USINES ÉLÉVATOIRES APPARTENANT AU GOUVERNEMENT
Actuellement, lo gouvernement possède les usines suivantes :
1** Dans la Haute Egypte :
L'usine d'Etsa, en cours de construction, dans la province de Minieh, destinée à rejeter dans le Nil les eaux de drainage des provinces de Minieh et d*Assiout ;
2* Dans la Basse Egypte, province de Béhéra :
L'usine du Mex qui déverse à la mer les eaux de drainage s'accumulant dans le lac Mariout ;
L'usine d'Atfeh, à l'embouchure du canal Mahmoudieh, qui élève dans ce canal de l'eau d'arrosage.
Nous avons déjà parlé des deux premières installations dans le chapitre relatif au drainage *.
Quant à la troisième, elle ne fonctionne plus qu'exceptionnellement pendant les très bas étiages, comme en 1900, ou encore pendant quelques jours du mois d'août lorsque la crue tarde à se faire sentir. Elle est le dernier reste d'un système que, en 1880, le Ministère des Travaux Publics se proposait d'introduire dans la plus grande partie de la Basse Egypte et qui consistait à élever l'eau à la tète des principaux canaux au moyen de puissantes usines hydrauliques.
A cette époque, le gouvernement sortait à peine des embarras financiers qui avaient amené la chute du khédive Ismaïl; il ne voyait pas les moyens de dépenser sur le barrage du Delta, encore incomplet et manquant de solidité, les sommes considérables nécessaires pour le mettre en état de fonctionner convenablement ; il craignait môme d'être obligé de le reconstruire entièrement. D'autre part, il se heurtait chaque année à des difficultés croissantes pour l'entretien des canaux permanents de la Basse Egypte, n'ayant plus assez de brutale énergie pour tirer de la corvée des efforts efficaces, et redoutant de confier à des entrepreneurs l'exécution de
* Voir page 193 et page 199.
ces travaux de curage dont dépendait Texislence môme des récoltes sur de vastes territoires. Pris entre ces deux sortes de difficultés, il envisagea une solution ayant pour objet de remplir les canaux au moyen de pompes à vapeur installées sur les bords du Nil. Par ce procédé, il évitait les grandes dépenses à engager pour consolider ou reconstruire le Barrage et pour remanier les canaux du Delta de façon à les alimenter au moyen de la retenue que procurerait cet ouvrage restauré ; de plus, il supprimait les travaux de curage les plus pénibles, puisque les canaux, recevant Teau à un niveau élevé, il n'était plus nécessaire de maintenir leur plafond au-dessous des
Fig. 61.
basses eaux du Nil; enfin, en s'adressant à des concessionnaires auxquels on devait rembourser les frais de premier établissement par annuités, il dotait rapidement le pays d'un système complet d'irrigation sans y engloutir tout d'un coup un gros capital.
Ces avantages étaient compensés, il est vrai, par des charges annuelles d'autant plus fortes que le charbon est cher dans ce pays ; mais, en somme, le gouvernement ne faisait qu'appliquer en grand ce que font les particuliers dans certaines régions de la Haute et de la Basse Egypte et ce que le Ministère des Travaux Publics préconise actuellement pour les 80 000 hectares de la Haute Egypte auxquels le réservoir d'Assouan doit fournir pendant l'étiage de l'eau d'arrosage à puiser dans le lit même du Nil.
Un commencement d'exécution fut donné à ce projet pour la province de Béhéra, dont toute Teau pendant l'étiage, depuis 1885 jusqu'à 1890, soit pendant six ans, fut fournie exclusivement par deux grandes usines établies. Tune à l'embouchure du canal Katatbeh, à 40 kilomètres en aval du barrage du Delta, actuellement supprimée, et l'autre, celle d'Atfeh, à l'embouchure du canal Mahmoudieh, encore utilisée de temps en temps ^ (fig. 61).
L'alimentation par machines de toute une province, comprenant à cette époque à peu près 200 000 hectares cultivés, constitue une phase assez inté-
* L'usine de Katatbeh a été supprimée, puis transportée au Mex (voir chap. vui, page 200), lorsque, après les travaux exécutés au Barrage et sur le rayah de Béhéra, ce dernier canal eût été mis en état de fournir d'eau la province par gravitation.
