‹ Les irrigationsChapitre 135 sur 145 · C/5 CA · texte numérisé non relu

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date, qui ne se prêtent plus aux exigences de la propriété actuelle (i).

II y a lieu de faire une exception toutefois pour le Piémont où les syndicats se sont constitués, depuis 1873, à la faveur de l'exploitation domaniale des canaux, pour rirrigation de gSSy hectares dans leNovarais, de 8o83 hectares dans la Lomelline, et de 25 à 3o.ooo hectares par la société Verceillaise.

En i883,Ie domaine, propriétaire des canaux d'Ivrée, de Cigliano, du Rotto, de Saluggia, de la Busca, de la Biraga, de Sartirana, de Langosco et Sforzesco, et du canal Cavour avec ses branches, c'est-à-dire d'un développement de 1427 kilomètres, disposait de io3 m. cubes par seconde, sur 245 m. cubes que peut fournir le réseau entier. Du volume total alors distribué, 33 m. cubes étaient attribués à des concessions perpétuelles, 70 m. cubes à la société Verceillaise, 9 m. cubes aux propriétaires des canaux Biraga et Busca, etc. Pour une dépense annuelle en frais d'entretien, de curage, d'administration, de 600,000 francs, le domaine percevait un revenu de 2,800,000 à 3 millions de francs, soit net 2,400,000 francs, qui correspondent, pour un capital de 95 millions de francs, à 2 et demi pour cent, et à une augmentation de valeur, sur 100,000 hectares de terres nouvellement irriguées, de 2 5 millions annuellement (2).

L'association Verceillaise réunit plus de 20,000 membres répartis par communes, et chaque commune délègue son président à l'assemblée générale pour la discussion des affaires syndicales. Créée en i853, sur base d'une concession trentenaire des eaux des canaux domaniaux

(1) Km. Galloni, Cenni monografici sut consor^i idrauliciy 1878, p. xlit

(2) BorJiga, Economi a rurale, loc.cit,, p. 375.

dérivés de la Dora Baltea, auxquels furent adjoints plus tard les canaux de Verceil et de diverses sources privées dont le gouvernement se rendit acquéreur, Tassociation, entreprenant Tirrigation de toute la zone comprise entre la Dora, le Cervo, la Sesia et le Pô, est devenue très florissante en peu d'années; elle a renouvelé en i883 pour trente autres années, ses statuts.

La marche progressive du syndicat de Verceil ressort des comparaisons suivantes :

En i855, la redevance annuelle payée au domaine était de 320,ooo francs; en 1884, elle s'élevait à 882,164 francs ; le périmètre arrosé avait été accru de 12,000 hectares, moyennant Texécution de 120 kilomètres de canaux qui ont coûté i million et demi.

En 1854, le syndicat prenait à TÉtat 23 m. cubes; en 1881, 46.134 m. cubes. Le volume a diminué en i885, par suite de la réduction des rizières.

Dans l'année 1880, le service des irrigations comprenait 12,047 hectares de rizières, 4,685 hectares de prairies et 7,01 5 hectares de cultures diverses, sur une superficie d'environ 5oo kilom. carrés (i).

L'avantage considérable qu*offrent des associations de cette importance, réside dans l'emploi plus économique des eaux, qui, n'étant pas soumises aux causes habituelles de déperdition entre usagers indépendants, quoique chaque membre du syndicat en ait sa suffisance, regagnent les colatures et les utilisent de nouveau. Les irrigations peuvent se faire ainsi par zones ou valbe, comme on les désigne dans le Verceillais, sous la surveillance d'un petit nombre de gardes. Le gain des colatures, estimé à un quart du volume d'eau distribué, laisse un bénéfice qui met le coût de l'eau, pour chaque

(i) Bordiga, loc. cit., p. 3 11.

sociétaire, à i6 francs environ par litre continu, c'està-dire au même prix à peu près que celui payé par le syndicat au domaine, non compris la dépense pour la conduite des eaux du canal principal jusqu'au terrain.

