FACE ET COUPE DUNE VANNK
longueur sur 5 mètres de largeur et 2 mètres de profondeur.
L'ensemble des travaux exécutés pour la concentration des eaux et des matières fertilisantes a entraîné les dépenses suivantes :
fr.
Coût du barrage 12.000
— . du canal d'amenée 6.000
— de rindemnité 12.000
— des machines élévatoires 3 . 5oo
— des constructions i . 5oo
— des fosses à engrais 700
— des réservoirs 3oo
Total 36 . 000 .
Ace total de 36, 000 francs il faut ajouter une somme d'environ 10,000 francs pour la dépense des siphons, calculée à 6 fr. 5o le mètre courant, et pour celle des rigoles, comptée à i fr. 25 le mètre. Il n'y a, du reste, de rigoles en maçonnerie que celles qui bordent les prairies, soit 200 mètres environ par hectare; les rigoles intérieures sont taillées dans le sol même.
Pour se procurer des vidanges en dehors de la ferme, un traité a été passé, moyennant la propriété exclusive pendant quatorze années, des matières fécales, avec plusieurs filatures d'Anduze, pour l'établissement de fosses étanches dans lesquelles aucune eau de pluie, ni de lavage, ne peut s'introduire. Il a été également conclu un marché avec la ville pour la construction et le service des latrines publiques.
Suivant les saisons, les matières ainsi obtenues, quicubent annuellement de 800 à i ,000 mètres, sont chargées sur des chalands d'une capacité de 5 mètres cubes, ou voiturées sur roues jusqu'à Gaujac. Pendant neuf mois de l'année, le transport se fait par les chalands qui par-
courent 2 kilomètres sur le Gardon, et 2 kilomètres surle canal d'amenée. Ces chalands abordent au pied de la noria P, c'est-à-dire, à plus de 1 2 mètres en contre-bas de la plate-forme S 1 figure 19 sur laquelle une grue fonctionne pour élever au niveau du sol les tonnes, que Ton fait rouler sur un petit chemin de fer jusqu'à la citerne fermée N. Les liquides de cette citerne, en communication avec la fosse à fumier, s'écoulent par une vanne à vis dans un canal souterrain (indiqué en ponctué, qui conduit au bassin de la deuxième noria R, établie à côté de celle qui élève l'eau du canal. Cette noria est mise en mouvement par une transmission prise sur la grande noria; ses godets ont été calculés comme nombre et comme capacité, par rapport à ceux de la noria P, de façon que le mélange d'eau et d'engrais liquide s'opère dans les proportions voulues. Ainsi les matières fluides provenant d'Anduze et marquant 5 degrés à l'aréomètre Baume, n'indiquent plus après leur mélange avec les purins de la ferme que 3 degrés. Pour les arrosages de février, on additionne 2 parties de ce liquide à 3 degrés, avec une partie d'eau du canal; pour les autres arrosages qui suivent chacune des coupes, on additionne, au contraire, une partie du liquide avec 3 parties d'eau.
Les neuf hectares de prairie arrosés par la noria reçoivent en moyenne, par hectare, 180 mètres cubes de purin à 3 degrés, depuis le i5 avril jusqu'au i5 septembre; la durée de l'épandage étant d'environ 5 heures par semaine et par hectare. Au mois de février, la fumure de l'hectare comporte 80 mètres cubes de purin, mélangés avec 5oo mètres cubes d'eau. Les coupes se font au nombre de trois et rendent successivement 5,000, 2,5oo et 2,5oo kilogr.; soit en tout 10,000 kilogr. à l'hectare. Après chacune de ces coupes, l'arro-
ssage s'opère avec 5o mètres cubes de purin pour 5oo mètres cubes d'eau.
Les prairies arrosées directement par le canal comportent une fumure moins considérable que celles desservies par la noria, à cause de la meilleure qualité du sol. Le produit en foin y est un peu plus considérable, par suite du volume d'eau plus important qu'absorbe le sol, d'une plus faible pente; mais le foin y est de qualité inférieure. La compensation s'établit dans les deux cas comme rendement en argent.
Enfin les terres soumises au colmatage ont dû rester immergées pendant huit ans avant d'être converties en prairies.
