‹ Les irrigationsChapitre 59 sur 145 · VO · texte numérisé non relu

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3oo LES IRRIGATIONS.

La dépense d'eau a été très inconstante, puisqu'elle est comprise entre o m. cube 070 et o m. cube 3oo. Kônîg croit devoir en conclure qu'un débit de o m. cube i25 par seconde et par hectare répond à un arrosage moyen des prairies. « La réduction pour cent de la consommation, ajoute-t-il, est d'autant plus grande que le volume d'eau amenée est plus faible; par contre, des surfaces égales perdent, dans des conditions pour ainsi' dire semblables, la même quantité à peu près, qu'on y déverse peu ou beaucoup d'eau (1/4 normalement), du moment où il y en a assez pour maintenir les prés saturés. »

Essais dç Keelhoff, — Grâce à l'appareil jaugeur Keelhofif dont nous avons donné la description (i), un grand nombre d'expériences intéressantes ont pu être faites sur les irrigations de prairies comme celles de la Campine, en sols sablonneux, très perméables, opérées à différentes doses. C'est ainsi que Keelhoff a trouvé : I** pour arroser par déversement des prairies en ados de 5 m. de largeur sur 2 5 m. de longueur, avec pente transversale de o",o5 par mètre, et des rigoles de déversement de o°,28 de profondeur, qu'il fallait un débit de 79 lit. 66 par seconde et par hectare, se décomposant de la manière suivante :

liu Volume d*eau absorbé par infiltration de la rigole

principale 6.72

Volume d'eau absorbé par infiltration des rigoles

de répartition 5.27

Volume d'eau absorbé par infiltration des rigoles

de déversement 64. 1 7

Volume d'eau pour déversement sur les ailes des

ados 4.5o

Total 79.66

(i) Voir tome II, p. 284.

LES IRRIGATIONS. 3oi

2** pour arroser des prairies de même nature, mais avec une profondeur de rigoles de o°,o5, qu'il fallait par hectare et par seconde un débit de 3i lit. Sg se décomposant ainsi qu'il suit :

ut.

Volume d'eau absorbé par infiltration dans la rigole principale 5.72

Volume d'eau absorbé par infiltration dans les rigoles de répartition 3.27

Volume d'eau absorbé par infiltration dans les rigoles de déversement 16. 12

Volume d'eau pour déversement sur les ailes des ados 4.48

Total 3 1 . 59

3^ L'eau absorbée par mètre carré de surface filtrante et par seconde est de :

o lit. 0077 pour la rigole principale.

o — 0148 pour les rigoles de répartition.

o — 0370 pour les rigoles de déversement de o'".28 de profondeur.

o — 0232 pour les rigoles de déversement de o".o5 —

Faisant usage de ces données pour une prairie qui serait coupée par des rigoles de o",o5 de profondeur sur o",io de largeur, espacées de 10 mètres, par exemple, la surface d'infiltration étant de 0,2 m. carré, par mètre courant de rigole, et par conséquent, de 200 m. carrés par hectare, on aurait comme dépense d'eau par seconde : dans le cas des rigoles de déversement : 200 X o lit. 0232 = 4 lit. 44, et dans le cas desr rigoles de répartition : 200X0 lit. 0148 == 2 lit. 98.

Systèmes d'irrigation. — Suivant qu'on emploie tel ou tel système d'irrigation, la quantité d'eau varie, indépendamment des causes que nous venons d'analyser.

On conçoit, en effet, que la consommation diffère

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du simple au double, et bien au delà, selon que Ton submerge, ou que Ton pénètre par infiltration le sol cultivé. Si, par exemple, on dépense i d'eau pour Tarrosage par rigoles de niveau , on dépensera 2 d«ns la méthode par razes, ou par planches; l'arrosage par infil- ' tration consommera sensiblement la même quantité que celle dépensée par les rigoles de niveau; mais la submersion temporaire (en négligeant les rizières et les marcîtes) permettra de réduire notablement la dépense d'eau, surtout si les inondations sont assez prolongées.

Essais comparatifs, — Kônig conclut des expériences dont nous avons fait connaître quelques résultats, sur l'action fertilisante des eaux dans les divers systèmes appliqués aux prairies (i), que si Ton dispose de lo à 20 litres d'eau par seconde et par hectare, il est avantageux de recourir aux méthodes combinées avec le drainage.

La- méthode Petersen convient ainsi, quand on veut obtenir le plus grand effet avec le moindre volume d'eau ; ou bien, quand par suite d'une trop forte pente, on craint un entraînement trop rapide de Teau dans le sous-sol ; ou bien enfin, si en présence d'un sol très aride, il faut aider l'action oxydante de l'eau par l'aération ; c'est-àdire, par des alternatives d'humidité et de sécheresse.

