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coule entre ses berges espacées de 500 mètres à 2 kilomètres et il est souvent divisé en plusieurs branches par des îles qui atteignent quelquefois plusieurs kilomètres de longueur. Enfin, à Tépoque des hautes eaux, le lit majeur serait, pendant certaines crues, la vallée tout entière, si le fleuve n'était contenu par des digues situées plus ou moins loin des berges et assez élevées pour protéger les terres contre les inondations.
Depuis la pointe du Delta jusqu'à la mer, les deux branches de Rosette et de Damiette conservent à peu près les mêmes caractères que le Nil en amont; mais la branche de Damiette présente, en général, une largeur moindre que la branche de Rosette. On aura une idée approchée de cette différence en comptant que la branche de Damiette est large en moyenne de 600 mètres, et la branche de Rosette, de 350 mètres.
Les six sections de la planche II sont prises dans les endroits où le Nil et ses deux branches sont franchis par des ponts de chemin de fer ; elles représentent donc la forme du lit dans les points où les eaux sont relativement ramassées.
Le Nil coule, depuis Assouan jusqu'à la mer, sur un fond d'alluvion limoneuse ou sableuse, généralement formé de matières très fines, fond très mobile, dont le niveau varie avec Tintensité du courant, se creuse pendant la crue et se relève pendant Tétiage. Quant à la profondeur de Teau, elle est assez faible pendant Téliage, sur de longs parcours, pour que des bateaux ayant 80 centimètres de tirant d'eau aient la plus grande peine à naviguer et ne puissent pas franchir certains passages, tandis que, dans les endroits où le fleuve a peu de largeur, comme au Caire, cette profondeur n'est en aucune saison inférieure à une douzaine de mèlres.
En considérant la direction générale de la vallée sans tenir compte des circuits qu'y trace le cours du Nil, la longueur totale de la Haute Egypte, d' Assouan à la pointe du Delta, est de 860 kilomètres environ et la longueur du Delta, en suivant de la même manière la direction générale de Tune ou l'autre des deux branches, est de 170 kilomètres.
Des chiR'res donnés plus haut pour les longueurs du fleuve, il résulte que les détours du Nil représentent 10 p. 100 d'augmentation sur la ligne directe en Haute Egypte et 40 p. 100 en Basse Egypte.
La pente du Nil varie peu d'un bout à l'autre de TÉgyptc ; elle est naturellement plus forte en crue qu'à l'étiage. En moyenne*, dans la Haute Egypte, elle est de 0,077 m. par kilomètre pendant les basses eaux et de 0,082 m. pendant les hautes eaux. La pente la plus forte est 0,087 m., dans la province de Keneh, où le fleuve s'infléchit brusquement vers l'ouest, et la plus faible, 0,067 m., dans la province de Benisouef, où le
* Rapport sur l'irrigatiuii pérenne, par \V. Willcocks, 1894, publié par le Ministère des Travaux Publics.
Nil décrit de nombreux méandres. Dans la Basse Egypte, la pente est de 0,081 m. par kilomètre en crue moyenne et de 0^050 m. en basses eaux. Donc, d'une façon générale, le Nil est un fleuve à faibles pentes. Aussi la vitesse du courant n'est pas très grande ; en crue, elle varie entre 1 mètre et 2 mètres par seconde et, à l'étiage, entre 0,30 m. et 0,70 m. par seconde, suivant les sections.
Quoique les branches de Damiette et de Rosette soient réellement les deux seules oui subsistent dans le Delta, toutes les autres branches anciennes étant actuellement ou comblées ou transformées en canaux, il ne serait pas exact de dire que les embouchures de Rosette et de Damiette soient les seules par lesquelles le fleuve se déverse dans la mer. Le Nil, en effet, écoule une partie de ses eaux, soit toute Tannée, soit pendant les crues seulement, suivant le cas, par des dérivations naturelles ou artificielles dans des lacs qui limitent, au nord, les terres fertiles du Delta. Ces lacs sont isolés de la mer par une chaîne de dunes littorales qui s appuie sur des alluvions limoneuses provenant du Nil et poussées le long du rivage par un courant marin agissant de Touest à Test. Chacun d'eux communique avec la Méditerranée par une ouverture ou bouche qui lui permet de se débarrasser du trop plein des eaux que lui envoie le Nil et qu'on doit considérer comme de véritables embouchures du fleuve. Ces lacs déjà cités sont au nombre de trois : le lac d'Edkou, à Touest de la branche de Rosette, qui couvre en moyenne 25 000 hectares; le lac Bourlos, qui s'étend entre les deux branches du Nil sur 80 kilomètres environ de longueur parallèlement au rivage et qui a une superficie moyenne de 112000 hectares; et enfin le lac Menzaleh, à l'est de la branche de Damiette, qui a été coupé en deux parties par le canal de Suez et dont la porlion qui reçoit encore les eaux du Nil présente une longueur approximative de 60 kilomètres et une surface de 180 000 hectares environ.
Un quatrième lac littoral reçoit aussi les eaux de la vallée, c'est le lac Mariout, à Touest du lac d'Edkou, qui a une surface moyenne de 40 000 hectares, mais qui n'a pas d'écoulement naturel vers la mer.
Enfin, un autre lac sans issue sert encore d'exutoire aux eaux du fleuve, le lac Keroun, au Fayoum, de 20000 hectares de superficie. Il recueille le trop plein des canaux alimentés par le Bahr Yousef, ancienne dérivation naturelle du Nil qui a aujourd'hui une prise artificielle sur le grand canal Ibrahimieh, à 60 kilomètres au nord d'Assiout.
