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IV. — QUALITÉS DES EAUX DIRRIGATION

1. Composition chimique. — Les eaux d'irrigation ne peuvent être bien jugées que lorsque Ton connaît leur composition ; c'est ce qui ressort de Tétude que nous avons faite jusqu'ici des éléments qui concourent à rendre leur action efficace. Aussi Peligot insistait-il avec raison, déjà en i853, au congrès scientifique d'Arras (i), pour que la valeur réelle de ces eaux fût constatée, avant d'en disputer les prises aux riverains. En effet, si elles agissent par les matières dissoutes ou par limonage, en charriant, pour déposer ensuite les principes qu'elles contiennent, il y aurait urgence à en connaître exactement la qualité, avant d'en réglementer la quantité.

Du moment où l'analyse chimique fournit les renseignements les plus précis sur la valeur des eaux d'arrosage, on ne peut que s'étonner de trouver aussi peu d'eaux, surtout de celles utilisées de longue date, dont la composition ait été déterminée au point de vue spécial de l'irrigation.

(i) XX* sessioriy Journ. agric. prat., t. XIX.

Les eaux d'alimentation des villes ont été souvent examinées avec soin; elles ont motivé des travaux remarquables, tels que ceux présentés par Charles Sainte- Claire Deville, dans TAnnuaire des eaux de la France en 1 85 1 , et ceux dus à Frankland, sur les eaux de la Grande- Bretagne, qui ont été publiés dans les rapports de la commission d'enquête pour la pollution des rivières. Mais il n'y a aucune relation entre la potabilité d'une eau et ses vertus au point de vue de la culture, et, sauf des déterminations précieuses concernant la matière organique (carbone et azote), l'azote à ses divers états et le chlore, que l'enquête anglaise a fait connaître, les nombreuses analyses d'eaux potables sont d'un faible secours pour décider les qualités des eaux d'irrigation, suivant les plantes et suivant les saisons auxquelles on les applique.

A défaut d'analyse, on en a été réduit à attribuer à l'eau une très bonne qualité quand on y rencontre le cresson de fontaine {nasturtium officinale)^ les épis d'eau {potamogeton perfoliatus tlfluitans)^ les véroniques [veronica anagallis et beccabunga), la renoncule aquatique {ranunculus aquatilis), et la glycérie {glyceria aquatica); une moins bonne qualité, quand elle produit les roseaux (arundo)^ les patiences {rumex)^ les ciguës {cicuta)y les salicaires (lythrum), les menthes (mentha), les scirpes {scirpa), les joncs (juncus) ; une mauvaise qualité, quand il n'y végète que des mousses et des carets {carex acuta, stricta), ou des charas qui indiquent la présence en excès de la chaux, et des nymphées qui caractérisent la stagnation. Mais il ne s'agit là que de l'eau d'une source, d'un ruisseau ou d'un étang. Aux indices des plantes, Puvis ajoute que l'eau est bonne quand il se forme sur les cailloux du fond une couche visqueuse, foncée, qu'une espèce d'algue verte nage dans l'eau tran-

quille et que les bords se couvrent d'herbe vive. Quant aux cours d'eau de quelque importance, l'inspection des prairies qui le bordent, et, à leur défaut, des gazons ou des atterrissements nouveaux, couverts d'herbe, suffirait pour s'éclairer sur la qualité des eaux.

Voici, d'après Reiber (i), ce que les expériences de l'Allemagne ont appris sur les qualités et l'action des eaux, le terrain ayant été irrigué pendant vingt-quatre heures et mis à sec.

Si la teinte qu'auront prise les fonds des fossés est d'un brun-rougeâtre, et si la surface des eaux dans ces fossés est couverte d'une couche grasse et bleuâtre , c'est que les eaux, comme le sol, contiennent des parties ferrugineuses. Si, l'eau restant limpide, les fonds des fossés présentent seuls la teinte rougeâtre, c'est que le sol contient du fer et que l'eau est pure.

Quand le dépôt laissé par la prompte évaporation des eaux dans les fossés est de couleur noirâtre, il est certain qu'elle peut être employée sur toutes espèces de terrains.

La présence de l'acide galliqae en excès est attestée par la courbure des bonnes herbes, et celle de l'acide ulmique, également nuisible, par la couleur brune du dépôt sur le gazon, l'eau restant foncée sur une certaine épaisseur.

L'eau demeurant pure et limpide, les pierres et les cailloux demeurant nets, les bords des fossés étant dépourvus de matières visqueuses verdâtres , et les fossés eux-mêmes ne montrant pas de plantes aquatiques rampantes, c'est que l'eau est de la meilleure qualité et convient à l'irrigation de tous les terrains.

Ce sont là, quoi qu'en pensent les auteurs, des indices

(0 Des prairies artificielles et des irrigations, Strasbourg, 1849.

purement empiriques qui ne sauraient tenir place d'une analyse bien faite des eaux et des terres auxquelles les eaux sont destinées.

En dehors de l'analyse chimique, on peut se guider d'après certaines considérations pratiques qui ont une valeur dans la localité où se fait lapplication des eaux , mais uniquement pour ces eaux. Heiden ne craint pas toutefois d'avancer qu'une eau est de bonne qualité moyenne pour l'arrosage, lorsque sa composition est la suivante (i) :

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