‹ Les irrigations en ÉgypteChapitre 1 sur 159 · II INTRODUCTION · texte numérisé non relu

II INTRODUCTION

fécondé par le Nil. Il n'y sera guère question que des faits qui se sont produits depuis une centaine d^années et plus spécialement dans la seconde moitié du xix° siècle. D'ailleurs, dans l'état actuel de la science, vouloir remonter plus haut serait une entreprise pleine de difficultés et d'incertitudes, car les générations disparues nous ont laissé bien peu de choses comme vestiges d'anciens travaux hydrauliques, comme traditions ou comme vieux usages, pour nous aider dans de pareilles recherches.

Nous ne possédons jusqu'à ce jour, sur la manière dont les anciens égyptiens pratiquaient l'art des irrigations que les renseignements généraux et assez vagues qui nous ont été transmis par les auteurs grecs et romains. Le sol et les monuments ne nous ont rien révélé à ce sujet ou du moins presque rien.

Du lac Mœris, ce vaste réservoir dont la construction étonna le monde, c'est à peine si l'on retrouve remplacement, et on n'en peut préciser le rôle. Deux ou trois restes de nilomètres dans des ruines de temples, quelques hauteurs de crues marquées sur le quai antique de Karnak, sont les seules traces du soin qu'on a pris dans tous les temps de noter le mouvement des eaux du Nil. Quant aux digues maçonnées, murs de réservoirs, ponts, prises d'eau, à tous ces ouvrages qui auraient pu donner quelques indications sur les limites et le niveau des bassins d'inondation, sur leur mode d'alimentation et de vidange, et sur tout ce qui se rattache aux irrigations, ils ont totalement disparu. Fondés sur une couche d'alluvions légères, ils n'ont sans doute pas résisté longtemps à l'effort des courants et aux déplacements du Nil pendant les siècles de misère et d'incurie qui ont passé si souvent sur TEgypte ; leurs débris ont été submergés sous les eaux ou engloutis dans le limon, et la place n'en est même plus indiquée par un remous du fleuve ou par une ondulation du sol.

On constate, en outre, un fait assez inexplicable. Les parois des tombeaux, qui nous ont conservé la représentation exacte et détaillée des procédés employés par les anciens Égyptiens dans les arts, dans l'agriculture, dans les métiers de toute sorte, ne nous les montrent nulle part travaillant à leurs digues, ouvrant ou fermant leurs barrages, curant leurs canaux. C'est à peine si, dans toute l'Égyple, on voit sur deux ou trois basreliefs des fellahs occupés à élever de l'eau pour Tarrosage, comme ils le font encore aujourd'hui, au moyen d'un panier en cuir suspendu à l'extrémité d'un levier. Les hiéroghyphes nous ont toutefois appris que, parmi les fonctionnaires les plus importants du pays, on comptait de tout temps ceux qui étaient chargés de surveiller les canaux et de distribuer les eaux.

De l'époque arabe, nous n'avons guère, par les historiens, que quelques renseignements relatifs aux crues du Nil, aux années de sécheresse et d'abondance.

INTRODUCTION m

Les premiers documents précis que nous possédions sur Tutilisalion agricole des eaux du Nil nous ont été donnés par les ingénieurs de l'expédition de Bonaparte. A ce moment-là, l'Egypte tout entière était encore soumise à l'antique régime des bassins d'inondation; comme règle générale, les terres étaient submergées ou arrosées pendant la crue du Nil et elles ne recevaient plus d'eau pendant le reste de l'année, à moins qu'elles ne fussent exceptionnellement bien situées sur les bords du fleuve et de ses embranchements. Mais, peu de temps après le passage des savants français, commença une ère de profonde transformation économique et agricole par suite de la substitution progressive, sur une large surface du territoire, des procédés de Tirrigation permanente au système de Tinondation annuelle.

On peut diviser en trois périodes l'exécution de celte opération qui a amené l'Egypte à un degré de prospérité inconnu jusque-là.

La première de ces périodes, sous le règne de Mehemet Ali, est marquée par la création d'un important réseau de canaux d'irrigation dans ht Basse Egypte, par la construction d'un barrage sur le Nil à la pointe du Delta, par Texécution de nombreux travaux dans les bassins d'inondation de la Haute Egypte. C'est l'époque d'un effort colossal qui a été accompli principalement avec l'aide de deux ingénieurs français, Mougel et Linant de Bellefonds, et qui a eu pour conséquence immédiate une rapide extension de la culture du coton.

La seconde période, dont le point culminant est le règne du khédive Ismaïl, donne à la Moyenne Egypte une grande artère d'irrigation, le canal Ibrahimieh ; elle correspond à un accroissement considérable de la culture de la canne à sucre et à l'établissement d'une puissante industrie sucrière en Egypte. C'est encore du côti de la France que le khédive Ismaïl recrute la plupart de ses conseillers techniques. Mais alors, comme sous Mehemet Ali, l'influence des ingénieurs européens sur les services d'irrigation se fait sentir plutôt par des avis que par une direction effective ; aussi l'inertie ou le mauvais vouloir des fonctionnaires indigènes empêche souvent les meilleures solutions d'aboutir et l'on constate de la confusion et des hésitations fréquentes dans la marche en avant.

La troisième période commence en 1884, lorsque, l'Angleterre ayant pris en main les affaires d'Egypte après la révolte d'Arabi, les ingénieurs anglais se mettent à la tète de l'administration chargée des irrigations, non plus comme des conseillers pas toujours écoutés, mais en maîtres obéis. Alors le barrage du Delta, l'œuvre de Mougel, est achevé et consolidé et la retenue qu'il crée envoie sur la Basse Egypte par trois grands canaux toute l'eau qui est disponible dans le lit du fleuve, les bassins d'inondation de la Haute Egypte sont mis à l'abri des cfl'cts des basses crues, l'eau du Nil est emmagasinée à Assouan pendant les mois d'abondance pour augmenter le

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