Police des rivières.

Les rizières ont provoqué de tout temps, en Italie, des mesures spéciales et des règlements sévères, dans le but de porter remède à leur insalubrité, ou d'en atténuer les effets.

Des historiens comme Denina; des politiques comme Valerio et Farini; des agronomes comme Rozier, Berra, Ridolfi, Géra, Mezzarosa; de nombreux médecins, Ragazzoni, Salvagnoli, Pucinotti, Ughi, etc., ont stigmatisé la culture du riz au point de vue de la santé publique, des fièvres pernicieuses qu'elle engendre et de la misère qu'elle laisse au sein des populations rurales. « Il suffit, dit le comte de Gasparin (i), d'avoir parcouru les pays d'Italie, et nous avons eu occasion de les connaître à fond dans un long séjour que nous avons fait à Novare et dans la Lomelline, pour savoir que les habitants de la campagne y vivent avec une fièvre qui, pour avoir perdu ses caractères les plus dangereux, dure pour le plus grand nombre aussi longtemps que la vie. Cette fièvre est accompagnée, ou suivie du gonflement de la rate et d'hydropisie. Le teint jaunâtre, le défaut d'activité, annoncent le mal qui ronge les campagnards, et tout étranger qui y séjourne compromet sa santé et sa vie. Les hôpitaux de nos armées étaient remplis de fiévreux venus de ces cantonnements. En octobre 1801, on comptait 8000 fiévreux

(i) De Gasparin, Cours d'agriculture, loc. cit., t. III» p. 726.

dans rarrondissement de Biella, sur une population de 80,000 âmes. »

La princesse Belgiojoso ne s'est pas fait faute, dans son étude sur les paysans lombards, de retracer les déplorables conséquences de la culture du riz, telle qu'elle se pratiquait encore il y a un demi-siècle (i). « Chaque année, dit-elle, à l'époque du triage du riz, c'est-àdire, lorsqu'il faut arracher les mauvaises herbes, on voit des enfants, des jeunes filles, des femmes grosses, passer des journées entières dans une eau putride, sous un soleil brûlant, le corps plié et la tête penchée à. leurs pieds, relevant les herbes parasites une à une. Presque toutes sortent du marais, les jambes enflées, le teint hâve et jauni, les yeux éteints, tremblantes sous le frisson delà fièvre et emportant les germes de cruelles maladies qu'elles communiquent à leurs enfants. Et pourtant, l'époque du triage du riz est attendue avec impatience par cette population misérable. Ces fatales journées sont plus largement rétribuées, et si un fermier ou un propriétaire refusait d'envoyer aux rizières la femme trop faible, il serait traité de maître impitoyable. »

« Il n'y a pas de filles de seize ans, dans les pays de rizières, déclare Saint-Martin de Lamothe (2); elles touchent à peine à l'âge de puberté qu'elles atteignent Tâge mûr, et par une rapide progression, la vieillesse. » Le tableau est singulièrement chargé!

Qu'il ait été cultivé en Sicile au neuvième siècle, le riz ne fut introduit dans le reste de l'Italie qu'aux quinzième et seizième siècles : en 148 1 dans le Mantouan; en i52i dans le Novarais ; en i522 dans le Véronais où Théodore Trivulzi de Milan, commandant les armées de la républi-

(i) Journ, agrîc. prat. 1843-44, t. VIII, p. 3oi.

(2) Mémoires de la Société S agriculture de la Seine, t. VII, p. 210.

que de Venise, Taurait importé. Le naturaliste agronome Targioni-Tozzetti (Jean) de Florence, érudit très distingué de la fin du dix-huitième siècle, cite pourtant un manuscrit de 1468, relatant une pétition d'un nommé Léonard de Colto, pour l'emploi de certaines eaux de lapIaineflorentine,destinéesàdesrizières(i). François I«' de Médicis et Ferdinand 1*% puis les habitants de Lucques, essayèrent avec plus ou moins de succès une culture appelée à se développer surtout en Piémont et en Lombardie, grâce à l'abondance des eaux d'irrigation.