256 y LES IRRIGATIONS EN EGYPTE
ressante de l'hisloire des irrigations d'Egypte pour que, sans entrer dans de grands détails, nous en indiquions les lignes principales.
Un contrat fut passé à la date du 11 mai 1880 avec une société représentée par M. Ed. Easton, ingénieur anglais, pour alimenter au moyen de pompes à vapeur le canal Mahmoudieh, à Âtfeh, et le canal du Katatbeh, à sa prise ; Tentreprise comprenait : 1"* l'extension, et, en cas de besoin, la transformation des anciennes installations qui avaient été établies à Âtfeh parSaïd Pacha pour envoyer deTeaudans le Mahmoudieh pendant Tétiage; 2"* la création d'une usine et de ses accessoires à l'embouchure du Katatbeh.
Les principales conditions de ce contrat étaient les suivantes :
L'eau du Nil devait être élevée :
A Atfeh, à 2,90 m. au-dessus du niveau de la mer, soit à une hauteur maxima de 2,75 m. au-dessus du plus bas étiage du Nil (la cote des terres voisines est de 3 mètres) ;
Au Katatbeh, à la cote 9,50 m. , soit à 3 mètres au plus au-dessus de Tétiage du Nil (la cote des terres riveraines est de 13 mètres).
Le débit de chacune des usines devait être de 1,500,000 mètres cubes en vingt-quatre heures.
En 1883, la Société n'avait pas encore terminé ses travaux par suite de mécomptes qu'elle avait éprouvés dans l'emploi des machines du Katatbeh. Le gouvernement reconnaissant alors que, quand toute Teau de la province serait fournie uniquement par les machines d'Atfeh et du Katatbeh, un débit de 3 millions de mètres cubes ne serait pas suffisant, étant donné surtout que la surface des terres cultivées pouvait s'augmenter, tant du côté du désert que du côté des lacs, on passa un nouveau contrat avec la même société pour qu'elle mît ses usines hydrauliques en état d'élever à Atfeh 2,500,000 mètres cubes, et au Katatbeh 2,500,000 mètres cubes par vingt-quatre heures.
A Atfeh, l'établissement put fonctionner dès 1885, mais au Katatbeh, c'est en 1886 seulement que les pompes purent donner régulièrement le débit demandé.
Les dates de mise en marche des pompes étaient fixées tous les ans par le Ministère des Travaux Publics, d'après le niveau des eaux du Nil ; mais les dates normales stipulées au contrat étaient le 5 février pour le Mahmoudieh et le 15 avril pour le Katatbeh.
Des amendes considérables allant jusqu'à 26 000 francs pour un arrêt total d'un jour de l'un des établissements pouvaient être imposées aux concessionnaires.
Le gouveniement égyptien devait payer à la Société du Béhéra :
1** Une somme fixe annuelle de 684,300 francs représentant l'intérêt du capital engagé et les frais généraux indépendants de la marche des machines ;
2^ Une somme de 728 francs par million de mètres cubes élevés à Atfeh et de 1,092 francs par million de mètres cubes élevés au Katatbeh.
La Société avait la concession de l'élévation de Teau pour une période de trente-cinq ans; toutefois le gouvernement pouvait racheter cette concession à des prix fixés, à partir de la vingtième année.
Telles étaient les conditions générales auxquelles la Société fournissait Teau dans les canaux du Mahmoudieh et du Katatbeh.
Aussitôt la concession obtenue, en 1880, M. Easton avait commencé les travaux d'installation au Katatbeh comprenant :
1** Un canal d'amenée de 35 mètres de largeur au plafond sur 80 mètres environ de longueur entre le Nil et l'usine ;
2^ Un ouvrage de prise, formé par trois arches en maçonnerie de 7 mètres d'ouverture se fermant au moyen de portes métalliques, dont le radier est à 1,50 m. au-dessous des plus basses eaux du Nil ;
S'^Un canal de décharge de 20 mètres de largeur au plafond et de 500 mètres de longueur entre Tusine et le canal du Katatbeh;
4** Un bassin compris entre l'ouvrage de prise et le canal d'écoulement et contenant les appareils élévatoires;
8® L'usine et ses dépendances.