Outre les engrais liquides destinés aux prairies, on fabrique des composts avec les matières solides disponibles et notamment avec les curages du canal, auxquels on ajoute, selon la nature du sol et des plantes en rotation, des engrais minéraux. La fabrication de ces composts est conduite avec une grande intelligence. Après les crues périodiques du Gardon, on vide en décembre le canal d'amenée, et quelques jours après la mise à sec, on rejette sur les berges les amas de mousses et de limon qui se sont accrus pendant l'année. Lorsque ce travail est fait, on remet le canal à flot et les chalands recueillent sur leur passage tous ces dépôts que l'on amène au pied de la noria, et comme pour les tonnes de vidanges, dans la fosse à compost M (fig. 19;. Les détritus sont mélangés dans cette fosse avec des cendres, des phosphates, ou des matières fécales. Le canal en fournit près de 3o,ooo kilogr. par an, à un prix de revient de 25 à 3o centimes par mètre cube rendu dans la fosse. La plus grande partie, mélangée à de la chaux, sert à amender les prairies qui recouvrent le sol argilo-schisteux. L'autre partie absorbe les vidanges et
se mêle avec une proportion de chaux, ou de plâtre, calculée pour la fixation des gaz. Grâce à cette importante fabrication de composts, il a été possible de parer au manque de litière dont la suppression des céréales, sur une partie de la ferme, déprive le sol, et de se procurer dé Tazote au-dessous du prix du commerce.
Pour terminer ce qui a rapport à l'exploitation de Gaujac, il y a lieu de signaler Tassolement des lo hectares arables, s'étendant sur trois années: première année, pommes de terre, avec défoncemeni; deuxième année, blé; troisième année, avoine, ou un autre blé.
Les récoltes industrielles comprenaient 3 hectares en rosiers, qui se plaisent, comme on le sait, dans un sol argilo-schisteux et réclament peu de frais de culture. La production moyenne à Thectare est d'environ i,ooo kilogr. de roses, valant de o fr. 5o à o fr. 60 le kilogramme, et le produit en argent atteint de 35o à 400 fr. Comme les roses fermentent très rapidement et ne supportent pas le transport, un traité fut passé avec un parfumeur de Cannes, auquel était louée la distillerie. Cet industriel y distillait non seulement les roses dont les résidus sont à peu près nuls, mais aussi les lavandes dont les résidus sont préférés à la paille de blé pour les étables. La distillerie en fournissait environ 5o,oookil. par an.
On maintenait sur Texploitation pendant toute Tannée deux paires de bœufs et deux chevaux, plus une troisième paire de bœufs, de juin à novembre. Un bœuf fournit en moyenne 10 kilogr. de purin (solide et liquide) par vingt-quatre heures, indépendamment de ce qui est absorbé par la paille. Du mois d'octobre à la lin de janvier, on engraissait, avec les herbages d'hiver et les feuilles de mûrier conservées dans ce but, des moutons, des vaches, ou des bœufs. Le nombre de tôtes à
Tengrais variait peu : c'était le plus souvent 200 moutons, et de 3o à 40 vaches, ou bœufs.
Le foin des prairies, sauf la provision nécessaire aux besoins de la ferme, qui était évaluée de 5o à 60,000 kilogr., se vendait au prix moyen de 9 fr. les 100 kil. Quant aux mûriers qui profitent de Tarrosage, et qui ont été conservés, malgré la transformation de Gaujac, les feuilles du printempji servaient aux vers à soie, et celles du mois de septembre étaient emmaganisées pour l'alimentation du bétail.
En ajoutant au capital primitif de Gaujac une somme de 100,000 francs, consacrée aux travaux d'irrigation, aux bâtiments, à Toutillage, etc., on s'était proposé d'obtenir l'ancien prix de fermage fixé à 7,000 francs, plus rintérêt à 10 pour 100 du capital engagé à nouveau. Ce résultat prévu a été dépassé depuis que les terres en colmatage ont été converties à leur tour en riches prairies; il était déjà atteint dans les conditions que nous venons de décrire, c'est-à-dire, en augmentant l'ancien produit en mûrier qui subsiste et qui formait le principal revenu de l'ancien domaine, par celui des prairies que fertilisent les eaux animalisées, et des terres mieux fumées; en améliorant l'outillage; en créant des cultures industrielles appropriées à la région; enfin, en profitant des ressources de production que fournit l'arrosage.
Californie.
En Californie, le succès de l'élève du bétail en prairie, et de la culture des céréales, dépend uniquement de la chute d'eau pluviale et, à son défaut, de l'irrigation. Sans eau, le sol, malgré ses excellentes qualités, T. III. 34
53o LES IRRIGATIONS.
ne rend rien. Datis la vallée de San Joaquin, quand rirrigation n'est pas pratiquée, on obtient une récolte trois fois sur cinq, et pour cette récolte, le rendement est de i3 hectolitres de blé par hectare, tandis que dans les terres irriguées, il atteint de 23 à 25 hectolitres.