Lorsque l'on disposed'une plus grande quantité d'eau, de 20 à 3o litres par hectare et par minute, la prairie étant en pente faible, la méthode Abel comportant moins de regards que celle de Petersen, pour une surface donnée, devra être préférée , car l'eau peut être arrêtée ào"',3o, puis ào"*,6o, etc., soit à des niveaux souterrains différents. Dans le système Petersen, en effet, l'arrêt en une seule fois de l'arrosage, en raison de la pression simul-

(i) Voir t. 1", livre II, pp. 82 et 93.

LES IRRIGATIONS. 3o3

tanée de i mètre d'eau sur les regards, occasionne un délayage des terres fines et l'ensablement des drains.

Enfin, pour de plus grands volumes d'eau, 5o à 70 litres par hectare et par minute, la pente étant faible et les drains étant disposés à une profondeur suffisante, il n'y a pas lieu de recourir aux regards des deux premières méthodes.

Kônig estime que dans les systèmes Petersen et Abel, l'eau d'écoulement par les drains est moins abondante, mais l'effet oxydant de l'eau est plus énergique; tandis que dans le système de drains ordinaires , il y a plus d'eau exerçant moins d'action , de telle sorte que l'eftct final est sensiblement le même.

Dans la méthode Vincent qui consiste en une irrigation rationnelle, combinant les arrosages par déversement en ados et par rigoles de niveau, avec drainage du soussol, s'il y a lieu, on peut compter sur une dépense moyenne de 100 litres par hectare et par minute. On obtient dans ce cas, l'effet combiné du drainage et d'une irrigation restreinte.

Quelle que soit la méthode adoptée, il est certain que si les eaux ayant servi à l'irrigation d'une pièce, sont déversées sur une seconde, et parfois sur une troisième pièce, aussi étendues que la première, le volume d'eau débité sur la prairie supérieure ne saurait être imputé seulement à la première irrigation. L'arrosage par reprises d'eau dans certains pays, comme les Vosges, Siegen, etc., se pratique sur base de volumes qui ne sont pas comparables avec ceux employés dans les arrosages simples. L'eau de reprise, d'après les essais de Kônig, après avoir coule un certain temps dans une rigole à ciel ouvert, perd de ses éléments organiques par oxydation, et de son acide carbonique, mais elle s'enrichit en oxygène et s'équilibre comme tem-

3o4 LKS IRRIGATIONS.

pérature. L'eau de reprise constitue donc une eau précieuse pour l'arrosage; au moins aussi bonne, dans les conditions ordinaires, que l'eau initiale.

Le propriétaire lombard qui emploie de 800 à 1,000 mètres cubes d'eau d'irrigation par hectare, cède une grande partie de ce volume par les colatures, au domaine inférieur, et le propriétaire de ce dernier en cède encore, s'il y a lieu, par les colatures, à un autre domaine; si bien que, tout calculé, il n'y a sur les 1,000 mètres cubes d'eau primitive que 3 ou 400 mètres cubes effectivement absorbés par la première irrigation. La question de la consommation d'eau des prairies se trouve ainsi intimement liée avec celle des reprises. Nadault de Buffon fait justement remarquer à cet égard, que « partout où l'on voit le superflu des irrigations soigneusement recueilli dans des colatures, et les colatures servir elles-mêmes encore à un ou plusieurs arrosages, on peut être assuré que l'art de bien utiliser les eaux est parvenu dans cette contrée à une grande perfection. Cela se fait très exactement dans le Milanais; mais ailleurs, la même précaution n'est pas observée (i) . »

Suivant que les prairies supérieures sont plus ou moins fumées, les eaux d'écoulement sont plus ou moins chargées de matières fertilisantes; les prairies inférieures exigent alors un moindre volume d'eaux enrichies. On arrive ainsi, grâce aux reprises, non seulement à améliorer les eaux^ ou à les corriger au besoin, mais encore à égaliser leur température.

Gulttires diverses. — Il est évident, d'après ce que nous avons exposé sur les cultures arrosées dans le livre précédent, que l'influence des plantes elles-mêmes n'est pas à négliger.

(!) Traité des irrigations, t. F, p. 91.

LES IRRIGATIONS. 3o5

Pour celles dont les racines ne pénètrent pas profondément dans le sol, les arrosages sont, règle générale, moins abondants, mais plus fréquents, que pour celles fortement enracinées.

Pour les plantes à végétation herbacée, Teau est employée à plus forte dose que pour celles dont on récolte les fruits, ou les semences. Les plantes semées à la volée, qui doivent être arrosées par submersion, exigent plus d'eau que celles semées en lignes, sur billons s'arrosant par infiltration.

