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L INDE

D'après les plus anciens textes de l'Inde, l'eau employée en agriculture est un bienfait tel que les divinités Tont pour agréable. La plus vieille chronique, le Paorana, écrit en langue sanscrite à une date restée inconnue, apprend qu'aucun bonheur n'est éprouvé

(i) Héricart deThury, Rapport à la. Société roy. et centr, d'agriculture^ 1S46.

(2) Mémoires concernant les Chinois; t. VIII, p. 309. {S) Accotait 0/ the embassy ofthe Earl of Macartney toChina;X. 11, p. 345.

dans les trois mondes : ciel, terre et enfer, sans eau. « Aussi tout homme sage et éclairé doit faire que Ton a édifie des réservoirs, des étangs, des puits, etc. »

Plus loin, il y est dit : « Quiconque construit des « puits, des canaux de distribution d'eau, établit des « jardins, des plantations d'arbres, donne des filles en « mariage et pourvoit à l'édification des barrages, des « ponts, etc., sur les rivières ; et tout cela, par charité « pour son prochain, obtient dans le paradis une féli- « cité éternelle. Quiconque aussi maintient en pleine a eau ses réservoirs, ou ses étangs, mérite un bonheur

a éternel sans conteste O toi, fils de Kenti, procure

« au prix de toutes tes richesses, que le volume d'eau « soit grand ; car l'homme dont le réservoir peut étan- « cher la soif d'une vache, est le sauveur de sa fa- « mille (iV. »

C'est dans le Rig-Veda que l'on lit aussi : « Ce- « pendant les eaux, mères des êtres et amies des « hommes pieux, viennent, suivent leur voie, et dis- « tribuent leur lait aussi doux que le miel, n

Comme les livres sacrés, les lois de Menou, de Brahma, de Bouddha, qui déclarent la libené du sol, organisent la propriété et fondent la commune, en comprenant parmi ses agents le distributeur de l'eau, classent la construction des réservoirs et des canaux parmi les œuvres que récompensent les divinités. L'eau, dans la mythologie hindoue, est le premier principe de la création; c'est pourquoi le lotus, plante d'eau, est une fleur sacrée, et le fleuve Gange est sacré également, « car il provient de l'eau dans laquelle nage l'univers ».

Le bassin de l'Indus, où s'établit la première race civilisée de l'Inde, couvre une superficie d'un million de

(0 Dtinvers, Eng-ineering in Jndia; Transactions Soc, 0/ Engineers, 1868.

kilomètres carrés. Il comprend au nord, le Punjab, où s'élendent en éventail six tributaires du fleuve, et au midi, le Sind. Aussi bien sur la moitié du territoire du Punjab, que sur la vallée entière du Sind, la région d'une aridité extrême, recevant moins de o",38 de hauteur de pluie annuelle, a été le plus anciennement arrosée; Tirrigation était indispensable pour assurer l'existence des populations.

Dix siècles avant l'ère vulgaire, parmi les milliers de canaux qui sillonnaient le territoire, il y en avait dont la longueur atteignait jusqu'à loo lieues. L'un d'eux réunissait THyphase (ou Garra) au Gange, séparés par 245 kilomètres de distance; un autre venant de Pamput, traversait le Doab sur 3o lieues et rejoignait le Djemmat, près de Delhi (i).

Sous les princes indiens, l'irrigation se pratiquait à l'aide de réservoirs, de préférence aux canaux, dont on trouve encore les vestiges dans le Maratta méridional et aux environs des sources du Tambuddra et de ses tributaires. Le système des canaux, dans le delta de Tanjore, remonte au deuxième siècle de notre ère. Sous le règne d'un Rajah Veeranum qui Ht la conquête du Tanjore, l'armée envahissante, venue de la province stérile du Teligoo, au nord, fut employée à creuser de grands canaux d'irrigation, en môme temps qu'à édifier des pagodes gigantesques. Le colonel Baird Smith (2) observe que ces canaux témoignent d'une grande hardiesse dans le tracé, mais aussi d'une prodigalité de matériaux, qui leur impriment un caractère massif, hors de proportion avec le but de pareils ouvrages.

Les réservoirs de cette môme époque sont exécutés

(i) Héricartde Thury, loc, ci7., p. 7.

(2) Baird Smiih, Irrigation 0/ southern India, 1860.

sur une échelle aussi grandiose. Les barrages de Paonary, district de Trichinopoly, sur 48 kilomètres de longueur; de Veeranum, sur 16 kilomètres, et une foule d'autres d'égale importance, étaient pourvus d'écluses et de vannes pour la distribution des eaux.