Dans son rapport à la commission parlementaire (i), M. Clay décrit l'exploitation d'un ranche de plus de i3o,ooo hectares, situé en amont de la vallée de San Joaquin, au défilé qui sépare les Sierras Nevadas des monts de la Côte, et dont toutes les récoltes sont obtenues par l'irrigation. Dans ce ranche^ 1 6,000 hectares sont à la fois en assolement régulier; soit 8,000 en froment, 3,ooo en orge, et le reste en luzerne [alfalfa]^ L'eau est fournie par la rivière Kern et conduite par des canaux sur les points principaux du domaine. A partir des canaux, l'eau gagne les champs dans des fossés de dimensions différentes, munis de vannes, et la submersion s'étant prolongée le temps nécessaire, grâce aux digues qui entourent chaque pièce, l'eau est écoulée sur la pièce voisine. La submersion est assez bien installée pour qu'un seul ouvrier subvienne à l'irrigation de 400 hectares par semaine. Pour les céréales, une seule submersion suffît; mais pour la luzerne, il faut répéter plusieurs fois. '
Sur un sol parfaitement aride, l'irrigation porte le rendement moyen par hectare à 23 hectolitres de froment, à 27 hectolitres d'orge, et de 3o à 35 quintaux de luzerne. Ce fourrage constitue la récolte la plus admirable pendant toute la saison estivale, à cause de la profondeur qu'atteignent ses racines dans le sol pério-
(1) John Clay, Report on the state of Califomia; Royal Commission on agriculture ; Digest and appendiXy 1881 ; p. 820.
LES IRRIGATIONS. 33i
diquement submergé. Fauché trois ou quatre fois, il laisse un regain que les animaux peuvent encore pâturer en automne et en hiver. Si Ton irrigue le premier jour du mois, par exemple, on obtient une coupe mise en meule avant le premier du mois suivant. La rapidité de la croissance de Talfalfa est extraordinaire, sous l'action de Tarrosage.
Le bétail et les moutons consomment la luzerne pendant l'hiver; le foin est réservé pour les animaux à l'engrais. De même, le chaume des céréales, à peine la moisson enlevée, est mangé par les moutons qui nettoient et fument les terres.
Les pâturages du r anche de Haggin et Carr maintiennent ainsi annuellement 12,000 têtes de bétail, 75,000 moutons, 2,000 chevaux et 5 ou 6,000 porcs.
De 3 00 à 5oo journaliers sont occupés sur les terres exploitées; la plupart sont des Chinois qui reçoivent 5 fr, par jour, sans la nourriture, dont le coût moyen est évalue par semaine et par tête à 12 fr. 5o. Les chefs de service, surveillants, irrigateurs, employés, etc., reçoivent depuis 5 jusqu'à 2 5 francs par jour; ils sont logés et nourris.
Le coût d'entretien d'un cheval ou d'un mulet est de I fr. 10 par jour; celui du labourage de i3 à i5 francs par hectare, et celui du battage à la machine, de i fr. à I fr. 10 par hectolitre de blé. L'établissement des clôtures représente une dépense de 1,600 francs environ par kilomètre.
De vastes ateliers permettent non seulement d'ouvrer les matériaux nécessaires aux constructions, mais de fabriquer sur place les outils et les machines qui sont appelés à remplacer partout où cela est possible la maind'œuvre coûteuse. Charrues, faucheuses, râteaux, batteuses, loco mobiles, etc., des types les plus perfectionnés, sont établis ainsi à bon compte et maintenus en état.
Indépendamment des surfaces consacrées aux cultures en assolement, la compagnie propriétaire afferme des terres aux colons italiens, portugais, etc., par lots de loo et 200 hectares; chaque lot a son habitation, ses bâtiments de ferme, les chevaux et le matériel nécessaires. Le paiement est d'un quart du produit brut des récoltes venues par l'irrigation.
Le ranche Haggin et Carr produisait en Tannée 1880 : 2,000 têtes de gros bétail, 10,000 moutons, 5, 000 agneaux, et 1 87,000 hectolitres de froment, vendus sur le marché. Les impôts s'élevaient à 1,67 pour cent du produit de la vente , et le capital déjà absorbé dans cette immense entreprise industrielle, basée uniquement sur l'irrigation, était de plus de i5 millions de francs.