Les appareils élévatoires se composaient primitivement de dix énormes vis d'Archimède en tôle, de 4 mètres de diamètre et de 12 mètres de Ion-* gueur. Ces dix vis alignées parallèlement étaient mues par un arbre de couche long de 50 mètres et actionné à Tune de ses extrémités par des machines Compound verticales du type des machines marines. Ce projet mal conçu, mal étudié et mal exécuté, donna des résultats déplorables ; dès le premier jour, les vis se brisèrent et l'usine fut arrêtée.
Après quelques essais infructueux pour réparer ce désastre, la Société se trouvant, par son nouveau contrat de 1883, obligée de fournir unequan-» tité d'eau plus considérable que celle qui était primitivement prévue, prit une mesure radicale, se décida à changer complètement le système adopté et confia la commande de nouvelles machines à la maison Farcot, dé Saint- Ouen, en prescrivant d'utiliser autant que possible l'ouvrage de prise et les anciennes fondations dans l'installation des appareils nouveaux.
L'usine est alors composée de cinq machines horizontales actionnant chacune, directement et sans aucune transmission, des pompes centrifuges à arbre vertical. Les machines sont à enveloppe de vapeur, à quatre distributeurs cylindriques, à condensation ; les cylindres ont 1 mètre de diamètre et la course des pistons est de 1,80 m. L'arbre vertical porte, à sa partie supérieure, une manivelle horizontale dont le boulon reçoit l'action de la bielle. Un volant pesant 22 tonnes est calé sur cet arbre qui, plus bas^ porte la roue à ailettes de la pompe rotative. On a adopté pour cet arbre
Barom. — Les irrigations en Égyple. i7
vertical la disposition du pivot hors de l'eau appliqué pour les turbines.
L'aire de la pompe a 2,i0 m. de diamètre et la roue à ailettes mesure 4 mètres à sa circonférence extérieure et présente une hauteur de 2 mètres. Le tuyau d*aspiration s'enfonce en s'évasant au-dessous du niveau des basses eaux et la roue à ailettes refoule l'eau vers l'extérieur dans une capacité annulaire qui enveloppe la roue et est supportée par trois colonnes en fonte fondées sur le radier ; cet anneau est prolongé par le tuyau de refoulement, d'abord recourbé en forme de siphon pour éviter le désamorçage et augmentant ensuite de section pour se raccorder à son extrémité à la voûte en maçonnerie qui donne issue à Teau dans le canal de fuite.
Ces appareils centrifuges, très hardis, fonctionnent encore parfaitement à l'usine du Mex, où on les a transportés depuis. Ils marchent avec une vitesse maximum de quarante tours, et peuvent débiter 7 mètres cubes par seconde.
A ces cinq pompes verticales étaient ajoutées, à litre de réserve, trois des grandes vis d'Archimèdc primitivement essayées ; ces vis avaient été soigneusement consolidées. Chacune d'elles pouvait débiter 2 mètres cubes par seconde. Elle étaient mises en mouvement par une machine compound verticale du type des machines marines.
La capacité de l'usine entière se trouvait ôtre ainsi de plus de 40 mètres cubes par seconde ou environ 3 500 000 mètres cubes en vingt-quatre heures, la puissance totale des machines étant de 3 500 chevaux effectifs.
La vapeur était fournie par une batterie de onze chaudières tubulaires, dont trois de 190 mètres carrés de surface de chauffe, provenant des ateliers du Creusot et les huit autres, du type Farcot, ayant chacune 175 mètres carrés de surface de chauffe.
A Atfeh, les conditions étaient bien différentes, et, en premier lieu, la hauteur d'élévation était moindre ; en outre, on devait utiliser, autant que possible, l'installation ancienne. La société concessionnaire s'adressa pour la commande des machines de cette usine à M. Fcray, d'Essonne.