Quoi qu'il en soit, déjà au seizième siècle, les rizières ayant atteint un grand développement dans tous les pays de la vallée du Pô, la lutte s^engageait entre les propriétaires désireux de les étendre et les gouvernements décidés à les restreindre par mesure d'hygiène publique. On chercha d'abord à les supprimer sans exception, puis à les éloigner des centres de population, et enfin à les prohiber, au cas où il ne serait pas démontré que les terrains pussent être autrement cultivés. Dans le nord de ritalie, les propriétaires finirent par -avoir gain de cause, malgré tous les obstacles opposés à Textension de leurs cultures; mais en Toscane, dans les provinces méridionales et en Sicile, les rizières furent longtemps sacrifiées, dans l'intérêt peut-être de la santé générale, mais à coup sûr, au détriment de la richesse publique.

Dès i523, pendant une peste qui décimait les habitants, la commune de Saluzzo, par un statut spécial, décréta la suppression des rizières; mais elle ne dura pas longtemps, car le fléau de la peste ayant disparu, les paysans et les propriétaires reprirent la culture du riz; un nouvel édit prohibitif de i56o n'obtint pas plus

(i) A. Targioni-Tozzetti, Soti\ie istoriche su diverse pi an te; Firentzc, i853.

de. succès; cet édit portait : nulla persona audeat vel « présumât seminare aliquam quantitatem rixi{î), » Le sénat de Lucques défendit également la culture du riz par un arrêté de Tan 16 12 (2).

Une loi delà république de Venise, du 17 septembre 1594, interdit toute concession d*eau pour rizières, aux propriétaires de terrains susceptibles d'autres cultures; les rizières continuant à s'étendre, une seconde loi du i5 juillet i5g5 supprima toutes celles qui s'étaient créées depuis i556, sans Tintervention des autorités.

En 1 571, il fut défendu de cultiver le riz aux environs de Verceil, et par mandement de 1579, Tévêque de la ville, Bonomo, étendit la défense aux biens ecclésiastiques, tout en mettant en rizières les terres de sa propre abbaye de Selva dont il doubla ainsi les revenus. De nouveau en i583, Charles Emmanuel, duc de Savoie, décréta la prohibition dans la province et dans le diocèse Verceillais, mais la Cour des comptes de Turin, chargée de l'exécution du décret, .consentit au maintien de la culture dans un rayon de 10 milles autour de la ville. Renouvelée en i593, l'interdiction eut pour résultat de faire reculer à Une distance de cinq milles les rizières qui avaient envahi jusqu'aux glacis. Un édit du 7 octobre 1608 appliqua au Piémont tout entier la défense, sans autorisation préalable du souverain, d'ensemencer du riz, à moins de prouver qu'aucune autre culture fût possible, et de produire Tadhésion des deux tiers des chefs de famille du voisinage. Dans ce cas même, les rizières ne devaient être installées qu'à la distance de 3 milles des villages, ou de 600 mètres des chemms

(1) Maletti, Memorie di Salui;o, VI. 242.

(2) Mazzarosa, le Risaie nel LMcchese,

publics. L'amende était fixée à 5oo écus d'or et la récidive entraînait la peine des galères.

