‹ Les irrigations (volume 3)Chapitre 8 sur 128 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

L^eau est un des éléments indispensables de la végétation, l'agent le plus efficace de la production agricole. Sans eau, sans humidité, les plantes ne germent pas et leur croissance est arrêtée ; dans un milieu sec, elles ne tardent pas à périr. L'eau faisant défaut au sol, le sol reste nu; rien n'y pousse. Quelques mois de sécheresse continue, même dans nos latitudes moyennes, suffisent pour brûler les moissons et détruire les prairies.

lia sécheresse. — Quiconque a voyagé dans les plaines de la Grèce, de TEspagne ou de l'Italie du sud, a pu se rendre compte des admirables effets de l'eau et apprécier la différence entres les terres sèches et les terres humides. Dès que Tété arrive dans ces pays secs, le voyageur ne trouve plus, pendant des lieues de parcours, que

raridité et son accablante monotonie. Toutes les traces de la végétation printanière ont disparu, et Toeil n a plus pour se reposer que le sol blanchi, dénudé et calciné malgré une couche épaisse de terre fertile dont il est revêtu. A quelques terrains qu'appartiennent les plaines, alluvions ou roches détritiques, on est dans la steppe,

A l'approche d'un village ou d'une ville, l'aspect change comme par enchantement ; une zone de plantes et de verdure luxuriante s'étend autour des murs et des habitations; c'est la démarcation entre l'abondance et la stérilité.

Sur les bords des cours d'eau plus ou moins taris qui sillonnent les plaines de l'Asie Mineure, aux étés brûlants, l'effet bienfaisant de l'eau apparaît également dans toute sa beauté. La plaine est nue et torréfiée par les ardeurs du soleil, tandis que les rivières sont bordées de la plus riche végétation arborescente; grenadiers, myrtes, tamaris, figuiers et rosiers sauvages; des lauriers de plus de six mètres de hauteur sont en pleine floraison.

Dès que les pluies de l'hiver ont cessé, dans les immenses régions de l'Ouest américain, les plaines et les vallées verdoyantes sont peuplées de troupeaux et de chevaux en libre pâture; survient l'été, les pacages s'étiolent et se consument; le bétail amaigri, affamé, doit être abattu, ou conduit au loin dans les hautes montagnes.

Sous nos climats plus tempérés, il est bien rare qu'il y ait un juste équilibre entre l'eau et la chaleur, ces deux facteurs puissants de la végétation, et les alternatives de siccité prolongée ne sont pas moins désastreuses que sous les climats excessifs.

La relation qui existe entre le climat, le sol et son degré d'humidité est tellement intime, que si les pluies sont rares ou peu abondantes dans une région, et qu'il y ait absence de rosées, l'évaporation étant rendue très active par la haute température, par l'état hygrométrique

de Tatmosphère, par la dominance de vents secs, ou par la trop grande perméabilité des terres, la sécheresse se produira avec ses conséquences funestes. Au contraire, si des pluies trop fréquentes ou trop durables, des rosées considérables, des eaux souterraines sans écoulement, imbibent les terres, les suites d'une humidité anormale ne seront pas moins nuisibles à la culture. Ainsi, selon les circonstances, Teau peut être une source de sécurité et de richesse, ou bien une cause de ruine pour l'agriculture.

L'irrigation qui procure l'eau, pour l'amener dans les champs, et le drainage qui l'entraîne, quand il y en a excès, ont une telle importance, que certains agronomes, et Berti-Pichat est du nombre, n'ont pas craint de poser en principe « qu'il est impossible de cultiver avec profit, « si Ton n'a pas d'avance ménagé l'arrosage et le drainage a des terres d'après les circonstances locales; et que a l'aménagement de l'eau, dans son acception la plus « large, constitue la base de toute agriculture raison- « née(i). » Il s'agit ici de l'Italie, sans doute; mais en Angleterre, comme en Ecosse, pays de brumes et de pluie, il y a des années de sécheresse fréquente où toute l'économie agricole est bouleversée; en quelques semaines, les produits du sol sont perdus pour des millions de livres sterling; les prairies, le bétail et les troupeaux sont sacrifiés au manque d'eau.

Assurément l'irrigation n'est pas appelée à donner en Angleterre les mêmes résultats qu'en Italie, en Espagne, ou dans l'Inde, sous le rapport des rendements, par exemple ; mais la sécurité et la plus-value des récoltes y acquièrent autrement d'importance.

Beaucoup de canaux navigables dont les chemins de fer ont absorbé le trafic, ou dont la section est trop faible pour

u) C. Berti-Pichat, Istitu^ioni scientijiche teaiichc, t. 11.

servir aux transports par traction à vapeur, sont devenus à peu près inutiles, malgré le capital considérable qu'ils représentent. Ils pourraient être utilisés pour Tirrigat ion, dans la mesure de la capacité des réservoirs qui les alimentent. Ces réservoirs pourraient être agrandis, multipliés, non seulement en vue des arrosages, mais encore du régime des cours d'eau.

Tout pays où l'alimentation des rivières n'est pas réglée est soumis à Tun des deux désastres : sécheresse ou inondation. Le seul moyen de porter remède à cette alternative est de construire sur les points élevés des réservoirs approvisionnant des canaux qui, au cas de sécheresse, fournissent aux terres les eaux d'arrosage, et au cas de crues extraordinaires, interceptent les eaux pluviales pour les écouler lentement vers les cours d'eau naturels dont ils améliorent le régime.

Sur les II millions d'hectares de terres en culture qu'offre l'Angleterre, les comtés du Centre et de l'Ouest représentent 6 millions d'hectares, dont un tiers cultivé et deux tiers en herbage; les comtés de l'Est embrassent 6 millions d'hectares, dont deux tiers cultivés et un tiers seulement en herbe. Si l'on admet avec Péminent agronome et statisticien Caird, pour l'ensemble des comtés, la répartition et le rendement des diverses cultures, qui suivent, on s'expliquera facilement quelle gra-

HectaroA culUyés.

i/l Froment i.385.ooo

, (Orge 565. ooo

ï Avoine et seigle 820.000

I /4 Trèfle , ray-grass , fèves et pois . i . 385 . 000 1/4 Turneps, raangolds, navette,

pommes de terre , jachère. ... 1 .385. 000

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