Le premier canal Indien dont il soit fait mention authentique dans les livres, remonte à l'an i35i, sous le règne de Feroze-Toglach qui fit édifier, dit-on, 5o barrages sur les rivières, et 3o réservoirs pour les irrigations, outre 40 mosquées, 3o collèges, 100 caravansérails, 100 hôpitaux, i5o ponts et nombre de palais. Un décret du grand Akbar, daté de i568, ordonne que l'on creuse plus profondément, et sur une plus grande largeur, le canal Feroze-Shah qui s'était en partie comblé. Un demi-siècle plus tard, sousle règne du Shah Jehan, de nouveaux canaux furent creusés; celui entre autres de Delhi, destiné à l'embellissement de sa résidence favorite, Shah jehanabad , dont l'exécution fut confiée au célèbre ingénieur Ali Mardam Khan. En 1626, le canal de Delhi fonctionnait encore, et seulement vers i/SB, sous le règne d'Alumgir II, il resta à sec. De même, vers 1707, le canal Ferozene coulait plus dans Hurriana, ni en 1740, à Suffidun. Les canaux du Mongol, vers le milieu du siècle dernier, avaient ainsi cessé à peu près de fonctionner. Le canal du Jumna Est, ouvert de nouveau en 1780 par Zabîta Khan, ne coula que pendant quelques mois.

Les canaux des provinces du nord-ouest, tracés sous la dynastie mahométane, suivant les courbes de niveau avec de grandes sinuosités, sans égard pour le règlement des chutes qui créaient des dépôts et des ravinements, n'étaient pas faits pour avoir une durée comparable à ceux de la dynastie hindoue, dont les ruines étaient encore debout au dernier siècle, dans le delta de

Kisnah, et dans le Guntoor. Les deux canaux de Boodaimair et de PoUîer servaient depuis des siècles aux irrigations.

Cestdans Tlnde principalement que naquit et se développa, sous rinfluence de la religion de Bouddha, le culte des végétaux; déjà avant notre ère, grâce aux monastères bouddhistes, les habitants de la Chine et du Japon étaient familiarisés avec les espèces végétales les plus précieuses de THindostan. Le docteur Bîrdwood attribue la plupart des arbres à fruits qu'il faut arroser aux pays indiens, d'où ils ont été importés par la race aryenne dans les autres contrées (i). Le citron, Citrus medica^ serait originaire des monts Himalaya ; l'orange, dérivée du Citrus aurantium sauvage, serait originaire de Gurwhal, Sikkem et Khasia, et le limon, dérivé du Citrus limonum, de Sikkem et de Kumaon. Le grenadier, Punica granatum^ vient du nord-ouest de l'Inde; la premièrcémigration aryenne le porta en Médie et en Syrie. Plus tard , les Phéniciens et les Carthaginois le cultivèrent, d'où le nom latin; absolument comme le nom du dattier, PhœniXy est attribuable aux Phéniciens. Le fruit du grenadier est constamment représenté sur les bas-reliefs assyriens et égyptiens, avec les raisins et les pèches. La Bible en fait souvent mention. Son nom hébreu était rimmon, qui est devenu le nom arabe rumman^ et celui de plusieurs localitésen Palestine. La vignede l'Inde est répandue par les Aryens dans les pays « où croissent les pâles citrons; où brillent les fruits d'or sous leur sombre feuillage; où la brise qui souffle du ciel azuré est plus douce que l'haleine; où le laurier a l'allure tranquille ; où le myrte pousse droit et fier. »

Le coton , originaire de l'Inde, a été cultivé et ou-

D' G, Birdwood, Manuel de la section des Indes britanniques, 1878.

vré par les Indiens dès la plus haute antiquité. La manufacture des tissus, déjà très répandue dans l'Hindostan, avait atteint une grande perfection à Tépoque à laquelle les premiers historiens grecs font mention de ces contrées, où elle resta pendant longtemps confinée (i).

Les Égyptiens cultivaient le coton, qu'ils appellent kotu, mais après l'avoir reçu de Tlnde, en même temps que les procédés de tissage, applicables à la laine et au chanvre.