Charles Emmanuel II, dans le but de supprimer complètement les rizières, délégua en lôyS une commission composée de deux fonctionnaires et de plusieurs médecins pour visiter les cultures du canal de Verceil et engager les propriétaires moyennant une diminution, d'impôts à renoncer à la culture du riz (i). Ces impôts s'élevaient alors à un gros ducat par journée de terrain, à charge des propriétaires, et à un quart de gros ducat, à charge des détenteurs de Teau du canal. En suite de cette enquête, les arrêtés prohibitifs furent renouvelés, fixant à 3 milles la distance à laquelle les rizières devaient être placées et édictant les peines corporelles de la corde et du fouet pour les paysans et les femmes convaincus d'avoir travaillé dans des rizières prohibées. Victor Amédée II recula la limite pour Verceil, à 6 milles de distance, par un décret du 2 janvier 1697 ; plus tard, le 18 août 1728 , il prohiba la culture dans plusieurs communes des provinces de Biella, de Casale et de Verceil, sous peine d'amende de 200 écus d'or et de la confiscation de la récolte. Désireux dépeupler ces communes, il accorda l'exemption de tous impôts aux cultivateurs qui, venus des autres provinces, s'y établiraient pour se livrer à d'autres cultures que celle du riz. La cherté des grains obligea en 1734 de passer outre à la défense souveraine, qui ne fut réédictée, par décret du 3 août 1792, que sous Victor Amédée III, avec l'obligation pour les intendants des provinces de dénoncer les coupables.

Aussi bien à la fin du dernier siècle qu'au commence-

(i) Claretta, Storia del regno e dci tempi di Carlo Emanuele II, t. lil, p. 385.

ment du siècle actuel , les grands propriétaires associés tinrent en échec les prohibitions légales. En 1801 , les rizières n'étaient plus éloignées que d'un mille de Tenceinte de Verceil et elles avaient augmenté comme surface de plus de moitié: Les lettres patentes du 8 mars i838, succédant à celles des 17 avril i8i5, 22 mai 1827 et 11 avril i835, fixèrent définitivement les distances des rizières à 4 kilomètres des villes, à 2 kilomètres des bourgs de 1000 habitants et à i kilomètre de toute maison habitée, pour tout le Piémont (i).

En Lombardie, après les ravages causés à Milan par la peste du seizième siècle, les rizières furent reléguées à 4 milles de distance, et sous les Gonzague, à 5 milles de Mantoue. Un décret du 3 février 1809, rendu par le vice-roi Eugène, approuvé par le gouvernement autrichien le i" juin 1839, est resté en vigueur jusqu'à la loi du 12 juin 1866, applicable à toute Tltalie.

Le décret de 1809 ordonnait que rétablissement de nouvelles rizières ne serait pas accordé par les préfets à moins d^une distance :

1* De 8.000 m. de la ville de Milan ;

2 De 5.000 m. des villes de première classe et des places fortes;

3* De 2.000 m. des villes de deuxième classe;

40 De 5oo m. des communes de troisième classe.

« Les distances précitées se prennent en ligne droite, pour les communes entourées de murailles, du pied de ces murs, et dans celles non murées, de la dernière maison faisant partie de Taggloméralion urbaine (2). »

Aux termes de la loi italienne actuelle (1866), chaque province détermine par ses propres règlements, s'il y a

(i) Coll€\ione celerifera délie leggi piemontesi.

(2) De Mauny de Mornay, Pratique et législation, loc. cit., p. Oo.

lieu d'y cultiver le riz; dans quelles conditions, et à quelles distances prohibitives, sa culture peut se faire; sous réserve de pouvoir toujours modifier les règlements et de révoquer les concessions au cas où elles porteraient atteinte à la santé publique.

L'éloignement des rizières est uite mesure sage en principe, mais d'une application difficile, car le dommage qu'elles peuvent causer dépend de beaucoup de circonstances locales dont l'influence est appréciable plutôt par le médecin que par le cultivateur. Si ce dernier prend des dispositions contraires à Thygiène, le médecin rend aussi des arrêts contraires à la production. Aussi bien, les commissions locales émettent des avis tellement disparates que le traitement imposé aux rizières, suscite par son inégalité même les plus vives réclamations. Il est vrai qu'on peut en appeler à la commission supérieure d'hygiène de la province , mais elle confirme presque toujours les verdicts des commissions locales, qui sont motivées en somme et inspirées par rintérôt général (i).