Enfin , les jeunes plantes ont moins besoin d'arrosage que celles plus âgées, qui résistent mieux aux effets des limons, des insectes, etc.

Les récoltes ensemencées de bonne heure , profitant des pluies printanières, réclament moins d'eau que celles semées plus tard. De même, il faut moins d'eau d'une manière générale, Tévaporation étant moins forte, quand on arrose le soir, ou tard dans le jour, au lieu du matin.

Un dernier point reste à considérer pour expliquer le désaccord quant à la dépense d'une bonne irrigation, c'est la pratique même, si variable dans plusieurs contrées, d'après laquelle, ici, on arrose à jour fixe, qu'il pleuve ou qu'il vente, et là, on arrose à volonté, sans s'assujettir à aucune règle, ou en obéissant à la routine : dans tel pays, on donne beaucoup trop d'eau; dans tel autre, on n'en donne pas assez.

Régimes du Midi et du Nord. — Pour qui veut se rendre compte de la consommation croissante que l'on observe en avançant du Midi vers le Nord, il y a lieu d'envisager spécialement le double but de l'irrigation que nous avons plusieurs fois défini.

Dans le Midi, les arrosages servent principalement à rafraîchir le sol et à rendre possibles les phénomènes

3o6 LES IRRIGATIONS.

d'absorption et d'évaporation , indispensables à la vie des plantes; les eaux n'agissent que partiellement par leurs matières fertilisantes; il faut les aider par des engrais, pour augmenter la production. Dans le Nord, au contraire, les irrigations qui servent assurément à humecter le sol, offrent surtout le moyen de lui fournir les matières fertilisantes nécessaires à l'augmentation des récoltes, ou à Taccroissement progressif de sa richesse, et c'est le drainage qui doit leur venir en aide. Il convient ainsi de considérer deux groupes distincts d'irrigations, sous le rapport des consommations d'eau ; les irrigations arrosantes et les irrigations fertilisantes.

Ce partage en deux groupes a été mis en lumière par les jaugeages de Hervé-Mangon dans Vaucluse, et dans les Vosges, et aussi par la qualité des arrosages observée dans les deux cas.

Le tableau XV reproduit les principaux renseignements recueillis sur six parcelles , dont quatre situées dans le Vaucluse, et deux dans les Vosges. Des quatre parcelles du Midi, trois en culture différente (commune de Taillades), étaient arrosées par les eaux de la Durance (canal du Cabedan), et la quatrième en prairie, était arrosée par les eaux de la Sorgue. Des deux parcelles en prairie du département des Vosges, la première , aux environs de Saint- Dié, et la seconde à Habeaurupt, dans la commune de Plainfaing, étaient irriguées par les eaux de la Meurthe.

Les différences des deux régimes sont parfaitement accusées par le tableau XV. Ici, on emploie peu d'eau; l'arrosage ne dure que le temps nécessaire pour imbiber le sol ; les colatures toujours très faibles sont même souvent supprimées; et là, les arrosages durent des semaines entières, l'eau coule en abondance d'une manière

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continue^ les colatures sont presque aussi abondantes que les prises d'eau elles-mêmes. Dans les années trop pluvieuses, on peut réduire quelques arrosages d'été et d'automne, mais les froids de l'hiver n'arrêtent, pour ainsi dire pas, la submersion des prairies vosgiennes.

L'arrosage de la prairie de l'Isle, par exemple, n'utilise qu'une couche d'eau de o", 54 d'épaisseur, tandis que celui de la prairie de Habeaurupt emploie une couche d'eau de près de 400 mètres, si on la réunissait à un moment donné. Le nombre des arrosages qui est de 5 sur la prairie de l'Isle, avec une durée par arrosage, de 6 heures environ, est de 6 sur la prairie de Habeaurupt, mais avec une durée par arrosage, de 406 heures.

Il s'agit surtout comme termes extrêmes, des volumes d'eau déversés pendant l'été : « en effet, les eaux * sont, en général, assez abondantes pendant l'hiver, pour « subvenir à tous les besoins; il n'y a pas à se préoc- « cuper de leur distribution en grandes masses. Lors- « qu'elles n'agissent pas par colmatage (comme dans « les prairies de la Moselle), elles servent alors beaua coup plus (comme dans les marcites lombardes) à ré- « gulariser les conditions de température, qu'à fournir « aux plantes et aux terrains des matières fertili- « santés (i). »

Négligeant les règles empiriques, nous nous contenterons de référer, en regard des résultats relevés par Mangon, les données de quelques-uns des pays soumis aux deux régimes d'irrigation.

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