Ceylan. — L'île de Ceylan montre de merveilleux travaux hydrauliques, exécutés bien longtemps avant les Arabes, par les Hindous. On y compte 3o étangs et 700 réservoirs, dont le principal, celui de Padivil, près d'Anuradhapoura, est formé par une retenue de 18 kilomètres de longueur, 27 m. de hauteur, 70 m. de largeur à la base qui a 10 m. au couronnement. Dégradé par la suite des siècles, il coûterait plus de 3o millions de francs à restaurer (2). On trouve le pendant de ce réservoir dans rinde, àSaymbrumbacum, capable d'alimenter pendant 18 mois les cultures de 32 villages, et offrant une nappe d'eau de i3 kilomètres de longueur, sur 6 kilomètres de largeur (3).

Java. — Nulle part peut-être l'irrigation n'a donné de plus belles et de plus riches récoltes que dans l'île de Java, où l'arrosage pratiqué aux époques les plus reculées s'est maintenu, malgré tous les obstacles et la disparition des villes qui lui furent jadis redevables de leur prospérité. Le temps a laissé debout l'immense barrage en briques (325 m. de longueur sur 4 m. de hauteur) qui alimentait les rizières et les riches terres à coton de Saurabaya.

(1) Vcrdeil, de V Industrie moderne, 1861, p. 337.

(2) A. Léger, les Travaux publics aux temps des Romains, loc. cit. p. 427.

(3) Vignotti, les Irrigations du Piémont et de la Ijombardie, loc. cit.

Inde moderne. — Sous un climat que caractérisent les alternatives de pluies diluviennes et continues et de sécheresses extrêmes prolongées, Tirrigation est le salut unique de l'agriculture, et Tunique moyen de pourvoir aux subsistances de la population, comme aussi à l'augmentation des revenus. Cest ce que l'administration britannique a bien compris en cherchant, dès 1817, sous la lieutenance du marquis de Hastings, à restaurer dans le nord-ouest les canaux de Delhi et du Doab, et dans le nord, les réservoirs de retenue des eaux de pluie (i).

Deux systèmes furent dès lors étudiés et poursuivis au début avec plus ou moins d'activité, en ce qui concerne les canaux. Le premier système appliqué dans les provinces du Midi, présidence de Madras, consiste dans rétablissement sur le delta des grands fleuves, tels que le Godaveri, le Kistnah, etc., de barrages qui permettent d'élever le niveau des eaux jusqu'aux canaux dominant les alluvions irrigables (2). Le deuxième système pratiqué dans le nord , reporte les prises d'eau en amont, au pied des montagnes, de manière à pouvoir commander l'irrigation des vastes plateaux, tels que le Doab. Enfin, pour les terres basses, Khadis, situées notamment le long du Punjab , les canaux dits d'inondation ont été partout rétablis ou creusés, dans le but de donner, au moins aux récoltes d'automne, l'arrosage fourni parles crues des rivières (3).

Les canaux exécutés par le gouvernement britannique dans ce dernier demi-siècle, dépassent comme proportions, les plus grands travaux de la haute Italie et du monde. Suivant Baird Smith, le seul canal du Gange,

(1) Voir tome !•', livre V, les Réservoirs dans Vlnie, p. 536.

(2) Voir tome II, livre Vil, Barrages de Madras et de la SonefP. 109.

(3) Danvers, loc. cil.

LES IRRIGATIONS. b^S

débite un volume d'eau trois fois plus grand que la Muzza; la superficie arrosée est huit fois plus étendue, et il est trente fois plus long, assurant un revenu annuel centuple. Il n'y a pas d'ouvrages d'art, sur les canaux de la Lombardie, qui approchent en importance de ceux des canaux Indiens du nord. Ainsi, sur le canal ouest de la Jumna, dont le débit égale celui de la Muzza, avec une longueur décuple, correspondant • à un territoire irrigué cinq fois plus étendu, on compte 670 bouches d'écoulement, au lieu de yS; 214 ponts au lieu de 6, et le revenu brut atteint 750,000 francs par an (i).

Les canaux récemment construits offrent une section de 18 à 54 mètres de largeur sur 2^,75 de profondeur; ils sont tous pourvus d'écluses qui facilitent la navigation de bateaux à vapeur , de 3oo à 400 tonnes.