Pour concilier les deux intérêts de Thygiène et de la production, l'interdiction de cultiver le riz dans un rayon déterminé autour des centres habités, ne conduit à aucune solution pratique.

Il est avéré que les rizières permanentes, par exemple, sont plus nuisibles par leurs émanations miasmatiques, que les rizières alternes; si on les tolère, c'est uniquement parce que la nature des terrains empêche d'autres cultures : à défaut de rizières, il y aurait des marais.

Dans le compte rendu qu'il fait de la session du congrès scientifique de Turin, en 1840, à l'Académie des géorgophiles, le marquis de Ridolfi résume pratique-

(i) Jacini, Inchiesta avaria, Rela^ione, loc. cit.

ment la question longuement débattue des rizières permanentes, dans les termes suivants :

tt L'insalubrité des lieux marécageux provient de deux causes, la végétation désordonnée et la stagnation des eaux : réglez ces deux points, et vous aurez déjà beaucoup gagné. Le moyen (indirect) qui s'offre le premier est la culture du riz, la plus riche et la plus productive de toutes les cultures, puisque c'est elle qui fournit le plus de matière nutritive sur une étendue donnée. Sans doute, les lois d'une bonne hygiène ne veulent pas que là où un sol desséché est cultivé et peuplé, on amène un cours d'eau pour y créer un marais dans le but d'en tirer un plus grand produit au détriment de la santé publique ; mais partout où la terre est couverte d'eau stagnante donnant des produits qu'on ne peut ramasser ou pêcher qu'au risque de gagner U fièvre, nivelez le sol, distribuez l'eau régulièrement, et cultivez le riz qui répandra l'aisance parmi les paysans. Que si, dans un canton ainsi cultivé, la fièvre endémique persistait avec obstination, au moins les malades auraient gagné de quoi acheter du quinquina pour se traiter ( i). »

Il est reconnu encore que les rizières alternes trop étendues répandent dans l'atmosphère une telle masse d'humidité qu'il est difficile d'éviter les conséquences naturelles du climat paludéen; mais quand elles font partie d'un système rationnel de culture et qu'elles sont surveillées sous le rapport de l'écoulement continu des eaux, sur de moindres surfaces, leur influence est moins sensible.

Dans des pays à culture intensive, comme ceux de la vallée du Pô, les habitations sont si rapprochées ou

{i) Travaux de la section d'agronomie du congrès de Turin, septembre 1840 ; Journ. agric, prat., t. V, p. 78.

espacées sur le territoire, que la fixation d'une limite est toujours quelque peu arbitraire. Or, il y a d'autres causes que celle de la distance, qui rendent les rizières insalubres , à savoir : les logements humides, mal entretenus et mal clos; les eaux saumâtres des puits peu profonds, recevant les eaux d'infiltration des terrains en rizières; la mauvaise alimentation des paysans pendant les périodes de travail, alors qu'ils sont en contact direct avec les effluves que dégage la fermentation putride des végétaux et des animaux; leurs vêtements insuffisants pour résister aux effets de l'humidité ; enfin l'obligation de travailler dès l'aube et au crépuscule, c'està-dire aux heures de la journée oîi la malaria est plus active.

Si l'on admet que la culture du riz en assolement ne peut être autorisée sur des terrains appropriés, situés à une distance raisonnable des lieux habités, que par des commissions comprenant un ou plusieurs agriculteurs de chaque localité, et que des mesures législatives, telles que celles adoptées dans les fabriques insalubres pour les femmes et les enfants, règlent le travail dans les rizières, il dépendra des propriétaires d'améliorer la santé des travailleurs, en leur fournissant des logements spacieux et bien clos, des vêtements de laine, une nourriture et des boissons toniques, et s'il y a lieu, laquinine antifébrifuge (i).

