‹ Les irrigationsChapitre 107 sur 145 · LA CHINE · texte numérisé non relu

LA CHINE

Que les fondateurs de la civilisation de T Empire céleste, Yao, Chun et Yu, également vénérés dans les livres sacrés, aient régularisé les cours des grands fleuves fileu et Jaune, ou que leurs successeurs, sous la dynastie de Tchéou, aient eux-mêmes dérivé les grands canaux qui sillonnent le territoire, il paraît avéré que l'irrigation suivit de près le système grandiose de colonisation entreprise par les premiers empereurs, bien des siècles avant l'ère chrétienne.

La vie pastorale étant encore celle de la plupart des peuples de l'Occident, le Tchéou-li nous a conservé les règles de culture appliquées en Chine, 200 ans avant Jésus-Christ, et les prescriptions imposées aux fonctionnaires chargés de surveiller l'ensemencement des terrains submergés.

« Ils sont préposés à Tensemencement des terres basses, est-il écrit; ils rassemblent les eaux au moyen de réservoirs; ils arrêtent les eaux par des barrages; ils les répartissent par des rigoles; ils les font s'écouler par des saignées entre les sillons; ils les font circuler par des conduits intérieurs; en allant dans l'eau, ils enlèvent les vieilles tiges des plantes coupées; ils préparent les champs.

« Pour ensemencer les étangs, ils détruisent par leau les herbes pendant Tété; ils les coupent et les

(i) A. de Humboldt, Cosmos, 2* partie. Introduction, p. 92.

arrachent; dans les lieux où croissent les plantes aquatiques, ils sèment des grains à épis (i). »

Parmi les commentaires auxquels ces prescriptions donnent lieu, Wanging-Tien observe que :

« Dans la plaine oti le sol est élevé, l'eau est à une certaine profondeur, la terre est fertile. Elle convient aux différents millets, aux plantes potagères, au froment. C'est seulement près de Teau qu'il y a des terres basses. On doit apprendre aux peuples à les ensemencer en les inondant, par l'entremise de fonctionnaires qui les dirigent. »

Le commentaire A définit l'expression « grains à épis » par riz et froment ; mais le commentateur Tchi- King remarque que le froment ne convenant pas pour l'eau, il s'agit seulement de riz.

Ainsi, la Chine serait redevable à l'initiative et à la sollicitude de ses empereurs, des rizières produisant la nourriture la plus abondante, et utilisantle plus complètement les matières fertilisantes des eaux (2). Elle leur doit également les canaux de navigation et d'arrosage.

Le canal Impérial qui réunit le Pei-Ho avec le Yangtse-Kiang, fut commencé au septième siècle et achevé seulement au neuvième siècle de notre ère. D une longueur de i35o kilomètres, il établit une communication navigable de 3, 200 kilomètres, desservant 40 villes (3), et donnant des eaux pour les arrosages des terres.

Dans la Chine proprement dite, que bornent la grande muraille, la mer et les premières montagnes

(1) Tchéou-Li, Traduction de Ed. Biol, liv. XVI, p. 366.

(2) Simon, î^ote sur les irrigations; Enquête sur les engrais industriels^ l. I, p. 623.

(3) Knight, American Dictionary , t. I. p. 437.

du Thibet, la densité de la population est en moyenne de 4 habitants par hectare; mais dans certaines provinces, comme celle de Kiang-nan, elle atteint jusqu'à lo habitants, et dans les plaines de Pékin et de Tchentoa près du Thibet, jusqu'à 1 5 et 17 habitants.

Pour pourvoir à la nourriture et au développement d'une population aussi dense, quelque industrieuse et sobre qu'elle soit, la terre, appelée à fournir les récoltes les plus nutritives, mais en même temps les plus épuisantes, n'a été maintenue en pleine fertilité que par les deux engrais les moins coûteux, Teau et les déjections. La jachère étant inconnue, voire mémeimpraticable, le sol ne cesse de produire le plus souvent deux récoltes annuelles, et presque partout la même plante se succède sans assolement : blé sur blé, suivi de millet ou de sorgho, dans la plaine de Pékin; et riz sur riz, depuis des siècles, dans la plaine de Tchentoa. Non seulement les mêmes céréales, mais les mêmes plantes fourragères, la luzerne, par exemple, qui salit peu, reviennent dans le même terrain presque indéfiniment.

A Pékin, le thermomètre indique jusqu'à 42 degrés de chaleur pendant Tété, et 3o degrés au-dessous de zéro, en hiver. A Shang-Haï, à Amoy, à Canton, la température de Tété se maintient aux environs de celle de Pékin, et quoiqu'il gèle assez fort en hiver, on fait d'habitude deux récoltes annuelles : coton et légumes, ou blé et légumes. Dans les terres moins favorablement situées, la seconde récolte est semée trois ou quatre semaines plus tard, dans les intervalles laissés pour la première.

Sauf l'engrais enfoui en vert, auquel on ne consacre que le trèfle, la lupuline, la coronille, les engrais employés sont à l'état liquide ou pulvérulent, et les

irrigations portent le complément sans lequel les seules matières excrémentielles seraient insuffisantes.

Si précieux que soit Tengrais fécal en Chine, si faible que soit la dose employée, si rationnel que soit Tusage de tous les détritus et de toutes les déjections, un seul agent permet de s^en passer sur une très grande étendue du territoire, ou d'accroître considérablement son action pour le maintien de la fertilité, c'est Teau, ou Tirrigation. Quarante siècles répondent de la puissance d^un agent qui a permis de nourrir 35o millions d'individus accumulés sur un territoire de plus de 600 lieues d'étendue (i\

Les jardins font l'objet d'une application constante des eaux d'arrosage. Sous la dynastie glorieuse des Han, ils avaient envahi une telle étendue de terres qu'ils devinrent un danger pour l'agriculture et une cause de séditions (2). Le grand jardin impérial de Zhe-Bol, au nord de la muraille de la Chine, que décrit Sir George Staunton, répond aux prescriptions sur l'ordonnance des arbres et des eaux qu'a laissées l'écrivain Lieou-Tscheou dans un ouvrage volumineux ^3).

Page 1