LA CUUE DU ML. — LES MLOMÈTUES
Le Nil ne recevant que des affluents alimentés uniquement par les pluies régulières des régions iiitertropicales, il en résulte qu'il se produit annuelle-
ment, toujours à la même époque, une forte crue après laquelle le niveau des eaux baisse constamment jusqu'au retour de la crue de Tannée suivante.
C'est la régularité de ce régime qui caractérise le Nil en Egypte. Tous les ans, le fleuve commence à croître à la fin de juin, les eaux montent jusque vers la fin de septembre, puis descendent, assez rapidement d'abord, lente* ment ensuite, jusqu'au mois de juin suivant. Chaque année le phénomène se reproduit de la même manière, avec la même allure générale.
Toutefois, les pluies tropicales n'ont pas tous les ans la même intensité et la même durée; elle sont tantôt en avance, tantôt en retard ; en outre, elles ne se répartissent pas invariablement de la même façon dans l'immense bassin de réception du Nil. Aussi les divers affluents ne peuvent apporter chaque année à l'artère principale la même quantité d'eau, aux mêmes dates, et la crue du Nil, bien qu'elle soit dans son ensemble un des phénomènes les plus constants de la nature, n*en subit pas moins, d'une année à l'autre, des modifications très sensibles.
11 y a un grand intérêt pour l'Egypte à connaître aussitôt que possible quelle sera l'allure de la crue et, d'une manière générale, la tenue des eaux pendant les diverses saisons. Les ingénieurs et les agriculteurs devront prendre leurs mesures en conséquence, les uns pour assurer la meilleure distribution des eaux et les autres pour régler les époques de leurs semailles et l'étendue de leurs cultures.
Il y a peu d'années, avant la dernière conquête du Soudan, on ne pouvait faire à cet égard que de courtes prévisions ; car du nilomèlre d'Assouan, qui était alors le point d'observation le plus méridional, les eaux arrivent en cinq jours au Caire et en sept jours à la mer pendant la crue ; en douze jours au Caire et en quinze jours à la mer pendant l'étiagc.
Aujourd'hui des nilomètres existent à Gondokoro sur le Nil Blanc ; à Sennaar sur le Nil Bleu; à Khartoum, au confluent du Nil Bleu; à Abou Hamed,en aval de l'Atbara, et en divers autres points de la vallée; et, comme les eaux parcourent la distance de Gondokoro à Khartoum en vingt jours pendant la crue et en trente-six pendant l'éliage, et la distance de Khartoum à Assouan en dix jours pendant la crue et en vingt-six jours pendant Tétiage, le service des irrigations est renseigné assez longtemps à l'avance sur les quantités d'eau que le Nil mettra à sa disposition.
Dans l'Egypte proprement dite, on n'avait, il y a une quinzaine d'années, que deux nilomètres : celui d'Assouan construit en 1869 dans l'île d'Eléphantine à l'emplacement môme d'un ancien nilomètre datant de l'époque des Pharaons, et celui du Caire situé à la pointe sud de l'île de Rodah, en face de Vieux-Caire, dont l'origine connue remonte aux premiers temps de la conquête arabe. Ces deux nilomètres perpétuaient, en ce qui concerne le Nil, la graade division du pays en Haute et Basse Egypte, que les
anciens Pharaons avaient consacrée dans leurs titres honorifiques ; le nilomètre d'Âssouan réglait les conditions de larrosage au sud du Caire, tandis que le nilomètre de Rodah servait de point de repère pour la distribution des eaux dans le Delta. Ce sont, d'ailleurs, toujours là les deux principaux nilomètres d'Egypte, ceux auxquels par tradition on rapporte les niveaux des crues ; mais pour donner une base plus précise à la distrilion des eaux, on a construit plusieurs autres échelles le long du Nil et de ses branches, à la prise des principaux canaux.
Les niveaux du Nil, aux nilomètres d'Àssouan et de Rodah, sont relevés en coudées ou pics de 0,54 m. Les pics sont divisés en 24 parties égales appelées kirats représentant une hauteur de 0,025 m. Toutefois, par une anomalie curieuse, au nilomètre de Rodah, les pics compris entre 16 et 22 ne sont que des demi-pics et ont 0,27 m. de hauteur seulement. On a cherché à expliquer ce fait par cette considération que les bassins de la Haute Egypte se remplissant ordinairement quand la hauteur du fleuve au Caire est comprise dans cet intervalle, une montée d'un pic à Assouan ne correspond qu'à une montée d'un demi-pic au Caire.
Quoi qu'il en soit, dans le cours de cet ouvrage, les cotes du Nil seront toujours données en mètres, de façon à ne pas fatiguer l'attention du lecteur qui n'est pas familiarisé avec les pics et les kirats.
Le zéro du nilomètre d'Assouan est à l'altitude 84,16 m. au-dessus du niveau de la mer et le zéro du nilomètre de Rodah à l'altitude 8,82 m., mais ce dernier zéro n'a plus aucun rapport avec le niveau actuel des étiages, qui descendent rarement au-dessous de l'altitude 12 mètres par suite du relèvement progressif du lit du Nil depuis l'établissement de ce nilomètre. Pour étudier le phénomène de la crue du Nil dans ses différentes phases et pour pouvoir comparer les crues entre elles, c'est toujours au nilomètre d'Assouan qu'il faut se reporter; car, en aval de ce point, le régime naturel du fleuve se trouve altéré pendant la crue par le remplissage ou la vidange des bassins d'inondation, ralimenlation des canaux, l'endiguement du fleuve, et, pendant l'étiage, par la retenue des barrages.