalement sur les prairies.

Quant à l'efficacité des eaux employées en irrigation, les uns l'ont attribuée uniquement aux matières dissoutes, les autres aux matières en suspension. Pour d'autres encore, les eaux limpides sont les seules qui fertilisent. Tantôt on a recommandé l'emploi d'eaux douces, tantôt celui des eaux dures, chargées de principes salins. Ceuxci voient dans l'acide carbonique dissous les effets favorables, et ceux-là, les préjudices causés par rirrigation. Enfin, la température des eaux, qui constitue l'agent essentiel de fertilisation aux yeux de certains praticiens, pour d'autres est absolument indifférente (i).

L'examen que nous avons déjà fait du rôle de l'eau par rapport au sol, réduit à néant tous ces avis disparates. Il est en effet bien superflu de discuter de la qualité des eaux d'irrigation sans examiner en même temps, et comme étant en étroite relation avec elle, la qualité des divers sols.

On n'ignore pas que, sur certaines terres argileuses, des pluies abondantes qui irriguent par le fait, car elles séjournent des jours entiers sur les prés sans écoulement ni évaporation, remplacent avantageusement l'emploi de

(i) Vaickeri travaux et exféricnceSj par A. Ronna, 1888, t. II, p. 385.

lengrais. Dans les printemps peu pluvieux, les engrais qu'on applique à ces terres restent sans effet; et dans les années humides, aucun engrais ne saurait suppléer la pluie quant à ses effets fertilisants. C'est qu'ici l'eau dissout les éléments du sol qui contribuent à augmenter le rendement de Therbe.

Sur des terres bien fumées, mais légères et sablonneuses, l'eau qui tombe abondamment au printemps, a pour effet de répandre par lavage les matières solubles, telles que le nitrate de soude et même le guano. Ainsi l'eau pure, qui exerce une action favorable sur certaines terres, peut en exercer une préjudiciable sur d'autres terres. Ce que leau de pluie accomplit, l'eau de source l'accomplit également dans une certaine mesure.

Nous avons montré combien variée et complexe est l'action de l'eau. Elle introduit d'abord de l'air dans le sol, et, dans toute irrigation bien conduite, l'eau ne doit pas seulement s'écouler à la surface, mais filtrer à travers le sol. Pour ce motif, le sol doit être perméable : il ne suffit pas qu'il soit drainé superficiellement, mais profondément, par des moyens naturels ou artificiels. En amenant l'air dans le sol, l'eau introduit en même temps deux éléments essentiels de fertilité, empruntés à l'atmosphère : l'ammoniaque et l'acide carbonique, qui facilitent la solubilité des matières organiques et minérales nécessaires à la végétation. Les matières organiques sont rapidement détruites par l'oxygène de l'air, et les éléments azotés sont transformés en nitrates qui agissent comme stimulants de la végétation. Les nitrates, dont on constate la présence dans toutes les eaux de drainage, se retrouvent dans les eaux de source, et résultent évidemment des produits de l'oxydation des matières organiques du sol.

Les matières minérales subissent des modifications non

25o LES IRRIGATIONS.

moins importantes. L'acide carbonique, qui est présent dans l'eau pluviale comme dans Teau de source, dissout bien des matières minérales que leau pure n'eût pas altérées. Les eaux dissolvent ainsi des quantités plus ou moins appréciables de phosphate de chaux, dans les roches qu'elles traversent, et décomposent les silicates naturels, pour mettre phosphates et silicates à la disposition des plantes.

Le degré de dureté des eaux ne nuit pas à Tirrigation; dans le comté de Gloucester, par exemple, les prairies arrosées à Taide d'eaux très calcaires, sont remarquables. Certains praticiens ont été portés à donner la préférence aux eaux douces, dont ils attribuent la qualité à la présence cf alcalis. Or l'eau douce ne renferme pas trace d'alcalis, et en général peu de matières minérales, chaux, oxyde de fer ou magnésie. Les eaux dures, au contraire, contiennent le plus de potasse, de soude, et d'autres éléments minéraux.

Le premier point que nous considérerons dans l'étude qui va suivre, à cause de l'importance de l'azote à ses deux états, organique et minéral, c'est sa détermination dans les diverses espèces d'eaux ; puis celle des autres principes essentiels, le carbone, la potasse, l'acide phosphorique, etc., sous le rapport des terrains géologiques dont nous avons retracé les traits distinctifs ; enfin nous examinerons la question de qualité des eaux d'irrigation, telles qu'elles sont utilisées, eu égard à leur provenance, à leur température, etc.

Page 1