MODE DE CAPTAGE DES SOURCES
(0 Vidalin. Pratique des irrigations. i883, p. 37.
rieures, dans un bassin récepteur, permet de constituer des sources artificielles dont le débit est variable suivant la capacité du bassin. Considérant cette méthode de création de fontaines comme sienne, J. Dumas a consacré un ouvrage entier à Texposé du système général des eaux atmosphériques et souterraines, pour aboutir finalement à une simple application du drainage, tel qu'il était primitivement exécuté (i).
1. Fontanili. — Sur le versant italien des Alpes, dans la zone située entre la basse et la haute plaine lombarde, la plupart des eaux souterraines sont alimentées par les lacs; elles bifurquent à Tinfini, en suivant dans les sables et les graviers, les couches imperméables, jusqu'aux points où elles sourdent à une profondeur de 2 à 5 mètres.
En fonçant un trou sur le point oti se trouvent les surgeons d'eau, on constate si le niveau de Teau est tel que Ton puisse irriguer les terres inférieures; alors on fonce de o^jSo à i mètre plus bas que le niveau repéré, puis on s'assure du débit. 11 est d'usage de considérer comme une source utilisable celle qui, sur un tiers de mètre carré, fournit au moins de 6 à 7 litres d'eau à la minute. Le débit étant reconnu, on agrandit la cavité pour former la tête de la source owfontanile, dans laquelle se ramassent les eaux des divers surgeons. La forme de la \ftt diffère suivant les localités et suivant l'importance des surgeons; elle a le plus souvent l'aspect en plan d'une poire dont la queue ou asta est représentée par le canal étroit qui emmène l'eau d'irrigation (fig. 29). La longueur de la tête varie entre 80 et 100 mètres; la largeur entre 10 et 40 mètres.
On diffère sur la direction à donner à Vasta ànfonta-
(i) La Science des fontaines, par J. Dumas, 2«édlt. iSS;.
niie; les uns la veulent parallèle au courant souterrain, les autres, normale; pour les premiers, on a la chance de voir s'augmenter le débit par de nouveaux surgeons ; pour les seconds, on diminue les chances de perte, en raison de la perméabilité de la couche supérieure du terrain. Quoi qu'il en soit, on donne au pourtour de la tête un talus, suivant la nature du sol, ou bien on le consolide, s'il y a lieu, par un mur, par des palissades ou par des fascines.
SiTenceintedoit être murée et que des surgeons puissent se produire transversalement, on ménage des barbacanes demirondes , comme l'indique la figure 26; et au cas où Tenceinte est faite en fascines, on
dispose celles-ci par lits à angle droit, pour permettre à l'eau de pénétrer, venant des sources extérieures (fig. 27).
Le radier de la tête du fontanile est légèrement incliné vers son axe; cette inclinaison est moindre que celle du canal de décharge ou asta^ auquel on donne les dimensions que comporte le débit.
Au bout de quelques mois , le régime de la source ou des sources étant établi, on fonce autour de chaque surgeon en activité un baril défoncé (tino)^ cerclé en fer, ayant i",20 de diamètre à la base et i mètre à la partie supérieure. Les douves des barils ont une épaisseur de 4 à 5 centimètres et leur hauteur varie de 2 à 3 mètres.
On doit avoir soin, en fonçant ces tinellcs dans le sol,
Fig. 26. — Fontanile; tête avec enceinte
MUnÉE.
de ne pas s engager dans la couche imperméable qui supporte la nappe ou le filet d'eau. Parfois, pour rendre la tinelle étanche à sa base, on pilonne autour un bon corroi, le but étant d'empêcher que les œils des sources ne s'obstruent par le mouvement des sables.
Le haut des tinelles, qui surmonte le niveau d'eau de 7 à 8 centimètres, porte une encoche (fig. 28) dirigée du côté du canal de décharge dont la pente va en diminuant
Fig. 37.
Fontanile; tête avec enceinte en fascines.
Fig. 28. — Fontanile;
FORME DE tinelle.
seulement à partir des 200 premiers mètres, afin de maintenir la hauteur d'eau minimum, c'est-à-dire la moindre pression sur le plan d'eau des surgeons.
Le plan et la coupe d'un fontanile de la province de Bergame sont représentés fig. 29.
Le débit des sources, en Lombardie, est très variable; on l'évalue en moyenne entre 100 et 140 litres par minute. Les conditions météorologiques influent beaucoup sur ce débit qui dépend en somme de la neige et des glaces des Alpes et de la répartition des pluies dans les canaux d'infiltration. On s'est naturellement préoccupé de rechercher l'eau dans des nappes plus profondes, à
l'aide du fonçage de tubes de grand diamètre à travers la première couche imperméable; mais alors on arrive à faire de véritables puits qui entraînent à des frais plus
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FlO. 29. — FONTANILE A NEUF SURGEONS ( BeRGAME) ; PLAN ET COUPE SUR A B.
considérables. Malgré l'avantage préconisé de n'avoir pas à curer annuellement et d'obtenir le niveau de Teau à quelques centimètres de plus de hauteur que dans les tinelles, ces puits ont été condamnés par l'usage.
Comme débit dts/ontanili les plus célèbres, Tingénieur Chizzolini cite celui de Gorla , à l'ouest de la route postale de Milan à Monza, qui en hautes eaux donne 12,456 litres par minute, et à l'étiage jamais moins de 6,288 litres, ht fontanile de la Cagnola, dont la tête se trouve près de Monza, débite de 18,000 à 24,000 litres par minute. L'aqueduc Stanga, dans la province de Crémone, est desservi par trois/ontanili qui fournissent ensemble 38,400 litres par minute. Le canal Alchina, alimenté par les sources de Fornovo , servant à Tirrigation d'une partie du territoire crémasque, a une portée de 415,000 litres par minute, etc.