L*établissement d'Atfeh se compose de huit grandes roues Sagebien de 3,60 m. de largeur et de 10 mètres de diamètre, élevant l'eau à une hauteur maximum de 2,60 m. environ et pouvant débiter chacune un volume de 4 à 500,000 mètres cubes en vingt-trois heures. Quatre de ces roues sont établies dans l'ancien bâtiment des pompes du gouvernement; elles sont actionnées parles quatre anciennes machines qui mettaient autrefois en mouvement des pompes centrifuges. Ces machines du type des machines jumelles verticales à balanciers, construites par la maison anglaise Forester, étaient à un seul cylindre ; on a modifié leur système de distribution de vapeur et on les a transformées en machines du système Woolf par l'addition de nouveaux cylindres. On a ainsi amélioré beaucoup leur rendement.
Les quatre dernières roues Sagebien sont disposées dans un autre bâtiment et actionnées par deux des machines Gompound, type de machines marines, qui avaient été primitivement installées au Katatbeh pour faire marcher les vis d'Archimède.
La vapeur est fournie par une batterie de dix chaudières tubulaires de 190 mètres carrés de surface de chauffe chacune.
La puissance que Tusine peut développer est de plus de 1 250 chevaux en eau élevée.
L'usine d'Atfeh est établie sur la rive gauche du canal Mahmoudieh, à la hauteur des écluses de prise.
Le canal d'amenée, long de 170 mètres, a une largeur de 30 mètres* à son embouchure et un ouvrage de prise composé de deux arches de 8 mètres et d'une de 3 mètres, fermées par des portes métalliques ; le niveau du radier de cet ouvrage est à la cote 90 centimètres au-dessous de la mer.
Le canal de décharge, long de 90 mètres, a 26 mètres de largeur au plafond; il débouche dans le canal Mahmoudieh par un ouvrage formant pont sous la digue du canal, et composé de cinq arches de 4 mètres; la cote d'altitude du plafond de ce canal est de 1,26 m.
En 1890, lorsque les conditions d'irrigation de la province de Béhéra se trouvèrent complètement modifiées par suite de l'achèvement des Iravaux du rayah de Béhéra, le gouvernement racheta à la Société les usines et résilia le contrat pour une somme de 5 820 000 francs.
Pendant la période de fonctionnement des usines, les plus fortes quantités d'eau élevées annuellement correspondent aux étiages de 1888 et de
Pendant l'étiage de 1888, l'usine d'Atfeh marcha du 25 novembre 1887 au 25 août 1888, soit pendant deux cent soixante-seize jours, avec une élévation moyenne de 1 775 362 mètres cubes par jour, et l'usine du Katatbeh donna une moyenne de 2 371190 mètres cubes par jour pendant cent quatre-vingt-cinq jours, entre le 8 février et le 12 août 1888. On éleva donc en tout, pendant cette saison, dans les deux usines, 1 060 000 000 de mètres cubes et on paya à la société, suivant son contrat, 1715 000 francs. La quantité maxima fournie par les deux usines au mois de juillet était de 5 250 000 mètres cubes par jour.
Pendant l'étiage de 1889, l'usine d'Atfeh marcha deux cent soixanteonze jours et celle du Katatbeh deux cent vingt-quatre jours ; la quantité totale d'eau élevée fut de 882 millions de mètres cubes et la somme payée à la société de 1 507000 francs.
En calculant sur une superficie cultivable de 200000 hectares, c'est donc une dépense de 7,50 fr. à 8 francs par hectare que représentaient les frais d'élévation d'eau à la charge du gouvernement, et de 22,50 fr. à
2éo Lesiihrigations en ËGTPTË
24 francs par hectare cultivé, en admettant qu'un tiers de la surface portftt des récoltes d'été.
En fait, par la suppression des pompes, sans tenir compte de l'annuité de 684 300 francs payable à la Société pendant un certain nombre d années pour intérêt et amortissement du capital de premier établissement et pour frais généraux, le gouvernement a économisé annuellement 900000 francs environ représentant la dépense d'élévation d'eau. Or, la dépense d'entretien du rayah de Béhéra, entre l'ancienne usine du Katatbeh et le barrage du Delta, ne dépasse pas 150 000 francs par an, et, parle rayah, on peut avoir 6 millions et demi à 7 millions de mètres cubes par jour au lieu des 5 millions que donnaient les machines. Ces chiffres font bien ressortir l'intérêt qu'il y avait à arrêter les usines aussitôt qu'il fut possible de le faire avec sécurité et à alimenter cette province par un canal ayant sa prise en amont du barrage du Delta.