Dans la Lomelline, où le riz revient tous les trois ou quatre ans en rotation, le sol étant occupé dans l'intervalle par d'autres cultures , les émanations des rizières, éloignées des habitations et disséminées sur Tétendue des plaines, ne présentent pas le caractère per-

(I) Sanseverino, Intorno ai nuovi studii di Jacini sulîo stato délie ciasse agricole in Lombardia; Milano, i853, p. 33.

nicieux dont on exagère les effets. Un bon assolement comprenant le riz est aussi favorable aux intérêts des propriétaires par Taccroissement de la production, qu'à l'hygiène des habitants (i). Même pour les rizières permanentes, dans les localités où elles s'imposent, le mal peut être conjuré en grande partie par de bons fossés de drainage et des colateurs bien entretenus, comme aussi, par une nourriture substantielle, des vêtements de laine et des logements assainis, mis à la disposition des paysans.

Une fois la rizière alterne établie, le mouvement continu de Teau contribue à écarter les produits de la fermentation, et à dissiper le mauvais air. C'e^st seulement à l'époque de la vidange des eaux que la fièvre intermittente atteint quelques travailleurs; mais il y a des remèdes pour ces cas isolés, et Tabolition de la culture du riz, en regard de la prospérité matérielle qu'elle procure au pays, n'en est pas un.

Les faits constatés en pleine Lombardie, dans la Lomellinc, si riche et si peuplée, sont confirmés du reste par la pratique de l'Espagne. Là aussi, les exhalaisons marécageuses des rizières permanentes, ou mal entretenues, en raison de la stagnation des eaux, engendrent les fièvres. Un dicton appliqué à la ville d'Albéric, est souvent cité :

tt Si vols vivre poc, y fer te rie Ves ten a Alberic. »

« Si tu veux vivre peu et te faire riche, va-t-en à Albéric » ; mais une bonne réglementation fait mentir le proverbe; il suffit de disposer rigoureusement que les rizières ne seront pas tolérées dans les localités où

(i) Pollini , Monograjia délia LomelUna, loc. cU,

73o LES IRRIGATIONS.

Tcau n'est pas assez abondante pour assurer les résultats de la culture salubre; que les distances seront observées par rapport aux habitations; et que les rizières seront réduites ou supprimées au cas où leur étendue devient trop considérable pour le volume d'eau disponible îi).

L'ingénieur Carvallo, dans ses cultures de riz du delta deTEbré, a constaté qu'il n'y a aucune insalubrité, tant que la nappe d'eau a o'^,2o de hauteur ; c'est seulement quand le plan s'abaisse après la récolte, qu'apparaissent les fièvres. Dans les essais de culture du riz, tentés à la Teste (1847-52' par Fery. l'eau d'irrigation, d'une limpidité parfaite, ne laissait aucun dépôt sur la surface dressée suivant une pente régulière de o,25 pour 100 mètres, et écartait toutes craintes d'insalubrité. La vidange et l'immersion s'y pratiquaient si rapidement que pendant deux années de suite, la récolte pouvait être battue au fléau 48 heures après la sortie de l'eau . 2\

D'ailleurs, aussi bien dans Tlnde qu'au Japon et en Chine, le voisinage des rizières n'occasionne pas les fièvres paludéennes connues en Europe. L'abbé Voisin, qui a résidé huit ans dans la province de Tse-Tchuen, au milieu des rizières, certifie le fait que les paysans travaillant dans Teau fétide, sous un soleil brûlant, ne sont pas plus malades que les autres. Leur régime y est sans doute pour beaucoup; dès le matin, thé; entre le déjeuner et le dîner, entre le dîner et le souper, encore du thé, plus du vin de riz, ou de millet. En outre, ils mangent de la viande au moins une fois par jour et fument la pipe de tabac; enfin, le soir, ils font des ablutions à Teau chaude ^3).

(I) I.lauradD, Trataio de agitas y riegos. loc. cit.

(2> Journ, a^rk, prat. iS52, p. 38i.

t3) Culture du n{ en Chine; Journ. agric. prat., 1 838-39, P- *65.

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