‹ Les irrigationsChapitre 106 sur 145 · I. HISTOIRE · texte numérisé non relu

I. HISTOIRE

L'origine des irrigations se perd dans la nuit des temps. Dans les contrées aux étés brûlants, où toute végétation s'arrête ou meurt par la sécheresse, Tart des irrigations est naturellement né avec l'agriculture. Les premiers agriculteurs de l'Orient, mettant à profit les inondations des cours d'eau, les nappes souterraines, les réservoirs, et finalement les canaux, ont dû commencer par arroser leurs terres pour les faire produire et entretenir leur fertilité. Jadis , comme aujourd'hui , l'eau a tout fait pour le sol.

Parmi les nombreux vestiges que l'on retrouve des travaux hydrauliques exécutés pour recueillir et conduire les eaux, figurent ceux des plus anciennes civilisations, au temps de leur plus grande splendeur, en Chine, dans l'Inde, en Assyrie et en Egypte. Partout, dans l'histoire des nations de l'Orient, la perfection de l'art des arrosages coïncide avec le degré de lumière et de vigilance des dynasties régnantes. Il semble que chez toutes, les ouvrages destinés à fertiliser le sol, aient eu pour conséq^uence directe, de discipliner les peuples, en les at-

tachant aux institutions qui protègent le travail agricole, et d*ennoblir leurs destinées, en les aidant à coloniser d^immenses contrées où les récoltes les plus variées : céréales, riz, soie, coton, sucre, épices, encens, fruits et arbustes précieux, jointes à Télève d'un nombreux bétail, de chevaux et de troupeaux, ont créé l'opulence, à Tabri d'une législation sage et pratique.

L'histoire des irrigations dont TOrient fut le berceau a fourni ample matière à Jaubert de Passa qui leur a consacré un important ouvrage (i) où abondent les renseignements puisés dans les anciens auteurs et dans les récits des voyageurs modernes, sur l'étendue et le rôle des travaux hydrauliques, l'état de l'agriculture et son régime légal chez les peuples de l'antiquité. C'est seulement l'esquisse à grands traits d'un aussi vaste sujet que nous essaierons de présenter ici.

Aussi loin que la science historique permet de découvrir l'horizon, apparaissent et brillent simultanément de grands centres de culture : l'Egypte, dont Téclat remonte au moins à 5o siècles avant notre ère; l'Inde, dont l'époque védique seulement, est de 20 siècles antérieure à Jésus-Christ; Babylone, Niniv£, l'Iran et la Chine où régnèrent les dieux, puis les descendants des dieux, inventeurs du feu, des maisons, de l'agriculture, des arts et métiers, etc. La chronologie régulière des Chinois remonte à 27 siècles avant l'ère actuelle, c'està-dire bien au delà de leur première émigration, venue du versant nord-est du Kouenlun, pour suivre la vallée qu'arrose le cours inférieur de l'Hoang-Ho. « Ces points « centraux rappellent involontairement les grandes « étoiles qui étincellent au firmament, ces éternels soleils

(I) Jaubert de Passa, Recherches sur les arrosages che^ tes peuples anciens^ 4 vol., 1846-47.

« des espaces célestes dont nous connaissons la force lu- « mineuse, sans pouvoir, sauf pour un petit nombre <c d'entre eux, mesurer la distance qui les sépare de notre « planète (i). »

Page 1