POUR 1 LITRE
Oxygène 4 cent, cubes.
Chaux 1 00 milligr.
Magnésie 8 —
Potasse 10 —
Soude 25 . —
Acide sulfurique 3o —
Chlore 3o —
Acide carbonique 176 —
Acide azotique 10 —
comme si cette composition, dans laquelle sont négligés l'azote, l'acide phosphorique et la matière organique, tout en assignant une teneur hypothétique aux autres éléments de fertilité, répondait aux besoins de tous les sols et de toutes les récoltes à soumettre à l'arrosage.
La teneur des eaux en azote exerce la plus grande influence sur leur qualité. Dans les recherches que Chevandier et Salvetat ont suivies sur les eaux d'irrigation , ils s'étaient proposé de savoir si les différences de pouvoir fertilisant qu'offrent certaines sources des Vosges, employées aux arrosages dans des conditions analogues d'exposition, de situation, de hauteur au-dessus du niveau de la mer, de température et de pureté apparente ,
(1) Lehrbuch dcr Dûngerlehrer, Hanover. 2 terband, 3 ter abtheil, p. 966.
sont proportionnelles aux quantités mises en œuvre; ou bien si elles sont, jusqu'à un certain point, indépendantes de ces quantités et liées à la présence des matières dissoutes (i).
L'étude des sols où les expériences se sont faites, des eaux d'arrosage et des récoltes, a conduit à cette conclusion que les bons effets des sources examinées ne sont dus ni aux gaz tenus en dissolution , ni aux sels alcalins ou terreux contenus, pas plus qu'à la silice ou aux composés ferrugineux, ni même à la masse variable des matières organiques dissoutes , mais bien à la teneur en azote de ces matières. Il ne suffit pas toutefois de considérer la quantité absolue de l'azote, car le rapport de l'azote au carbone dans les matières organiques des eaux d'irrigation est non moins essentiel. D'après Chevandier et Salvetat, les sources fertilisantes étudiées, paraissent agir à la manière d'un purin très étendu.
On est généralement convenu d'attribuer une plus grande valeur aux eaux des terrains anciens qu'à celles des terrains tertiaires ; mais ce sont là aussi des qualités absolument relatives, car la meilleure eau pour une terre est celle qui renferme surtout les principes faisant défaut à cette terre; de telle sorte qu'une eau calcaire peut être très utilement employée sur un sol argileux, tout en étant détestable pour un sol crayeux. De même une eau riche en potasse peut parfaitement convenir à un sol calcaire.
Puvis a beaucoup insisté sur la distinction essentielle à établir entre les eaux provenant des formations calcaires, dont l'effet très fertilisant au début va en s'amoindrissant et s'épuise promptement, et les eaux des formations primitives, également très fécondantes, mais dont l'effet
(1) Recherches sur les eaux employées dans les irrigations, iSSa.
subsiste et se prolonge en conservant aux prairies, par exemple, la même végétation et la même coloration sur leur parcours. Il s'ensuivrait, d'après ce zélé agronome, que les méthodes d'irrigation doivent varier selon que les eaux appartiennent à l'une ou à l'autre formation. Mais il y a un moyen fort simple de corriger les eaux tuffeuses ou trop calcaires, il s'agit sans doute de celles-là, qui abandonnent à Tair les sels en excès dont elles incrustent les plantes et le sol, c'est de les aérer, en les divisant. D'ailleurs, il n'y a guère d'eau qui ne s'améliore en s'éloignant de son point de départ, par le contact avec l'air et le sol.
2. Eaux calcaires. — La commission d'enquête sur les eaux de rivière en Grande-Bretagne, a tenu à examiner comparativement la composition des eaux courantes, recueillies sur les terres en culture, dans les districts à sol non calcaire et à sol calcaire. Ces deux grandes divisions, qui offrent un intérêt spécial quant à la potabilité des eaux et à leur emploi économique, n'en ont guère au point de vue de l'irrigation, sinon par l'évaluation de la matière solide fixe, de l'azote et du chlore que les eaux ont dissous; à cet égard les analyses ne sont pas à passer sous silence.
On trouvera ci-après les éléments de composition
TERRES EN CULTURE non CAlCAirea. ealcAirea.
Eaux courantes. i 2
Résidu fixe 9.52 3o.o8
Carbone organique .-.. 0.276 0.268
Azote organique 0.034 o.o53
Ammoniaque 0.007 o.oo5
Azote (nitrates et nitrites» 0.089 0.237
Azote total combiné 0.128 0.314
Chlore 1.49 2.24
moyenne : i<* de 3i échantillons d'eaux recueillies dans des cours d'eau différents de l'Angleterre, du Pays de Galles et de l'Ecosse, traversant des terrains en culture qui appartiennent aux formations non calcaires; 2° de 1 24 échantillons d'eaux courantes, rivières et ruisseaux parcourant des terrains de formation calcaire, soumis à la culture.