Parmi les grandes entreprises des provinces du Midi, la plus anciennement réalisée a été celle du delta du Cauveri. Un barrage de 1,600 m. de longueur, jeté à travers le fleuve, assure l'arrosage de 400,000 heaares et un revenu annuel de plus de 1 2 millions de francs. Dans la présidence de Madras, les deltas du Godaveri et du Kistnah ont été soumis de même à l'irrigation, grâce à la construction de barrages déjà décrits, qui alimentent 3,000 kilomètres de canaux et de rigoles. Le district du Godaveri , autrefois l'un des moins fertiles et des plus éprouvés , se classe comme le second de la Présidence, dans Tordre du revenu, depuis l'irrigation; le premier est celui de Tanjore anciennement irrigué

Après les travaux du Godaveri représentant une dépense de 12 millions et demi, sont venus ceux du canal du Gange qui coûtaient déjà en 1867, 56 millions; puis

(i) Baird Smith, Italian irrigation; Report on the agricultural canais etc., i852.

ceux du Punjab, dont le canal est dérivé de Tlndus, moyennant^ un coût de 2 5 millions de francs, à la même date; enfin ceux de la Jumna, du Sind, de Bombay, de Tombudra, d'Orissa, etc.

L'ensemble de ces dérivations auxquelles se joignait, en 1867, une canalisation intérieure de i ,600 kilomètres forme un admirable réseau , relié depuis par des lignes secondaires qui établissent une navigation continue de Kurrochee dans Touest, à Suddye, à Test (4,000 kilom.) et àTanjore au midi (5, 000 kilom.).

Comme rendement des travaux d'irrigation, le major Sir Arthur Cotton l'estimait, dans les districts du Godaveri, pour un coût de 87', 5 o par hectare, le prix de Teau étant de i5',45 par hectare (i), à plus de 40 pour cent. Depuis que les travaux ont été terminés, le coût s'éiaat élevé à 78 francs environ par hectare, prix moyen applicable à toutes les plaines , le rendement se serait abaissé à 20 pour cent (2).

Les rapports du gouvernement ont établi qu'en raison des irrigations fournies par les canaux de la Jumna (provinces du nord-ouest), la valeur en augmentation de récoltes atteignait 36 millions de francs. Or, le canal de l'est de la Jumna avait rapporté à lui seul, en dehors de la plus-value des récoltes, 244,000 francs à l'État, c'est-à-dire 5o pour cent. Quelles que soient les estimations de bénéfice, 20 pour cent suivant Cotton, ou 5o pour cent suivant Baird Smith, le résultat est le même, puisque le gouvernement et les populations qui se livrent à la culture des terres arrosées sont largement indemnisés du capital que les travaux ont coûté (3).

(1) Voir tome I", p. 541.

(2) Engel UoWfus, Production du coton; Rapp. jury intern., classe ^3^ 186S.

(3) Colonel C. H. Young (ingénieur en chef des provinces basses du Bengale), Report o/May i858.

De 1868 à 1878, pendant 10 ans, le gouvernement a consacré aux entreprises d'irrigation la sojnme énorme de 261 millions et demi de francs. Pour Tannée 1877-78, il a perçu 12,379,000 francs, et en défalquant 9, 269,0 00 francs de dépenses faites dans la même année, il lui restait comme produit net, 3, 11 0,000 francs (i).

Comme aperçu sommaire des travaux gigantesques exécutés jusqu'à ce jour, nous signalerons :

1. Dans le Punjab; un premier réseau, Bari Doab- Sirkind, d'une longueur de 1720 kilomètres, ayant coûté plus de 37 millions, et arrosant i5o,ooo hectares compris dans les districts de Gurdaspur, Amritsar, Lahore et Montgomery, entre les fleuves Ravi et Sutley; un deuxième réseau, Jumna-ouest, de même longueur environ, ayant coûté 21 millions jusqu'en i883, et arrosant 122,000 hectares dans les divisions de Delhi et de Hissar. Les canaux d'État, Punjab, irriguent actuellement 3 millions d'hectares de terres classées de première qualité, dans les vallées et dans les plaines.

Un troisième réseau de canaux du Sirhind, représentant une dépense de plus de 100 millions, vient d'être achevé pour l'arrosage des divisions Ambala, Lahore, et Firozpur.

Dans le midi du Punjab, jusque vers le Sind, et dans l'immense territoire de Multan arrosé par le cours supérieur de cinq fleuves , les irrigations sont alimentées par les canaux d'inondation .

2. Les provinces du Nord-ouest (Bengale) sont desservies par des canaux d'État qui arrosent 61 3, 000 hectares et des canaux particuliers qui desservent 2,147,000 hectares. Parmi les canaux d'État, les principaux, sont indiqués dans le tableau XL V, en regard des surfaces irriguées et des dépenses faites jusqu'en i883.

(1) Hunter, rAe Indian Empire. 1882.

Tableau XLV. — Canaux d'État des provinces . du Nord-Ouest de l'fnde.

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