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tiennent la tête des cultures fourragères, sous le rapport de la contenance et de la valeur des produits récoltés. Si les racines donnent une récolte dont la valeur proportionnelle est beaucoup plus élevée, elles occupent une superficie relativement restreinte; il en est de même des fourrages annuels (vesces, trèfle incarnat, maïs, choux, seigle, moha, etc.) et des prairies artificielles (trèfles, luzerne, sainfoin, etc.), bien que ces dernières représentent comme surface, de 4 à 9 pour cent du territoire, dans les divers pays.
Comme prairies naturelles et pâturages, les Pays-Bas et les Iles-Britanniques sont les plus riches. La Hollande compte 34,4 pour 100 de son territoire en prairies et pâtures, et les Iles- Britanniques en ont seulement 82,08 pour cent. La Belgique et l'Allemagne viennent après ces deux pays pour l'importance des herbages, avec i3,2o et 12,06 pour cent. La France ne compte en dernier que 1 1,79 pour cent de son territoire en prés, correspondant à 23,97 ^^ terres labourables.
Quoi qu'il en soit du développement qu'a reçu la production animale dans ces contrées, grâce à Textension de leurs prairies, il y a une limite à Tétendue du territoire occupée par les récoltes fourragères, qu'il n'est pas sage de dépasser, à moins de devenir tributaire de l'étranger pour la plus grande partie de la consommation en grains. C'est ce qui arrive dans les Iles-Britanniques où la proportion des terres en fourrages représente 44,5 pour cent du territoire , et i52,7 pour cent des terres labourables.
Comme le fait remarquer Tisserand, « un hectare consacré à la production fourragère fournit en aliments, sous forme de viande ou de lait, le tiers seulement de ce que donne un hectare de céréales, et le quart de ce que fournit un hectare de pommes de terre. La
force et la richesse d'un pays dépendent essentiellement, d'ailleurs, des ressources alimentaires obtenues directement de son sol. Les agriculteurs doivent donc se préoccuper avant tout d'élever le rendement par hectare, et éviter de tomber dans l'excès, en exagérant l'étendue des terres consacrées à la production des fourrages, au détriment de celles qui sont dévolues à la production granifère (i). »
Le moyen le plus sûr d'élever le rendement de la prairie proportionnée à l'étendue des terres arables, et d'asseoir la culture intensive sur une base rationnelle, consiste à l'irriguer. C'est ainsi que malgré la proportion très faible de prairies, par rapport à celle des terres arables, la Lombardie, à la faveur de ses marcites, de ses irrigations de prairies alternes, et de l'élève du bétail, offre une balance économique qui atteint les rendements agricoles les plus élevés que Ton connaisse. Sans s'arrêter à la Lombardie, ni aux climats du midi où la prairie naturelle n'est possible que lorsqu'on est en mesure de l'arroser abondamment pendant les mois les plus chauds de l'année, n*a-t-on pas sous les yeux le contraste éclatant qu'offrent les prairies des régions tempérées , suivant qu'elles sont arrosées, ou sèches, ou encore, selon qu'elles sont irriguées naturellement par les crues des rivières, ou artificiellement à l'aide de canaux et de travaux spéciaux ?
Même sous le climat Vosgien qui est, comme celui de l'Auvergne et du Limousin, le plus froid et le plus humide de la France, l'eau bien dirigée crée, à ^des altitudes élevées, dans un sol rebelle, une production fourragère dont n'approche pas celle obtenue sous un climat plus bénin, dans un terrain fertile que submergent les rivières, comme celui de la vallée de la Saône,
(I) Statistique agricole de la France pour 1882; Introduction, p. io3.
mais déprivé d'irrigations bien conduites et d'assainissement.
Les prés temporaires, constitués par des mélange^ de plantes d*unc composition plus ou moins rapprochée de celle des prairies permanentes, ont pris surtout du développement dans les pays relativement secs, où ils remplacent les prairies naturelles qui ne pourraient s'y maintenir sans irrigation. Leurs rendements et leurs prix moyens sont moins élevés que ceux des prairies naturelles, et surtout des prairies arrosées.
La culture de ces prairies artificielles, qui occupe 8,64 pour cent du territoire en Angleterre et 6,11 pour cent en Belgique, est moins développée en France, 011 elle s'exerce sur 5,38 pour cent de la surface totale, avec un rendement moyen de 43,40 quintaux par hectare. En Allemagne, la proportion est encore moindre; 3,72 pour cent du territoire. Comparée à la prairie naturelle, la prairie artificielle, dans laquelle le trèfle joue le principal rôle, réclame pour Tassolement à céréales, une grande partie de Tengrais fourni par le bétail qu'elle nourrit, et n'en laisse guère de disponible pour son extension, si Ton n'utilise pas l'irrigation.
Dans le Midi, la luzerne arrosée se montre bien supérieure au trèfle, car elle peut durer huit et dix ans, en donnant quatre et cinq coupes, qui représentent dix et douze mille kilogrammes de fourrage sec par hectare; tandis que le trèfle ne dure guère que deux ans et livre seulement deux coupes par an. Aussi bien, faut-il que la terre nettoyée reçoive de larges fumures, qui soient complétées fréquemment par des fumiers frais, des terreaux, ou par des engrais pulvérulents, et qu'on donne au moins deux arrosages en été, dans Tintervalle d'une coupe à l'autre (i).
(I) Riondet , l'Agriculture de la France méridionale, p. 357.
Comme prairies de graminées, le fromcntal [Avena elalior); la fétuque [Festuca elatior) ou groussan, et surtout le ray-grass [Lolium italicum)^ associés au trèfle blanc, grâce aux fumures abondantes et aux arrosages répétés tous les 1 5 ou 20 jours, en été, assurent une production d'excellents fourrages, en quantité aussi abondante que les luzernières.