La plupart des sources, qu'elles proviennent de la première nappe (primo aves) qui coule dans un banc de gravier entre 2 et 5 mètres de profondeur ; de la seconde nappe, séparée par une couche imperméable de o",6o d'épaisseur {seconda aves), ou d'une troisième nappe située également dans les graviers et les sables {ter:(o aves), mais encore plus profondément, donnent lieu à des concessions particulières, dont plusieurs appartiennent aux plus anciennes familles lombardes, telles que les Litta, les Visconti, les Borromeo, les Melzi, les Belgiojoso, etc. (i). Du reste, quiconque découvre une source dans son terrain, pourvu qu'il y ait une distance de 120 mètres au moins entre elle et la tête du fontanile le plus proche, en a la propriété.
Dans la zone où ces sources se rencontrent, il y en a rarement plus de 8 à 10 par commune. Le territoire de Melzi, dans le Milanais, comprenant 2 7 communes, compte 196 têtes de fontanili. Dans la partie nord de la Lomelline, elles sont nombreuses et abondantes, en raison même de la perméabilité et de la déclivité du sol. Depuis
(0 Vignotti, les Irrigations en Piémont et en Lomhardie, Journ. agric, prat,, i863,t. IL
que le canal Cavour fonctionne, le volume des sources inférieures, par suitedes infiltrations des eaux d'arrosage, aurait augmenté de près d'un tiers (i).
Avec leurs eaux fraîches en été, presque tièdes en hiver, les sources de la Lombardie constituent surtout une richesse pour Tirrigation des prés-marcites. Dans beaucoup d'autres contrées, on pourrait, peut-être moins abondamment, mais sûrement, se les procurer au pied des massifs de montagnes et des hauts plateaux qui emmagasinent les eaux des pluies et des neiges.
2. Sources en montagne. — Dans les régions montagneuses oti des monticules, à versants plus ou moins abrupts, aboutissent à des vallées étroites et profondes, les eaux circulent en minces ruisseaux le long des coteaux, ou bien elles pénètrent dans le sol sans qu'aucune source paraisse à la surface, ou bien enfin elles s'accumulent dans des fondrières à Tétat stagnant. De là trois procédés de recherche ou de captage des eaux qui diffèrent sensiblement entre eux.
Quand les sources émergent en un seul point, à la réunion des veines du sous-sol, ou sur plusieurs points dans un périmètre déterminé, on recueille les eaux dans une petite cuvette ou réservoir muni d'une buse, formée le plus souvent d'un tronc d*arbre évidé dans lequel se trouve le trou de bonde. Par cette buse les eaux débouchent dans la rigole qui distribue Teau au terrain.
Les veines libres coulent directement du terrain sourcier dans le réservoir, mais il faut avoir la précaution de les y conduire par des rigoles; autrement, faute d'entretien, elles se perdent, ou forment des mouillères qui maintiennent le sol dans un état d'humidité nuisible. Quant aux veines qui n'émergent pas, il importe de les
(1) Pollini, Monografia délia Lomellina, Inchiesta agraria, vol. VI, t. II, part. 3.
capter par des tranchées, pour qu'elles n'affouillent pas le sol arable.
Pour les sources non apparentes dont les eaux circulent dans le sous-sol , le premier soin consiste à jalonner les veines aux endroits où la terre est humide, en temps de sécheresse; puis à vérifier les points piquetés lorsque les pluies d'automne ont rétabli la circulation normale des eaux souterraines. On dirige alors, suivant chaque trace indiquée par les jalons, une tranchée vers un ou plusieurs collecteurs qui suivent la ligne de plus grande pente, dans le thalweg des vallons.
Dès que la tranchée la plus basse est creusée pour servir de débouché aux eaux d'amont, on attaque successivement les tranchées supérieures, en approfondissant le plus possible jusqu'au sous-sol imperméable, de manière à ne pas laisser de filets d'eau non captés, au-dessous du drain, et à assurer à ceux que Ton capte un débit régulier et plus abondant. Au cas où le sous-sol ne peut être atteint qu'à une trop grande profondeur, on corroie le fond des tranchées avec une épaisseur de terre glaise, de lo centimètres environ.
La pente des tranchées doit être au minimum de i centimètre par mètre, pour que le lit soit toujours naturellement curé et que la vitesse de l'eau augmente régulièrement en vue d'empêcher les obstructions. Les tranchées sont empierrées et recouvertes de dalles ou pierres plates que l'on charge de cailloux, de mottes de gazon, puis de terre que l'on dame avec soin, afin que le tassement soit régulier. Le collecteur auquel les tranchées aboutissent est construit de la même manière; il débouche soit dans un réservoir, soit dans le canal d'arrosage.
Les sources stagnantes se forment par un arrêt brusque de la pente , et les eaux qui finissent par refluer étant rendues acides par la fermentation des plantes, devien-
nent impropres à Farrosage. Il suffit généralement pour assainir ces fondrières, si fréquentes sur les plateaux des pays montagneux, de creuser une tranchée de circonvallation jusqu'à la profondeur du sous-sol solide ou imperméable, et de lui donner une pente suffisante pour l'évacuation des eaux souterraines jusqu'au réservoir d'alimentation , ou bien jusqu'à la tête de la rigole d'arrosage. Si la fondrière renferme des sources, on les capte
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Fie. 3o. — Terraik sourcier en pente; Fie. 3i. — Coupe d'un aqueduc