Il ressort de la composition des eaux de rivière s'écoulant à la surface des terrains non calcaires, que le fait de la culture n'ajoute guère de matières fixes au résidu solide d'évaporation, fourni par les eaux de pluie qui tombent sur ces mêmes terrains, non cultivés. L'écart entre o gr. 06 3 2 et o gr. 0952 n'est pas considérable. Quant à la matière organique^ la culture semble avoir pour effet de réduire la proportion que l'eau courante dissout; c'est là un fait avéré, quand on compare l'eau des sols tourbeux non cultivés et celle des sols soumis à l'assolement cultural. La tourbe s'imprègne d'eau et ses pores ne sont pas aérés; la faible quantité de matière organique soluble est enlevée par la pluie , sans qu'elle ait pu s'oxyder. Au contraire, la terre labourée laisse pénétrer et sortir la pluie; la matière organique se trouve ainsi soumise à l'oxydation énergique de l'air et du sol et se détruit ou se fixe dans le sol. La plus grande partie des engrais étant d'origine animale, malgré l'emploi de jour en jour plus grand des phosphates de chaux, des sels ammoniacaux et du nitrate de soude, l'eau est toujours souillée, en passant dans les champs en culture, de matières animales, qui, par leur décomposition et leur oxydation, donnent des nitrates, des nitrites et de l'ammoniaque. Cest en effet la matière organique animale qui caractérise les eaux superficielles des terrains non calcaires, livrés à la culture.
Les sols calcaires qui donnent en se désagrégeant des
terres arables plus fertiles que les sols siliceux ou argileux, auxquels] la chaux fait défaut, sont cultivés sur une plus grande étendue; les eaux des rivières qui les traversent sont bien plus riches en principes fixes qui comprennent les carbonate et sulfate de chaux, les nitrates de chaux et de soude et le chlorure de sodium. Le résidu solide y est en moyenne trois fois plus élevé que dans les eaux correspondantes des autres terrains ; il a varié pour les 1 24 échantillons analysés, entre o gr. 1 322 et I gr. 104 par litre. D'autre part, la matière organique oxydée se dissout dans l'eau en telle proportion que l'apport de l'engrais au sol devient indispensable pour compenser la perte de l'azote converti en nitrates et en nitrites.
Nous avons fait remarquer l'influence qu'exercent les arrosages avec des eaux granitiques sur les terrains calcaires et siliceux; inversement, les eaux calcaires sont d'un emploi très profitable pour l'irrigation des terres granitiques. Risler cite comme un résultat frappant celui qu'offrent les prairies de Semur, sur les bords de l'Armançon, coulant au fond d'une vallée granitique. Les prés descendant vers la rivière sont recouverts par les limons calcaires et phosphatés qu'entraînent les pluies, au sortir des couches liasiquesqui les dominent. Les légumineuses y abondent, tandis qu'elles sont très rares sur le sol granitique du Morvan (i).
Dans le Calvados, il y a des sources de deux natures tout à fait différentes; les unes, sortant des terrains calcaires et vraisemblablement saturées, sont très redoutées; les autres ruisselant sur les coteaux argileux, sont au contraire considérées comme très propres à la fertilisation des prairies (2).
(i) Géologie agricole^ t. I, 1884.
(2) Elie de Beaumont, Enquête Engr, ind,^ i865, t. I.
Certaines eaux sont tellement calcaires dans les pays jurassiques, que les plantes en sont incrustées. Le moyen de les corriger pour les utiliser consiste à les aérer par des chutes successives et à les enrichir de purin ou de fumier. Il faut recourir à Taération surtout quand les eaux trop calcaires ont traversé des tourbières où les matières organiques ont été privées de l'oxygène nécessaire pour en faire de Tacide carbonique qui facilite la dissolution du carbonate de chaux en excès.
Dailly a signalé le bon emploi qu'il a pu faire pendant certains mois de l'année, sur sa propriété d'Etuz, commune de Rouvres-sur-Aube (Haute-Marne), d'eaux parfaitement incrustantes. En les faisant servir à l'arrosage des prairies avant la floraison , elles déposent un sédiment calcaire qui nuit à la qualité des foins ; mais en hiver, les dépôts peuvent être lavés par les pluies avant la coupe des foins, et les effets sont'satisfaisants (1).
Des trois cours d'eau qui traversent la Sologne, la Sauldre, venant des pays marneux et cultivés, fournit des eaux fertilisantes, tandis que le Cosson et le Beuvron, prenant leur source dans le terrain argilo-siliceux, sont froides et de mauvaise qualité. Aussi les prairies naturelles riveraines ont-elles une valeur médiocre; rherbe n'y est guère récoltée avant la mi-août et doit être séchée en lieu élevé (2).
3. Gaz contenus dans les eaux. — La quantité de gaz atmosphériques dont les eaux d'arrosage sont chargées d'est pas un indice qui serve à juger de leur qualité. Il ressort, en effet, des analyses faites à cet égard, tableau LVI, que le volume d'a2X)te ne varie pas très sensiblement, qu'il s'agisse d'une eau de source, de lac, de rivière ou de puits foncé profondément.
(1) Enquête Engr. ind,, i865, t. I.
(2) Journ. Agr, prat.y i853.
L'oxygène disparaît dans les eaux profondes, mais il ne tarde pas à être dissous au contact de l'eau avec l'atmosphère. Quant à l'acide carbonique dont le volume est à peu près aussi grand dans l'eau d'un fleuve comme la Tamise, que dans celle d'une nappe à 1 1 5 m. de profondeur, il y est combiné en plus grande partie avec la chaux;
Tableau LVI. — Volume et composition des ga:( dégagés par Vébullition de 100 litres d'eaux diverses (i).
EA.rx
fl
lit.
lit.
lit.
lit.
lit.
Air almos-j Azote
phériquc. | Oxygène
Acide carbonique.