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LA SUISSE

Nous avons fait connaître, en traitant des prairies, l'extension des arrosages dans un certain nombre de cantons de la Suisse, parmi lesquels FArgovie, Soleure et rOberland Bernois occupent une place marquante; il nous reste à parler du Valais auquel nous avions consacré une mention spéciale (i).

Valais. — Le plus ancien acte qui porte indication d'un canal, dans le Valais, est le testament d'un sieur Guichard Tavelli, en faveur d'un sieur Antoine de Pierre de la Tour, daté du château de la Soie, le II décembre i366 (2). On a retrouvé également un traité concernant un canal de la commune de la Soie, signé par Mayer Euvelli, au nom du duc de Savoie,

{i) Voir tome !•*■, livre I, p. 43.

(a) Jenkinson fait remonter au quatorzième siècle remploi des irrigations {On irrigation as praciised in Switierland; Journ. Roy, Agric. Soc, XI, 697).

en 1453; mais les canaux, parmi lesquels plusieurs fonctionnent encore aujourd'hui, sont bien plus anciens. Un de ceux dont Torigine est la moins douteuse, le canal Clavoz, remonte à Fan 1292. Il a sa prise au glacier d'Andennes, et après un trajet de 2 milles et demi, il irrigue près de Sion, une colline plantée en vignes, d'une superficie de 10 jucharts (4 hectares environ).

Un autre canal datant du treizième siècle, nommé le Zandroz de Couthey, rejoint les sources de la Morge à Vetroz. Au quatorzième siècle fut établie la canalisation dite Stalderin, dans la vallée de Viège, ainsi que celle de la Wissa, dans le val Gredetsch. Il est dit dans l'acte retrouvé que, pour une réparation à y faire, on dut acheter un câble de 4,000 pieds de longueur, au prix de 160 bons thalers.

Le premier canal d'irrigation n'a donc pas été construit, comme on Ta avancé, par l'initiative des bourgeois de Olten dans le canton de Soleure, qui dérivèrent en iSSj, sur une lieue de longueur, les eaux de la Dûnnern (i).

Le système de canalisation spéciale qui s'est développé dans le Valais, à la suite des 'déboisements et des défrichements des versants de montagnes ^ pendant les invasions des Allemands et des Burgundes, consiste en canaux d'amenée , en rigoles de distribution et en colateurs. Les eaux sont fournies parles glaciers, les sources, les lacs, la fonte des neiges, etc.; celles des glaciers, en raison de leur composition, sont les plus estimées par les Valaisans; les autres eaux doivent séjourner dans des réservoirs, avant de pouvoir servir aux arrosages.

Les canaux d'origine, conduits à des hauteurs souvent vertigineuses, le long des rochers, en galerie, en encor-

(1) Franscïni, Statistica délia Svix^era f Lugano, 1847,1. l, p. 373.

bellement, ou en suspension à l'aide de câbles , à travers les moraines, dans des encaissements que recouvrent les blocs de rocher, et encore, d'une paroi à l'autre, par des ponts en bois ou en pierre, qui ont jusqu'à 70 pieds de portée, témoignent d'une rare hardiesse d'exécution. Le canal de Clavoz franchit les hautes vallées sur sept ponts de cette importance. La pente varie en moyenne de 1 à I et demi pour mille, et les volumes d'eau sont assez considérables pour que les torrents soient mis à sec en été. Aussi bien, pour laisser déposer les eaux limoneuses, comme pour les réchauffer, on les fait circuler dans des réservoirs renfermant plusieurs compartiments, avant de les admettre dans les rigoles de distribution. Des bondes à manche permettent de régler l'admission , en vue des crues, et des roues à eau, placées sur le parcours des canaux, actionnent des marteaux qui indiquent de loin que le courant est normal. Si le mouvement du marteau est irrégulier, ou vient à cesser, l'eygadier doit se rendre aussitôt sur place pour constater et réparer l'avarie. La fonction d'eygadier est honorifique. Suivant une très ancienne coutume, aucun citoyen ne peut remplir un emploi à la commune ou au canton, s'il n'a été eygadier pendant un certain temps.

Les meilleures eaux d'irrigation sont fournies par les cours d'eau de la Printze, la Borgne, la Lonza, la Tourtemagne, le Gredetsch, la Viège, le Gamsen, la Saltine, la Dranse et la Vièze. C'est sur les rives de la Borgne que s'étendent les prairies plantureuses des champs secs qui n'ont pas été retournées, ni fumées depuis huit siècles, assure-t-on. L'irrigation seule entretient leur luxuriante végétation. Au dix-septième siècle, une ordonnance de la municipalité de Sion frappait d'une amende de 3 fr. 62 toute charrette de fumier portée aux champs secs.

La commune de Zeneggen, dans la vallée de la Viège , et celle de Lens située en terrasse à 1,200 m. d'altitude, entre Sion et Sierre, ne doivent leur existence qu'à la possibilité de pouvoir arroser les champs en culture arable, les jardins , et les prairies à Taide desquelles ils maintiennent du gros bétail. D'ailleurs, toutes les populations des terrasses à nli-hauteur de Varen, des Plâtrières, au-dessus de Saint-Léonard , depuis Ix>uèche jusqu'aux rochers de Martigny, ne vivent dans Taisance qu'en raison des cultures de prairies, de vignes et de vergers qu'arrosent les canaux des glaciers venant de plusieurs lieues de distance. La vigne arrosée prospère à des altitudes de 800 mètres.

Sans parler du vin d*Enfer^ récolté à Salqueneu, qui ne le cède en rien à celui du même nom, provenant de la Valteline, et du vin des glaciers que les gens de Sierre portent à dos de mulet jusques dans les grottes des glaciers du val d'Anniviers, les vignes des côtes rocheuses et ensoleillées de Sion, de Couthey, d'Ardon, de Leytron, Saillou et Fully, fournissent des vins très bons et capiteux, comme ceux d'Humagne et d'Amigne, le Rèze et TArvine, enfin des vins sucrés, le Muscat et le Malvoisie, qui jouissent du bouquet des meilleurs crûs d'Espagne.

Plantées sur d'anciennes moraines, ou sur des éboulis pierreux, les vignes ne trouvant ni humus, ni terre fine, ni humidité dans le sol, périraient par les sécheresses de l'été; aussi, sont-elles régulièrement arrosées de jour, depuis avril et mai, au bas des terrasses, et depuis juin et juillet dans les parages élevés, jusqu'en octobre, et parfois jusqu'en novembre.

Les prairies sont irriguées de jour et de nuit ; les céréales et les vergers, seulement en cas d'extrême sécheresse, ou de vents trop violents et prolongés. Aucun canton montagneux nese signale comme le Valais par

la. transformation radicale» grâce à Tirrigation, d'un sol aride, devenu productif à la fois pour les grains, les fruits, les vins, le laitage et Télève du bétaiL

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